Le personnage de film d'horreur hollywoodien transplanté (PF2HT) est une variante plutôt nouvelle et assez intéressante du PF2H de facture classique. En général il est américain, comme son homologue, mais en vacances dans un pays de l'Est, c'est-à-dire dans le vestibule de l'Enfer. Si le vestibule en question est l'Ukraine, ce qui est le cas en ce moment même, les six jeunes gens – trois garçons et trois filles : on connaît les usages – décident évidemment de se payer un pique-nique de l'extrême à Tchernobyl ; et ils demandent à Youri de les y emmener dans son combi Volswagen pourri. Durant un bon quart d'heure, on les voit déambuler entre des immeubles abandonnés en faisant des astuces idiotes ; les deux frères (car, oui, il y a deux frères, qui vont probablement se réconcilier juste avant la mort horrible de l'aîné, qui est un chieur pontifiant ; cela dit, il parle l'ukrainien, ce qui est commode pour causer avec Youri) s'engueulent. Chez les filles, il y a deux blondes, dont nous attendons l'éviscération d'une minute à l'autre, et une brune qui devrait s'en tirer, mais couverte de glaires et de sang.
Ensuite la nuit commence de tomber et le combi de Youri refuse de démarrer, ce qui est bien le moins. Le portable de Youri est évidemment sans couverture ; les touristes le sont aussi et ils commencent à claquet des chicots, car les nuits ukrainiennes sont fraîches, on l'oublie trop souvent. Youri dit : « Nous rester ici, et quand jour se lever, moi réparer. » Ce qui a un certain sens.
Ce qui en a moins, en revanche, c'est qu'il quitte brusquement le combi. On entend un coup de feu dans la nuit, et le petit frère part aussi. Au bout de dix secondes, il pousse un cri déchirant et le grand frère file le chercher. Il le ramène avec une jambe transformée en hamburger, et tout d'un coup, le combi est cerné par des bergers allemands et des simili-rotweiler qui se précipitent contre les vitres puis s'en vont. Les filles disent “oh, my God !” et le frangin blessé “shit !” et “fuck !” en boucle. Au mépris de toute vraisemblance, le grand frère assure que “it's gonna be OK”. Là-dessus, laissant l'éclopé à la garde de l'une des blondes, ils partent à la recherche de Youri, au milieu des carcasses de bagnoles et dans les immeubles qui devaient déjà être en ruine quand ils étaient habités. Ils ne le trouvent évidemment pas, mais ils sont méchamment attaqués et les deux filles crient très fort ; ç'a l'air terrible, mais comme tout est filmé en caméra “subjective”, on ne distingue absolument rien. – Le film dure depuis 55 minutes.
Comme le scénariste a dû se barrer en même temps que ce salaud de Youri, le réalisateur dit au petit personnel de continuer de courir dans l'immeuble. De temps en temps, son assistant frappe deux coups sur une plaque de tôle et les deux filles hurlent (mais la blonde plus : je suis très pessimiste à son sujet). À un moment, ils passent à côté d'un cadavre sanguinolent pendu par les pieds ; je ne serais pas surpris qu'il s'agisse de ce brave Youri ; le grand frère dit “oh, shit !” et tout le monde continue de courir.
Et tout d'un coup il y a des gens, mais on voit juste leurs bras, qui essaient d'attraper les filles par les trous du mur à demi écroulé : on sent la misère sexuelle en milieu ukrainien irradié. Du coup, la blonde qui s'appelle Zoé vomit un petit coup. Pour semer les bras, les PF2HT descendent dans les caves, ce qui est d'une imparable logique quand on veut s'échapper d'un immeuble. Pas de chance, les caves sont pleines d'irradiés, c'est-à-dire de figurants avec un collant sur la figure. Et ça court toujours, le film dure depuis une heures et dix minutes. Le grand frère a un petit coup de mou et se met à chialer : on sent qu'il n'y croit plus. Mais la brune le prend en main énergiquement, parce qu'elle a encore envie de courir avec lui. Le grand frère cesse de dire “it's gonna be allwright” pour passer à “I'm so sorry”. Et il peut l'être, sorry, car voilà les irradiés à collants qui rappliquent à plusieurs ; mais la brune est la plus forte.
Heureusement, soudain, les militaires arrivent ! Ah, non, pas heureusement, puisqu'ils flinguent le grand frère d'entrée, sans doute à titre préventif. Puis, on retrouve la brune dans une ambulance, entourée d'infirmiers à masques à gaz ; le spectateur est sûr qu'il s'agit de faux infirmiers. De fait, ils enferment la brune dans une cellule où qu'on voit rien. Mais la brune, futée, sent qu'il y a quelqu'un d'autre avec elle.
En effet, ils sont sept ou huit, tous avec un collant sur la tête. Ils se précipitent sur elle, sans qu'on sache si c'est pour la démembrer façon puzzle ou simplement lui mignoter l'abricot.
Écran noir, et générique sur fond de hard rock graisseux : le tout a duré une heure et vingt minutes.































