vendredi 30 janvier 2015

Le blues du chanteur


C'est une vérité admise, intouchable, presque sacrée depuis la pauvre comédie de Berger et Plamondon : tous les hommes d'affaires sont des ratés, même lorsqu'ils ont réussi ; tous, si on les pousse un peu, n'ont que ce lamento à la bouche (obligatoirement goualé dans les aigus pour montrer qu'on a de la voix) : J'aurais voulu… être un artiiiiiiiiiiste ! 

Or, rien n'est plus faux, évidemment. Les hommes d'affaires rêvent probablement de tas de choses – accroître leur chiffre d'affaire, bouffer leur concurrent direct, se taper un top model international, divorcer de leur emmerdeuse de femme sans que ça leur coûte trop cher, enrayer les métastases de ce putain de cancer, etc. –, mais certainement pas de devenir un guignol à paillettes beuglant dans un micro devant un parterre d'abrutis des deux sexes.

En revanche, être un artiiiiiiiste, être reconnu comme artiiiiiiiiste, c'est typiquement un rêve de chanteur ; et la preuve qu'ils n'en sont pas, des artistes, c'est qu'il répète toute les cinq minutes qu'ils le sont. Revisionnez sur Youtoube toutes les interviews de Michel-Ange, Mozart, Racine, Goya, Beethoven, Proust, Picasso et les autres : jamais vous ne les entendrez se revendiquer artiiiiiiistes. Simplement parce que ça leur semble aller de soi : est-ce qu'un humain normal passerait son temps à faire remarquer qu'il a deux bras et deux jambes ? Qu'il est capable de s'exprimer dans un langage articulé ? Vous voyez…

Il y a aussi un autre rêve qui tenaille les batteurs de planches, encore plus prégnant peut-être, on en voit des exemples tous les jours ; et c'est celui de devenir hommes d'affaires. J'aurais voulu être un businessmaaaaaaan ! Le voilà, le vrai rêve du chanteur.

Catherine et Bergotte ont failli attendre


Tant espérée qu'elle était, la neige est là depuis une dizaine de minutes ; elle ressemble un peu à des flocons de purée Mousline tombant de leur sachet de plastique dans la casserole. Elle “tient” au sol, alors que, contrairement à Catherine et Bergotte qui frétillent de la promenade en vue, je ne tiens pas spécialement à elle. Mais, dans sa tanière, l'ours hébertiste s'en moque : il y a des victuailles dans la souillarde et du pain en tranches dans le congélateur : que pourrait-il bien nous arriver ?

jeudi 29 janvier 2015

mercredi 28 janvier 2015

Peut-on lire Maurice Druon ? On peut.


N'ayant jamais lu une ligne de Maurice Druon, et n'en souffrant pas plus que cela, pourquoi ai-je soudain éprouvé le besoin de combler cette lacune, il y a quelques jours, et de commander Les Grandes Familles, roman qui obtint le prix Goncourt en 1948, comme me le rappelle utilement Wikimachin ? Qu'importe, cela fut fait. Une chose agace dès les premières pages, mais l'auteur n'y est pour rien : c'est que, lorsque apparaît un personnage, vient aussitôt se glisser, en insistante surimpression, le visage de l'acteur qui en interprétait le rôle dans le film de La Patellière, savoureusement dialogué par Audiard. C'est encore plus criant lorsque la description de Druon ne “colle” pas avec le comédien : imagine-t-on sans sursauter Gabin affublé d'un collier de barbe noire? Blier maigre ?

Maintenant la question, dont je vois bien que certains de vous se la posent : doit-on lire Maurice Druon ? Le lire aujourd'hui ? Je ne sais pas si on doit, mais en tout cas on peut ; c'est même très agréable, sauf si l'on recherche dans un roman des audaces formelles, une révolution dans le style, etc. Les Grandes Familles auraient parfaitement pu être écrites cinquante voire soixante-dix ans plus tôt, sans y changer un mot : le lecteur de 1900 et celui de 1880 s'y seraient sentis tout à fait chez eux. Pour autant, ce n'est pas rien. Avant d'y retourner – il me faut assister aux obsèques du grand poète Jean de La Monnerie –, je vous en copie une page, prise à peu près au hasard. Juste avant ce passage, Druon vient de parler des vieillards de 1920 (l'époque du roman) et de leur désarroi face au monde qui émerge, suite à la guerre qui vient de s'achever, et que leur âge n'est plus capable de comprendre. Voici :

