dimanche 6 janvier 2013

Adieu, Roselyne ! Bonjour, Liselotte !


Attention, ce billet présente un taux élevé de beaufitude : n'oubliez pas de manger cinq fruits et légumes par jour afin de compenser cet excès.

Eh bien voilà, la connerie est faite ! À l'heure où le socialisme installe la pauvreté partout ; où l'écrivain en bâtiment, devenu émérite, a vu ses revenus se diviser gentiment par deux afin de prendre moins de place sur le compte bancaire, c'est le moment que nous avons choisi pour faire entrer chez nous ce monstre de bourgeoisisme satisfait, voire un brin arrogant. Généralement, à cause d'Ikéa, on pense que les Suédois font systématiquement dans le bon marché : je puis vous dire qu'il n'en est rien. En revanche, délicate attention de leur part, pour tout achat d'une Volvo, des heures de lectures passionnantes vous sont offertes, puisque le manuel d'utilisation et d'entretien de la berline en question compte tout de même quatre cents pages (bien lire : 400) ; heureusement il y a des images et de jolis dessins. On est allé l'essayer hier : je confirme qu'il s'agit bien d'une automobile, qui se manœuvre exactement comme toutes les automobiles qu'il m'a été donné de conduire jusqu'à ce jour – mais avec des tas de choses qui clignotent et qui font biiip ! : c'est une automobile de Noël.

Comme la française Mégane avait été par nous baptisée Roselyne, il a été décidé que la scandinave V 70 serait prénommée Liselotte. À moins que l'ordinateur de bord ne s'y oppose.

jeudi 3 janvier 2013

La fainéantisation du pic et la solidarité volatile


Sous prétexte que, quatre ou cinq fois durant l'été et le début de l'automne, cet écureuil était venu faire le zouave dans les branches du cerisier, nous lui avons installé, dans la fourche basse de l'essence en question, une sorte de boîte cylindrique, grillagée sur son périmètre et ouverte à ses extrémités, dans laquelle nous avons glissé une poignée de noisettes, achetées exprès pour lui – c'était en novembre. L'écureuil ne s'y est point montré ; en revanche, un pic épeiche arrivé de contrées inconnues s'est invité au banquet, voilà trois ou quatre semaines. Depuis, il vient tous les jours et consomme les fruits à une vitesse soutenue, au point que nous commencions, ce matin, à nous inquiéter d'une possible explosion de notre budget animalier, façons dépenses publiques en régime socialiste. « Mais enfin, il ne fait pas froid ! Il doit tout de même être capable de trouver des insectes en frappant l'écorce des arbres de son bec ! », s'est exclamée Catherine, à deux doigts de couper les vivres à l'oiseau. Je lui ai alors soumis l'hypothèse d'une rapide fainéantisation du pic : pourquoi irait-il cogner comme un sourd contre les arbres de son bosquet natal, pour un résultat aléatoire, alors que, chez nous, il suffisait de passer la tête dans la boîte magique, toujours abondamment pourvue en délicieuses noisettes, introuvables par chez lui ?

J'arrête là le récit de cette anecdote, car chacun voit bien qu'aucun parallèle n'est possible avec la condition humaine – or seul l'humain intéresse l'auteur de ce blog, on le sait. Pour qu'il pût s'en établir, des parallèles, il faudrait que, d'ici huit ou dix jours, se considérant désormais chez lui, le pic vînt frapper au carreau de la porte-fenêtre de façon comminatoire sitôt que les noisettes viendraient à manquer durant quelques heures ; ou bien qu'il exigeât une mangeoire plus conforme, couleur et matériau, à ce qu'il était habitué à trouver (mais à trouver vide) chez lui ; il faudrait aussi qu'il se formât une association de mésanges bleues, un collectif de chardonnerets, un mouv' de sitelles en colère, qui se mettraient, à notre moindre sortie hors de la maison, à nous fienter sur la fontanelle pour protester contre les diverses humiliations par nous infligées à ce malheureux pic épeiche venu d'ailleurs – le fait que nous refusions de concasser les noisettes avant de les lui donner n'étant pas la moindre ; enfin, le front de libération des pinsons nous enjoindrait de faire venir rapidement d'autres pics, afin de remédier à la misère morale et à la solitude affective de celui-ci. Tout ce petit peuple insurrectionnel finirait par détruire ses propres mangeoires à graines de tournesol par solidarité volatile, cependant que le pic, indifférent, continuerait de gloutonner ses noisettes.

Dans le même temps, mais personne n'aurait plus le loisir ni le cœur de s'en soucier, l'écureuil continuerait de se geler les noix on ne sait où.

