samedi 22 juin 2024

mardi 18 juin 2024

La tablette du iGreffier

On pourra dire ce qu'on veut, les faits sont là :

Les nouvelles générations s'initient à l'informatique 

bien plus jeunes que nous autres…

 

samedi 15 juin 2024

Normalisation des relations Est-Ouest

 

Une ébauche de dialogue a même eu lieu,

en présence d'un observateur dûment accrédité.



vendredi 14 juin 2024

La meute s'agrandit


On l'a récupéré chez les voisins d'en face ; qui nous l'ont “vendu” pour un chaton de deux mois, mais qui doit plutôt en avoir entre trois et quatre, si l'on tient à mon avis sur la question. Toujours d'après le voisin, ce serait un mâle, mais le doute est largement permis. Disons que, en attendant le verdict de notre vétérinaire, mardi, il s'agit d'un félin gender fluid, ce qui nous fait sauter à pattes jointes dans la plus échevelée des modernités. Iel a bon appétit… et la chiasse, ce qui est dans l'ordre des choses.

Le premier contact avec Charlus s'est déroulé au mieux. Étrangement, le chien a semblé plus impressionné qu'excité par le nouvel arrivant. Finalement, il a tout de même risqué une truffe dans sa direction, lui a donné deux petits coups de langue sur la calotte crânienne, histoire d'officialiser la rencontre, sans que le chat en prenne ombrage, en tout cas de façon feularde et griffue.

Restait la question du nom. Notre snobisme littéraire ne s'étant nullement calmé avec les années, il nous en fallait un glané du côté de chez Proust. Moins facile que c'en a l'air, car la majorité des noms que l'on trouve dans La Recherche ne sauraient convenir à un greffier, même pré-genré : je me voyais mal, par exemple, appeler cette pauvre bête Bréauté-Consalvi ou Princesse-de-Parme.

Nous nous sommes finalement arrêté sur Saint-Loup. Deux syllabes assez sonores pour être vite assimilables par un cerveau de matou, faciles à prononcer pour nous, voire à hurler s'il fait une connerie sous nos yeux. De plus, tout le monde se souvient que, chez Proust, le marquis de Saint-Loup-en-Bray est le neveu du baron de Charlus.

L'onomastique venait donc à point pour renforcer des liens familiaux encore à peine esquissés.

mercredi 12 juin 2024

Au bûcher, Donald !


 Bon, l'affaire est entendue : Donald Westlake est un infréquentable méritant la roue, l'estrapade, le pilori et le gibet ; il a beaucoup de chance d'être déjà mort. Voici ce qu'il écrit à propos d'un des flics qui viennent d'apparaître au chapitre 8 de Pourquoi moi ? :

« C'était un Nègre de vingt-huit ans, une foutue tapette à la langue bien pendue : le sergent Léon Windrift. Si Léon avait simplement été homosexuel, il y a longtemps qu'il aurait été viré de ce corps d'élite qu'était la police new-yorkaise. S'il avait simplement été noir, il serait resté flic des rues sa vie durant. Mais comme il était à la fois nègre et pédé, on ne pouvait ni le virer ni le garder dans un commissariat de quartier, ce qui expliquait l'ascension rapide qui l'avait conduit au grade de sergent et à un boulot au quartier général. »

À fin d'exemplarité, je propose que le cadavre de cet ignoble homonégrophobe soit promptement déterré et publiquement écartelé puis brûlé lors d'une grande cérémonie expiatoire, citoyenne, inclusive, éco-responsable et, bien sûr, aussi dérangeante que décalée.

 

dimanche 9 juin 2024

Sombre éclaircie

 
 
Le français du Señor Météo. Pour aujourd'hui, l'iBigo m'annonce de “belles éclaircies à partir de 13 h”. Or, depuis ce matin, le ciel est implacablement azuréen : comment va-t-il s'y prendre pour s'éclaircir ?

En regardant les petites icônes, celles qui permettent aux illettrés de savoir eux aussi le temps qu'il va faire, je constate que quelques nuages sont prévus d'arriver à partir d'une heure de l'après-midi, mais sans doute pas assez compacts pour masquer totalement le soleil.

Donc, pour le Señor Météo, une arrivée de nuages dans un ciel pur s'appelle une éclaircie ; qu'il n'hésite pas, en outre, à trouver belle. J'ai commencé par me moquer — évidemment.