« On pouvait hausser les épaules : il y avait pourtant d'autres motifs à leurs jugements que le ressentiment éternel des vieillards. Entre les sociétés de 1910 et de 1920 s'était ouverte une crevasse plus profonde, plus certaine qu'entre la société de 1820 et celle de 1910. Il en était de Paris comme de ces gens dont on dit : “ Il a vieilli de dix ans en huit jours. ” En quatre ans de guerre, la France avait vieilli d'un siècle, son dernier siècle peut-être de grande civilisation ; et cette fringale de vivre que connaissait Paris était une avidité de poitrinaire.
» Une société peut être heureuse tout en portant ses lésions internes ; le malheur vient après. Pareillement, une société peut paraître heureuse alors que beaucoup de ses membres souffrent.
» Les jeunes gens reportaient sur leurs aînés la responsabilité de tous leurs maux visibles et prévisibles, de leurs difficultés du jour même, des vagues calamités du lendemain. Les vieillards qui avaient fait ou faisaient encore partie des dix mille s'entendaient accuser de crimes qu'ils n'avaient pas conscience d'avoir commis, d'égoïsme, de lâcheté, d'incompréhension, de légèreté, de bellicisme. Or, leurs accusateurs, pour leur part, ne semblaient pas témoigner de beaucoup plus de générosité, de conviction, ni de pondération. Quand les vieillards leur en faisaient la remarque, les autres s'écriaient : “ Mais c'est vous qui nous avez faits comme cela ! ”
» Et chaque homme, au foyer même des rayons que Paris émettait, suivait le tunnel de sa propre vie ; le passant, inconscient du grand dôme de clarté sous lequel il marchait et qui était visible à plusieurs lieues à l'entour, ne distinguait devant lui que le trottoir sombre. »

(Pages 22 et 23 de l'édition du Livre de Poche.)

samedi 24 janvier 2015

Misère du clocher sur scène


Debout, dos à la porte fermée de la Case, seul avec ma cigarette, et une espèce de silence. Au-dessus de moi quelques étoiles, car le ciel est dégagé ; dix fois moins sans doute que dans l'œil de mon arrière-grand-père, et de ses propres aïeux, à cause des lampadaires de la rue “de derrière”, dont j'ignore le nom, et du halo diffus qui monte de Pacy. En face de moi, légèrement décalé sur la gauche, le clocher de l'église du Plessis, avec son petit coq tournant au sommet. Là non plus, pas moyen de me raccorder à aucune des générations mortes, pour qui, en ce moment, le clocher aurait déjà disparu dans la nuit, quand le mien est éclairé, mis en valeur, par des projecteurs. Et tout va ainsi.

La véritable nature d'un clocher est certainement de se fondre dans le soir, puis de disparaître dans la nuit, quand tout le monde le sait là. Je suppose que, dans les temps anciens, mais fort proches, le clocher n'avait nul besoin d'être éclairé : il était sa propre lumière, même dans la nuit, quand on ne le voyait plus ; l'œil ne le discernait plus : l'esprit le savait là. Et si l'esprit était en berne, un moment, si la bestialité humaine prenait les guides, le clocher était tout de même là, d'autant plus présent qu'il était invisible ; terrible et bienveillant.

Les projecteurs ne sont pas mis en place et allumés pour montrer le clocher, mais pour l'annuler ; pour nier sa lumière propre : on n'éclaire que ce que l'on croit éteint et qu'on ne voit plus.

Les Derniers Jours


Je ne remercierai jamais assez Michel Desgranges de m'avoir conseillé ce livre. N'étant qu'à peine arrivé à la centième de ses six cent cinquante pages, je ne vais pas commencer à plastronner à son sujet. Disons simplement, pour l'instant, que, de nos jours, il devient de plus en plus rare de tomber sur un livre d'histoire écrit dans une langue aussi élégante et claire, dont le propos, pour dense qu'il soit, reste toujours limpide.

Malheureusement, je crains que ce ne soit pas encore le récit minutieux de ce grand effondrement d'empire qui puisse me rendre des envies de sauts et de gambades…

vendredi 23 janvier 2015

Je vous lègue ce monde de merde – pardonnez-moi


Sautera ? Ne sautera pas ? Non, évidemment : je tiens à voir la comédie jusqu'à son terme, c'est-à-dire jusqu'au moment où je la quitterai. J'ai écrit, hier, dix lignes qui m'ont été reprochées ; je comprends ces reproches. Les gens que j'aime aujourd'hui ont tous – et ils sont peu nombreux dans ce “tous” – aux environs de trente ans ; ils deviennent adultes, voire pères et parfois mères, comme ils peuvent, dans un monde que les gens de mon âge leur ont considérablement salopé, sans même savoir ce qu'ils faisaient. (Ne parlons même pas de l'immonde génération d'avant moi, qui ne s'excusera jamais de rien, et sera maudite pour les siècles des siècles – en tout cas j'espère.) Sérieusement, nous n'avons pas su ce que nous avons fait. Nous avons ri et chanté dans une parenthèse qui se referme, et que nous pensions éternelle. (Si vous aviez pu nous voir, à 18 ans, face à ce monde qui ne pouvait aller qu'en s'améliorant ! Si vous aviez pu comprendre notre profonde stupidité !) Nous pensions nos parents en noir et blanc, nous vous voyions encore plus rubiconds que nous-mêmes. Nous étions… peut être pas des médiums, mais des médians : vous alliez, c'était certain, être encore plus progressistes, encore plus gentils que nous. Et il n'en a rien été. Nous vous laissons un monde dur, pénible, envahi, probablement invivable ; et des gens de notre génération qui vous demandent de chanter les louanges de ce qu'on vous lègue. Ne les chantez pas ; refusez le legs ; redevenez guerriers, violents, stupides s'il le faut, assoiffés ; tentez de préserver vos enfants et de leur léguer quelque chose ; apprenez-leur le maniement des armes et offrez-leur des fusils efficaces pour Noël, entraînez-les au combat rapproché, montre-leur les points faibles de leurs ennemis, crachez au visage des collaborateurs mous. Tout cela s'accomplira, ou ne s'accomplira pas, mais sans moi ; c'est pourquoi il m'arrive de désespérer de nous.

