lundi 31 mars 2014

dimanche 30 mars 2014

Le livre et sa reliure

Jules Lemaître (1853 – 1914), photographié par Paul Dornac.

« Les livres ne consolent pas. Ils sont les amis des beaux jours. Dans la peine, il n'y a plus que des reliures. »

Jules Lemaître, cité par Ferdinand Bac, à la page 82 du livre dont les références sont données dans le billet précédant celui-ci.

samedi 29 mars 2014

L'esprit de Monseigneur

Mgr Guibert (1802 – 1886), archevêque de Tours, puis de Paris

« Monseigneur Chapon se mit aussitôt à raconter des histoires savoureuses. Il parla de l'illustre Crémieux, le grand avocat israélite qui, après un entretien avec l'Archevêque de Paris, Monseigneur Guibert, lui avait demandé la permission de l'embrasser. Ils s'embrassèrent… Alors M. Clemenceau qui assistait à la scène de s'écrier : “ Voilà enfin l'Ancien et le Nouveau Testament réunis ! ” Mais l''Archevêque de Paris répondit : « Je ne m'y connais guère en droit, Monsieur, mais j'ai toujours entendu dire que lorsqu'on faisait un nouveau Testament, l'ancien ne valait plus rien ! ” »

Ferdinand Bac, Intimités de la IIIe République – Des ballets russes à la paix de Versailles, p. 31 de l'édition Hachette de 1935.

vendredi 28 mars 2014

L'Enfant ou un déjeuner chez ma mère

Il y a quelque temps, je me suis retrouvé, sur un blog (le mien ? un autre ?) à parler de Jules Vallès. Je me souviens d'avoir affirmé qu'il s'agissait d'un bon écrivain. À peine cet embryon de discussion clos, je me suis rappelé que j'avais lu la trilogie de Vallès au lycée Pothier d'Orléans (grâce à Carlos et à son père, comme à peu près tout ce que j'ai lu à cette époque), et que je n'y étais jamais revenu depuis environ 40 ans ; je pérorais donc dans le vide, comme il doit, je le crains, m'arriver plus souvent qu'à mon tour.

Aujourd'hui, j'étais attendu chez ma mère à midi précise, à Fontaine-le-Dun, à 127 km de chez moi si j'en crois les instances gépéessiennes. Elle et nous autres, les héritiers, avions à trois heures rendez-vous chez un notaire quelconque pour régler la succession de mon père, laquelle ne soulevait ni contestation ni grande masse d'argent (Pauvre je suis de ma jeunesse / De pauvre et de petite extrace / Mon père jamais n'eut grand richesse…) ; et, de fait, on n'y a passé que le strict minimum de temps, lequel, à mon avis, était tout de même du temps envolé, perdu, gâché, stupide… (j'ai encore des adjectifs, mais enfin…).

À un moment, chez ma mère, dans cette maison qui aurait dû être celle de mes parents, mon regard distrait balayant la bibliothèque, j'ai eu la surprise de constater que s'y trouvaient les trois volumes de Vallès ; collection France Loisirs, évidemment. (Ma mère a longtemps été une “fan” de ce système de vente par correspondance ; moi-même, je leur suis redevable d'avoir lu tous les romans de Simenon ; et ils ont même, vers 1999 ou 2000, proposé dans leur catalogue un livre que j'avais écrit, et pour lequel je n'ai jamais vu arriver le premier centime. – On s'en fout.)

J'ai extrait de son rayonnage L'Enfant, qui n'avait pas dû en bouger depuis fort longtemps : le volume datait de 1987, soit trois ans avant que Catherine et moi… Mais justement, voilà l'étonnement. À cette époque (pénible…) de ma vie, je rentrais chaque week-end dans la grande maison de Sologne, afin, d'une certaine manière, de m'y rouler en boule et d'oublier ce qui s'était passé les quatre jours précédents. Mais je sens que je diverge… Je voulais dire qu'il me paraît étrange que, pour une fois, ma mère ait acheté des livres intéressants, en tout cas qui pouvaient nous intéresser ensemble, et que nous n'en ayons jamais parlé (elle m'a assuré aujourd'hui, qu'elle avait lu les trois Vallès, et je la crois).