La mort escamotée


« Le parti de l’In-nocence est profondément choqué par le silence qui a entouré, en Allemagne et bien sûr en France, la mort à quatre-vingt-onze ans, le 4 décembre dernier, de Mme Suzanne Zeller-Hirzel, haute et belle figure de la résistance au nazisme, et qui était la dernière représentante vivante de “Die Weiße Rose”, La Rose blanche, groupe d’étudiants munichois fondé par Hans et Sophie Scholl, exécutés par le pouvoir hitlérien le 22 février 1943. On aurait imaginé qu’une femme auréolée de pareil passé d’héroïsme et d’attachement aux valeurs humanistes et de liberté serait honorée et célébrée lors de son décès, en Allemagne et dans toute l’Europe, comme un magnifique exemple pour toutes les générations. Cependant Suzanne Zeller-Hirzel n’a pas seulement résisté au nazisme dans sa jeunesse, elle a aussi résisté, dans sa vieillesse, à l’islamisation de sa patrie et du continent. Et, apparemment, ceci efface cela : à telle enseigne, on le constate, que la mort civile et médiatique qu’on sait qui frappe dans nos pays tous les opposants à la montée de l’islam s’abat sur la mort elle-même, passée sous silence, et sur les plus pures références du combat contre la terreur et la tyrannie. »

Ici.

mercredi 2 janvier 2013

L'année dernière où vous voudrez


Aujourd'hui, ma mère a 80 ans. Mais ce n'est pas dans le journal.

mardi 1 janvier 2013

Survivance ou les quatre âges de l'humanité


Le roman d'Alain Monnier (éditions Climats) est sous-titré Les Fargier (1895 - 2060). S'agit-il de science-fiction pour autant ? Hélas, non. Je dis hélas” pour nous, les encore vivants. Survivance raconte l'histoire de quatre générations, de quatre hommes dont chacun est le fils aîné du précédent. Tous portent le même étrange prénom : Ordivicien. Et chacun représente, résume l'un des âges de l'Humanité.

Ordivicien 1er s'est autoproclamé roi d'Auricanie, une petite île située au large du Chili. Il vit dans une sorte d'éternité pré-historique, entouré de sa cour (des Français tous plus ou moins en rupture de ban à qui il a su persuader de tenter l'aventure avec lui), et des “sauvages” avec lesquels ces expatriés édéniques vivent en bonne harmonie. Rien n'est tout à fait réel en ce royaume, hormis le meurtre fratricide qui a présidé à sa fondation : girardien de stricte observance, Ordivicien 1er tient à la fois de Caïn et de Romulus. Le roman commence lorsque ce roi irréel décide qu'il est temps de quitter l'imaginaire pour entrer dans l'Histoire : nous sommes alors en 1915 et Ordivicien 1er, d'un même élan, déclare la guerre à la Prusse et envoie une armée d'une vingtaine d'hommes combattre en Europe. Chute adamique.

Ses descendants, Ordivicien II, son fils, et Ordivicien III, son petit-fils, vont payer lourdement cette sortie du paradis. Le premier en pataugeant dans les bourbiers de l'Histoire : préfet de Vichy, il aide également la Résistance, avant d'y entrer lui-même, puis de voir sa statue déboulonnée par les chercheuses de poux idéologiques. Quant à son fils, descendu encore d'un cran pour devenir un des rois de l'économie capitaliste, il lui revient de préparer la sortie hors Histoire de l'humanité, notamment en finançant les recherches scientifiques débouchant sur l'immortalité, c'est-à-dire un cauchemar étale. Dernier de la lignée, Ordivicien IV ne vit plus, comme de plus en plus d'humains, que par écran interposé, les yeux agrippés à son compteur de visites, pardon : à son nombre de connectés. Toute vie est devenue virtuelle, ou semble l'être. Le passé est aboli, l'avenir tout autant, la violence véritable également.

Les quatre récits se déroulent simultanément, en courts chapitres, les uns et les autres se répondant sans cesse et s'interpénétrant. Chacun est écrit dans un genre propre : les “faicts et dicts” d'Ordivicien 1er sont racontés par le chroniqueur officiel de son royaume, sorte de Froissart extatique ; son fils est connu par la biographie qu'a édité son frère après sa mort ainsi que par deux ou trois articles de presse ; le troisième Fargier du nom rédige une sorte de testament spirituel. Le dernier de la lignée est le seul à avoir droit à un récit en style direct ; mais c'est aussi le seul qui ne vit rien de réel…

Survivance est bien le roman d'une double désappropriation : celle de l'Histoire et celle de la mort. Lesquelles sont sacrifiées au profit de la recherche toujours plus impérieuse d'un bonheur total, global, sans plus d'avenir que de mémoire. C'est pourquoi, à son propos, il est déjà trop tard, il me semble, pour parler de “science-fiction”.

dimanche 30 décembre 2012

Bonne année, les blogueux !

Ils se croyaient bien tranquilles, dans leur petit pré carré, protégés ad vitam par le barré tricolore de leur carte de presse, laquelle ne vaut pas plus que son poids de plastique, mais suffit encore à impressionner quelques gogos d'arrière-province. Ils dînaient en ville tous les soirs, entre eux le plus souvent, ou en compagnie d'une danseuse politique vieillissante qui, à force de minauderies et de privautés buccales, leur donnait facilement l'illusion de jouer dans la cour des grands.

Ils étaient l'information, ils étaient la presse, ils étaient tout à la fois la liberté et ses garants. Ils voulaient le beurre et l'argent du beurre, les obtenaient sans difficulté. L'argent était souvent liquide, le beurre en motte - ce dernier leur étant fort utile pour se lubrifier la déontologie quand le directeur de la rédaction, au nom d'intérêts supérieurs, exigeait d'eux qu'ils revoient leur copie.

Ils savaient, pratiquement par décret, par constitutive aptitude, ce qui est bon pour le peuple, et aussi ce qui est mauvais pour lui - ils ne se faisaient jamais faute de le lui rappeler, au peuple, d'une voix doctorale et apaisante, mais qui savait aussi se montrer sévère en cas d'avis de tempête. Lorsque le bon devenait mauvais, et l'inverse, au hasard d'un changement d'équipe gouvernementale, ils tournaient leur clavier dans l'autre sens et continuaient de dispenser la bonne parole. Et le rêve continuait, un état de grâce perpétuel.

