mercredi 8 août 2018

Merci Bernard ou les grandes invasions Frank


Elles pensaient à quoi, les têtes pensantes de la maison Flammarion, en ce dernier trimestre de 1999 (l'achevé d'imprimer du livre dont je parle est d'octobre) ? Était-ce la perspective de basculer bientôt dans un millénaire inconnu qui leur gelait à ce point la matière grise, à ces vénérables éditeurs ? L'idée qu'ils ne lui survivraient probablement pas, et déjà bien beau s'ils parvenaient à traverser sans dommages irréversibles le petit siècle qui profitait de l'occasion pour pointer lui aussi son déroulé d'inconnu et d'inquiétant ? Toujours est-il.

La première aberration est d'avoir intitulé Romans le gros volume (collection “Mille et une pages”) de 1600 pages qu'ils consacraient cette année-là à Bernard Frank (sans “c” avant le “k” : il y tenait), alors que, sur les sept livres collectés, deux seulement méritent ce qualificatif – et ils ne sont pas, mais pas du tout, ce que l'on peut y trouver de mieux. Ensuite, comment n'a-t-il sauté à l'esprit de personne qu'on ne pouvait pas proposer à la convoitise générale un volume pareillement composé sans la moindre table des matières permettant de s'y retrouver un tant soit peu ? Or, je vous l'assure : j'ai retourné l'objet dans tous les sens, inspecté les rectos, scruté les versos, sans trouver trace de cette fichue table, dont l'absence oblige le lecteur vagabond, celui qui n'a pas envie de l'ordre chronologique proposé, à tourner des dizaines de pages avant d'espérer atteindre enfin le début du livre qu'il souhaite lire – c'est franchement agaçant, et certainement pas pardonnable.

Mais ça vaut la peine. Replonger dans les textes de Bernard Frank est un plaisir, et même un bonheur, allons jusque-là, qui ne semble pas devoir s'éventer avec le temps et les relectures ; on se demande même s'ils ne prendraient pas davantage de corps entre deux, comme si les plus ou moins longues stations en rayonnage valaient des années de cave. Et j'en arrive à n'être plus trop capable de discerner quels sentiments m'inspirent ceux qui ignorent tout de cette prose caressante et féroce, féline pour tout dire : font-ils envie ou bien pitié ? comme bêlait l'autre ; envie des jouissances qui les attendent le jour où ils s'y mettront, pitié des cruelles privations qu'ils s'infligent en se confinant dans leur ignorance. Mais, après tout, qu'ils se débrouillent. 

Si l'on venait me demander (mais qui y songerait ?) par quel livre commencer, par quel côté aborder la planète Frank, je crois qu'après mainte hésitation, je conseillerais ses chroniques journalistiques ; lesquelles, des années cinquante jusqu'à la fin de sa vie, ont été recueillies en plusieurs volumes. Et, pour être plus précis, je dirigerais sans doute le demandeur vers celles des années 1981 – 1985, publiées à l'époque par Le Matin de Paris, journal platement socialiste qui gagnait à n'être pas connu – sauf pour Frank, précisément ; et aussi parce que, sis rue Hérold comme le restaurant Big Buddah où je tenais mes assises, il m'a permis de connaître un certain nombre de joyeux lurons à carte de presse, et même de leur gagner des tournées d'apéros à la belote de comptoir et au 421. Il devait me sembler, alors, que fréquenter le personnel des cuisines me dispensait de goûter à leur plat, et je crois bien n'avoir pas ouvert le quotidien voisin plus de deux ou trois fois durant l'entièreté de son existence. Si bien que j'ignorais tout des chroniques que Frank y publiait hebdomadairement : on est souvent très con, à 25 ans ; et la belote de comptoir n'arrange rien, ni les mélanges apéritifs. 

Quoi qu'il en soit, ces précieuses chroniques matutinales ont été réunies par Grasset en 2002, sous le titre Vingt ans avant. Je vous encourage vivement à ce saut en arrière, vous m'en remercierez.

44 commentaires:

  1. Je vous encourage vivement à ce saut en arrière, vous m'en remercierez.

    Comme souvent, faut bien l'avouer.

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  2. Quant à moi je viens de me lancer dans la lecture d'un livre bien sombre :
    «Kaputt» de Malaparte.
    Pas vraiment le genre d'ouvrage frivole qu'on lit sur une plage de Brégançon.