Puis, je me suis demandé comment, moi, brusquement investi des pouvoirs et de l'autorité du Señor, je qualifierais en une courte formule le phénomène en question.

Je dois bien reconnaître n'avoir rien trouvé de tout à fait satisfaisant. “Vilain assombrissement” serait évidemment ridicule. “Moche ennuagement” est encore pire. “Soleil partiellement offusqué” sonne par trop prétentieux. 

Pour l'instant, j'en suis là. 

Et il fait toujours beau.

samedi 8 juin 2024

Comme sur des roulettes

Non parce que, quand même : on ne peut pas passer toutes ses journées uniquement entre Chateaubriand et Proust, même si on est un intellectuel dûment barbelé de références littéraires. Il faut savoir se détendre un peu. Prendre durant une heure ou deux la vie par ses côtés improbables.

Pour cela, rien de mieux que d'aller piocher dans la pile des romans déjà lus de Donald Westlake, spécialement la série des Dortmunder, du nom du personnage principal de cette épopée du cambriolage moderne en une quinzaine de volumes. On peut les lire dans n'importe quel ordre, mais pourquoi ne pas commencer par le premier, loin d'être le moins réjouissant ?

C'est ce que j'ai fait hier. Pierre qui brûle est l'histoire d'une émeraude que se disputent deux pays africains imaginaires, et qui se trouve présentement — vrai coup de chance — au Coliseum de New York. Quoi de plus évident, pour Dortmunder et sa petite bande de branquignols d'anthologie, que de mettre la main dessus ? Évidemment, tout va se mettre à mal marcher, à barrer en implacables sucettes. (Ce disant, je ne casse aucun suspense : tous les “coups” montés par les Dortmunder's Boys échouent systématiquement ; c'est presque leur marque de fabrique.)

Ce matin, ayant fini de brûler ma pierre, j'ai rouvert Comment voler une banque. À ce sujet, une remarque. Pour je ne sais quelle obscure et tortueuse raison, les éditeurs français de romans policiers américains ont longtemps eu à cœur de donner à leurs livres des titres absurdes, si possible n'ayant rien à voir avec l'original, même quand il était aisément traduisible tel quel — les plus acharnés en ce domaine étant la consternante Série noire de Gallimard. 

Tel n'est pas le cas ici. Westlake a appelé son roman Bank Shot. Le titre français, Comment voler une banque, est certes différent, mais il est judicieux. En effet, il ne s'agit nullement, pour Dortmunder et ses pieds nickelés, de simplement dévaliser cette banque de Long Island, mais bel et bien de la voler, après l'avoir équipée nuitamment de roues et d'essieux.

La chose est-elle possible, même seulement concevable ? Allez-y voir

mardi 4 juin 2024

Hoy en mi ventana brilla el sol


 Puisque nous en étions aux chansons qui me font un étrange effet, je pourrais aussi parler de Porque te vas, chantée, avec un accent un peu bizarre, un peu “impur”, par la jeune Jeanette — qui est aujourd'hui une bien vieille dame.

J'ai, comme à peu près tout le monde, découvert cette chanson à la fin de 1976 ou au début de la suivante — j'étais parisien de très fraîche date —, en allant voir le film de Carlos Saura, Cría Cuervos, qui, par son retentissement, a fait de cette ritournelle, sortie fort discrètement quelque temps plus tôt, un “tube” quasi mondial. 

(Ma mère étant, sur ces entrefaites, venue passer une semaine dans le deux-pièces de la rue de Patay, 21, que je partageais avec Denis Barthès, mon ami orléanais des lycées Pothier puis Benjamin-Franklin, pour je ne sais quelle formation qu'elle devait suivre, j'étais retourné voir le film avec elle, mais probablement, cette fois, en version doublée.)

Presque 50 après, je ne me rappelle à peu près rien de Cría Cuervos, sauf une scène : on y voyait la très jeune Ana Torrent (elle a aujourd'hui 57 ans...) assise dans un canapé, posant le disque de Jeanette sur son petit électrophone et écoutant religieusement Porque te vas.

Pour autant que je comprenne encore un peu l'espagnol, les paroles de cette chanson ne valent pas grand-chose. Si l'on tient à être indulgent, on les dira anodines. Et je ne suis pas sûr que la mélodie soit beaucoup plus relevée. Pourtant, chaque fois que je l'entends, ce qui n'arrive pas tous les jours, ni même tous les ans, elle me plonge dans un état spécial que j'aurais bien de la peine à définir — la preuve : je n'essaie même pas. Mais, comme dans le cas de So far away, c'est un effet qui se prolonge bien au-delà du temps de la chanson ; parfois plusieurs heures.