La conclusion de ce billet ridiculement long est que je lui ai demandé si je pouvais lui prendre son Enfant, qu'elle m'a dit oui, et que je l'ai rapporté ici, comme une sorte de butin discret et précieux. Je l'ouvrirai demain.

jeudi 27 mars 2014

Que sont devenus les snobs d'antan ?


Jadis, et même encore naguère, un jeune homme de basse extraction qui parvenait à se hisser dans la classe immédiatement supérieure à la sienne n'avait plus qu'une hâte : faire oublier ses origines ; et qu'une hantise : qu'on les découvrît. Rappelons-nous le petit Lucien qui, propulsé par le bon vouloir de Mme de Bargeton jusque dans les salons de Mme d'Espars ou de la duchesse de Grandlieu, s'empresse de renier son pharmacien de père, le bon M. Chardon, pour se parer des plumes du paon, en l'occurrence le nom de sa mère, demoiselle de Rubempré jusqu'à sa mésalliance. 

Aujourd'hui, les Modernes issus du prolétariat arborent comme une Légion d'honneur leur mère femme de ménage ou leur grand-père fort des halles. Le snobisme est exactement le même, mais inversé, comme une veste dont on aurait décidé d'arborer la doublure. Du reste, en y réfléchissant, je trouve la version actuelle encore moins excusable, et donc plus risible, que l'ancienne. Car si Lucien se livre au reniement, c'est parce qu'il sait que, sans cette éradication du Chardon, il perd tout espoir d'épouser Clotilde de Grandlieu ; il y a un intérêt. (Il échouera, mais c'est une autre histoire, qui n'appartient qu'à Balzac – et de toute façon c'est bien fait pour lui.) Dans le cas, de notre snob contemporain, sa vanité prolétarienne (son prolorgueil…) ne lui sert rigoureusement à rien, elle n'est plus qu'une pose que l'on prend devant le miroir, en se demandant si les autres nous trouvent aussi beau que l'on se découvre. Et il y a même une certaine chiennerie, à battre (petite) monnaie sur la base de l'humblesse, de la pauvreté, voire de la misère de ses aïeux.

mercredi 26 mars 2014

Bram et moi : dialogue à deux voies

J'arrive, j'arrive ! Je peux garder les chaussettes ? Merci…

Bram : Monsieur Goux ! Asseyez-vous…

Moi (m'asseyant en effet) : … [Docteur, je ne comptais pas rester debout dans le réduit que la clinique Pasteur vous alloue ; mais enfin, merci.]

Bram (assis lui aussi, mais en face, et en blouse blanche comme il se doit) : Donc, voyons un peu ce scanner…

[J'ai les résultats "papier" à la main, mais il s'en fout, puisqu'il a les mêmes en version "dessins animés" sur son écran d'ordinateur, que je vois aussi, en me penchant légèrement ; ce que je fais par courtoisie, pour faire semblant de m'intéresser, sachant que je n'y comprendrai pas plus qu'à un film coréen en VO et sans sous-titres. De plus, je m'aperçois à cet instant que je m'en moque réellement, ontologiquement.]

Bram  (entreprenant, avec la souris, d'animer l'image) : Bon, là, ce sont vos épaules…

[Je comprends qu'on commence le tranchage de moi-même par le haut, et que le docteur se fout de l'état de mes épaules, vu qu'il passe assez vite aux réalités inférieures. C'est un peu logique puisqu'il est urologue.]

Bram : Les poumons, très bien…

Moi (l'air qui se veut humoristique et s'entend niais) : Ah, ben… tant mieux…

[Ça continue à remuer sévère sur l'écran, on s'attend à voir Bip-Bip traverser l'espace, le Vil Coyote cancéreux à sa poursuite – mais non. On voit un embranchement se dessiner puis disparaître : je me dis que ce doit être mes deux voies urinaires. Et, juste après : a-t-on réellement deux voies urinaires ? Deux voies constituent-elles un duo ? Je ne suis plus sûr de rien – ça continue à défiler, c'est infernal.]

Bram : Rien au foie… Rien à la rate… rein impeccable… 

[Moi, in petto : Et le foie ! et le foie… Et la rate ! et la rate… Et le rein ! et le rein… Aaah… ! J'attends l'alouette sans impatience.]