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    1. J'ai essayé (au moins deux fois) de lire Malaparte : rien à faire…

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  3. Gabriel Fouquet8 août 2018 à 18:50

    "Outrageusement intelligent" aurait-dit Nourissier de La Panoplie Littéraire. C'était toujours, ou presque, l'impression que me laissaient ses chroniques. Toute flagornerie mise à part, je retrouve parfois (et même souvent) cette intelligence sarcastique dans les billets de Didier Goux. Désolé.

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  4. Meteo Frank vous a mis en alerte jaune ou orange pour les outrages ?

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  5. Je dois vous dire, Parrain, que la jalousie me ronge ! Alors que vous avez accepté
    ce commentaire sur Kaputt, vous avez refusé le mien, sur César Franck (avec un C avant le K) !

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    1. Mais non, je n'ai rien refusé du tout ! Votre commentaire, je l'attends toujours…

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    2. Oh, il était très simple et se résumait pratiquement à ce seul lien :

      https://www.youtube.com/watch?v=6VAwFGTa5rs

      que vous accepterez sans doute d'activer - pour vous faire pardonner - puisque vous savez que je suis inapte à le faire !

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  6. Eh bien, écoutant les conseils que personne ne songerait à vous demander, je viens de me mettre en situation d'acquérir chez votre fournisseur préféré, "Vingt ans avant".
    Mais gare à vous, Parrain, si je n'avais pas à vous en remercier !

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  7. A mon tour d'y aller de mon conseil, et si me laissais aller à mon tempérament, j'oserais même dire que c'est un ordre !
    Procurez-vous le Valeurs Actuelles de cette semaine (N°4263-4264), où figure Fabrice Luchini en couverture, et délectez-vous du long entretien qu'il accorde à Laurent Dandrieu.
    Vous m'en remercierez !

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    1. Je l'ai lu mercredi soir (abonnement "en ligne"…). Je l'ai trouvé à la fois très bien (par rapport aux pauvretés de la plupart des autres acteurs) et un peu décevant (Lucchini "ronronne" un peu).

      Ce qui m'amuse, là-dedans, c'est que les deux meilleurs acteurs français, et d'assez loin, Depardieu et Lucchini, sont tous les deux de fieffés réacs, contrairement à la meute des sous-doués qui jappent derrière eux.

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    2. "Un peu décevant" ! Allez-y, dites-nous donc quelles sont les réponses qui vous ont déçu ! Quand soi-même on "ronronne" pas mal, il est normal de pouvoir détecter immédiatement, le moindre ronronnement !
      Il me semble cependant un peu réducteur de classer Luchini (que j'ai du mal aussi à n'écrire qu'avec un seul C) parmi ceux que vous appelez "fieffés réacs" ! Est-ce qu'un "fieffé réac" dirait : "Ce qui est épouvantable avec la droite, c'est quand elle assume l'égoïsme de classe, et le mépris du populo..." ou bien mettriez-vous cette phrase dans la case "ronronnements" ?

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    3. Mettons qu'il ne dit rien ici qu'il n'ait déjà dit avant et ailleurs…

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    4. Bon, ça va pour cette fois : après tout, Luchini n'est pas un de mes familiers. D'autant que ce "mettons" - un peu paresseux, tout de même - arrange tout !
      Tout, c'est-à-dire l'impression qu'on s'attaquait à la valeur de ce que disait celui que j'admirais !

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  8. Un bon mec de droite, juste réac, doit savoir manier la langue du centre gauche… Sinon on le prend pas au sérieux. Et on le classe droite + ou un machin comme ça...

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  9. C'est bizarre : je n'ai lu de Bernard Frank que les chroniques qu'il tenait dans le Nouvel OBS, et en avais gardé le souvenir d'un type qui parlait banalement de tout et de rien, et qui ne devait ce privilège qu'au fait d'être l'ami d'une petite bande bien placée (Sagan, etc.)

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    1. Cela tient sans doute au fait que, malgré la multitude de vos qualités, vous n'avez absolument pas la "tripe" littéraire. Enfin, il me semble.

      (Et Frank ne doit rien du tout à Sagan, mais, à ses débuts, vers 1951 ou 52, plutôt tout à Sartre.)

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    2. J'avoue ne pas savoir lire avec mes tripes...