Effet durable, mais que je pressens fragile, prêt à s'évaporer si j'en venais à trop le solliciter, C'est au point que, si d'aventure l'occasion de revoir le film de Saura m'était un de ces jour donnée, je crois bien que je me défilerais. Par crainte irraisonnée de casser quelque chose. 

De voler sa jeunesse à Jeanette et son enfance à Ana.

lundi 3 juin 2024

I'm no one but a shadow…


 Je viens, chez Toitube, de tomber par hasard sur Nicolas Peyrac chantant So far away from L.A. Je l'ai écouté jusqu'au bout, et j'ai pu constater que cette chanson me plongeait toujours, comme il y a quarante ans et plus, dans la même mélancolie nostalgique, provoquant chez moi une sorte de regret souriant baudelairien aussi inexplicable que tenace.

L'étrangeté de cet effet produit sur moi est augmenté du fait que Peyrac est un chanteur qui ne m'a jamais particulièrement intéressé, et que la petite dizaine de chansons que j'ai pu, dans le temps, connaître de lui m'a toujours laissé à peu près voire complètement froid. Mais entonne-t-il So far away ? Il est sûr de “m'avoir” à tous les coups.

(Autre petit fait curieux : chacun pourra constater, au vu du portrait ci-dessus, que, les années passant, Nicolas Peyrac s'est fait presque la même tête que Jean-Pierre Darroussin.)

Je me souviens aussi d'un soir, vers le milieu des années quatre-vingt, dans l'un de ces restaurants japonais où les client sont assis le long d'un comptoir plus ou moins circulaire autour du faiseur de sushis, je me souviens d'avoir dîné à côté de ce Nicolas-là. Il était en compagnie d'une femme ; je n'étais pas seul non plus, mais du diable si, les décennies ayant passé, je me rappelle avec qui.

So far ago, n'est-ce pas...

 

samedi 1 juin 2024

Aux confins de l'Andalousie


 Nous avons beaucoup vagabondé ici et là, en mai.

vendredi 24 mai 2024

Que sierra sierra…


 Je serai sans doute le seul de cet avis, mais il m'a semblé que, sortant des Liaisons dangereuses de Laclos, il était parfaitement logique de dérouler le Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki, évidemment déjà lu et relu, comme en fera foi ce qui suit. La première raison est que le Français et le Polonais furent contemporains, à quelques années près, le droit d'aînesse revenant au premier. La seconde est qu'il leur est arrivé la même chose : tous deux, au cours de leur existence terrestre, se sont occupés de diverses choses n'ayant que peu à voir avec la littérature, puis ils se sont mis à un unique roman et ont enfanté un chef-d'œuvre.

La vie de Potocki, du reste, mériterait un long billet à elle seule, tant elle fut riche, féconde, mouvementée, brillante. Peut-être le ferais-je un de ces jours, en pompant éhontément la copieuse et excellente préface que Roger Caillois donna en 1958 au Manuscrit, dans l'édition —furieusement tronquée — qu'il fit paraître alors chez Gallimard. En attendant, il me semble plus judicieux — et surtout moins fatigant… — de vous resservir celui que j'écrivis sur ce même roman il y a tout juste dix ans. Le voici :


Je ne parviens pas à me souvenir s'il s'agit d'une seconde ou d'une troisième lecture. Toujours est-il que j'ai repris, cet après-midi le Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki (1761 – 1815), écrivain polonais de langue française. Fabuleux livre que celui-là, qui tient à la fois du roman noir, de l'épopée de brigands, du conte fantastique, de l'histoire de fantômes, du conte libertin, du récit philosophique, du roman d'amour, de celui d'intrigues politiques, voire du conte oriental, plus deux ou trois autres genres que j'oublie certainement. Livre labyrinthe, avec son récit dans le récit, puis un récit dans le récit dans le récit, et encore un récit dans le récit dans le récit dans le récit, ainsi de suite. On se retrouve perdu au milieu de ces innombrables miroirs qui se regardent les uns les autres, de face, de biais, et se reflètent à l'infini. En voici la première phrase, l'incipit comme l'on dit  – encore qu'il ne s'agisse pas tout à fait de l'entame du livre, lequel commence par un avertissement de l'auteur, qui explique brièvement dans quelles circonstances il a trouvé ce manuscrit rédigé en espagnol, dans une maisonnette désertée de Saragosse. Néanmoins, il s'agit bien de la première phrase de la première journée du récit lui-même ; et c'est l'une des plus savoureuses qui soit :