Ils s'appelaient eux-mêmes des journalistes. Ils revendiquaient une parfaite connaissance du terrain. Et l'habitude fut prise, en effet, de les nommer ainsi et de leur concéder ce mystérieux savoir d'arpenteur.

Or, il advint qu'un matin, d'autres voix se firent entendre, d'abord très faibles, puis de plus en plus audibles. Des voix non autorisées, pas encartées le moins du monde, qui ne prenaient pas leurs ordres au Château. Tels de joyeux barbares abattant les statues de César et faisant rôtir les oies du Capitole, les blogueurs prirent possession de l'espace public, ou, tout au moins, s'y répandirent, firent des émules, s'armèrent de porte-voix et en profitèrent pour rire de tout, de chacun, et même des journalistes.

Les folliculaires prirent très mal cette intrusion d'une parole libre, et parfois débraillée, au milieu de leurs discours policés, de leurs délicates musiques d'antichambres. Bientôt, ils brandirent des chartes comme des baïonnettes, exigèrent des lois, les obtinrent ; elle furent inopérantes. Gambadant entre les colonnes de leurs temples, les blogueurs installaient sans gêne leurs étals au pied de l'ancien autel, devant quoi plus personne ne songeait à s'agenouiller. Tout était en l'air dans le landerneau médiatique et le monde s'en moquait. Les blogueurs disaient certes beaucoup de sottises, mais au moins n'étaient-elles pas rétribuées. Et puis, les grains de vérité qui s'y mêlaient faisaient çà et là exploser quelques dents de sagesse - c'était bien réjouissant.

Quelques grands noms de la presse proposèrent d'interdire les blogs ou, au moins, de les museler aussi solidement que l'étaient leurs propres journaux. Une telle perte de sang-froid ne pouvait signifier qu'une chose : le roi était nu et chacun pouvait désormais s'en apercevoir.

La ronde continua, des blogueurs rigolards et querelleurs, cependant que de méchants courants d'air balayaient les salles de rédaction. Un autre matin, enchifrenés et chagrins, les journalistes purent constater qu'ils s'étaient mis à parler du nez. Nul ne leur tendit de mouchoir.

samedi 29 décembre 2012

Vassili Grossman et la loi mosaïque

Vie et Destin est une mosaïque, dont les éclats de couleur sont les quelques deux cents chapitres qui en composent les trois parties. Ces chapitres sont, vu leur nombre, évidemment fort courts : très peu dépassent les trois ou quatre pages, la plupart font moins, certains n'excèdent pas deux ou trois paragraphes. Par exemple, les quelques lignes que je vais recopier maintenant constituent à elles seules un chapitre (le 45ème de la première partie, p. 158 de l'édition Bouquins) :

« La fenêtre de la chambre donnait sur les barbelés du ghetto. Une nuit, Moussia Borissovna se réveilla, souleva le coin du rideau et vit deux soldats en train de tirer une mitrailleuse ; la lumière bleue de la lune jouait sur l'acier poli, les lunettes de l'officier qui marchait en tête scintillaient. Elle entendit le grondement assourdi des moteurs. Les camions approchaient du ghetto, tous phares éteints, leurs roues soulevaient des nuages de poussière argentée, et ils se déplaçaient, comme des divinités, sur leurs nuages.
« Durant les quelques minutes au clair de lune dont eurent besoin les détachements de SS et SD, les polizei ukrainiens et une colonne motorisée appartenant aux réserves du Reichssicherheitshauptamt [Direction de la sécurité du Reich], pour s'approcher de l'entrée du ghetto endormi, Moussia Borissovna put voir ce qu'était la fatalité du XXe siècle.
« Le clair de lune, le mouvement lent et majestueux des détachements en armes, les camions puissants et noirs, le tic-tac de la pendule sur le mur, le chandail, le soutien-gorge et les bas sur la chaise, la douce odeur du logis, l'impossible conciliation entre les inconciliables. »

Ce court chapitre, outre sa brièveté (ainsi que sa grande beauté et sa construction parfaite : on pourrait passer une demi-heure à le démonter pièce par pièce pour tenter de comprendre “comment c'est fait”), est caractéristique de la manière de Grossman. Cette Moussia Borissovna fait irruption dans le roman de la même manière qu'elle est tirée de son sommeil, sans qu'elle ni nous n'y ayons été préparés : on ne l'a encore jamais rencontrée, elle emplit durant une minute ou deux tout notre esprit, et aucun lecteur ne sait encore s'il la reverra jamais dans la suite de l'histoire – il en va ici comme dans la vie ordinaire.