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    3. N'est pas Céline qui veut...
      Pour ma part, je sèche toujours sur Barthes et les devoirs de vacances.

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    4. Fait livrer "Vingt ans avant" suivant votre conseil et m'en trouve bien déçu. En fait une chronique gastronomico-parisiano-littéraire de l'époque. On en lit cent pages par curiosité et puis les Hussards, le cousins du chef de rang de tel restaurant, les changements d'éditeurs ou de collections, ça finit par barber grave. Rien ne vaudra jamais Jean Cau "Croquis de mémoire" si l'on veut capter l'esprit d'une époque à travers un bon écrivain.

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    5. @ Didier Goux
      Je répète que je ne connais de Frank que ses rubriques dans le NO des derniers temps de sa vie, qui me semblent dépourvues de tout intérêt;rubriques qui donnent l'impression de lui avoir été confiées par copinage, comme celles des considérations sur les programmes de télévision à Françoise Giroud dans le même hebdomadaire.
      Et je maindiens que Françoise Sagan l'a introduit dans le milieu littéraire avant Sartre !

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  10. Merci Parrain !
    J'ai reçu "Vingt ans avant" hier au soir. J'ai l'horrible manie de lire au petit déjeuner - les pages des mes V.A. en sont toutes collées de confiture - mais là c'est avec un certain respect et un éloignement raisonnable du café et des tartines que j'ai ouvert LE livre.
    Pour moi, un bon livre doit pouvoir être comparé à une boîte de chocolats dans laquelle chaque chocolat pioché un peu au hasard, se révèle être délicieux !
    Tous les chocolats que j'ai choisis de lire ce matin étaient de cette sorte.
    Et tous, à un moment ou à un autre, m'ont de surcroît, fait penser à vous. Ainsi à la page 172 : "Bref, si les Amiel, les Kierkegaard, les Gide se font rares, c'est la faute à France-Dimanche ou à Match!"
    Je crois que je n'ai pas fini de me régaler !

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    1. Un mécontent (Jean-Pierre K, ci-dessus) et une satisfaite : le suspense est à son comble…

      Sinon, j'aime aussi beaucoup Cau, bien que le trouvant tout de même moins bon écrivain que Frank (certains de ses Croquis de mémoire sentent un peu l'effort…). Ce qui est amusant, c'est que tous les deux étaient d'irréductibles ennemis, pour une affaire qui remonte à l'époque où Cau était le secrétaire de Sartre et Frank le "jeune espoir" des Temps modernes. Je suppose que vous trouverez ça sur internet.

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    2. J'ai peur que votre satisfaite ne soit qu'une vile simulatrice...
      Je cite de mémoire :
      Quatre-vingt-quinze fois sur cent,
      La femme s'enmerde en lisant,
      Qu'elle le taise ou le confesse,
      C'est pas tous les jours qu'elle apprécie la messe.

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    3. Il n'empêche qu'il manque une syllabe à votre alexandrin terminal…

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    4. Il me semble que ça peut se discuter, mais de toute façon, ce qui compte c'est que ça puisse se chanter sur l'air d'origine. Ou bien ?

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    5. Rassurez-vous, jazzman, je savais que vous alliez accourir, et pourtant je n'ai pas encore eu le temps de dire que j'avais aussi pensé à vous, en lisant ce matin.
      Ainsi page 137 - "Je comptais vous parler d'un Juif amoureux (A Jew in love) de Ben Hecht….J'avais dû lire A Jew in love avant la fin des années quarante, alors que j'étais amoureux fou d'une grande bringue blonde, superbe, et je m'étais identifié avec l'affreux Jo Boshere, le héros de notre livre… : "Jo Boshere - né Abe Nussbaum - était un homme de trente ans, un petit juif à peau noire, à figure de vautour sombre, au corps souple, avec le sens des attitudes."
      Et on lit plus loin : "L'avant-propos de M.R. a une saveur d'époque qui n'est pas sans charme…: "Les juifs, de temps à autre, font des grimaces qui surpassent en juiverie toutes les caricatures de la presse antisémite. Ces expressions juives, où la race se révèle et brûle comme un mal physiologique, sont assez choquantes pour un monde de métis"...
      Alors ces fesses, vous les ai-je déridées, ou bien ?