Le nouveau panzer de Herr Obertone


L'auteur et son éditeur ont eu la prévenance de m'envoyer le dernier livre de l'ami Laurent Obertone, et je les en remercie. D'après les quelques dizaines de pages que j'en ai lu, ça défouraille à la kalachnikov contre un certain nombre de malfaisants institutionnels, dont mes très-estimés confrères de la presse. J'y reviendrai probablement lorsque j'en serai venu à bout (du livre, et non de mes confrères).

Mais, d'ores et déjà, je trouve qu'il devrait y avoir des lois sévères, voire d'exception, pour mettre hors d'état de nuire les éditeurs ayant l'idée vicieuse d'affubler leurs volumes de couvertures rose fluo : il faudrait voir à ne pas trop mélanger gai savoir et gay pride, tout de même.

mercredi 21 janvier 2015

L'Occident au bord de la falaise


Discussion apéritive avec Catherine : où aller ? Où déménager pour éviter les fleuves arabes, les tsunamis africains ? Je lui explique que la question est, en quelque sorte, déjà résolue : ils sont les vainqueurs de demain ; nous sommes les témoins d'une civilisation agonisante, et qui, comme d'habitude, comme les autres avant elle, agonise sous les applaudissements ravis de ceux qui tiennent les micros, qui ont tellement peur de ce qui advient qu'ils tiennent à ce que que ça arrive le plus vite possible, pour en finir une bonne fois (meilleur exemple local : Claude Askolovitch ; mais on pourrait en citer cent autres, de ces égorgés volontaires). L'Europe a commencé de s'abîmer et elle va, sous la forme qu'elle a depuis dix ou douze siècles, mourir pour faire place à autre chose, qui donnera peut-être des résultats magnifiques d'ici deux ou trois siècles, mais qui aura cessé d'être l'Occident, l'Europe. Nous sommes ces générations malheureuses (il y en a eu d'autres) qui voyons mourir notre monde. J'ai de l'admiration pour ceux qui pensent pouvoir encore se battre, comme Renaud Camus et d'autres, mais je crois qu'il est trop tard, et qu'ils le savent, au fond. Je peux admettre que nous disparaissions, même si cela me rend extraordinairement triste ; de toute façon il le faut bien. Ce que je ne parviens pas à comprendre, c'est qu'on soit à ce point aveugle à ce qui arrive, comme le sont ces gens que je lis jour après jour, et qui ne voient pas à quel point les tragédies se répètent selon les mêmes modalités bouffonnes (les Byzantins discutaient, dit-on, du sexe des anges, nous discourons du mariage homosexuel et des acquis sociaux) ; qui semblent même vouloir que tout s'accélère. En fait, ils ne doivent pas être si aveugles que je le dis. Ils sont dans la situation d'un condamné que l'on pousse vers la falaise : la perspective est tellement terrifiante qu'il finit par supplier que l'on aille plus vite et plus fort : qu'il tombe enfin, qu'on en finisse de cette attente. Il en arrive, par effet de terreur, à trouver qu'il mérite vraiment ce qui est sur le point de lui arriver.

Tu viens quand, la neige ?


Depuis une semaine, on t'annonce en grande majesté chaque soir, lors de cette petite messe laïque qu'est le bulletin météorologique de la télévision. Un jour, tu dois tomber sur la Normandie, on se réjouit donc ; ah, manque de chance, on devait être trop près de l'Île-de-France : pas le moindre flocon. Le lendemain, l'épisode neigeux a prévu de se déplacer vers l'Est, jusqu'à la région parisienne : très bien, je sors les raquettes et la luge ! Le lendemain, en ouvrant les volets (image gratuite : on ne les ferme jamais), on se souvient avec un peu de dépit que l'on fait toujours partie de la Normandie, malgré que nous en ayons, et que, donc…

Tu viens quand, la neige ? Ce n'est pas pour dire, mais mon épouse n'a-qu'un-bras s'impatiente. Et même Bergotte se met à humer l'air à la façon d'un husky en manque.

mardi 20 janvier 2015

Le beau jeune homme qui sait ce que Charlie veut dire


À 20 h 21, je n'ai malheureusement plus le temps (je dois aller regarder XMen 2, à 20 h40) de vous démontrer en quelques paragraphes que le sieur Musset est un pâle crétin, ayant autant d'idées derrière le front que de lueurs dans le regard. Tant pis, ce sera pour demain, si je n'ai rien de mieux à faire – ce qui m'étonnerait tout de même un peu. Mais, après tout, vous n'avez sans doute pas besoin de moi, bien que j'eusse deux ou trois remarques savoureuses à faire à propos des pensées de ce garçon. Lisez donc vous-même.