C'est pour cela que ce long roman est en fait aussi court qu'il était possible qu'il fût, en raison de sa structure même. Il y faut du temps pour que les lignes de force apparaissent, comme le recul est nécessaire si l'on veut voir autre chose dans une mosaïque que des éclats de couleurs juxtaposés. Si l'on revient à cet Abartchouk dont je parlais hier soir, il apparaît que son acte suicidaire de dénonciation a été pour lui, effectivement, une tentative ultime pour récupérer son pouvoir de juger, de dire le bien et le mal, de redevenir un communiste à part entière. De fait, sitôt après avoir parlé, il se met à appeler “camarade” son interrogateur, ce qui est rigoureusement interdit par la loi des camps ; il est du reste repris par celui-ci, mais avec une certaine douceur

Dès le chapitre suivant, nous quittons le camp soviétique pour nous retrouver dans un wagon plombé empli de Juifs, qui traverse l'Ukraine en direction de l'un des läger nazis dressés sur le territoire polonais (à chaque arrêt du train, on entend des voix, à l'extérieur, donner des ordres en allemand…). Il n'est donc plus question d'Abartchouk. Le retrouvera-t-on ? Peut-être… Personnellement, je ne suis pas très optimiste à son sujet car, la dernière fois que je l'ai vu, c'était la nuit, il était allongé sur sa paillasse, et il lui a semblé apercevoir une ombre furtive se glisser entre les châlits…

vendredi 28 décembre 2012

Il est doux d'être inflexible


Abartchouk, personnage secondaire de Vie et Destin, est un communiste pur et dur. Il est du nombre de ces zeks qui pensent qu'à part une infime minorité victime d'une erreur judiciaire – dont eux-mêmes font bien entendu partie –, tous les forçats du goulag ont mérité le sort qui est le leur. De ce fait, ils demeurent de parfaits bolcheviks, en dépit de ce que leurs yeux peuvent voir, et que leur cerveau retransforme immédiatement et sans cesse en une autre réalité, seule assimilable par eux. Néanmoins, il se produit des ébranlements, dus à l'incroyable pression de la vie des camps, qu'ils ne peuvent ni éliminer ni intégrer. Comme par exemple lorsque Abartchouk, passant dans le coin du baraquement où les chefs des truands sont occupés à festoyer, se met à se consumer du désir d'être invité par eux ; non seulement pour pouvoir “manger quelque chose de bon”, comme il s'en fait le demi-aveu, mais surtout pour le plaisir, tout à fait inavouable lui, de pouvoir un moment parler avec ces brutes qui font la pluie et le beau temps parmi les détenus, se donner l'illusion de faire partie durant une heure des puissants. Voici ce qu'écrit Grossman à son propos (p. 144) :


« Abartchouk avait été toute sa vie implacable à l'égard des opportunistes de droite et de gauche, toute sa vie il avait haï les hésitants, les hypocrites, les ennemis objectifs.
« Sa force morale, sa foi reposaient sur le droit de juger. Il avait douté de sa femme et il l'avait quittée. Il l'avait crue incapable de faire de son fils un soldat de la révolution et il avait refusé de donner son nom à son fils. Il condamnait ceux qui doutaient, méprisait les geignards et les faibles. Il avait déféré devant les tribunaux les ingénieurs du Kouzbass qui ne pouvaient se passer de leur famille restée à Moscou. Il avait fait condamner quarante ouvriers qui avaient quitté le chantier pour retourner dans leurs villages. Il avait renié son bourgeois de père.
« Il est doux d'être inflexible. En jugeant, il affirmait sa force intérieure, son idéal, sa pureté. Là étaient sa consolation et sa foi. Il n'avait pas une fois essayé d'éviter les mobilisations du Parti. Il avait volontairement renoncé au salaire majoré des cadres du Parti. En renonçant, il s'affirmait. Il portait toujours la même vareuse et les mêmes bottes, que ce soit pour aller au travail, participer à une conférence au ministère, ou se promener sur le bord de mer à Yalta quand le Parti l'y avait envoyé pour se faire soigner. Il voulait ressembler à Staline.
« En perdant le droit de juger, il se perdait lui-même. Et Roubine le sentait. Presque tous les jours, il faisait des allusions à la faiblesse, à la peur, aux désirs pitoyables qui se glissent peu à peu dans une âme de détenu. (…)
« Quand Abartchouk voulait condamner quelqu'un mais qu'il sentait que lui aussi était coupable, quand il se mettait à hésiter, il était pris de désespoir, il ne savait plus où il en était. »


Deux pages après cet extrait, le juif Roubine, auquel il vient d'être fait allusion, est assassiné durant son sommeil (d'un gros clou enfoncé à coup de marteau dans son oreille…) par le truand qui, à l'atelier, sert d'assistant à Abartchouk. Celui-ci sait que, s'il dénonce à la fois le voleur du clou et l'assassin, il signe son arrêt de mort dans les vingt-quatre heures, et que cette mort sera lente et particulièrement cruelle. Pourtant, interrogé par l'officier opérationnel Michanine (lequel, connaissant la loi du camp, ne s'attend à aucune révélation), il le dénonce effectivement. Est-ce un commencement de rédemption ? Ou bien, en faisant son devoir jusqu'au bout, Abartchouk a-t-il voulu montrer, au péril de sa vie, qu'il restait un bolchevik inaltérable ?