Bram (d'une voix conclusive et satisfaite) : Il y a une petite calcification dans la prostate, mais on s'en fout !

[Je comprends, malgré le ton urbain et le visage souriant, que ça signifie : barrez-vous d'ici, vous êtes tout à fait inintéressant, n'êtes pas censé mourir dans les mois qui viennent, et il y a du monde derrière vous dans la salle d'attente (ce qui est vrai). Donc, je me casse, avec mon petit torse gigotant sur écran, auquel je ne pense déjà plus. Une fois dans ma voiture, j'allume une cigarette et j'appelle Catherine, pour lui dire que les grands-prêtres en blouses blanches m'accordent un sursis. Elle s'en montre satisfaite et convient que cela mérite un verre ou deux ce soir.]

Eh bien voilà.

mardi 25 mars 2014

Pas par les affaires, ou ma mère va gueuler !


La semaine dernière encore, dans le marigot de la blogauche, on nous affirmait, avec cette mâle assurance qu'ont les gens qui ne cessent de se tromper, que Nicolas Sarkozy était fini, que la multitude d'affaires lui tombant dessus ne pouvait que carboniser son avenir politique, et qu'il fallait être bien naïf ou stupide pour ne pas s'en apercevoir ou refuser d'en convenir. Trois jours plus tard, en la petite cité balnéaire et médiévale de Levallois-Perret, M. Patrick Balkany était triomphalement réélu maire dès le premier tour de scrutin.

Mais c'est pas grave, on continue à mouliner nos billets, à écouler nos petites coupures.

lundi 24 mars 2014

Les bouquets séchés de Boni de Castellane


C'est très bien, les Mémoires de Boni de Castellane, très agréable à lire, en ce qu'ils rendent le parfum d'une époque et d'une certaine classe sociale qui n'existe plus ; également parce que l'auteur est capable de distance et d'une ironie d'excellent aloi vis-à-vis des gens qu'il évoque, y compris lui-même. Il n'empêche qu'arrivé à la quatre-centième page, on se prend à ressentir comme des étourdissements de Bottin mondain, des palpitations de Gotha, des fatigues de Palais rose, et on est tout de même un peu content de passer à autre chose. D'autant que, si les ducs, comtesses, princes héritiers et autres altesses régnantes n'ont aucun secret pour lui, il semble être passé à côté de tous les gens qui ont fait la valeur artistique et littéraire de son temps, à fort peu d'exceptions près. 

Le pis est que, à compter de demain, lorsque je serai plongé dans le livre d'Alain de Benoist arrivé ce matin, je commencerai peut-être déjà à regretter l'insouciance et la désinvolture de Boni ; cette poussière de fleurs sèches qui s'échappe d'entre ses pages, et qui est la mélancolie.

samedi 22 mars 2014

Jacques Benoist-Méchin : un Français selon notre cœur


Les volumineux mémoires (800 pages) de Jacques Benoist-Méchin sont inégaux. En tout cas, cela dépend de ce qu'on y cherche. Toute la partie centrale est un plaidoyer pro domo, concernant sa vie et son rôle entre 1940 et 1942 : c'est loin d'être inintéressant, à condition de s'être défait de ses préjugés les plus imbéciles et de s'intéresser vraiment à l'histoire de France. Le premier tiers intéressera les amateurs de littérature, ne serait-ce qu'en raison de cette soirée que ce très jeune homme a passée au Ritz en tête à tête avec Marcel Proust.

Les lecteurs qui se souviennent de la condition humaine, et s'y intéressent, se précipiteront sur le troisième tiers du volume, ou plutôt sur le début du troisième tiers, celui où l'auteur vient d'être condamné à mort et attend son exécution : c'est une assez belle leçon de vie.

Il va de soi que, Benoist-Méchin ayant travaillé pour divers gouvernements de Vichy, et ayant été condamné à mort, je ne conseille cette lecture qu'aux esprits libres, encore capables d'envisager l'histoire telle qu'elle se fait.

Il se prend pour une erreur !

