L'actualité de ce mois d'avril finissant ayant été particulièrement piteuse, pourquoi ne pas se replonger dans celle de mars ?
Avril 2013
Il y a 2 semaines
« Portrait dépaysé je cherche mon cadre. »
J'ai remarqué ça, pour rire un peu plus. Il y a quelques mois, rappelez-vous, on nous avait asséné la chose. D'après je ne sais quelle officine, il y avait, en tout et en France, 343 femmes burkisées. Je sais, je sais, ce n'étais pas exactement 343 : j'ai pris ce nombre, parce que ça me rappelle les salopes avorteuses de mon adolescence. Mais enfin, c'était à peu près ça : une officine gouvernementale avait décidé qu'il y avait 300 femmes burkisées. Du coup, les petits Bonnet de nuit et les cohortes célestes avaient pu se moquer : comment s'intéresser à cet épiphénomène ne concernant que 300 femmes dans un pays de 60 millions d'habitants ?
J'ai déjà évoqué ici la musique d'Olivier Greif, à propos de sa Sonate de requiem, mais, en dépit de recherches poussées, j'ai été infoutu de retrouver le billet en question. Je pense que vous ne perdez pas grand-chose à cette non-relecture de toute façon.
Zobi. Ou Zebi. Ou zeb. Autant de variations du mot “bite”, lorsque je vivais en Algérie et que nul d'entre nous ne s'était encore servi de la sienne. Bon souvenir : on en riait bien. Quelques années plus tard, mais très peu, Victor Lanoux dans ce film, Dupont Lajoie, marquant le coup d'envoi de cette haine retournée contre soi-même qui devient notre marque de fabrique et le signe de notre mort prochaine : « C'est que je les connais, moi, les Ben Zobi ! » Préfiguration magnifique du monde. J'adopte le sobriquet, pour faire chier. Rien que pour faire chier.
Ce qui est terrible, mais aussi fort réjouissant, chez nous autres, petits chrétiens-sans-dieu, c'est cette soif jamais assouvie de mythes merveilleux et de cycles légendaires, qui nous empoigne sans le moindre espoir de relâche. Nous avons certes tué Dieu, mais depuis il se venge en ricanant dans son coin, après avoir fait de nous des laissés-pour-contes. Les contes changent, les fabliaux muent, mais la foi reste inentamée – et c'est beau.
À l'occasion de la mort de Jean Le Bitoux, fondateur du Gai Pied,
On redevient bébé, on ré-infantilise à donf, ça va gazouiller velu à partir d'aujourd'hui ! Sur la suggestion d'Olivier P (un foutu réac, celui-là, avec ses idées de retour aux sources, j'aurais pas cru pourtant...), ce blog reprend le nom qu'il avait dans ses commencements – merveilleuse régression qui n'est pas pour me déplaire, on s'en doute, repliement sur les minimas cher à Maurice Barrès. Va-t-on pour autant renouer avec toutes les ingénuités de l'enfance ? Ses bavochements d'innocence ? Franchement, ça m'étonnerait. Je sens qu'on va prendre un plaisir certain à casser tous les jouets et à régurgiter son lait en poudre sur la jolie blouse de maman. Je vais vous passer l'envie d'aimer les poupons, vous allez voir...
Je me souviens que la bannière de mon premier blog – qui a défunté en novembre 2007 pour céder la place à celui-ci – s'ornait d'une photo représentant Babar, lequel agitait un drapeau français du bout de sa trompe. Et on y lisait la phrase suivante : « Toi qui entres ici, abandonne à la porte tout espoir de sérieux », ou quelque chose d'approchant. J'aurais peut-être été bien inspiré de conserver cette devise.
Ah, il est très fort, notre petit Nicolas, pour occulter ces fameux “vrais problèmes” qui titillent tant et tant nos petits amis de gauche (ou de droite d'ailleurs) et qui nous amusent si fort, Suzanne et moi ! C'est pratique, les “vrais problèmes” : tout le monde a les siens, qui ne sont jamais les mêmes que ceux du voisin. Pour Maurice, c'est les retraites, pour Robert le chômage, pour Huguette son caddie chez Leader Price et pour Kevin la prochaine fête de la musique. Sans parler des “vrais problèmes” de Mohammed : le racisme et les Nike.
Je ne sais si cela tient au fait d'avoir banni toute viande de boucherie de notre alimentation, mais ma vie ressemble de plus en plus à un Désert des Tartares. Ma vie professionnelle, s'entend, car pour mon existence conjugale, elle demeure un vaste jardin aux mille fleurs parfumées (Catheriiine ! Il reste de l'apéro pour ce soir ?). À part une bricole qui m'attendait ce matin, je n'ai rigoureusement rien fait d'autre – sauf nettoyer mon bento par le vide – qu'attendre le travail, les yeux braqués sur la ligne imprécise de brume de la rédaction en chef. Et que dalle ! Pas un ennemi en vue ! Rien que le soleil qui poudroie et les folliculaires qui merdoient. Le pis est que j'ai divers travaux personnels que je pourrais très bien mettre en chantier. Mais rien à faire : au bout d'un moment, l'hébétude s'installe, l'attente devient une occupation à part entière – et terriblement fatigante. Je pourrais aussi m'offrir un deuxième tour des blogs, tel un môme au manège ayant attrapé la queue du mickey, mais ce serait un coup à m'achever. Déjà, il y a une demi-heure, je me suis surpris à lire L'Express. Vous vous rendez compte du degré de désespérance du bonhomme ? Après ça, on viendra s'étonner que, retour de Levallois, l'écrivain en bâtiment ait une nette tendance à s'adonner à la boisson, voire à tomber dans le fort.