J'en étais là lorsque Catherine m'a averti que les pâtes étaient cuites et que je pouvais m'avancer vers la table du dîner. Je vous tiendrai au courant, pour Abartchouk…

jeudi 27 décembre 2012

Le brouillard recouvrait la terre

La lecture des Carnets de guerre de Vassili Grossman – il fut correspondant du journal L'Étoile rouge, de 1941 à 1945, et “couvrit” la plupart des fronts, de Stalingrad à Berlin, en passant par l'Ukraine et Tréblinka – m'a, de manière quasi automatique, replongé dans Vie et Destin, ce roman prodigieux dont je crois avoir déjà parlé, mais pas assez et pas assez bien, je le crains. Une part importante des épisodes de ce livre se déroulant durant la bataille de Stalingrad, et à Stalingrad même, la connaissance des Carnets de guerre se révèle précieuse, certains personnages circulant d'ici à là, des situations déjà connues se retrouvant, mais évidemment amplifiées par la fiction – ce qui ne veut pas dire exagérées. Amplifiées notamment en raison de l'irruption du temps, et de sa manière particulière de se comporter lorsque l'homme est soumis à des conditions d'existence inédites et donc sans repères possibles pour lui. C'est un thème que Grossman aborde deux fois dans les trente premières pages, et il n'est pas anodin que l'une des scènes soit située dans les abris anti-aériens de Stalingrad, tandis que l'autre se déroule dans un camp de concentration allemand : les mises en regard des deux dictatures qui s'affrontent n'iront ensuite qu'en se multipliant et en s'approfondissant. Voici le premier passage, celui du camp (p. 14 de l'édition Robert Laffont) – le personnage dont il est question est un vieux bolchevik de la première génération, celle qui a connu les prisons tsaristes :

« (…) le problème était que des hommes comme Ossipov, Erchov, Goudz lui pesaient parfois, bien qu'ils fussent très proches. Son malheur était que bien des choses en lui-même lui étaient devenues étrangères. Plus d'une fois, retrouvant un vieil ami, il s'était aperçu malgré sa joie qu'ils étaient devenus étrangers l'un à l'autre.
« Mais comment faire quand une part de vous-même est étrangère au temps présent… On ne peut pas rompre avec soi-même.
« Au cours de ses discussions avec Ikonnikov [une sorte de “fol en Dieu”], il s'irritait, devenait grossier, se moquait de lui, le traitait de chiffe molle, de nouille, de moule. Mais, dans le même temps, il lui manquait quand il ne le voyait pas.
« C'était en cela principalement que sa situation actuelle différait de ses années de prison dans sa jeunesse.
« Quand il était jeune, tout, chez ses amis et camarade de Parti, lui était proche, compréhensible. Toute pensée, toute opinion chez ses ennemis lui semblait étrangère, monstrueuse.
« Maintenant, il retrouvait dans les pensées d'un étranger ce qui lui avait été proche dans les temps anciens, et à l'inverse il découvrait soudain des choses qui lui étaient étrangères dans les pensées de ses amis.
« “C'est parce que je vis depuis trop longtemps”, se disait Mostovskoï. »

Le second extrait parle moins de l'action du temps sur l'homme que de sa volatilité, de son aptitude à disparaître ; disparition dont on ne s'avise que rarement, mais que la pression brutale d'événements inconnus peut révéler soudain. Nous sommes donc, maintenant, dans un abri souterrain d'officiers soviétiques, littéralement enseveli sous les tirs de l'artillerie allemande (p. 32) :

« Le temps se coule dans l'homme, dans l'État, il s'y niche et puis le temps s'en va, disparaît, alors que l'homme, l'État restent… l'État-royaume est resté, mais son temps est parti… L'homme est là mais son temps s'est envolé…  Où est-il ? Voici un homme, il respire, il pense, il pleure, or ce temps unique, particulier, qui lui est propre et n'appartient qu'à lui, est parti, envolé, ce temps a disparu. Mais l'homme reste.
« Rien n'est plus dur que d'être orphelin du temps. Rien n'est plus dur que le sort du mal-aimé qui n'est pas de son temps. Les mal-aimés du temps se reconnaissent sur le champ, dans les services du personnel, dans les comités du parti, dans les sections politiques de l'armée, dans les rédactions des journaux, dans la rue… Le temps n'aime que ceux qu'il a enfantés, ses enfants, ses héros, ses travailleurs. Jamais, jamais, il n'aimera les enfants du temps passé, et les femmes n'aiment pas les héros du temps passé, et les mères n'aiment pas les enfants des autres.
« (…) Le temps, que le combat avait déchiqueté, sortait du violon en contreplaqué du coiffeur. Le violon disait aux uns que leur temps était venu, aux autres que leur temps était fini. »


(Je ne sais pas qui est la jeune femme de la photo : elle est apparue sur mon écran après que j'eus tapé “Vassili Grossman” dans Google Images… Quant à la phrase qui m'a servi de titre, c'est la première de Vie et Destin.)

lundi 24 décembre 2012

Noël du pauvre, my ass !

 À Elody-pleine-d'o…

Eh bien, puisqu'il paraît que je suis grincheux, grinchons ! D'ici une couple d'heures, les Héberto-Plessistes que nous sommes vont festoyer dignement et d'importance, comme tout un chacun ici-bas – sauf dans les pays-pas-vrai où il n'y a rien à becqueter. L'une des chaisières de la blogosphère (pas de lien pour les punaises de sacristie progressiste !), à l'occasion de ce réveillon, essaie de nous refourguer cette tarte à la crème hypocrite de la part du pauvre. Si, si, vous savez : au moment de dresser la table, on y pose ostensiblement une assiette supplémentaire, afin que si un mendigo puant et mal élevé vient à frapper à la porte entre les huîtres et la dinde, on puisse l'inviter à prendre place, avec des mines dégoulinantes de componction. Auparavant, la cuisinière a pris soin de prévoir un peu plus de bouffe que nécessaire, afin de pouvoir la lui emplir, son assiette, au pouilleux postillonnant (en réalité, c'est parce que cette feignasse espère ainsi n'avoir pas à se remettre aux fourneaux le lendemain et refourguer les restes à sa bande d'alcoolos en redescente sévère). Quant à la menace du va-nu-pied qui débarque, il va de soi qu'on a bien pris soin de mettre la musique suffisamment fort pour ne point risquer d'entendre la sonnette.