Raymond Barre, économiste français, 1924 – 2007

Il se prend pour une erreur : telle est la phrase que le petit mousse de l'Amiral Woland a répété entre trente et quarante fois durant la matinée, avec une force et un enthousiasme presque communicatifs. Ni son père ni moi ne sommes très sûrs de ce qu'il voulait dire par là (l'Amiral a suggéré que “erreur” pourrait avoir déboulé là en lieu et place de “terreur” : c'est possible, mais non confirmé), il n'empêche que l'affirmation péremptoire et mainte fois réitérée conserve auprès de moi, même après l'envol des deux oiseaux précités, son impact poétique et vaguement inquiétant : quelle peut bien être l'existence d'un homme se prenant pour une erreur ?

jeudi 20 mars 2014

Les ignorances et l'imagination des journalistes


Mes chers confrères sont parfois des gens qui ne ne se laissent pas intimider par la réalité. Prenez le cas de David Le Bailly, par exemple. Un jour, dans le cerveau de ce reporter de Match, point l'idée de faire un livre sur Anne Pingeot, qui fut, on s'en souvient, quelque chose comme la Julie Gayet de François 1er, mais en version durable. Pourquoi pas, en effet. Pour des raisons strictement professionnelles, je viens de lire l'ouvrage en question, qui s'appelle La captive de Mitterrand et dont se sont chargées les éditions Stock. Si la mode était aux titres longs, il aurait pu se nommer ainsi : Comment je n'ai jamais rencontré Anne Pingeot, ni à peu près personne d'autre d'ailleurs. Il aurait au moins eu le mérite de dire la vérité puisque, en effet, M. Le Bailly ne fait aucune difficulté – il y emploie même ses soixante premières pages, ce qui est longuet – pour reconnaître que Mme Pingeot lui a opposé une sèche fin de non-recevoir, et que les personnalités politiques qui l'ont connue et la connaissent encore l'ont toutes envoyé pareillement bouler. Allait-il renoncer pour autant aux 337 pages promises à son éditeur ? Vous plaisantez, j'espère ! Commande il y a eu (et à-valoir, suppose-t-on…), livre il y aura ! Si bien que je crois n'avoir encore jamais lu d'ouvrage de journaliste comportant autant de phrases dont le début est : J'ignore si… j'ignore comment… j'ignore quand… Sans parler de toutes celles bâties sur cet autre modèle, bien connu des gens qui n'ont rien à dire mais besoin de le dire quand même : À cet instant, on peut penser qu'Anne… Devant une telle épreuve, il est raisonnable d'imaginer que… etc. Le plus amusant est que, en dépit de toutes ces ignorances et ces imaginations, le pauvre va peut-être quand même se payer un beau procès : la dame semble assez vindicative…

mercredi 19 mars 2014

Ça ne va pas arranger ma réputation…


Je viens de commander ça. D'après l'interview que Benoist a donné à la Nouvelle Revue d'Histoire (ça non plus, ça ne sera pas porté à mon actif…), il semble bien qu'il y taille plus ou moins en pièces la théorie (pardon, pardon : les études !) du genre. Cela dit, je me demande si passer comme je m'apprête à le faire de Benoist-Méchin à Benoist tout court ne dénote pas chez moi un certain racornissement intellectuel, voire une complète déroute mentale. D'ici à ce que je rebascule à gauche, il y a peut-être moins de kilomètres que ce que je me plais à penser. C'est limite fout-la-trouille.

mardi 18 mars 2014

Circulation alternée ? C'était trop beau pour durer…

Sois gentille, pousse-toi : ce matin, c'est moi qui conduis…

Eh oui, c'était trop beau. Pour une fois que ce gouvernement de mickeys prend une excellente décision, il faut qu'il l'annule dès le lendemain ! Mes deux trajets d'hier se sont déroulés comme dans un rêve, la circulation était d'une fluidité de miel, et j'espérais beaucoup qu'il en irait de même aujourd'hui… voire tous les autres jours, pourquoi pas ? Me levant ce matin, je me prenais à imaginer combien douce serait ma vie si la circul' altern' devenait aussi pérenne que le changement d'heure bisannuel. Puis, j'ai ouvert l'ordinateur de Catherine, et le beau songe a volé en éclats.

dimanche 16 mars 2014

Circulation alternée ? Fume !