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    6. Mildred, croyez-vous vraiment que vos extraits pourraient me donner l'impression que ce livre vaut la peine d'être seulement feuilleté ?
      ...sont assez choquantes pour un monde de métis
      Non, sans blague ? C'est avec ce genre de connerie que vous pensez me dérider les fesses ?
      Vous venez d'illustrer à merveille ce vers :
      Elle s'emmerde sans s'en apercevoir.

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    7. Ne dit-on pas : "Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
      Polissez-le sans cesse et le repolissez…" ?
      Peut-être qu'en matière d'antisémitisme eussiez-vous préféré : "L'antisémitisme distingué de Gide" du 4 septembre 1981 - page 65 ?
      "... d'après son Journal (1889-1939) un antisémitisme tout en nuances, pièce de musée très rare...et qui pourtant, n'aurait pas valu lors d'une Libération à cet écrivain exemplaire la moindre peine d'indignité nationale, même avec sursis…
      Il y a toujours eu un embarquement, un départ, une Tunisie pour empêcher Gide de devenir un Chardonne ou Morand. Lucky man ! Pas un mot sur Blum en 1936 dans ses précieux feuillets. Mais la dernière fois où il en parle en janvier 1914 : "Repensant cette nuit à la figure de Blum - à laquelle je ne puis dénier ni noblesse, ni générosité, ni chevalerie, encore que ces mots pour s'appliquer à lui, doivent être déviés sensiblement de leur vrai sens… Pourquoi parler ici de défauts ? Il me suffit que les qualités de la race juive ne soient pas des qualités françaises…."
      Et cela continue ainsi, jusqu'à ce que Frank s'écrie : "... on en vient à regretter la santé d'un Louis-Ferdinand Céline : au moins avec lui un youpin était un youpin, et puis Céline était fou alors que Gide était Goethe… Béraud avait raison qui voulait fesser Gide. Pour sa peine, à la Libération, Béraud récolta vingt ans de travaux forcés et Gide, le Nobel…"
      Mais comme le fait observer Frank : "... Il avait échappé à cet accident majeur de la circulation des lettres, à ce traumatisme crânien qui se nommait Proust, son cadet de deux ans et qui avait eu la galanterie de mourir en 1922. La Recherche pour Gide avait été la pire des guignes, la disparition du narrateur sa plus grande chance. Désormais il avait tout son temps…"

      Ai-je assez bien poli, mais je vous fiche mon billet que le cas échéant, je trouverai bien de quoi repolir !

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    8. Mildred, je vous répète que les juifs ne m'intéressent pas. La seule chose qui m'intéresse c'est le constat des dégâts qu'ils font dans les sociétés qu'ils parasitent.
      Alors un juif qui pérore sur diverses formes d'antisémitisme...pfff...

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    9. Comptez-vous dans votre "constat des dégâts qu'ils font dans les sociétés qu'ils parasitent", Jésus de Nazareth ainsi que ses apôtres et Paul de Tarse, et plus près de nous : Albert Cohen, Sigmund Freud, Hannah Arendt, Marcel Proust, Franz Kafka, Elias Canetti, Stephan Zweig, Raymond Aron, Primo Levi, Patrick Modiano, Saul Bellow, Isaac Bashevis Singer, Philip Roth, Vicky Baum ?
      (Et je ne parle que de ceux dont je suis sûre d'avoir, un jour ou l'autre, lu un de leurs livres.)

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    10. Oui, et il faudra vous contenter de cette réponse, car je n'ai pas l'intention d'entrer dans le détail de votre amalgame de n'importe quoi assaisonné à la chutzpah et protégé par la loi Fabius-Gayssot.
      J'ajoute que faire perdre leur temps aux goyim en débats stériles fait partie des dégâts.

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    11. On ne fait pas perdre son temps à quelqu'un lorsqu'on lui parle de sa monomanie; votre relation avec les Juifs est la même que celle d'Euterpe avec les bites.

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    12. Il est peut-être temps d'aborder le délicat chapitre des bites circoncises. Histoire d'amorcer une intéressante fusion jazzmano-euterpienne.

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    13. Excellente idée ! Et je peux même amorcer la pompe en disant comme l'autre : vaste programme ! Car il est des bites juives circoncises et d'autres qui ne le sont pas. De même il est des bites catholiques circoncises par obligation médicale, et beaucoup d'autres qui ne le sont pas.
      J'ajoute, que pour une femme, la découverte d'une nouvelle bite est TOUJOURS une surprise, tant elles sont - circoncises ou pas - différentes les unes des autres !

