(Et, pendant ce temps, on continue à gloser sur le
mercredi 4 mars 2009
Pour se foutre un peu la trouille avec la crise
C'est à lire ici.
(Et, pendant ce temps, on continue à gloser sur lesexe pouvoir d'achat des anges...)
(Et, pendant ce temps, on continue à gloser sur le
Écrivain ou prolétaire ? Ou les deux ?
Une interview "croisée" de Claude Durand, patron des éditions Fayard, et de Renaud Camus, l'un de ses auteurs. C'est dans Le Magazine littéraire.
(Merci à Scheiro de me l'avoir obligeamment signalée.)
(Merci à Scheiro de me l'avoir obligeamment signalée.)
Dobermathusalem
La guerre de Troie aura donc duré dix ans. Au bas mot, car, à l'époque, les éphémérides étant en pierre de taille, il était facile d'oublier de tourner la page, certains matins d'après-boire ou d'avant-carnage.À la suite de quoi, Ulysse – ou Odysseus, pour Nefisa, la belle Héllène (adoptive) – mit encore une décennie pour parcourir un petit tiers de la Méditerranée. Il faut dire qu'il ne s'est pas ennuyé en chemin.
Finalement, au bout de vingt ans, il toucha au port d'Ithaque, et, nous affirme-t-on, Son vieux chien de lui se souvint. Au bout de vingt ans. Cherchez l'erreur...
mardi 3 mars 2009
Le petit vaginocrate illustré
Depuis quelques jours, tout ce que la blogosphère compte de progressistes frissonne d'impatience, en attendant la révolution qui se prépare : cette semaine, à l'occasion de la quinzaine du blanc journée internationale de la femme, l'inénarrable follicule intitulé Vendredi (et que l'on espère voir prochainement disparaître dans les limbes du Pacifique) n'accueillera que des signatures féminines. Ces dames s'en rengorgent, et on les comprend ; même si on serait prêt à payer une assez jolie somme pour entendre leurs piaillements indignés, dans le cas bien improbable où ce même Vendredi aurait l'idée saugrenue de réserver ses colonnes, un jour prochain, aux blogueurs mâles – et c'est pour ne rien dire de ce qui se passerait dans le cas d'un numéro exclusivement consacré aux blancs –, on les comprend et on se réjouit pour elles.
Bref, dans un petit commentaire ironique, chez les auto-proclamées Femmes engagées, j'ai utilisé l'expression " un fameux numéro vaginocrate de Vendredi ". C'est "vaginocrate" que Mrs Clooney n'a pas aimé ; elle a trouvé le mot fort méprisant. Comme il venait d'un vieux réac aigri, elle n'a pas eu l'air trop surpris, mais tout de même, elle n'a pas aimé. Nous, cela fait à peu près quarante ans qu'on se prend du "phallocrate" dans les gencives, et rarement dit sur un ton gentil ou humoristique, sans jamais regimber. Et il est normal que nous ne protestions pas, puisque c'est là, toujours, le cri libérateur d'une femme en lutte et en révolte.
En revanche, un petit " vaginocrate " lâché de temps en temps, comme en passant, c'est insultant et très vilain. Sont trop fortes, ces filles...
Bref, dans un petit commentaire ironique, chez les auto-proclamées Femmes engagées, j'ai utilisé l'expression " un fameux numéro vaginocrate de Vendredi ". C'est "vaginocrate" que Mrs Clooney n'a pas aimé ; elle a trouvé le mot fort méprisant. Comme il venait d'un vieux réac aigri, elle n'a pas eu l'air trop surpris, mais tout de même, elle n'a pas aimé. Nous, cela fait à peu près quarante ans qu'on se prend du "phallocrate" dans les gencives, et rarement dit sur un ton gentil ou humoristique, sans jamais regimber. Et il est normal que nous ne protestions pas, puisque c'est là, toujours, le cri libérateur d'une femme en lutte et en révolte.
En revanche, un petit " vaginocrate " lâché de temps en temps, comme en passant, c'est insultant et très vilain. Sont trop fortes, ces filles...
lundi 2 mars 2009
La Comédie des horreurs, III
Les morts vivants sont des gens comme vous et moi, mais ayant eu dans leur jeunesse une acné extrêmement sévère, si l'on en juge par l'état déplorable de leur épiderme. Ils sont en outre affligés d'une méchante polyarthrite qui leur donne cette démarche primesautière – ou alors ils sont bourrés, je ne sais pas. En tout cas, ils passent généralement l'essentiel du film à chercher un restaurant ouvert, car ils ont toujours très faim ; et comme on ne les accepte nulle part, ça ne s'arrange jamais, sauf s'ils parviennent à coincer un hamburger bipède, généralement adjoint du shérif local, fort en gueule mais perdant facilement la tête.Le mort vivant est un PF2H (Personnage de film d'horreur hollywoodien) très particulier, en ce sens qu'il fait rire petits et grands, tant il est grotesque, et ne leur file jamais les chocottes. Le spectateur doué d'empathie arrive même à éprouver pour ce perpétuel affamé (la Faculté a émis l'hypothèse que le mort vivant pourrait être systématiquement infecté par le ver solitaire) une forme de pitié, qui le poussera à lui offrir spontanément son voisin du dessous ou sa vieille maîtresse devenue casse-joyeuses, en guise de tapas.