Mon assistante et ma voiture de fonction : je ne suis pas sur la photo car c'est moi qui tiens l'appareil.

Alors, comme ça, à compter de demain, on ne devrait plus voir qu'un salaud de pauvre sur deux encombrer nos rues et boulevards ? Tant mieux ! Je suis pour la circulation alternée ; à donf. (J'aime bien aussi les tout petits enfants violacés qui toussent et crachotent dans leurs poussettes rase-bitume, mais ça c'est parce que j'ai mauvais fond.) La circul' altern', donc. Je vais devoir me rendre à Levallois-plage lundi, mardi et mercredi, et cette perspective me laisse parfaitement serein, pour les trois raisons que voici :

– Lundi, ce sera comme à l'accoutumée, puisque ma plaque d'immatriculation est fort opportunément ornée d'un nombre impair (le 037, pour être précis, ce qui correspond à l'Indre-et-Loire mais avec un zéro devant).

– Mardi, avec un rien de dédaigneuse nonchalance, je brandirai ma carte de presse (N° 47 209) sous le nez du pandore qui aura eu le front de m'arrêter entre les ponts de Neuilly et de Courbevoie : il ferait beau voir que la maréchaussée enrayât la marche en avant du quatrième pouvoir !

– Mercredi, 19 mars, retour à un jour impair : tranquillité et bon droit. Mais, si jamais les règles de circulation s'étaient inversées durant la nuit – on est en sous-régime socialiste, ne l'oublions pas –, c'est ma carte d'identité nationale (ou nationale d'identité, ce sera comme vous l'entendrez) que j'exhiberais cette fois aux narines des forces répressives. Qui n'auront tout de même pas le front, j'ose le croire, de me concasser les joyeuses le jour de mon anniversaire.

samedi 15 mars 2014

50 nuances de gri-gri

Médecin français du début du XXIe siècle, affilié à une agence sanitaire reconnue d'utilité publique

Flânant presque au hasard sur les blogs, je me trouve bientôt face au quarantième billet (hypothèse basse) consacré depuis deux jours à la satanique pollution, qui, m'apprend-on, se serait abattue sur Paris telle une nuée de sauterelles casquées à l'orée des années quarante du siècle précédent. J'y tombe sur ce morceau de phrase :

une récente étude (Institut de veille sanitaire) lui attribue une amputation de 6 mois d’espérance de vie en moyenne à Paris

J'apprends déjà qu'il existe donc une veille sanitaire – j'en déduis a contrario que le sommeil sanitaire doit lui aussi avoir une existence avérée –, et qu'elle est même constituée en institut. Le reste de la phrase m'informe que, selon toute évidence, il doit s'agir de sorciers réunis en symposium, ou d'un congrès d'haruspices, voire d'une assemblée générale de marabouts. À moins qu'il ne s'agisse de pitoyables devins (what a pythie ! what a pythie !) lisant l'avenir des populations naïves dans le dioxyde de carbone, et camouflant l'inanité de leurs prédictions sous une phraséologie vaguement scientifique, afin de rassasier leur inextinguible besoin de magie. 

Si je cherche ainsi toutes sortes d'explications au fait que nul ne semble éclater de rire en lisant la phrase que j'ai reproduite plus haut, c'est parce que je me refuse à croire qu'on puisse la prendre au sérieux par le seul truchement d'une intelligence, même simplement humaine ; et que je ne vois pas comment ceux qui en recueillent pieusement l'oracle pourraient être les mêmes qui toisent avec condescendance leurs ancêtres, pour ce qu'ils prétendaient changer le plomb en or au moyen de leurs cornues et alambics.

vendredi 14 mars 2014

La solution du Front de gauche…


… le virage à droite !

(Merci à Koltchak…)

jeudi 13 mars 2014

On est toujours déçu par John Wayne (genre)


Le jour où le jeune homme tendre et naïf découvre, et ce jour arrive inexorablement, que John Wayne se prénommait en réalité Marion, les images conjointes qu'il se faisait du Grand Ouest et de la virilité en prennent un sérieux coup derrière les éperons.