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  11. Ce matin j'ai ouvert la page 247, le papier s'intitule :"Mort aux vieux !"
    Voilà ce que j'en retiens pour inciter vos lecteurs à acheter le livre :
    L'article commence ainsi : "Quand on a compris qu'un bon livre n'inspire pas toujours un bon papier, on a compris bien des choses… Heureusement que les bons écrivains sont rares, sinon la vie deviendrait impossible pour le type qui écrit chaque semaine dans un journal. Nous sommes préparés au médiocre, non à la littérature…"
    Après il est question- dans l'ordre - d'"un ancien maire de Bordeaux, un Montaigne quelconque…, de Richard Nixon, de Churchill, de De Gaulle, de Khrouchtchev, d'Adenauer, de Nasser, de Mao, de Chou En-Lai, du chah, et de Douglas McArthur. Avec des noms pareils, je tiens mon article, je ne raterai pas la sauce…"
    Mais la sauce va être sérieusement gâtée par un de ces vieux écrivains qui sans doute "exhibent d'une façon obscène leurs charmes flétris", André Chamson, dont le dernier livre ? "la dernière conversation, les propos recueillis", allez savoir, bref, "Un auteur Grasset-Gallimard avec un peu de Plon dans l'aile vers la fin !"
    Suivent des anecdotes sur Malraux :"Chamson était un peu à Malraux de que Massu était à de Gaulle…" Ensuite une anecdote sur Louis Martin-Chauffier, dénoncé à la Gestapo par une lettre où figurait le nom de Brasillach.
    La dernière anecdote concerne Sartre "flanqué de Simone de Beauvoir", il s'agissait pour Sartre de proposer à Chamson "de s'occuper avec lui des Temps Modernes". Sauf que Beauvoir "n'adressait pas la parole à ma femme qui, tout de même était concernée par la conversation."
    "Conclusion :", écrit Frank, et ce sera aussi la conclusion de son papier : "quand le destin du monde en dépend, il est préférable de laisser ses compagnes au vestiaire !"

    Merci Frank et à demain !

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  12. Eh bien non, patatras ! Ce matin je n'ai pas eu la main heureuse. Est-ce la malédiction jazzman ? Toujours est-il que les deux chocolats choisis manquaient de... corsé.

    Page 314, j'ai à peine souri à : "A quoi servent Caroline Grimaldi et Inès de la Fressange si nous ne pouvons pas nous éponger notre front de débardeur avec la peau de leurs fesses ou les fringues de Saint Laurent et de Peggy-Roche ?"

    Page 334, il est question d'un "nouvel écrivain". "Avec un nom impossible à retenir : Jean-Philippe Arrou-Vignod. Et le titre n'est pas plus folichon : Le Rideau sur la nuit. Pour mettre un point d'orgue à notre étonnement, ce roman a été édité par les Gallimard. S'ils se mettent à publier des débutants de talent et qu'ils ne sont pas sûrs de vendre, c'est soit une méprise, une erreur, soit qu'ils sont retournés en enfance, aux sources. C'est peut-être la faute à Pierre Assouline et à sa biographie sur Gaston Gallimard… Ça leur a donné du remords ou ce qui est presque la même chose : des idées."

    Non, finalement, c'est bien, cette histoire d'agrégé de lettres modernes, né en 1958, qui a écrit son roman entre vingt-deux et vingt-cinq ans !
    Je cours sur Wiki voir ce qu'il est devenu.

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  13. N’attendez rien de bien du peuple imitateur,
    Qu’il soit singe ou qu’il fasse un livre,
    La pire espèce c’est l’auteur.
    LE SINGE. La Fontaine.