« Le comte d'Olavidez n'avait pas encore établi des colonies étrangères dans la Sierra Morena : cette chaîne sourcilleuse qui sépare l'Andalousie d'avec la Manche n'était alors habitée que par des contrebandiers, des bandits, et quelques Bohémiens qui passaient pour manger les voyageurs qu'ils avaient assassinés ; et de là le proverbe espagnol : Las gitanas de Sierra Morena quieren carne de hombres. »

De fait, elle est bien peu engageante, cette sierra, notamment lorsqu'on débouche dans la vallée de Los Hermanos, où le Guadalquivir se répand dans la plaine, en raison des frères Zoto qui, à son entrée, se balancent sous un gibet, cependant que les vautours s'affairent à leur dévorer chair et entrailles. Et puis, surtout, chaque voyageur se retrouve plus ou moins contraint de bivouaquer à la Venta Quemada, une auberge déserte que son propriétaire a fui, en laissant un écriteau qui demande aux passants de prier pour lui. On y passe certes des nuits surprenantes et délicieuses (le possédé Pacheco se vautre jusqu'au petit matin dans la luxure, en compagnie de sa jeune belle-mère, Camille, et de la sœur cadette de celle-ci, Inésille), mais les voyageurs ont la fâcheuse surprise, le lendemain, de se réveiller sous le gibet, parmi les ossements et les haillons, encadré par les cadavres en voie de putréfaction des deux frères, dont on ne sait pas trop bien comment ils ont pu se dépendre de leurs nœuds coulants.

Jean Potocki met fin à ses jours le 11 décembre 1815. Diverses histoires circulent à propos de ce suicide. Certains affirment qu'il aurait chargé son pistolet avec une balle de plomb provenant du couvercle d'une théière et qu'il aurait méticuleusement polie lui-même durant des mois ; d'autres prétendent que la balle était d'argent et avait été bénie par un prêtre ; quant à moi, je reste persuadé qu'il ne s'est nullement suicidé, mais a eu la cervelle dévorée par les gitanas de Sierra Morena.
 
 
La photo que j'ai choisie en illustration, avec le goût macabre très sûr qu'on me connaît, est tirée d'un film polonais de 1965, intitulé Rękopis znaleziony w Saragossie : je suppose qu'il pourra se passer d'une traduction.

lundi 20 mai 2024

Les questions dangereuses


 Pierre Choderlos de Laclos. Tout de même étonnant, cet homme : militaire de carrière et de goût, auteur d'un opéra comique qui s'est effondré dès sa première représentation, ainsi que de deux ou trois vagues brochures sur des sujets anodins, en tout cas pas littéraires pour deux piastres (l'éducation des femmes, la numérotation des rues de Paris...), et qui, soudain, la quarantaine approchant, prend sa plume et écrit Les Liaisons dangereuses, qui est sans doute le plus remarquable roman de tout le XVIIIe siècle français (les Anglais, à cette époque et en ce domaine, nous dépassaient de cent coudées) et de quelques autres.

Qu'est-ce qui s'est passé ? Et pourquoi ce jaillissement superbe n'a-t-il eu ni prémisses, ni lendemains ? Autant de questions sans réponses, et donc potentiellement dangereuses : on ne sait jamais, en ces parages, où on met le pied ni l'esprit, sitôt qu'on s'y aventure…

Pour se raccrocher à quelque chose, il est tout de même une question à laquelle il est permis de répondre, celle qui concerne la prononciation de son nom de famille : on se doit de dire Chauderlau et non Kauderlau ; encore moins Kauderlosse.  

J'aimerais bien ne pas avoir à le répéter.


samedi 18 mai 2024

Défaire le tout fait


 Les expressions toutes faites. Ce qui les caractérise le plus souvent est que, justement, on ne comprend pas comment elles ont pu être faites, ni pourquoi. 