Je signale tout de même, avant de m'enfuir vers d'autres cieux, que ce Musset, comme d'autres qui le furent réellement, se veut écrivain. Il lui arrive même de le prouver, comme dans le quatrième paragraphe du billet mis en lien plus haut ; le voici :

« Le complotisme ne s'est jamais aussi bien porté ? Là non plus, rien de bien nouveau. On cherche à l'hypermarché du net, au gré des prix cassés sur la raison, là où la sophistication de l'absurde est un gage de crébilité, les réponses que l'on ne trouve pas ailleurs. Ni dans des médias trop souvent uniformes, ni dans les livres ou la presse qu'on ne prend plus la peine d'ouvrir (ou d'acheter). Ce combat-là, en revanche, les enseignants (formés à ça) doivent le mener à côté des parents. Mais là aussi ça demandera un investissement et des heures dédiées, et comme Macron a dit qu'il fallait faire des économies : ça sent l'impasse. »

Qu'y a-t-il après l'abondance ? Seb Musset, hélas. Bonne soirée à tous.

lundi 19 janvier 2015

Le socialisme qui radote


[20 novembre 1983.] « À la Closerie, on parle de la situation. Sollers me fait remarquer que la cote de Mitterrand remonte en proportion des morts qui s'accumulent – les soldats tués au Liban, puis les Chiites bombardés il y a deux ou trois jours. Le socialisme du 3e type est de plus en plus nécromaniaque. »

Philippe Muray, Ultima necat, Les Belles Lettres, p. 360.

dimanche 18 janvier 2015

Les Charlie et les Charlotte passeront l'été sans culotte


Cela restera sans doute comme la mutation anthropologique du siècle. Jusqu'en milieu de semaine dernière, les Français étaient des veaux à la mode gaullienne ; le dimanche, par la grâce des quatre millions de résistants descendus aplanir le macadam, nous étions encore des veaux, peut-être, mais des veaux Marengo ; que dis-je ? Austerlitz ! Des veaux Bir-Hakeim ! Comment leur avait-on montré, aux embarbés exotiques, à quel point ils ne nous faisaient pas peur, et combien nous nous gaussions de leurs menaces ! La première page de notre geste combattante venait de s'écrire : on ne reposerait ni les armes ni la plume avant de parvenir à l'ultime ligne du tome dernier. 

Puis, ce furent les soldes ; car il faut bien que, durant la résurrection collective d'un peuple, se poursuive la mort lente des individus. Et alors on vit… rien. Ou plutôt personne, comme les chroniqueurs officiels et grassement prébendés se firent un devoir de le souligner dans leurs lucarnes et colonnes. Au lieu des ruées de déments en pleine crise que nous montrent les caméras d'ordinaire, on ne vit que quelques zombis romériens parcourir comme âmes en peine les immenses allées désertes de centres commerciaux silencieux ; tous les autres étaient restés terrés.

Quelques mauvais esprits crurent pouvoir s'autoriser le ricanement : il était où, le peuple uni qui refusait d'une seule voix l'intimidation et clamait sa non-peur ? Était-il, en quelques jours, revenu de la méthode Coué à la méthode couard ?

Heureusement, on fit vite taire ces fâcheux et l'on expliqua que si les Français ne s'étaient pas jetés en hordes sur les petites culottes printemps-été, c'était par pudeur et dignité. En signe de respect pour ses martyrs, le peuple de France, aux beaux jours revenus, ira donc cul nu ; comme il avait déjà la tête vide, il sera tranquille : on ne pourra plus rien lui voler.

samedi 17 janvier 2015

Muray suscite


Le journal de Philippe Muray, nous apprend-on, comptera six volumes (de six cents pages, si l'on se réfère à ce premier), qui paraîtront à raison de deux par an. Je viens de recevoir le premier, très beau livre, d'une sobriété qui fait honneur à son éditeur, avec qui, comme chacun le sait, je n'ai aucun lien particulier pouvant m'entraîner à en dire du bien. Pour ce qui est de la compréhension du titre, les non-latinistes – c'est-à-dire désormais tout le monde, moi y compris hélas – en trouveront l'explication ici. Le sous-titre peut également surprendre : comment un journal pourrait-il être autre chose qu'intime ? Et comment pourrait-il n'être que cela ? Il est possible que, dans sa postface, Anne Sefrioui, veuve de l'écrivain et maître d'œuvre de cette édition, donne des éclaircissements : on verra.

On verra car, déjà que je ne lis jamais les préfaces avant de plonger dans le texte qu'elles bornent, à plus forte raison les postfaces, évidemment, même si j'en connais l'auteur (ou l'auteure ou l'auteuse ou l'autrice ou l'auteresse, pour le plaisir de faire ricaner Muray),  et alors par de multiples côtés, je vous prie de le croire : Anne et moi, c'est un peu comme si, ne se voyant presque jamais, on se connaissait de tout temps ; c'est un peu bizarre. – Mais revenons à Muray.

La plongée dans ce journal, pour qui a lu et relu et rerelu et tralalu les Exorcismes spirituels, Après l'histoire, ou l'Empire du Bien, c'est du brutal, comme on dit dans les Tontons. Si j'étais journaliste et que je devais justifier mon salaire par une recension,  je dirais que l'on découvre un Muray d'avant Muray : ça impressionnerait beaucoup mes abonnés et pourrait me servir pour une demande d'augmentation. Le problème (pardon : le souci), c'est que ce serait tout à fait stupide, et c'est pourquoi vous allez forcément le lire dans vos journaux habituels.  Il n'y a pas, il ne peut y avoir de Muray d'avant Muray. Sans doute y a-t-il un Muray qui – dans les quelque cinquante pages que j'ai lues – cherche à être Muray, et se cogne un peu la tête contre des murs dont nous, lecteurs du futur, savons bien qu'ils n'existent pas ; ou, en tout cas, qu'il va bientôt les enfoncer avec la facilité d'un enfant en bas âge plongeant son index dans son assiette de purée. 