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  14. Je ne sais si c'est parce que dans ma jeunesse je me suis laissé aller à écrire quelques nouvelles sur lesquelles j'aurais bien du mal à remettre la main aujourd'hui, mais il m'apparaît que ce matin, j'ai eu la main heureuse.
    Nous sommes le 18 février 1982 et Bernard Frank écrit : "Faites court !"
    "Lors d'une récente et studieuse conférence du "Matin des livres" entre le rosbif froid et les frites, nous évoquâmes le sort de la nouvelle…"
    Je vais essayer de faire court, moi aussi. De Cervantès, Dostoïevski et Thackeray, "aucun n'échappe à cette révision déchirante", on préfère leurs nouvelles à leurs romans !
    "Après ce tour d'horizon, la France revint sur notre nappe rouge tachée d'un gros rouge qui ne pardonne pas aux estomacs fragiles."
    Et voilà que "Paul Morand, orfèvre en la matière" est convoqué : "La nouvelle est en train d'échapper aux périls où le roman est exposé (occupation du terrain par les écrivains philosophes, dissociation du moi, effondrement du sujet, après celui de l'objet)…. Une nouvelle c'est un os. Pas de place pour la méditation, pour un système de pensée. Les personnages… n'ont pas le temps de tomber malades, de mourir de la maladie du roman contemporain."
    Et Frank de continuer sur cette lancée : "C'est la Marseillaise de la réaction… Les nouvellistes sont des déflationnistes qui s'ignorent… Autrement dit, la nouvelle est à droite, le roman-fleuve à gauche… Le roman dans la littérature, quelles qu'aient été les opinions de son auteur, c'était la démocratie, le bordel, l'absence de règles, le triomphe de l'anarchie. La nouvelle, tout au contraire, serait le retour à l'ordre, à l'unité, à l'économie de moyens... Même Proust… était un envahisseur, un corrupteur, un grand malade qui dédaignait Versailles et ses pompes, les admirables jardins à la française, préfère "s'enliser dans de saumâtres lagunes". La nouvelle c'est la garde suisse ou impériale qui ne se rend pas, qui se forme en carré dense… Nous retrouvons en elle nos muscles d'acier des chantiers de jeunesse." Suit une citation d'Audiberti : "les camions de Sartre campent partout dans notre doulce France, la nouvelle, ce commando de phrases courtes et cinglantes, devient une arme efficace aux mains des hussards qui harcèlent... A ces coups de main de la nouvelle si française dans ses audaces, que pourraient faire les existentialistes"...

    Ne m'en veuillez pas si je n'ai pas réussi à faire court, mais je voulais que tout le monde y trouve son compte, y compris jazzman !

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  15. Je dois vous dire honnêtement que je croyais que vous en auriez fini avec Bernard Frank ce matin, ce qui m'aurait déchargé de ce pari, fait à moi-même, de rendre compte au hasard et chaque jour, d'un article de Frank. C'est vrai que dans le genre paris stupides, il y a pire. Donc au boulot !
    Comment disiez-vous déjà ? Ah oui ! "La concision du titre" !

    Le 28 février 1984 : "Où l'on constate que les viticulteurs de l'Hérault sont de joyeux libres-échangistes comparés aux docteurs en philosophie français"
    Voilà pour le titre. Ensuite il y est question de "Ou bien… ou bien…" de Sören Kierkegaard réédité par Gallimard. Pour la modeste somme de 57 F on peut "s'offrir cette savoureuse et superbe croisière en Kierkegaard cette presqu'île de la philosophie qui semble tirer la langue au continent Hegel… Ça fait aujourd'hui quarante ans que les Gallimard ont publié "Eten Eller"... l'année même où Sartre déposait sur les parvis de l'Occupation "L'Etre et le néant". C'est dire si la bonne philosophie n'était pas rationnée en ces temps de disette ! "Ou bien… ou bien…" avait mis juste un siècle pour aller de Copenhague à Paris…"
    Ici intervient le paragraphe sur la philosophie française qui a "défendu avec courage les produits régionaux", d'où le titre. Et cela continue ainsi : "Ce n'est pas que les maîtres de notre université ignorassent dans leur totalité ce qui se tramait hors des frontières, mais ils craignaient que sans le doux écran de leurs mots, le choc ne fut trop rude pour des sensibilités françaises. Ne pas déchirer le fragile tissu national, cartésien, par introduction massive d'un volapük hirsute, barbare, était leur souci majeur…"

    Après ça se complique, mais je vais en rester là car il me semble que tous ceux qui s'intéressent "aux grands stratèges de la pensée" auront compris de quoi il retournait, et quant à jazzman, c'est déjà bien suffisant pour le faire fulminer !