En vertu de quel impératif cet homme se porte-t-il comme le Pont Neuf, tandis que son voisin est sourd comme un pot ? Ils pourraient tout aussi bien être sourd comme le Pont Neuf — dont il est à peu près prouvé qu'il n'a jamais rien entendu — et se porter comme un pot, les jarres, amphores, marmites et autres pichets jouissant généralement d'une excellente santé — tant qu'on ne les heurte pas contre un pot de fer —, et étant en outre, sauf les plus volumineux d'entre eux, assez faciles à porter.


On pourrait d'ailleurs tenter le même genre de permutation avec quantité d'autres. Par exemple : “n'être qu'un second couteau” et “pleuvoir des hallebardes” ; ou encore : “enculer les mouches” et “ ne pas casser trois pattes à un canard”.

(On citera pour mémoire le cas particulier de “entre chien et loup”, qui présente l'intéressante particularité d'être auto-permutable.)

mardi 14 mai 2024

Une parfaite soirée espagnole


 Plutôt qu'un billet, ce qui suit serait plutôt une manière d'ordonnance, au sens médical du mot, destinée à tous ceux qui souhaiteraient passer une parfaite soirée espagnole, sans quitter fauteuils, canapés, écrans plats.

On commencera par regarder un épisode de l'une des deux séries dont parlait mon billet d'hier. Si l'organisme du téléspectateur est suffisamment robuste, il pourra même en regarder deux, mais en veillant à ne pas changer de série entre le premier et le second, sous peine d'interactions pouvant se révéler fâcheuses. En revanche, il serait dommage de s'en tenir là.

Afin de se détendre et d'aller ensuite se coucher avec le sourire, le netflicomane docile aux prescriptions aura à cœur de compléter son traitement en faisant suivre ses deux comprimés de Permis de vivre ou, à son choix, d'Entrevías, par une cuillerée à café d'un remède à grandes vertus euphorisantes : Machos alfa.

Les dix heures que dure cette série (20 x 30 mn) sont hautement réjouissantes, à la fois absurdes et solidement ancrées dans le réel. Ces quatre Madrilènes quadragénaires qui voient s'écrouler leurs repères traditionnels avec un bel ensemble et qui,  pleins de bonne volonté, tentent d'en finir avec leur “masculinité toxique”, sont tout en même temps ridicules, attendrissants, drôles, pitoyables, et lucides par éclairs intermittents ; bref : irrésistibles. Ce qui empêche Machos alfa d'être une simple charge féministe à la sauce netflicarde, c'est  d'une part l'humour constant et souvent assez “raide” des situations et dialogues, mais aussi le fait que leurs femmes, séparées ou toujours en couple avec eux, ne s'en tirent pas mieux et reflètent tout autant que leurs partenaires virils la complète absurdité de l'époque.

Du reste, la série a été écrite et réalisée, dans un strict esprit paritaire, par un homme et une femme, qui se trouvent en outre être frère et sœur. C'est dire.

Le traitement dans son ensemble sera scrupuleusement suivi durant un minimum de deux semaines, mais pourra sans danger pour le cerveau et le corps être prolongé d'autant.

Addendum tardif : il va de soi que cette prescription ne vaut que si on regarde ces trois séries en version originale sous-titrée (ou non sous-titrée si on est un digne hispanisant). Sinon, en version doublée, ses effets bénéfiques seront presque totalement annihilés.

lundi 13 mai 2024

¡ Que viva Netflisca !

José Coronado (au téléphone) et Luis Zahera.

 Il y a en ce moment sur Netflic au moins deux séries espagnoles qui méritent qu'on s'y arrête. La première, par ordre chronologique, s'intitule chez nous Permis de vivre, ce qui est un choix assez curieux puisque son titre original est Vivir sin permiso. Elle se déroule en Galice, au bord de l'Atlantique donc, tout près de la ville d'Oeste, essentiellement dans une grande maison superbe appartenant au potentat local, moitié entrepreneur, moitié trafiquant de drogues principalement sud-américaines. Il a une femme assez pénible, deux filles hautement regardables, si on est sensible au charme méditerranéen des créatures du sexe, et un fils pédé et drogué dont il semble s'arranger tant bien que mal.

Ce tyranneau local, prénommé Nemo, a aussi un fidèle homme de main, Ferro, qui joue assez facilement de la gâchette, de la cordelette à étrangler et autres accessoires létaux. Il y a aussi trois ou quatre Mexicains qui lâchent un ¡ cabrón ! ou un ¡ pendejo ! toutes les deux ou trois phrases qu'ils émettent.