Il y a huit ans, souvenez-vous, c'était le No Jospinou Day. Lequel, contrairement à sa pâle copie d'il y a quelques semaines, avait remporté un incomparable succès populaire. Il était huit heures très précises lorsque l'orgasme électoral nous a brusquement ravagé les intérieurs. C'était clair et net : les Français refusaient le clystère qu'on avait essayé de leur refourguer. Et ces sales gros cons de beaufs nauséabonds d'électeurs n'avaient même pas eu la décence d'attendre le second tour pour prononcer leur verdict, refusant au triste frisotté, dans un grand éclat de rire sanguin, la consolation d'une défaite honorable, démocratique et citoyenne. Non, non : la déculottée publique, franche et massive ! Qu'il remballe fissa son petit programme-même-pas-socialiste et qu'il aille exercer en cuisine son droit d'inventaire de foireux majuscule !
À quoi bon insister ? Quand ça ne veut pas rigoler, n'est-ce pas... Il y a plus d'une heure que je m'escrime sur ce billet que je veux écrire depuis hier soir, à propos d'Emma, et plus généralement de Jane Austen, dans laquelle je me suis replongé – si l'on me permet de m'exprimer de la sorte. Oh ! ce n'est pas que je manquais de choses à dire, à propos de cet écrivain que je me sens toujours un peu coupable d'aimer à ce point, tant sa lecture m'est facile et délicieuse. Non, non, j'en avais des tas, au contraire !
Tout à l'heure, partant pour la messe de Pacy en me laissant à charge une cocotte sur le feu et une cuisine en bordel, l'Irremplaçable a eu cette phrase douce mais définitive : « Tu t'occupes du matériel, je me charge du spirituel ! »
Depuis quelques jours (ou semaines : le temps passe si vite, à nos âges...), j'ai une nouvelle lectrice, d'un type pour moi tout à fait inédit. Appelons-la Mildred.
Je n'aime pas Fellini. Fellini m'emmerde, profondément. Ses chefs-d'œuvre m'assoupissent de façon immanquable. Ses “délires” et ses “ambiances de fête” me plongent chaque fois dans des abîmes d'ennui, quand ce n'est pas de tristesse : ça s'agite sur l'écran et j'attends que ça se termine – toujours.
Elstir fait désormais la même taille que Swann. Du coup, Bergotte tire la tronche.
Deuxième vision de ce film de Denys Arcand, L'Âge des ténèbres, dont je crois bien avoir donné ici, il y a quelques mois, un avis en demi-teintes. J'aurais tendance à réviser mon jugement à la hausse, même si je persiste à trouver tous les passages “oniriques” superflus, ou au moins trop appuyés, notamment vers la fin.
Hier soir, l'excellent Clotaire Lothaire terminait son commentaire de mon précédent billet ainsi : « En attendant, je bois à votre santé et je termine les Mémoires d'outre-tombe. » Voilà bien un point que je crains de n'avoir jamais en commun avec lui. Non pas boire à ma santé, ce que je fais assez couramment, mais terminer les Mémoires d'outre-tombe.
J'aimerais bien, une fois au moins, écrire et publier un billet avec lequel personne ne serait d'accord. Vraiment personne. Partant des plus cons de mes lecteurs occasionnels jusqu'à mes amis les plus intimes. Rien, pas un. L'unanimité absolue. Une sorte de billet d'après l'homme, tel que vous m'en offrez l'image. Si j'y parvenais, il me semble que j'approcherais alors de la vérité ; un semblant de vérité, quel que soit le sujet. Au début que je bloguais (c'est français, ça ?), j'étais très content d'agacer Pierre, Paul ou Jacques. En réalité, j'aimais surtout quand les filles s'énervaient contre moi : il y avait de l'adolescence mal digérée, là-dedans ; un parfum de revanche, un arrière-goût de...
Ah, c'est merveilleux ! Aussi sublime que deux pauvres rivières se rejoignant pour former un fleuve majestueux. La connerie a ce pouvoir, elle est ce flot qui balaie tout, qui emporte, qui aveugle, qui noie.
C'est une sorte de rituel quotidien, Catherine et moi appelons ça : “La recherche du chef-d'œuvre”. Quête déçue quatre soirs sur cinq, puisqu'elle consiste à trouver un bon film à regarder à partir de neuf heures moins vingt. Ce soir, on touche au sublime. Si l'on élimine les daubes certifiées des chaînes “tous publics” : Joséphine ange gardien, Les Sous-doués, etc., les films possibles mais déjà vus trois fois et les émissions-de-télé proprement dites, que je ne supporte plus depuis lulure, notre choix, en ce lundi, est le suivant :
Comme c'est curieux, les choses... Comme c'est étrange, la vie... Oui, je sais : ce billet démarre mal...