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  16. Je ne vous cacherai pas que je suis assez déstabilisée à cause de la manière dont les choses tournent - ou plutôt ne tournent pas - ici ! Qu'allais-je faire ? Jeter le manche après la cognée ? M'entêter jusqu'au ridicule, celui qui ne tue plus, bien sûr ? Ou bien ? mais ou bien quoi ? C'est dans cet état d'esprit que j'ouvris néanmoins LE livre ce matin, et voici ce que j'y lus : "A vos risques et périls" 6 novembre 1984 !
    J'y vis comme un signe de je ne sais quoi, donc je continue et advienne que pourra !


    Dans cet article,Frank présente trois livres :

    a) Le Grand Livre des jardins dont il dit qu'il s'y est "enfoncé comme dans un"roman policier"

    b) L'Orient-Express par Jean des Cars et Jean-Paul Caracalla chez Denoël, dont il dit : "Aux horreurs des jardins, à leur noirceur secrète, j'opposerais la douceur et l'harmonie des trains de luxe."
    Rien qu'on n'ait entendu ou lu cent fois !

    c) Une anthologie de la poésie française proposée par François Revel.

    "Poésie et Revel, on n'imaginait pas que ça pouvait être enfermé dans la même boîte… Ce n'est pas tant la Poésie ou Revel qui nous intéresse, c'est leur enfant !
    Je rassure tout de suite les populations, le bébé est normal et ne fait pas mauvaise figure par rapport à ses illustres devanciers : Gide, Thierry-Maulnier et Georges Pompidou."
    Et "Revel y va de son petit compliment : Il y a très peu de grands poètes, et la plupart des grands poètes ont le plus souvent écrit peu de beaux poèmes…" Frank continue : "Parmi les exceptions, en France, Revel note Villon et Baudelaire…" Ensuite il est question de "la méthode Revel" qui "réhabilite une émission radiophonique qui a eu un succès fou avant guerre, celle du "crochet"... Revel sauve soixante poètes." Et de dire : "Les anthologies sont comme les histoires de la littérature, et bien d'autres choses d'ailleurs, où l'on remarque surtout les absents…"


    Voilà, je préfère en rester là, au cas où ON attendrait ma copie !

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  17. Votre absentce vous fera remarquer !

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  18. Je vous fais grâce de mes sentiments : je joue le jeu, point barre !

    "Allez en paix, mon fils, je suis là" 9 février 1983 "Le Temps immobile" de Claude Mauriac
    Sur la page 231 je ne relèverai que deux mots :"bavardages" et "Corvée" qui résument assez bien l'avant-propos de l'article.
    Mais dès la page tournée on voit bien qu'on ne va pas rigoler beaucoup. Et voilà notre Frank
    qui, pour nous "décrire le mécanisme" du livre, se met à citer dans un paragraphe serré, sans alinéa, les passages du livre de Mauriac où il est question de lui, Frank !
    Ça fonctionne comme "Les nerfs à vif" que j'ai regardé hier au soir, où le méchant coince le gentil. Et Frank de noter : "Ce serait atroce si tous les écrivains que j'ai assaillis de mes mots, se conduisaient comme Claude Mauriac… La critique ne serait plus possible. Il nous faudrait fermer boutique, NOUS INSCRIRE À CE CHÔMAGE DE LA LITTÉRATURE QU'EST LE JOURNAL INTIME." Fin de la page 232.
    La page 233 s'ouvre sous de meilleurs auspices, comme j'ai lu que ça se disait, nous sommes chez Pivot à la télévision, qui ce jour-là Mauriac semble "le plus sympathique, le plus juvénile…" Vous me direz qu'il n'a pas de mal, les autres étant Matzneff qui "sentait bon le régime, le jus de carotte, la grillade sans beurre, le pamplemousse chagrin du matin… le "pas un gramme de trop"..."
    Et "Sollers, lui, ce jouvenceau madré de quarante-sept berges au franc sourire rentré du type qui encaisse mais qui n'en pense pas moins tentait d'effacer un quart de siècle d'erreurs péremptoires de livres illisibles avec faste par changement de couverture. Parti du Seuil il entrait en Gallimard. "Gallimard lave plus blanc"..."
    Et c'est ainsi, en continuant à vitupérer sur Sollers que Frank lance : "Claude, je ne vous hais point… Allez en paix, mon fils, je suis là."
    Après il a même encore le courage d'un P.S., mais quant à moi, je n'en dirai rien car je suis au bout du rouleau.


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