Ce que l'on voit et lit, c'est un jeune homme, d'après l'état-civil, qui n'a pas encore trouvé le moyen de devenir le jeune homme qu'il sera ensuite. La lecture est parfois éprouvante – on le sent se regarder écrire, on voit la bave des années soixante-dix comme celle du monstre dans Alien. Mais, dès cette première année – je ne suis pas allé plus loin ce soir –, au détour d'un paragraphe, on sent poindre Muray, exactement comme on voit arriver Balzac dans les romans d'avant Les Chouans.

Il est beaucoup question de René Girard, en cette année 1978, la première du journal, qui commence au 17 août. C'est bien normal : en mars de cette même année paraissait Des choses cachées depuis la fondation du monde, l'un des trois ou quatre livres les plus importants de Girard, que Muray a repérés et compris d'emblée. Quant à moi, je ne découvrirais Girard que trois ou quatre années plus tard. C'est aussi à cette époque de sa vie qu'il commence à écrire des Brigade mondaine, ce que je ferai moi-même à partir de 1986. La première leçon à tirer de ce journal, c'est donc que Philippe Muray a toujours quelques années d'avance sur Didier Goux ; si cette avance pouvait s'allonger un peu en ce qui concerne nos morts respectives, ça m'arrangerait, merci.

jeudi 15 janvier 2015

Revenons aux choses importantes


Le journal de Léautaud m'a entièrement repris. Il y a vraiment des moments où, emporté, je me dis durant une seconde ou deux que je vais, demain, aller lui dire tout l'intérêt qu'il suscite en moi. Et puis, juste après, le retour douloureux, très aigu, de la conscience du temps irrémédiablement mort. C'est que, cette conscience, nul ne l'a plus que lui, aussi. Si bien que, quand il retourne ses pas dans le quartier de la rue des Martyrs, vers 1910, et qu'il se prend à évoquer ce qu'il y a vécu trente ans plus tôt, avec une justesse dans la nostalgie dont je connais peu d'équivalents – et même peut-être aucun, en fait –, le lecteur naturellement porté à ce même type d'abandon ne sait plus du tout s'il doit déplorer la perte du Paris que regrette Léautaud, où bien de celui dans lequel il circule et qui, pour lui, est tout aussi fantastiquement lointain. Et chaque homme ou femme croisé dans ces pages, qu'il soit écrivain connu ou cocher de fiacre ou concierge – et d'ailleurs les écrivains ne sont pas ceux qui vivent forcément le plus – semble s'extraire d'une photographie grisâtre et vaguement floue dans ses fonds, pour retrouver, le temps d'un paragraphe, la vie naturelle qui l'a quitté – où qu'il a quittée – voilà plus d'un siècle. Dans le journal de Léautaud, le temps guette à chaque page, et d'un même mouvement il abdique ses pouvoirs.

Les Charlie liputiens attendaient leur pitance


Finalement, la grosse différence entre la France à encéphalogramme plat d'aujourd'hui et l'Union soviétique d'antan, c'est que jamais les Russes, à ma connaissance, n'ont fait la queue sur les trottoirs pour acheter la Pravda. J'espère au moins que Sa Gracieuse Majesté Virus de Rhinite s'en est donné à cœur joie : après les petits yeux qui pleurent, les gros nez qui coulent.

mercredi 14 janvier 2015

Un nouveau slogan pour les Charlie-de-la-Terre



« Il est incompréhensible que vous envisagiez de vous retourner contre la liberté. Mais si vous n'aimez pas la liberté, pour l'amour de Dieu, faites vos valises et dégagez ! Si vous n'aimez pas vivre ici, en Occident, parce que quelques humoristes, dont vous n'appréciez pas le travail, font un journal, je vous dis d'aller vous faire foutre ! »
 
Ahmed Aboutaleb, maire de Rotterdam, arrivé aux Pays-Bas, de son Maroc natal, à l'âge de 15 ans.

On attend d'une minute à l'autre les déclarations des maires de grandes villes françaises… Restez à l'écoute… Ça s'en vient… Ce ne sera plus très long…