Eh bien, ici, je vous le dis tout net : pas d'assiette surnuméraire ni de verre en trop. Et si d'aventure un pauvre s'imaginait que sous prétexte de naissance divine il allait pouvoir se licher mon Chablis premier cru, je lui dis tout de suite qu'il se fourre son gros doigt crevassé dans son œil purulent : il n'aura rien ! Pas une goutte, pas une miette. Car cette année, comme concept, on a décidé de tenter le réveillon de gros cons égoïstes – je suis sûr que ça va être très bien, très fun.

dimanche 23 décembre 2012

Assis, les forçats de la terre !


Au Plessis-Hébert, la journée commence toujours de manière festive : Catherine et moi jouons à celui qui ne se lèvera pas le premier. Le vainqueur ne gagne rien, mais le perdant – moi, ce matin – voit fondre sur lui une cascade de tâches toutes plus urgentes et impératives les unes que les autres. Il faut d'abord, la porte de la salle à manger ouverte, subir les assauts enthousiastes d'Elstir, lequel tente de faire croire au primo-levant qu'il l'aime alors qu'il lui réclame simplement sa ration de croquettes matutinale. Il faut ensuite aller délivrer Swann et Bergotte du salon où ils dorment et les canaliser vers le jardin : déjà deux de moins.

Ensuite, débloquage de la porte de la cuisine et mise en route du café (j'ai tout préparé la veille au soir, il n'y a plus qu'à presser le bouton). Puis, ouverture de la porte de l'arrière-cuisine (dans laquelle le chat s'engouffre comme un crétin, environ deux matins sur trois), afin d'y prendre le sac de croquettes déjà mentionnées. Nourrissage de la bête. Pendant qu'Elstir engloutit à grand bruit (et en en foutant partout), délivrer le chat et le nourrir, ce qui se fait dans la salle de bain. Là, on peut s'autoriser un moment de détente, en poussant la porte des toilettes pour la miction inaugurale. 

Quand on ressort, Elstir a fini de manger, et il faut à son tour le mettre dehors, lui aussi pour sa miction. On profite de ce moment de calme pour gober avec un peu d'eau ses médicaments-de-vieux, qui doivent permettre de survivre jusqu'au lendemain, en principe. Puis, avant de faire rentrer les chiens qui vous regardent d'un air suppliant depuis la terrasse, vous n'oublierez pas d'aller “refaire leurs lits”, c'est-à-dire déchiffonner les tapis dans leurs paniers. Revenant dans la salle à manger, il vous faut encore désécuriser la pièce ; comprenez : défaire l'empilement de chaises que vous avez, la veille, disposé devant le meuble rouge contenant divers objets usuels, tels que boîte de mouchoirs en papier, téléphone portable, cigarettes, stylo, etc. Si vous avez oublié cette opération essentielle, il y a de bonnes chances pour que vous ayez, tout à l'heure, en vous levant, retrouvé tout cela au sol et déchiqueté par les mâchoires pleines d'allant du gars Elstir.

Normalement, quand vous avez accompli tout cela au pas de charge, le café a fini de passer ; vous vous en servez une tasse, que vous buvez debout dans la salle à manger, devant la porte entrouverte, afin d'évacuer dans le jardin la fumée de votre première cigarette. Dans l'intervalle, les trois chiens se sont recouchés. Après cela, enfin, il vous est loisible d'aller vous épandre dans votre fauteuil habituel, avec un soupir de satisfaction et un livre.

Mais ça, c'est dans les moments creux. Là, depuis quelques jours, à l'instant de la récompense, ma conscience professionnelle opère un certain nombre de dérivations neuronales dans mon cerveau, opération dont le but est de m'empêcher de lire pour ne plus me faire penser qu'à Madame Piaf qui m'attend dans la Case, afin d'y être mise en mots et habillée de phrases. Vous avez beau tenter de ruser, de résister à ce diktat, il n'y a rien à faire : si vous vous obstiniez, même un roman de Mme Angot deviendrait incompréhensible ; il ne vous reste qu'à venir vous installer ici, devant l'ordinateur un brin goguenard de vous voir apparaître si tôt, et à vous réenchaîner à votre boulet – votre seule lueur d'espoir, scintillant là-bas, très loin devant, étant l'apéritif que les puissances terrestres vous autoriseront ce soir, si vous vous êtes acquitté des quinze mille signes qui, pour l'instant, vous attendent en vrac, et exigent d'être mis en ordre de bataille.

La journée sera longue et pleine…

samedi 22 décembre 2012

Bravo, Monsieur le Président, essayez de continuer comme ça !


Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de tresser des couronnes à l'actuel président de la République ; et comme ça risque de ne pas se reproduire de longtemps, mieux vaut y aller tout de suite. Les compliments ayant déjà été faits par d'autres, je me contente de reproduire :

Le parti de l’In-nocence se félicite que le président de la République, en visite officielle en Algérie, se soit refusé à poursuivre dans la voie de la repentance et à présenter des excuses pour la colonisation. Il approuve les déclarations du chef de l'État en faveur d’une quête de la vérité, nécessairement complexe et contrastée. Il déplore néanmoins que M. François Hollande ait mentionné seulement les crimes dont notre pays a pu se rendre coupable, et la brutalité de la conquête, sans faire référence aux motifs de cette conquête, à la séculaire nocence barbaresque en Méditerranée, aux enlèvements de chrétiens et à leur réduction en esclavage, non plus, dans un autre registre, qu’aux indubitables aspects positifs des cent trente-deux années de présence française en Algérie, à la très efficace action médicale, au formidable développement démographique, aux débuts de l’instruction publique, à la mise sur pied des infrastructures qui soutiennent aujourd’hui encore l’Algérie moderne, malgré le délabrement où elles sont laissées. Y a-t-il bien lieu de mettre en cause encore et toujours la colonisation alors que l’“indépendance” n’a amené jusqu’à présent qu’un demi-siècle de dictature et de gabegie, et la mise en coupe réglée, par quelques-uns, d'un État que ses ressources naturelles auraient dû placer parmi les plus riches du monde ? La démocratie française doit-elle indéfiniment s’incliner devant une tyrannie prévaricatrice dont les avatars successifs n’ont signifié que ruine, incurie et répression ? Et comment prendre au sérieux les doléances éternelles d'un peuple anciennement colonisé qui paraît n’avoir d’autre ambition et d’autre espérance que de traverser la mer pour aller se placer sous l’administration de son ancien colonisateur tant vilipendé, quitte à le coloniser à son tour ? 

Finalement, à la relecture, je me demande s'il n'y aurait pas tout de même un filet de vinaigre, dans tout ce miel…

vendredi 21 décembre 2012

Mais puisque j'vous dis que j'suis pas folle !

Les Blouses blanches, chanson écrite par Michel Rivgauche et Marguerite Monnot en 1960, m'a toujours paru absolument impossible à chanter sans sombrer dans le ridicule ; sauf bien entendu par sa créatrice, Piaf – mais c'est là affaire de goût et d'appétence : on peut très bien considérer que même elle y tombe, dans ce ridicule. Du reste, je lisais hier ou avant-hier qu'elle avait failli renoncer à la mettre au programme de sa rentrée à l'Olympia parce que, disait-elle, elle n'y arrivait pas. 

Eh bien, j'ai eu la surprise d'en découvrir aujourd'hui une version récente, interprétée par une Martha Wainwright dont, bien entendu, j'ignorais l'existence jusqu'à ce jour. Et il m'a semblé qu'elle s'en tirait plus qu'honorablement. Je vous laisse juge.

(Je sais bien que j'avais promis de ne plus emmerder personne avec Piaf, mais dites, hein : je passe mes journées avec elle depuis pratiquement deux semaines, y pensant du matin au soir et alignant les feuillets comme une machine à pondre. Donc, il n'y a pas de raison pour que je sois seul à me débattre…)


jeudi 20 décembre 2012

Un Vassal et pas de suzerain

Hugues Vassal et mézigue, dans une cave voûtée du vieux Tours, en plein exercice de piafologie appliquée.

mercredi 19 décembre 2012

Dans la tronche du Torreton, façon boomerang

L'écrivain Christian Combaz s'est amusé à refaire la méchante bafouille postillonnée hier ou avant-hier par le soi-disant comédien Philippe Torreton. Ça donne ceci :

« Cher Gérard,

« Un usurpateur ayant cru intelligent de t'adresser une lettre publique en mon nom, je voulais au contraire te remercier d'avoir, en quarante années de carrière, consenti à financer par tes impôts les myriades de comédiens qui se produisent trois mois par an dans des collèges de banlieue, dans des spectacles de rue, des productions à la noix financées par le conseil général du Puy-de-Dôme, des travaux en tout genre, sur le Corps, sur l'Autre, sur la notion de vivre ensemble, sur la ville, l'acteur et son double, le rapport au lieu, le rapport au temps, le rapport au rapport, enfin toutes ces sottises que débitent les comédiens quand ils parlent de ce qu'ils voudraient faire, alors que toi, tu n'as jamais ennuyé personne en expliquant ce que tu faisais. Tu as contribué à nous permettre de gagner un salaire toute l'année sur moins de six mois d'activité réelle, tu nous as divertis par des frasques somme toute moins sinistres que celles de Gainsbourg, tu es devenu l'emblème du pays partout dans le monde et tu m'as permis de passer pour un intellectuel en endossant, avec obligeance, à la place de mes amis du théâtre Français, et de tous les comédiens en général qui se prennent le chou, façon Arditi ou Giraudeau, la défroque de l'acteur à la Michel Simon, à la Galabru, qui tourne n'importe quoi pour payer ses impôts, tandis que nous, quand nous tournons, c'est pour dépenser ce que tu verses à l'État, en participant à des productions vouées à la trappe dès le mercredi midi. Alors, sois gentil, continue de verser tout cet argent, où le gouvernement, le ministre de la Culture et le théâtre subventionné puisent de quoi rendre hommage à Peter Brooks, en te tournant le dos avec dégoût le soir des Molières. Je connais quelqu'un au gouvernement qui t'aurait trouvé quelque chose pour payer un peu moins, mais essaie de payer quand même, pour le principe, comme ça, par solidarité avec les vrais acteurs qui te méprisent parce qu'ils ne peuvent pas s'en empêcher, allez montre-leur que tu es plus intelligent et reviens, avec le sourire, sans rancune, te faire insulter par ta vraie famille, celle du cinéma et du théâtre français.