La grande force du mort vivant est qu'il ne s'encombre que très rarement de justification, notamment chez le maître du genre, George Romero. Au début du film, dès les premières secondes quasiment, une tombe s'ouvre brusquement, bousculant la nappe de pique-nique qu'un couple de jeune crétins a cru bon d'installer précisément là, le mort sort du trou, s'ébroue, et c'est parti : à aucun moment on ne vous expliquera le pourquoi du comment. Et c'est tant mieux car – ne me demandez pas pourquoi, mais c'est ainsi –, dès qu'un film de morts vivants tente de vous expliquer la raison de cette résurrection collective, vous pouvez être assuré qu'il s'agit d'une daube.
Autre avantage de ce type de PF2H : sa relation de proximité avec le spectateur. Autant il est difficile, surtout si on se gave en même temps de pop-corn dégoulinant de beurre fondu, de s'identifier à un démon sumérien, un loup des Carpathes ou une chauve-souris multiséculaire, autant, là, c'est facile : le mort vivant, c'est votre grand-mère, Charles Quint, Marilyn Monroe, Valéry Giscard d'Estaing, bref : des gens qu'on a bien connus et dont on n'ignore rien des petites manies qui font le charme de l'être humain, même vaguement terreux.
Le problème, avec les zombies, c'est de les convaincre de retourner sagement sous le gazon au bout d'une hheure et demie, quand il n'y a plus de pop-corn dans le seau et que Kevin a hâte de sortir pour aller conclure avec Jessica. Les mauvais réalisateurs s'en tirent avec de piteux subterfuges, imaginés par leurs scénaristes en bâtiment et en descente d'acide. Par exemple, au bout d'une heure vingt-cinq, l'un des personnages vivants vivants (appelons-les comme ça) constate soudain, et tout à fait par hasard, que les zombies sont violemment allergiques à la voix de George W Bush, ou qu'ils ne supportent pas d'être aspergés de coca, ou n'importe quoi d'autre. Sitôt dit, sitôt fait, on balance à pleins tubes un discours du Georgeounet dans les hauts-parleurs municipaux, ou on déverse du coke dans la citerne des pompiers et, cinq minutes plus tard, tous les morts vivants sont redevenus des morts morts, sans avoir eu le temps de se trouver à becqueter – générique de faim.
Le grand George Romero, lui, a eu l'idée de génie : il termine son film en laissant tous ses zombies en place, de façon à ce qu'ils lui resservent pour le film suivant. L'histoire ne dit pas s'il les nourrit entre temps. Romero a tourné cinq films de zombies, à ma connaissance. Le premier (La Nuit des morts vivants) est de loin son chef d'oeuvre ; le deuxième, qui se passe presque tout entier dans un centre commercial, est encore très bien ; le troisième ressemble à un téléfilm de série Z, le quatrième redevient intéressant, parce qu'il montre les zombies en voie de récupération d'une partie de leur humanité perdue, notamment se réappropriant des rudiments de langage ; et je n'ai pas vu le dernier.
La Nuit des morts vivants est sorti sur les écrans en 68 : là aussi, le spectacle était dans la rue et les protagonistes plus cocasses les uns que les autres. Du reste, aujourd'hui, les acteurs du vaudeville de mai commencent à ressembler dangereusement aux amis de George. C'est bien fait pour eux, ça leur apprendra à brailler jusqu'à pas d'heure : Debout, les forçats de la faim...
Saint orgueil de Proust
« Jamais je n'oublierai le soir où nous étions dans le petit salon et où il me parlait d'un article sur Stendhal qu'on lui avait recommandé de lire. Je le revois dans son fauteuil ; il tenait la revue à la main. Tout à coup, il m'a dit, avec son beau regard grave et illuminé :– Écoutez-moi bien, Céleste. Je mourrai bientôt...
Il me le répétait souvent, et comme chaque fois j'ai protesté :
– Mais non, Monsieur ! Pourquoi me dites-vous cela ? Pourquoi me parlez-vous toujours de votre mort ? Je n'aime pas cela. D'ailleurs je mourrai avant vous.
J'étais sincère. C'était une chose bizarre, mais la vérité. J'étais convaincue durant toutes ces années que je mourrais avant lui, sans pouvoir dire de quoi ni pourquoi.
– Non, Céleste, vous vivrez. Et quand je serai mort, vous verrez ce que je vous dis : on me lira, oui, le monde entier me lira. Vous assisterez à l'évolution de mon oeuvre aux yeux et dans l'esprit du public. Et vous verrez, Céleste, rappelez-vous bien cela : que si, comme il est dit dans cet article, Stendhal a mis cent ans pour être connu, Marcel Proust, lui, mettra à peine cinquante ans. »
Céleste Albaret, Monsieur Proust, Robert-Laffont, p. 376, 377.