lundi 12 janvier 2015

Finalement, c'est quoi, être Charlie ? Eh bêêê…


Les manifestations des “Charlie”, mélange indigeste de larmoiements auto-satisfaits et de puériles rodomontades, ont fait que j'ai oscillé durant deux jours entre l'exaspération et l'abattement. La quantité de bêtise sentimentale qui s'est déversée dans la blogoboule fut absolument hallucinante. Et tous ces gens, bien entendu, sont d'une sincérité à front de taureau : si encore ils trichaient, comme le font à l'envi les politiques depuis cinq jours, ce serait encore tolérable, l'habitude jouerait. Mais là… tous ces braves gens, partout, qui, durant quelques heures, se sont mués en hérauts de la liberté, comme les enfants enfilent leur habit de Zorro le matin de Noël, c'était à pleurer de pitié ou à trépigner de fureur. Et, par là-dessus, le concert unanime des voix z'autorisées, pouvoir, presse et bien entendu showbiz confondus, nous enjoignant, nous intimant de rompre aussi vite que possible tout lien qui pourrait nous être venu à l'esprit entre ces assassinats ignobles et la religion qui les a rendus possibles et même largement suscités. Quatre ou cinq millions de “gentils”, à battre la semelle sur le macadam en étouffant sous leur propre compression, qui seront tout surpris, la semaine prochaine ou dans un mois, lorsque d'autres sauvages recommenceront la même chose ailleurs, sans tenir le moindre compte de leur “formidable démonstration de force et d'unité”. Heureusement, j'avais mon antidote : le journal de Léautaud. Des journées comme celles-là, où la sottise tremblotante se fait à ce point unitaire, c'est à décider de ne plus jamais sortir de chez soi, avant le jour béni de son propre enterrement.

Ça n'a rien à voir avec l'islam…

Anita Ekberg, 29 septembre 1931 – 11 janvier 2015.

… Et pour une fois c'est vrai.

dimanche 11 janvier 2015

Les Charlie ont plein air, les RAVALIS tremblent


Ce mot de “terroriste” est vraiment trop dur, trop cruel, pour désigner de pauvres enfants perdus de la République, depuis le berceau en butte au racisme et à l'exclusion. C'est pourquoi j'ai résolu de les appeler désormais des RAVALIS (Rien À Voir Avec L'ISlam), puisque, nous dit-on, c'est leur principale caractéristique et, en quelque sorte, leur socle commun. 

Tout à l'heure, donc, les Charlie vont organiser une grande farandole balisée, afin de montrer aux RAVALIS qu'ils n'ont même pas peur d'eux ; un peu comme des enfants qui, marchant sur un sentier forestier et s'apercevant que la nuit commence à tomber, éprouvent soudain le besoin de se serrer les uns contre les autres en chantant à tue-tête des refrains martiaux de bons petits soldats. Et ils seront tous Charlie.

Tous Charlie, mais chacun gardant son quant-à-soi. Par exemple, j'en vois déjà qui tordent sérieusement le nez depuis qu'ils ont appris la probable présence de M. Netanyahou, ce petit Hitler circoncis, à la farandole. On se demande d'ailleurs ce qu'il vient faire là, dans la mesure où, les tueurs, celui de Vincennes notamment, n'ayant rien à voir avec l'islam, il est fort probable que leurs victimes n'avaient non plus rien à voir avec le judaïsme. Il y aura aussi les Charlie qui ne veulent pas de Marine Le Pen parce qu'elle a raté son examen de républicanisme, d'autres Charlie qui aimeraient bien virer Mme Merkel parce qu'elle n'est pas gentille avec les Grecs ; on verra aussi, je suppose, quelques CdC (Charlie des Cités), qui ne seront sans doute que très peu nombreux, mais c'est bien normal puisqu'on leur répète depuis quatre jours que tout cela n'a… n'a… rien à voir avec l'islam ! Bravo, dans le fond…

De toute façon, malgré ces menues réserves sans importance, on peut être sûr que la farandole sera très réussie, impressionnante de dignité ; et la foule, recueillie à s'en mouiller les braies. Le seul oubli, pour moi incompréhensible, c'est le lâcher de ballons multicolores : ç'aurait, sur les toits de Paris si chers au poète, désennuyé les tireurs d'élite.

samedi 10 janvier 2015

Mon menu antiterroriste de demain midi


D'aucuns, se sentant l'estomac citoyen et la conscience dans les talons, iront demain déjeuner d'une choucroute place de la République, ce qui ne va pas manquer de porter un coup terrible au moral des tueurs musulmans, qui affûtent déjà leurs armes dans un discret pavillon de banlieue, pour, d'ici quelques jours ou semaines, fêter dignement leur libération anticipée des geôles de la nation. Ne voulant pas être en reste d'un repas hautement signifiant, j'ai pris la décision ferme, héroïque même, de me nourrir dominicalement de saucisson et pinard (ou de saucisson-épinards, si jamais j'éprouve un soudain besoin de verdure). Après cela, et une fois la digestion faite, j'irai peut-être, pour faire plaisir à Suzanne, jeter quelques têtes de porc sur des femmes voilées – mais ce n'est pas certain : il est possible que ma naturelle nonchalance l'emporte sur mon islamophobie rabique. D'autant que, faire reculer le terrorisme à coups de fourchette et de glotte, on a beau dire, ça fatigue assez vite.

vendredi 9 janvier 2015

Tous unanimes derrière Depardieu !


Suis-je vraiment le seul (je sais bien que non) à m'apercevoir que les torrents de larmes prévisibles qui se déversent depuis avant-hier sur la blogoboule – et ailleurs aussi, malheureusement – l'instinct grégaire qui pousse les moutons compassionnels à se serrer les uns contre les autres dans les avenues et sur les places publiques, l'unanimisme émotionnel, suis-je seul à me dire que l'on est là dans l'exact contraire, la négation radicale de ce qu'on a pu appeler jadis “l'esprit Charlie Hebdo”, lequel n'était déjà plus, d'ailleurs, qu'une forme abâtardie de l'esprit d'Hara-Kiri ?

jeudi 8 janvier 2015

Longue vie au président Ben Abbès !