« Je reste, cher Gérard, ton obligé

Philippe »

Pour l'amiral Woland, je réédite Piaf

Deux chansons pour le prix d'une : Non, je ne regrette rien, suivi de Mon Dieu ! Et, en prime, une version public de la seconde, avec Charles Dumont au piano du riche…


mardi 18 décembre 2012

lundi 17 décembre 2012

Mauvaises nouvelles en rafales pour le camp du Bien


Quand ça veut pas, ça veut pas. Après l'affligeant spectacle offert ces derniers jours par les progressistes de toutes obédiences, courant comme des perdus le long de la frontière belge pour tenter de retenir les évadés fiscaux cinématographiques avec leurs petits bras tendus et leurs doigts crocheteurs, voici que, ce matin, il prend fantaisie à la terre de ne plus se réchauffer ; ou de ne pas se réchauffer suffisamment ; ou pas pour les bonnes raisons, qu'on lui a pourtant signifiées clairement depuis des années. C'est le toujours excellent Hashtable qui soulève le lièvre sur son blog. En introduction il écrit :

« Il y avait longtemps qu’on n’avait pas parlé des climastrologues et des escrologistes de combat qui nous vendent non pas du rêve mais de la catastrophe planétaire à longueur d’année pour mieux pousser leur agenda interventionniste, décroissant et malthusien. Heureusement, une récente fuite d’un avant-projet du prochain rapport du GIEC nous aide à nous les rappeler à notre bon souvenir. Surprise (légère) : les dogmes climatologistes s’effritent un à un. »

Lisez la suite : c'est aussi réjouissant qu'instructif.

dimanche 16 décembre 2012

Adieu, veau, vache, cochon, couvée, Depardieu…


Grâce soit rendue à Gérard Depardieu, nom d'un évadé fiscal ! Ce n'est tout de même pas donné à tout le monde d'afficher sa liberté avec une aussi belle insolence, de décocher un bras d'honneur qui, depuis quelques jours, fait baver de fureur impuissante tout ce que la gauche compte de bas envieux hâtivement grimés en patriotes de la vingt-cinquième heure. Se faire donner des leçons de patriotisme par un ramassis de blogueurs qui passe son temps à bêler en faveur de l'universel, à couiner contre l'État-nation qui est si méchant qu'il provoque des guerre, à sangloter de tendresse pour tous ces gens qui quittent leurs pays afin de venir s'installer clandestinement dans d'autres pour de simples questions de bien-être matériel : il doit bien rire, le gros Depardieu, d'avoir provoqué le barouf à lui tout seul ; je l'espère, en tout cas. Moi, dans mon petit coin, j'en profite jusqu'à satiété : quel bonheur de les voir tomber le masque les uns après les autres, sans même qu'ils s'en avisent ! Ils croient sincèrement afficher le noble visage de l'intégrité, de la solidarité, de la citoyenneté en acier chromé, alors que ce sont les pustules de l'aigreur qui éclatent sur leurs faces tordues de rictus haineux – car haineux ils sont, mais fort heureusement tout à fait chétifs et stériles. Et ça trépigne, ça Madame, voyez comme ça trépigne ! S'ils pouvaient le lyncher comme un pauvre nègre de l'Alabama, on sent bien qu'ils auraient du mal à résister à leurs petites pulsions purificatrices. Mais rien à faire : hors d'atteinte, le Gérard. Alors, ils lynchent dans le symbolique et l'imprécatoire ; celui-ci parle de déchoir le monstre de sa nationalité (cette nationalité qui, d'ordinaire, est l'objet de tous leurs mépris d'oiseaux sans tête) ; celui-là clame très fort un mépris que personne n'entend ; cet autre exige qu'on lui ratisse tout ce qu'il a avant qu'il ne soit définitivement hors de portée des petites mains de l'État socialiste et redistributeur.

Oui, décidément, tout cela est bien divertissant. Mais je me demande si le plus comique n'est pas justement cette expression d'évadé fiscal. Car tout de même, de quoi s'évade-t-on d'ordinaire, si ce n'est d'une prison ? D'un cul de basse fosse ? À la rigueur d'un bagne, si on a le culte du passé ? Employer le mot fait comprendre qu'ils admettent, au fond, le caractère carcéral de ce système de spoliation vertueuse. Ce qu'ils veulent, ce n'est évidemment pas la liberté, cette notion de droite, pouah ! Non, leur idéal c'est qu'on les nomme gardiens de l'établissement, avec casquette sur la tête et trousseau de clé à la ceinture : telle est leur ambition.

Et surtout, surtout, que l'on fasse tout ce qui est humainement possible pour rattraper ceux qui ont eu l'audace et l'ingéniosité de tenter la belle.

L'excellente nouvelle du week-end


On apprend que les ventes du torchon institutionnel auraient baissé de 30 % en seulement un mois. Après les quotidiens gratuits, on va peut-être découvrir très vite une nouvelle forme de presse, innovante de partout et bien dans l'air du moment : le journal zombi.

Information trouvée ici.