Le livre de Céleste a été écrit par un type dans mon genre, même si sans doute plus brillant – un écrivain en bâtiment de l'époque, mais d'immeuble hausmannien, quand je ne dépasse pas le pavillon 9-3. Et l'on sent bien que si Marcel Proust a en effet dû dire quelque chose comme cela à Céleste Albaret, si on comprend, admet et admire qu'il ait pu avoir cette profonde lucidité sur son propre travail, il va de soi, aussi, qu'il n'a pas pu le faire en ces termes-là. Sinon, La Recherche n'aurait jamais vu le jour. Et, donc, il n'aurait rien dit du tout.
[La photo : Pique-nique campagnard, aux alentours de 1900. Marcel est debout au second rang, canotier sur la tête. Assis, à droite, le melon sur la tête, son père, le professeur Adrien Proust, grand médecin de l'époque.]
dimanche 1 mars 2009
Perte de mémoires (intérieurs)
Les souvenirs de Céleste Albaret sont passionnants par ce qu'ils révèlent, moins de Marcel Proust lui-même que des rapports étranges, intenses, uniques qui se sont créés, durant dix ans, entre l'écrivain de génie et sa servante-esclave, inculte mais non dénuée d'intelligence ni de finesse ou d'ironie.Ils inclinent parfois à un certain soupçon, lorsque l'on met à jour une incohérence ou une impossibilité manifeste. Ne parlons pas du chapitre "amours", dans lequel il est visible que Céleste s'est laissé totalement manipuler par Proust, lequel l'a amenée sans difficulté à penser de ses moeurs ce qu'il souhaitait qu'elle en pensât : loin de rendre le passage ridicule, cette sorte de "possession douce" que l'on ressent, du cerveau de Céleste par celui de Marcel, en fait au contraire un épisode très émouvant – si l'on m'accorde cet épithète galvaudé.
Il y a d'autres fait plus troublants ; anecdotiques en eux-mêmes, mais qui finissent par jeter une ombre, un doute sur la fiabilité de la mémoire célestine. Ainsi, à la page 354 de son livre, elle écrit, ou plutôt fait écrire :
« Je me souviens de l'émotion de François Mauriac, au mariage de son fils, Claude, avec la petite-nièce de M. Proust, bien après la mort de celui-ci. Je m'y était rendue. On m'a conduite à lui. Il m'a prise dans ses bras et m'a dit, de sa célèbre voix "blessée" : "Ah, Céleste, comme je suis heureux de vous connaître enfin !" »
Or, si l'on en croit les biographes de Proust, et notamment Jean-Yves Tadié (p. 864), si l'on se réfère à Mauriac lui-même (dans les Mémoires intérieurs, je crois bien), l'auteur d'Un adolescent d'autrefois a dîné chez celui du Temps retrouvé, chez lui, rue Hamelin, le 28 février 1921, dîner qui s'est prolongé dès le lendemain par un échange de lettres. Ce soir-là, il est à peu près impossible que François Mauriac n'ait pas été introduit auprès de Marcel Proust par Céleste Albaret elle-même, puisque tout le monde devait passer par elle pour accéder à l'écrivain, qu'elle ne s'absentait jamais, et certainement pas un soir où "Monsieur Proust" recevait – événement rare, donc considérable.
Comment, dans ces conditions, François Mauriac aurait-il pu dire à Céleste Albaret, quelques années plus tard, qu'il était heureux de la connaître enfin ? Un de ces jours, il faudra bien que les morts s'expliquent, une bonne fois pour toutes !
samedi 28 février 2009
Connaissez-vous la tartiflette light ?
À Renaud Camus, qui doit mourir de faim, à l'heure qu'il est...
Pour ceux qui sont soucieux de leur ligne, ce que m'a servi l'Irremplaçable ce soir est une véritable bénédiction. Voici donc, en première mondiale, la recette de la tartiflette light.
Vous prenez une recette de tartiflette traditionnelle, dont vous conservez le fromage (on peut remplacer le reblochon par un vacherin : c'est bien aussi), les lardons et le vin d'Arbois. Mais – et tout est là – vous remplacez la moitié des pommes de terre par des carottes coupées en rondelles. Le résultat est stupéfiant : au lieu des 5000 calories auxquelles vous êtes habitués, mes drôles, votre plat dégringole dans les abysses pour se stabiliser aux alentours de 4700 calories – à peine, même.
Merci qui ?
Vous prenez une recette de tartiflette traditionnelle, dont vous conservez le fromage (on peut remplacer le reblochon par un vacherin : c'est bien aussi), les lardons et le vin d'Arbois. Mais – et tout est là – vous remplacez la moitié des pommes de terre par des carottes coupées en rondelles. Le résultat est stupéfiant : au lieu des 5000 calories auxquelles vous êtes habitués, mes drôles, votre plat dégringole dans les abysses pour se stabiliser aux alentours de 4700 calories – à peine, même.
Merci qui ?