La madone des traîneaux


Je l'ai récupérée en un seul morceau, mais c'était moins une, paraît-il

mercredi 12 mars 2014

Début de résurrection d'écrivains oubliés

L'autre jour, tandis que nous déjeunions, Michel Desgranges et moi en sommes venus à évoquer les écrivains oubliés ; ceux dont l'existence nous était certes connue mais dont nous n'avions jamais lu les œuvres. Le sujet avait surgi parce que nous venions tous deux, lui de lire et moi de relire le précieux livre de Maurice Martin du Gard, lequel est plein, justement, de ces Mémorables dont la mémoire n'a conservé que le nom, alors qu'ils furent, pour certains au moins, des célébrités de leur temps. J'avais tendance, moi, à me désoler  de cette volatilité de la gloire littéraire, mais Michel avait, lui, une position plus allante, et partant plus constructive. Il me disait en substance que, sans doute, parmi ces écrivains réduits pour nous à leur état civil, il devait s'en trouver qui mériteraient que l'on fasse l'effort d'aller vers eux, de tirer leurs livres des rayons sombres et haut situés sur lesquels ils léthargisent

C'est donc ce que j'ai fait, ou du moins commencé de faire : tout à l'heure, la postière m'a remis trois volumes, dont l'un au moins correspond pleinement à ce que Michel et moi évoquions : Sous la hache, d'Élémir Bourges. Le second ressuscité ne l'est que pour moi, car il me semble me souvenir que Michel l'a déjà lu. Il s'agit de Gyp, nom de plume de la comtesse de Martel, née Sibylle Aimé Marie Antoinette Gabrielle Riqueti de Mirabeau. Le roman tiré des des limbes s'intitule quant à lui Le Mariage de Chiffon ; ce que j'ai entre les mains est une misérable reproduction de l'édition originale, publiée par Calmann-Lévy en 1895, mais il faudra bien faire avec, le choix des livres de Gyp n'étant pas si large quand on veut se maintenir dans des prix raisonnables. Car je veux bien rendre chair et sang à des écrivains de poussière, mais je ne tiens pas plus que ça à m'y ruiner.

À ces deux livres, j'ai joint les Poussières de Paris, dont Michel Desgranges m'avait dit grand bien, lors de ce même déjeuner de printemps précoce ; ce qui est bien le moins puisqu'il en fut l'éditeur. Il s'agit de deux recueils d'articles publiés par Jean Lorrain entre 1894 et 1900, soit dans L'Écho de Paris, soit au Journal – Lorrain que, jusqu'ici, je ne connaissais que pour son fait d'arme du 6 février 1897 : ce matin-là, dans le bois de Meudon, le chroniqueur échangea deux coups de pistolet avec son adversaire, un tout jeune écrivain répondant au nom de Marcel Proust, chacun ayant tiré en direction du sol afin de ne pas risque de blesser l'autre.

Je crois bien que, des trois, je vais accorder la préséance à ce Lorrain.

mardi 11 mars 2014

Je ne suis pas venu vous apporter la paix, et cetera

Eugène Delacroix : saint Michel terrassant Christiane Taubira, pourtant très habilement travestie.

Comme je suis levé depuis cinq heures moins le quart, que je viens de m'appuyer un aller-retour…

(Digression rapide : comment construit-on une phrase avec ce fucking aller-retour ? Un aller-retour à Roissy-Charles-de-Gaulle sonne bizarrement ; mais un aller-retour de etc., c'est encore pire. Saloperie de langage, tiens !)

Enfin bref, je suis allé avant l'aurore m'engouffrer dans ce précipité d'horreur post-moderne qu'est un grand aéroport, puis j'en suis revenu, lesté de Catherine et de son bagage. Comme, en plus de vouloir profiter pleinement de sa re-présence, au moins jusqu'à ce que l'apéritif vespéral nous achève l'un et l'autre, je n'ai strictement rien d'intéressant ni d'amusant à raconter ici, eh bien je vais me contenter de me ranger, dans la nouvelle Affaire Dreyfus qui s'amorce, sous la bannière koalée du fougueux Amiral Woland, bien que ce gougnafier ne m'ait absolument rien demandé, me jugeant sans doute trop vieux et trop crachotant pour pouvoir être d'une quelconque utilité dans une guerre, fût-elle seulement blogoformée. 

Donc voilà : c'est ici.