J'ai presque terminé la lecture de Soumission : heureusement pour moi, ce n'est nullement LE chef-d'œuvre… Disons que le roman se situe dans l'honnête moyenne de la production houellebecquienne : inférieur à Extension du domaine de la lutte et aux Particules élémentaires, mais nettement supérieur à La Possibilité d'une île ; disons du niveau de Plateforme ou de La Carte et le Territoire. Le personnage principal – et à peu près unique – est une copie conforme de tous les “héros” des livres précédents, atteint des mêmes symptômes (solitude, aboulie…) et souffrant des mêmes manques affectifs et sexuels. La différence est évidemment la “toile de fond” science-fictionnelle, c'est-à-dire l'élection d'un musulman comme président de la République ; mais ce n'est, justement, guère plus qu'une toile de fond – en tout cas à une centaine de pages de la fin –, et je trouve qu'entre elle et le héros, la carburation ne se fait pas toujours très bien. Néanmoins, l'idée d'une alliance de la gauche avec le nouveau parti musulman que Houellebecq imagine, pour barrer la route de l'Élysée au Front national, semble assez crédible, si l'on en juge par les faiblesses coupables, et même assez dégoûtantes, de la gauche actuelle envers “nos” musulmans.

J'ai tout de même souri lorsque François, le personnage en question, émet l'hypothèse que certains discours de Marine Le Pen pourraient avoir été (en 2022, donc) écrits par Renaud Camus sous la surveillance de Florian Philippot. Du reste, j'ai souri plus d'une fois car, dans celui-ci comme dans les précédents, Houellebecq déploie le même humour ravageur.

Il n'empêche qu'aller organiser un massacre à Charlie-Hebdo le jour de la sortie de son livre, dans le seul but de lui assurer un plus grand retentissement, était sans doute exagéré.

mercredi 7 janvier 2015

Éteindre les brasiers avec nos gros sanglots


L'attentat perpétré contre Charlie Hebdo, la mort de Cabu, Wolinski et autres m'ont évidemment frappé de sidération. Ce qui ne m'a nullement surpris, en revanche, rentrant chez moi vers six heures ce soir, c'est le fleuve de larmes convenues qui, tel un Vidourle en furie, ravage encore la blogoboule à l'heure où j'écris ces mots.  Pas étonné davantage de ce que cette ignominie ait à ce point le pouvoir d'essorer les glandes lacrymales tout en laissant les cerveaux parfaitement en repos. Le début de phrase qui revient le plus souvent, dans le chœur des pleureuses, c'est : « Il n'y a pas de mots pour… »

Eh bien, si, justement, il y en a. Mais attention : certains piquent un peu.

Nettoyage du XXe siècle par le vide


Qui restera, dans trois siècles, des écrivains français du nôtre ? Probablement aucun de ceux que nous tenons pour des valeurs sûres ; toutes nos statues seront par terre. Proust intéressera les historiens de la littérature, qui chercheront à expliquer le raz-de-marée de La Recherche ; des amateurs de bizarreries se pencheront sur Céline et ses préciosités monstrueuses ; Gide et Sartre seront couchés, bien tranquilles, jamais dérangés, dans le caveau où Barrès les attend déjà ; parfois un dandy exhumera d'un grenier un mince volume de Simenon et affectera de le redécouvrir ; les noms de Mauriac, Bernanos ou Green ne diront plus rien à personne, qu'aux trois ou quatre universitaires qui, basant leurs carrières sur eux, achèveront de les tuer ; on rira volontiers de nous, qui avons encensé France et salué gravement Malraux ; et ainsi de suite, dans ces grands cimetières. Il ne restera que Léautaud, vivant, insolent, irritant, palpitant, pour témoigner que le XXe siècle fut bien : ce sera la revanche discrète des chats perdus et des chiens affamés.

mardi 6 janvier 2015

L'œil et le nombril


Il y a plusieurs façons de se scruter le nombril ; c'est une question d'œil et de distance. M'étant aperçu qu'il ne m'était plus possible, actuellement, de lire des romans, ni même de la fiction en général, que ce serait même dommageable, j'ai rouvert d'abord le Journal de Gide, lu d'une traite et avec enthousiasme il y a une vingtaine d'années ou un peu plus. Dieu, quel ennui ! Comme elle est irritante, cette impression que l'on a constamment de regarder, de dos, un homme tout occupé à sculpter sa propre statue, sans même s'être avisé de votre présence, trop extasié qu'il est de lui-même, y compris dans ses moments de feinte fustigation ! C'est particulièrement vrai dans ses jeunes années, et mon erreur a peut-être été de reprendre par là au lieu de le saisir vers la mi-existence. Quoi qu'il en fût, j'ai remisé Gide et, journal pour journal, j'ai repris celui de Paul Léautaud. Enchantement intact ! Chaque paragraphe y déborde de vie, le quartier de l'Odéon s'anime, les rues de Paris s'emplissent de cris, d'odeurs, du bruit des voitures à chevaux, des appels des marchands ; on croise Vallette et Gourmont, Rachilde et Van Bever, Charles-Louis Philippe ou Paul Valéry, et eux aussi vivent leur existence à pleine force ; un monde entier, géographiquement restreint certes, sort tout bruissant de ces pages, donnant l'impression au lecteur qu'il lui suffirait de quitter son fauteuil et de faire un pas en avant pour y pénétrer physiquement et sans retour. 