Comme un parfum de violette
Je me suis replongé dans les souvenirs de Céleste Albaret un peu comme on rentre à la maison, sachant que ne m'y attendait aucune surprise, mais un confort tranquille et rassurant. J'avais tort : on ne retient jamais tout, des livres lus plusieurs fois. C'est ainsi que, tout à l'heure, j'ai eu l'étonnement de (re)découvrir que cette Lozérienne, née en 1891, dans un petit village qu'elle n'a jamais quitté avant son mariage, en 1913, que cette petite Céleste dont le prénom même dégage comme un parfum léger de violette voussoyait sa propre mère. Était-elle une exception, ou bien faut-il croire que dans cette "France d'avant", le voussoiement était répandu au point d'être pratiqué dans les campagnes les plus profondes ? Si vous avez des lumières sur la question, ce ne sera pas de refus...J'avais également oublié qu'un jour (c'est-à-dire une nuit), Marcel Proust avait vivement poussé sa servante à tenir son journal, précisant même qu'elle devrait le lui faire lire chaque jour, et qu'il l'annoterait alors de sa main. Et on se prend à rêver de ce qu'aurait pu être un tel livre, si Céleste avait obéi à Monsieur Proust...
Afin de l'encourager dans cette voie, Proust lui explique alors qu'après sa mort on viendra la voir du monde entier pour la faire parler de lui, et que son journal annoté vaudra une fortune. Preuve que la fameuse "modestie" proustienne s'arrêtait aux rives de la création littéraire, au-delà desquelles l'écrivain savait parfaitement quelle était sa valeur.
vendredi 27 février 2009
Ode bavarde à Marcellin Dieumegard
Marcellin fauchait ; on suppose. Qu'aurait-il fait d'autre ? Ah... Oui, peut-être... Il porte une blouse gris bleu, et M. Joliette, le marchand de couleurs de la rue du Paradis, le rabroue. Parce qu'il vient tout juste de l'engager, sur l'insistance de Suzanne Charlotte Léontine Maumariée, la mère de Marcellin, sa cousine à lui - on l'appelle couramment Léontine. Auguste Joliette se retient de soupirer : Marcellin ressemble bien à son père, tiens : Kléber Dieumegard, le cadet du Dieumegard de la ferme des Laumes, au-delà des marais, sur la route de La Roche. Pas vraiment fainéant, Kléber, ça non ! Pas deux comme lui, pour botter la paille. Mais une tête pleine de vent, à croire. Des yeux toujours ailleurs. Pour le mariage, personne n'était trop d'accord, à l'époque ; avec cette fille venue des Sèvres, mais enfin, il a épousé la Léontine et nul n'a rien dit, d'autant que le Marcellin était déjà dans le tiroir, d'après ce qu'on a dit.
Si on en croit M. Duflers, l'instituteur des Yons, Marcellin aurait pu aller loin, il avait les capacités. En 1902, après le certificat, il a même été question qu'il pousse jusqu'à Niort – M. Duflers s'est battu comme un diable, pour la bourse, à ce qu'il paraît : au moment de sa retraite – payée par l'État, hein ! –, il a même dit que c'était son gros regret, le Marcellin ; "une tache sur ma carrière" : voilà ce qu'il a lâché, l'instituteur.
Kléber Dieumegard, il avait autre chose dans l'idée, pour son fils. Peut-être que si la Léontine lui en avait donné d'autres, il aurait laissé le Marcellin lui échapper. Après tout, quand t'as assez de fils pour ce que le Bon Dieu t'a donné en partage, tu peux bien en laisser un aller vagabonder, suivre les chemins de sa tête. Mais, lui, le Kléber, il avait que Marcellin ; à cause de la faiblesse de Léontine : elles sont nombreuses, comme ça, à Jadouville, on l'avait pourtant prévenu.
Kléber a dit non. M. Duflers a eu beau enfler la voix, et Léontine prendre parti contre lui, il est resté ferme : « Je n'ai qu'un fils, il fera ce que je lui dis ! » Et, malgré les regards implorants de sa mère, vus en coin, brûlants, Marcellin s'est tu. Il pense que c'est pure soumission à son père – qu'il a très envie de tuer, le soir, quand il essaie de s'endormir, et que les ronflements montent de sous son lit, ces grognements irréguliers qui donnent l'impression de la mort justement, mais toujours déçue, car le lendemain matin, le jour à peine... Kléber debout, aussi ridé que s'il avait toujours vécu : qu'est-ce que vous voulez faire contre ça, une telle immobilité ?
Marcellin est resté un fils ; malgré la force qu'il sent dans ses bras, ses cuisses, partout dans son corps, lorsque, tabassé par le soleil de juin, vertical, il brasse des fourchées de paille légère , qui pèsent tant qu'elles peuvent. Son père n'est jamais loin : à gauche, à droite ; un pas en avant de lui (et il ne s'en aperçoit pas, à cause de la sueur, et parce qu'il tremble, le bout du sillon est loin, on le regarde sans doute), ou en arrière – cela arrive, après le déjeuner –, et alors il se demande ce que signifie ce sourire idiot sur ses propres lèvres perlées.