En vingt épisodes de plus d'une heure chacun, il va arriver à cette famille et à leurs nombreux comparses des montagnes d'emmerdes que je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi si j'en avais un, mais suffisamment bien agencés, écrits, filmés et interprétés pour que jamais on ne soit tenté de lâcher l'affaire.

Curieusement, on retrouve Nemo et Ferro dans l'autre série, mais ils sont devenu Tirso et Ezequiel. On a compris que je veux parler des comédiens qui les incarnent, José Coronado pour le premier, et surtout Luis Zahera, acteur réellement savoureux. 

La série s'intitule Entrevías, du nom du quartier de Madrid où elle se déroule. Il y est encore question de drogue et du trafic la concernant ; mais, cette fois, Nemo/Tirso n'est plus du côté du manche ; quant à Ferro/Ezequiel, il se retrouve dans la police, mais pas plus recommandable pour autant.

En fait, si narcotrafic il y a bien, Entrevías vaut surtout par son ambiance générale, la description d'un quartier pas spécialement opulent (euphémisme...) mais dont les derniers habitants “de souche” aimeraient bien qu'il continue encore un peu à être ce qu'il a toujours été, en tout cas à l'échelle de mémoire humaine.

Là encore, les trois saisons (la quatrième est sur le feu...) sont suffisamment riches et maîtrisées, les personnages assez attachants, souvent drôles même, ce qui n'est guère le cas dans Permis de vivre, et les acteurs honorables, à l'exception peut-être d'un ou deux, pour que l'on se laisse prendre au jeu. 

Bref, ce serait le moment pour tous les netflico-dépendants d'aller faire une double virée en Espagne, maritime et continentale, d'autant que, visiblement, il y fait plus beau que par ici.

vendredi 10 mai 2024

La paix des jardins


 Les charmes de la vie à la campagne, que tous les citadins, n'en doutons pas, nous envient ; à part, peut-être, celles-zet-ceux en situation de mal-audition  :

L'hiver, on vit toutes portes et fenêtres fermées pour tenter de se protéger du froid, des rafales de vent, des paquets de pluie qu'elles apportent ; et aussi des vendeurs de calendriers de l'année à venir.

L'été, on vit toutes portes et fenêtres fermées pour tenter d'assourdir les chants harmonieusement fondus des tondeuses, taille-haies, mini-tracteurs, débroussailleuses, taille-bordures et j'en oublie sûrement. Sans même parler des pique-nique “entre copains” chez ces voisins qui, pour bien montrer leur satisfaction d'eux-mêmes, conforter leur être-là, se sentent obligés de hurler lorsqu'ils s'adressent à l'un ou l'autre de leur commensaux, pourtant assis à moins de deux mètres d'eux-mêmes.

Et c'est alors que, malgré les vocalises et roucoulements des piafs en pleine baisade ou en sage couvaison, l'on se prend à soupirer après les rigueurs mornes de l'hiver, tout enveloppé et ouaté par l'imperturbable silence des grands arbres morts.


dimanche 5 mai 2024

Simple conseil aux jeunes mâles d'aujourd'hui


 Si, malgré tous vos efforts d'auto-déconstruction, vous persistez à répandre autour de vous les effluves paludéens de votre masculinité toxique, l'astuce consistera à ne jeter votre dévolu sexuel que sur des femelles restées toxicomanes, voire toxicolâtres :

elles sont encore beaucoup plus nombreuses que vous-mêmes ne le croyez et que ne le proclament les criailleries de leurs sœurs phallifuges et mal-sevrées.

mercredi 1 mai 2024

Retour en force


 M.P. s'est montré insolemment hégémonique en avril.

dimanche 28 avril 2024

Ces monstres qui tant t'acculent

 


Quand on pense qu'il existe des abonnés netlicards qui ignorent quels bijoux cinématografico-télévisuels sont à leur disposition ! Je pense par exemple à cette mini-série (6 épisodes) coréenne : Parasyte : The Grey. Le pitch vaut le détour, comme on dit chez Michelin.

Au début, il se met à pleuvoir sur un coin de Corée des sortes de boules de billard hérissées de pointes ; lesquelles s'ouvrent bientôt pour laisser sortir des genres de limaces véloces, qui n'ont rien de plus pressé que de s'introduire dans l'oreille du premier humain qui passait bêtement pas là. 