Je sais bien. Je sais que je devrais m'abstenir de parler de la musique (de “parler musique”, en français d'après). je sais que je vais probablement dire des conneries et que, à raison, Georges va se foutre de moi.
Jusqu'à ce matin, neuf heures et demie, j'ignorais absolument qu'il existât, faite par Beethoven lui-même, une transcription de la Grande fugue pour piano à quatre mains. Rappelons qu'à l'origine, cette grande fugue-là devait être le finale du 13e quatuor, opus 130, que le compositeur, de fort mauvaise grâce, consentit à détacher de l'œuvre, sous la double pression à froid du public de la création et de son éditeur. La grande fugue vécut alors sa vie de grande fugue de manière autonome, en s'adjugeant au passage l'opus 133.
Retour de Levallois, je me suis arrêté à Pacy, mais à une autre époque que celle de la photo, que j'aurais adoré connaître – mon côté passéiste indécrottable. J'ai acheté cinq bières (mais je ne vous dirai pas lesquelles : on ne va pas retomber dans les discussions d'hier) chez l'épicier divers, et une baguette tradition chez le boulanger pas divers.
Hier, poussant le chariot dans le hangar infernal derrière Catherine, et explorant seul le rayon des bières, je suis tombé sur ce flacon de 75 cl : Maredsous "Triple". Bière belge. Blonde, mais pas décolorée : blonde à la mode belge, tirant sur le roux, avec une certaine opacité trouble. 10° : pas de la pisse d'âne post-moderne, du genre Carlsberg ou Heinneken, pas une bière de pédé. Un truc qui goûte, qui mousse et qui saoule.
L'histoire, découverte au petit matin, m'a mis en allégresse pour la journée : c'est simple, j'en glousse encore, y repensant. Pourtant, au départ, rien de vraiment drôle, dans cette tragique et sanguinaire agression de gentils modernes par des fanatiques – écume aux babines et missel comme un canon. Le sourire commence à vous poindre lorsque vous découvrez l'anecdote sur le blog de mon ami Gwendal qui, pour charmant garçon qu'il semble être, n'en est pas moins sujet parfois à des coups de grisou psychique dès que l'on prononce devant lui certains mots-clés proprement démoniaques : curé, catholicisme, religion, etc. Rien que du lourd, vous le voyez. (Je vous conseille vivement d'aller le lire en guise de préambule et de ne pas “zapper” les commentaires, notamment ceux d'un certain Pseudo, particulièrement à la ramasse.) Ce que j'ai eu un peu de mal à comprendre c'est la raison pour laquelle l'excellent Gwendal, tout postillonnant de fureur athée, a cru bon de nous fournir les liens qu'il indique. Car c'est grâce à eux que l'on apprend, en cliquant, le fin mot de l'histoire – qui vire illico à Che Guevara au pays des Schtroumpfs.
« Car il ne sert de dire : “ Nous sommes avec Dieu pour la paix des peuples, et nous ne voulons pas d'armes, de ces armes mauvaises ! ” Caïn les empoigne, les armes, avec férocité : quitte à les asséner, parfois, sur notre philanthropie. Et notre bonté, la voilà en pièces ; et nos viscères, les voilà pourfendus, tout pleins qu'ils soient de machins charitables. Alors, tant de carnage accumulé, sur les monts, dans l'infernale pierraille, nous incite à trouver les adages d'une sagesse neuve, ainsi que les paroles d'une charité neuve. Mais quand nous avions les armes pour frapper, du cœur pour les porter, là oui c'était la plus charitable des charités, la plus sage des sagesses. Parce que c'était frapper l'ennemi pour sauver nos frères, et non point sacrifier nos frères pour pardonner à des ennemis. Baste, laissons là ce chapitre. »
J'ai assisté hier, à un superbe déferlement de haine obscène et rigolarde, lors que l'émission télévisée du sieur Ruquier, que je m'efforce parfois de suivre, non par masochisme clinique mais pour y entendre Éric Zemmour. Nous en étions à la partie où chaque invité est prié de choisir un dessin “humoristique” paru dans la presse au courant de la semaine. Tout d'abord, chapeau bas devant Mme Françoise Hardy, qui a tranquillement déclaré n'avoir pu en élire aucun car cet humour bas et vulgaire ne la faisait pas rire.
Dieu que la vie moderne est compliquée, et angoissante à force d'opacité ! Je me faisais cette profonde réflexion en récupérant des mains de la jeune et levalloisienne boulangère de l'avenue de l'Europe (eh oui...) quelques menues piécettes rouges (“noires”, disent les Québécois) en sus de la demi-baguette que je venais d'acquérir pour accompagner le contenu de mon bento du jour. Ma question était la suivante : pourquoi tant de gens parlent-ils de centimes d'euro ? Est-ce qu'avant 2002 ils parlaient de centimes de franc ? Non, n'est-ce pas ? Alors ?