À 22 ans, Marcellin a trouvé le courage. À cause des nattes si particulières de Berthe. D'abord, il ne l'a pas trouvée si jolie que cela ; en fait, il ne l'a même pas vue, la faute du bruit, de son peu d'envie d'y venir, à cette fameuse fête d'Yvécourt. Quand Robert Maurois, le fils (soi disant le fils : tout le monde connaît sa mère...) du Maurois forgeron d'Hauteville, a fait remarquer – avec son sourire par en dessous – que la Berthe devait être meilleure que ce qu'elle paraissait, Marcellin a été le premier surpris du contact retentissant de sa main gauche sur la joue droite du Maurois – et encore plus étonné de regard respectueux que les quatre ou cinq autres ont fait converger sur lui. On lui aurait demandé, il aurait été été incapable de dire pouquoi, mais il tourna le dos à ses amis de communale et piqua droit sur Berthe, qui ne s'était rendu compte de rien et, dans le même temps, se sachant laide, ou l'ayant cru, se sentait au bord des larmes de se savoir là, dans ce pré bordant le village où elle ne se trouvait aucun emploi, s'attendant d'une seconde à l'autre à déclencher les rires huileux et rouges des garçons, et ceux , contrapunctiques, de ses meilleurs amies de toujours.
Il ne lui arriva rien de tout cela. Cette frairie ordinaire et annuelle devait rester la clé de voûte de toute l'existence de Berthe Dieumegard, mariée durant deux ans, tremblante pendant les trois premiers mois d'un plaisir évoqué sous le préau, inquiète durant neuf de son intensité, puis veuve jusqu'à une époque qu'elle ne comprenait plus, mais dont elle a ri avec ses petits-enfants jusqu'à sa dernière nuit, en sachant que nul, jamais ne se souviendrait de... Enfin, ne reverrait cet homme ruisselant, sur la charrette, la fourche à la main, si beau, et cette odeur de sueur fraîche... Personne – elle sourit à ses petits-enfants, qui vivent dans une autre époque qu'elle.
Pendant ce temps, Marcellin Dieumegard décide de secouer le joug qu'il croit peser sur ses épaules. Nul ne sait ce qui s'est dit, ce soir-là, entre son père, Kléber, et lui. Bien sûr, je pourrais décrire la salle où a eu lieu cette scène, cette minuscule scène. Mais, en vérité, elle pourrait bien s'être déroulée ailleurs, ou ici même, mais avec d'autres silencieux marqués d'une simple croix.
Que reste-t-il ? Marcellin Dieumegard, 23 ans, triomphant, enfin homme : son père, Kléber, a plié : il ne sera pas garçon chez Auguste Joliette, le marchand de couleurs. Il continuera à faire les moissons,, à ensemencer en septembre, à réparer les clôtures l'hiver, à ensemencer Berthe lorsque l'envie les en prendra – et il va de soi qu'elle leur en prendra souvent ; et même toujours : pourquoi le monde changerait-il ?
Lorsque le clocher sonne, Marcellin Dieumegard continue de charrier les meules miroitantes. Il doit finir, Berthe l'attend, il n'a pas le temps de compter les coups au clocher. De toute façon, il sait aussi bien que les autres, les glaneurs, qu'il est cinq heures du soir. Qu'est-ce que ça peut leur foutre que M. le curé devienne fou, et que sonnent six, sept heures ? Huit, neuf...
Si on en croit M. Duflers, l'instituteur des Yons, Marcellin aurait pu aller loin, il avait les capacités. En 1902, après le certificat, il a même été question qu'il pousse jusqu'à Niort – M. Duflers s'est battu comme un diable, pour la bourse, à ce qu'il paraît : au moment de sa retraite – payée par l'État, hein ! –, il a même dit que c'était son gros regret, le Marcellin ; "une tache sur ma carrière" : voilà ce qu'il a lâché, l'instituteur.
Kléber Dieumegard, il avait autre chose dans l'idée, pour son fils. Peut-être que si la Léontine lui en avait donné d'autres, il aurait laissé le Marcellin lui échapper. Après tout, quand t'as assez de fils pour ce que le Bon Dieu t'a donné en partage, tu peux bien en laisser un aller vagabonder, suivre les chemins de sa tête. Mais, lui, le Kléber, il avait que Marcellin ; à cause de la faiblesse de Léontine : elles sont nombreuses, comme ça, à Jadouville, on l'avait pourtant prévenu.
Kléber a dit non. M. Duflers a eu beau enfler la voix, et Léontine prendre parti contre lui, il est resté ferme : « Je n'ai qu'un fils, il fera ce que je lui dis ! » Et, malgré les regards implorants de sa mère, vus en coin, brûlants, Marcellin s'est tu. Il pense que c'est pure soumission à son père – qu'il a très envie de tuer, le soir, quand il essaie de s'endormir, et que les ronflements montent de sous son lit, ces grognements irréguliers qui donnent l'impression de la mort justement, mais toujours déçue, car le lendemain matin, le jour à peine... Kléber debout, aussi ridé que s'il avait toujours vécu : qu'est-ce que vous voulez faire contre ça, une telle immobilité ?