(On nous signalera par la suite que d'autres boules de billard grosses de limaces ont aussi atterri en Europe et aux Amériques, Nord et Sud, mais curieusement on n'en entendra plus parler du tout.)

La limace prenant le contrôle de l'humain, on se dit que les scénaristes du Matin Calme sont en train de nous refourguer ces bons vieux Bodysnatchers, mâtinés d'une pointe d'Alien. On n'aura pas tort…

Les limaces sont drôlement fortes, il faut leur reconnaître ça. À peine installées dans un cerveau humain (ou ce qui en tient lieu), elles sont, quasiment dans la seconde suivante, capables d'exploser la tête de leur hôte, puis d'en faire jaillir quatre ou cinq yeux ainsi que de musculeux tentacules de dix ou quinze mètres de long ; lesquels peuvent prendre n'importe quelles forme et consistance, acquérir instantanément le tranchant d'un fer de hache, la dentition acérée d'un museau de barracuda, le moelleux d'un fondant aux fraises, que sais-je encore, comme des T 1000 venus directement de Terminator II. On voit que l'affaire est sérieuse...

Qu'est-ce que ces parasites fichent là ?

Ce que ces parasites sont venus faire chez nous : nous bouffer. Boulotter de l'humain est apparemment leur seul moyen de survie, ces imbéciles étant en outre incapables de se reproduire, alors qu’ils présentent, à la moindre alerte, de nombreux membres turgescents et pénétrants.

Contre eux, une espèce d’unité spéciale de la police, Grey, s’est mise en place : des limaçophobes déterminés et surarmés (car les parasites, c’est leur bon côté, se laissent très facilement tuer par balles ou même au couteau de cuisine). L’unité est bien sûr dirigée par une femme : on a beau être coréen, on est netflicard avant tout. 

En face d’elle, une autre jeune femme qui, pour des raisons assez nébuleuses, est devenue une mutante. C’est-à-dire qu’elle a bien été parasitée par une limace auriculaire, mais que, désormais, les deux cohabitent dans le même corps, limace et pétasse prenant les commandes chacune à son tour, tout à fait gentiment.

Que dire de plus ? Que, contre toute attente, l’intrigue est plutôt bien construite (une fois qu’on a admis le principe de base, qui est stupide), mais heureusement persillée par des invraisemblances de détail et des naïvetés qui permettent au spectateur de rire un bon coup, tandis que, sur l’écran, les parasites agitent leurs corps humains pour envoyer dans toutes les directions leurs gros et visqueux tentacules cérébraux afin de massacrer leurs futurs repas.

Qui va gagner, des humains ou de leurs envahisseurs limaciers ? On s’en fout complètement : je rappelle qu’il s’agit de Coréens, c’est-à-dire des êtres qui nous sont à peine moins étrangers que les escargots décoquillés qui leur bouffent les lobes cérébraux. Ce qui est amusant c’est de les regarder se démener, les uns et les autres, en s’efforçant de croire au scénario qu’ils ont eu la faiblesse d’accepter.

Ça se gâte pourtant vers la fin, lorsque les scénaristes en question, saisi d'un étonnant prurit intellectuel, décident qu’ils ont un message à faire passer, une vision du monde à transmettre, une philosophie à divulguer. 

Mais je n’en dirai pas plus, au cas, bien improbable, où quelqu’autre que moi se risquerait à tenter l’aventure…

vendredi 26 avril 2024

À pieds joints dans l'avenir


 Un agent Orange — très contagieux donc – devait être chez nous à une heure, pour nous raccorder à Sa Majesté la Fibre ; ce qui devenait nécessaire, après une panne du réseau traditionnel (je ne sais même pas comment l'appeler) de plus de trois semaines… et toujours pas réparée.

Je l'avoue : je l'avoue : j'avais de mauvaise fibrations

Eh bien, j'avais tort. Après trois heures d'activités aussi intenses que mystérieuses, l'agent fibreux est reparti d'ici sans avoir rencontré le moindre problème ; en tout cas aucun qui aurait entraîné des questions auxquelles nous n'aurions pas su répondre.

Et, joie ! pleurs de joie ! : télévision, ordinateur, iBigos, tout fonctionne à merveille. 

Bref, une fois n'est pas coutume, nous n'avons qu'à nous féliciter, au moins pour le quart d'heure, de ce Grand Remplacement réussi.