Marcellin est resté un fils ; malgré la force qu'il sent dans ses bras, ses cuisses, partout dans son corps, lorsque, tabassé par le soleil de juin, vertical, il brasse des fourchées de paille légère , qui pèsent tant qu'elles peuvent. Son père n'est jamais loin : à gauche, à droite ; un pas en avant de lui (et il ne s'en aperçoit pas, à cause de la sueur, et parce qu'il tremble, le bout du sillon est loin, on le regarde sans doute), ou en arrière – cela arrive, après le déjeuner –, et alors il se demande ce que signifie ce sourire idiot sur ses propres lèvres perlées.
À 22 ans, Marcellin a trouvé le courage. À cause des nattes si particulières de Berthe. D'abord, il ne l'a pas trouvée si jolie que cela ; en fait, il ne l'a même pas vue, la faute du bruit, de son peu d'envie d'y venir, à cette fameuse fête d'Yvécourt. Quand Robert Maurois, le fils (soi disant le fils : tout le monde connaît sa mère...) du Maurois forgeron d'Hauteville, a fait remarquer – avec son sourire par en dessous – que la Berthe devait être meilleure que ce qu'elle paraissait, Marcellin a été le premier surpris du contact retentissant de sa main gauche sur la joue droite du Maurois – et encore plus étonné de regard respectueux que les quatre ou cinq autres ont fait converger sur lui. On lui aurait demandé, il aurait été été incapable de dire pouquoi, mais il tourna le dos à ses amis de communale et piqua droit sur Berthe, qui ne s'était rendu compte de rien et, dans le même temps, se sachant laide, ou l'ayant cru, se sentait au bord des larmes de se savoir là, dans ce pré bordant le village où elle ne se trouvait aucun emploi, s'attendant d'une seconde à l'autre à déclencher les rires huileux et rouges des garçons, et ceux , contrapunctiques, de ses meilleurs amies de toujours.
Il ne lui arriva rien de tout cela. Cette frairie ordinaire et annuelle devait rester la clé de voûte de toute l'existence de Berthe Dieumegard, mariée durant deux ans, tremblante pendant les trois premiers mois d'un plaisir évoqué sous le préau, inquiète durant neuf de son intensité, puis veuve jusqu'à une époque qu'elle ne comprenait plus, mais dont elle a ri avec ses petits-enfants jusqu'à sa dernière nuit, en sachant que nul, jamais ne se souviendrait de... Enfin, ne reverrait cet homme ruisselant, sur la charrette, la fourche à la main, si beau, et cette odeur de sueur fraîche... Personne – elle sourit à ses petits-enfants, qui vivent dans une autre époque qu'elle.
Pendant ce temps, Marcellin Dieumegard décide de secouer le joug qu'il croit peser sur ses épaules. Nul ne sait ce qui s'est dit, ce soir-là, entre son père, Kléber, et lui. Bien sûr, je pourrais décrire la salle où a eu lieu cette scène, cette minuscule scène. Mais, en vérité, elle pourrait bien s'être déroulée ailleurs, ou ici même, mais avec d'autres silencieux marqués d'une simple croix.
Que reste-t-il ? Marcellin Dieumegard, 23 ans, triomphant, enfin homme : son père, Kléber, a plié : il ne sera pas garçon chez Auguste Joliette, le marchand de couleurs. Il continuera à faire les moissons,, à ensemencer en septembre, à réparer les clôtures l'hiver, à ensemencer Berthe lorsque l'envie les en prendra – et il va de soi qu'elle leur en prendra souvent ; et même toujours : pourquoi le monde changerait-il ?
Lorsque le clocher sonne, Marcellin Dieumegard continue de charrier les meules miroitantes. Il doit finir, Berthe l'attend, il n'a pas le temps de compter les coups au clocher. De toute façon, il sait aussi bien que les autres, les glaneurs, qu'il est cinq heures du soir. Qu'est-ce que ça peut leur foutre que M. le curé devienne fou, et que sonnent six, sept heures ? Huit, neuf...
jeudi 26 février 2009
Pour laver l'horrible affront des croisades
L'idée m'est soudain venue, alors que je flânais sur le blog d'un professeur de gauche (je sais : pléonasme.) qui m'est néanmoins fort sympathique ; preuve que, contrairement à ce qu'un vain peuple pense, je n'ai rien contre les handicapés. Mais glissons.Une idée m'est venue, disais-je ; ou plutôt, c'est un véritable affront à nos minorités visibles qui m'est soudain apparu, un crachat à la face radieuse de la diversité, une crotte de nez déposée sur le revers de veston du vivre-ensemble.
Car, tout à trac, j'ai pensé à la basilique Saint-Denis ; et, plus précisément, aux monstruosités qu'elle renferme encore et qui sont une insulte quotidienne – que dis-je ? Permanente ! – à toutes les chances-pour-la-France qui peuplent le département alentour. Je veux parler de ces rois abjects qui ont appelé aux croisades, et dont les tombeaux exhalent encore les relents nauséabonds (ça y est, je l'ai placé !) d'une époque répugnante.
C'est intolérable, ces gisants z'immondes, cette provocation intolérable, ce rappel d'un génocide qui jamais ne fut puni. Je suggérais alors, à mon aimable correspondant, de profiter de ce qu'il était chargé d'éduquer ces chères têtes brunes pour leur inspirer une action radicale et collective afin que cesse ce scandale. Dehors, les Philippe à sceptre et les Louis couronnés ! On brûlera leur absence de cadavres, un grand bûcher réconciliatoire (ne cherchez pas : je viens de l'inventer) autour duquel on dansera la bourrée de la tolérance et la gigue du partage des cultures ; mais avec quelques lâchers de ballons, une courses de rollers et des stands merguez-frites, pour donner un côté festif à la grande fraternité des victimes contre leurs bourreaux d'hier.
Dans la foulée, dans l'ivresse de cette dignité reconquise, pourquoi ne pas aller plus loin ? Plus vite ? Plus beau ? Plus moderne ? Démontons pierre par pierre cette foutue basilique, symbole que plus personne ne veut voir, pour aller éventuellement la remonter dans quelque coin perdu de la Françmoisie, et accordons son indépendance au 9-3.
Ensuite, chaque année, pour commémorer l'événement fondateur, sur l'esplanade vide, enfin rendue au peuple libéré de ses chaînes, on organisera une grande manifestation fraternelle : un gigantesque Intervilles opposant – mais pour rire, pour le plaisir d'être ensemble – Saint-Denis (rebaptisée) à Gaza.
Le temps venu d'armer les Justes
« On ne compose pas avec le fanatisme, telle est enfin la leçon qu'en pleine épidémie de chauvinisme barrésien nous donne Proust. La ruse du fanatisme consiste à invoquer le caractère respectable des causes qu'il prétend servir – salut du peuple, grandeur nationale, prospérité, inhumation de ses propres victimes – pour imposer silence à ceux qui le dénoncent précisément à cause de cette imposture. C'est pourquoi on ne doit pas transiger avec l'injustice, ni se mettre en position d'attente devant le mensonge, ne faire des concessions à la violence, ni sa part à l'intolérance. L'intolérance, par définition, ne compte pas sur des arguments, des "échanges d'idées" avec ses adversaires pour s'imposer, mais sur des positions de force, les seules sur lesquelles elle puisse s'appuyer et qu'elle puisse élargir. S'imaginer que si on évite de la brusquer elle va s'apaiser d'elle-même, c'est s'incliner devant un besoin d'expansion par définition insatiable puisque non fondé en droit et en raison. Cette naïve tactique est un suicide : les préjugés ne sont jamais reconnaissants. »Jean-François Revel, Sur Proust, p. 124-125, Grasset - Les Cahiers Rouges.
mercredi 25 février 2009
Les allées de Combray
L'écoute récente de Swann lu par André Dussolier, que j'ai évoquée rapidement ici, m'a donné envie de rester avec Proust. Mais sans toutefois me replonger dans La Recherche, trouvant que cela ferait en quelque sorte double emploi avec la lecture du comédien, qui se poursuit à son rythme. J'ai donc choisi de tourner autour, de l'apercevoir de loin, tel le clocher de Martainville lorsqu'on choisi d'aller se promener du côté de Méséglise. Je flâne dans les allées de Combray, mais en évitant la petite maison, si ordinaire, de la tante Léonie, qui doit m'épier de sa fenêtre.J'ai commencé par relire la biographie de Jean-Yves Tadié (Gallimard), qui est de loin la meilleure des trois que je connais – et aussi la plus récente. Celle de Painter, qui a l'immense mérite d'être la première, est entachée de basse psychanalyse, et celle de Diesbach m'a paru, lors de ma seule lecture, sans grand intérêt.
J'ai enchaîné avec le Sur Proust de Jean-François Revel (Grasset). Si certains d'entre vous, comme il m'arrive parfois, se sentent menacés de proustolâtrie, ce petit livre est pour eux : bien qu'admirateur de l'écrivain, Revel n'hésite pas à pointer ses faiblesses (en disant pourquoi, à son avis, ce sont des faiblesses) autant que ses grandeurs, quitte à prendre à rebrousse-poil une critique un peu trop déférente – ou impressionnable. Bref, il aère salutairement la chambre de tante Léonie. Il casse aussi quelques bibelots, ce butor, lorsqu'il place Zola au-dessus de Balzac, mais il est dans son droit : après tout, c'est son livre. Une petite citation, pour se mettre en bouche :
« On pardonne plus facilement à un auteur de ne pas répondre aux questions qu'on se pose que d'en soulever d'importantes qui ne nous concernent pas, et qui pourtant devraient intéresser tout homme : il apporte la preuve de notre pauvreté. »
Reprenons. En fin de journée, je suis revenu à Tadié et j'ai repris son Proust et le roman, qui est sa thèse de doctorat, plus ou moins remaniée je présume (mais je n'en sais rien) et publiée par Gallimard en 1971. Lecture plus aride que les deux précédentes, on s'en doute. Je me suis gardé le plus savoureux (parce qu'on ne va tout de même pas passer l'année sur Marcel), avec le Monsieur Proust de Céleste Albaret (Belfond, je crois : j'ai la flemme de me lever pour vérifier), laquelle fut, comme nul n'ignore, la gourvernante de l'écrivain, de 1913 à 1922, date de sa mort (celle de Proust). Oscar Wilde, à qui on demandait quel fut le plus triste événement de sa vie, répondit : « La mort de Lucien de Rubempré dans Splendeurs et misères des courtisanes. » Moi, c'est le récit des dernières heures de Proust par Céleste que je n'ai jamais pu relire sans me mettre à brailler comme un veau.
En revanche, après avoir enterré l'autre petit con pommadé et suffisant de Rubempré, j'ai tapé le pastis comme si de rien n'était. Comme quoi, hein...
mardi 24 février 2009
Le père et le fils sont dans un cimetière
Le cimetière est militaire, le père l'est aussi, ou plutôt le fut. Il est peuplé de morts allemands, tombés durant les combats qui ont eu lieu autour de Sedan, lors des deux conflits mondiaux ; on leur rend hommage néanmoins, poussés par une vague fraternité de destins, et aussi par la communauté du sort attendu. Ils sont plus de vingt mille à être tombés là, sur ces hauteurs panoramiques, dix fois prises, perdues et reconquises. Le temps aidant, ils sont devenus semblables à nous, comme si la terre d'Ardennes, se les incorporant, les avait naturalisés. Après tout, ils n'étaient pas moins voisins de ces contrées que le Breton, le Limousin ou le Provençal qui reposent dans le cimetière français tout proche du leur.
Le père et le fils errent parmi les tombes, comme s'ils cherchaient quelque chose sans bien savoir quoi. Les phrases du père se font plus espacées, le fils continue de ne rien dire – parce qu'il sent qu'il ne parviendrait sans doute pas à accorder les mots. Bientôt, ils sont rejoints pas les femmes : comme elles sont du côté sonore de la vie, les bruissements qui montaient du sol herbu s'évaporent dans l'air immobile ; et le fils se remet à parler. Mais il y aura eu ce silence de quelques minutes, chargé d'ombre et de froid.
On est reviendu
Retour des Ardennes hier, vers cinq heures du soir. Après deux jours passés à sauter allègrement d'un apéritif à l'autre, ce qui suffira à expliquer la brièveté de ce billet – en clair, on est méchamment décalqué. Samedi après-midi, belle et impressionnante visite de plusieurs cimetières militaires des deux guerres mondiales, sur laquelle je reviendrai probablement dans les jours qui viennent ; aujourd'hui, on cuve...
vendredi 20 février 2009
Le vieux con redevient enfant (durant deux jours)
Demain matin, très tôt, nous partons. Pour Sedan, Ardennes, où vivent mes parents. Donc, durant deux jours (nous rentrerons lundi en fin de journée – c'est ce qui est prévu), votre vieux con préféré va redevenir (à sa propre consternation) un petit enfant privé de volonté et finalement content de l'être. Il va forcément, à un moment ou l'autre, se dire qu'il est tout de même un gros enculé, vu qu'il n'est pas allé à Sedan depuis cinq ans (s'est-il aperçu aujourd'hui à sa propre consternation, là encore : on est très consterné, dans cette histoire). C'est normal : à 50 ans, cinq ans ne sont pas grand-chose. À 77 ans – l'âge de Christiane et Daniel – déjà davantage. Et que pensent-ils de leur fils aîné, qui reste une demi-décennie sans venir les voir chez eux (on s'est vu ailleurs, certes) ? Bien sûr, ils ne protestent pas – ce sont des parents, ils pensent peut-être sérieusement que j'ai des choses plus importantes à faire que de les aller visiter. Néanmoins, ils doivent bien, de temps à autre, le soir, parler de moi, non ? Évoquer mon existence, au moins. Se rappeler le temps de leur jeunesse, dont je fus seul à faire partie. Ils doivent même – je le crains – trouver de bonnes raisons à mes absences. Se dire que j'ai du travail. Du travail, n'est-ce pas...Je sais bien que je paierai tout cela au prix fort ; un de ces jours prochains.
Demain, si j'appuie sur ce bouton, je serai maître du monde

Pour la seconde fois en deux semaines, l'une de mes macérations corticales fait la "une" de Marianne2, grâce, je suppose, à l'excellent Philippe Cohen (Il faut que je tienne mes fiches à jour sinon, avec Marc et d'autres, je vais finir par me mélanger dans mes Cohen). On comprendra qu'après trente ans de presse, je ne tire plus aucune gloire de lire mon nom imprimé au bas (ou au haut) d'un article. En revanche, les commentaires que de telles publications suscitent me passionnent et me réjouissent : je vous conseille de ne les point sauter.
Bref, c'est ici.
(Merci à Antoine de m'avoir signalé la chose.)
Bref, c'est ici.
(Merci à Antoine de m'avoir signalé la chose.)
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