Et puis, bien sûr, il y a Léautaud lui-même, courtois et emporté, sarcastique et timide, provocateur fleur bleue (comme il me haïrait pour le traiter ainsi !), vivant, grognant, riant, écrivant pour se demander s'il doit écrire, s'examinant sans complaisance, se soupesant au juste poids, uniquement préoccupé de soi mais ne laissant rien échapper du monde alentour, tiraillé entre la femme de chair qui l'encombre et les filles fantômes qu'il ne cesse de ramener du passé pour soupirer après elles ; Léautaud irritant et touchant, Léautaud écrivain de belle race, Léautaud gentilhomme égaré dans son siècle comme il l'aurait été en d'autres.

dimanche 4 janvier 2015

N'épousez jamais une femme infirme !


Sinon, c'est vous qui vous retrouverez un triste soir de janvier incarcéré dans la cuisine, obligé de confectionner vous-même la galette des rois, alors que vous aviez prévu d'aller écrire Paludes dans la Case. Et, en plus, comme votre inutile épouse n'a plus qu'une main, vous serez tout flou sur la photo. La galette aussi.


jeudi 1 janvier 2015

La malédiction du Premier de l'An


Ceux qui ont lu le billet d'hier se souviennent qu'à partir de 1987, lançant un adieu plein d'allégresse à mes cauchemardesques réveillons de naguère, je décidais de me réfugier, chaque 31 décembre, dans la maison de Sologne où vivaient alors mes parents ; ce qui implique que je m'y trouvais encore le premier janvier. Ce jour-là, aux environs de midi, mon père annonçait qu'était venu le moment de l'apéritif. Ma mère et moi confortablement installés au salon, il allumait la télévision, pour le concert viennois du Nouvel An : c'était la tradition pour eux, ce l'est devenu pour moi à compter de cette année-là, où la philharmonie de Vienne était dirigée par Karajan. Depuis, chaque année ou presque, il m'a été donné de porter la même croix.

Tout se déroule toujours merveilleusement durant la presque totalité du concert, surtout si l'apéritif est richement servi. Le ciel commence de s'assombrir quand retentissent les premières notes du Beau Danube bleu de M. Johann Strauss le fils ; mais ce ne sont encore que de gros nuages, menaçants, certes, mais continents.

L'orage éclate lorsque entre en scène, pour la parade finale, M. Johann Strauss le père avec sa terrifiante Marche de Radetsky. J'ai beau m'efforcer de penser à autre chose : au verre que je vais reprendre, au déjeuner qui mijote, au livre homonyme de Joseph Roth, rien n'y fait ; j'envisage d'opter pour la fuite, mais ne le puis : un sortilège puissant me cloue au fauteuil, mon pied gauche commence à marquer la mesure ; et le rythme diabolique m'entre dans la cervelle comme opinel en motte de beurre : padada padada padada dada… (Ou, en version plus “terroir” : tagada tagada tagada tsoin tsoin…)

C'est fichu, même un exorcisme pratiqué selon le plus rigoureux rite romain n'y pourrait rien : je sais que, durant trois jours au moins, je vais fredonner cette fucking marche du matin au soir ; d'ailleurs j'ai déjà commencé. 

Plaignez-moi, infortunés frères de l'année qui s'ouvre ! Ou, au contraire, maudissez-moi pour ceci :



mercredi 31 décembre 2014

Géhenne, serpentins, cotillons et céphalée


Réveillon de Nouvel An : encore aujourd'hui, cette seule expression suffit à me faire frissonner d'horreur et de dégoût. C'est que j'en ai enduré un certain nombre, dans ma pauvre vie antérieure, où je n'avais même pas la consolation d'habiter sous de vastes portiques que les soleils marins teignaient de mille feux. C'était un cauchemar immuable.

Tout commence par l'ami qui, vous voyant échoué sur la berge festive, vous propose gentiment, et d'une voix gourmande, de vous emmener à la soirée dont il est l'un des invités ; vous dites oui. Vous vous retrouvez dans un appartement ou une maison inconnus de vous, au milieu de gens qui ne le sont pas moins, à l'exception de quatre ou cinq, que vous n'appréciez pas particulièrement mais à qui vous vous accrochez faute de mieux – et vous commencez à boire, ne serait-ce que pour la contenance que vous donne, croyez-vous, le gobelet de plastique que vous tenez négligemment dans la main qui ne manipule pas les cigarettes que vous carbonisez à la chaîne. Vous observez, d'un air que vous jugez souverainement détaché, les filles qui errent en même temps que vous dans l'appartement ; elles, en revanche, ne vous observent nullement, n'ayant, à votre endroit, conservé que le détachement. Vous commencez à vous faire tartir, vous augmentez la fréquence des gobelets de punch.

Vous vous croyez sauvé quand surgit un autre ami – en réalité un pilier de votre bar commun, dont vous seriez infichu de dire le nom de famille –, qui vous informe discrètement qu'il est venu ici pour tuer le temps, car d'ici une heure ou deux, il doit aller à une autre fête, qui, elle, contrairement à celle-ci qui est vraiment nulle, sera d'enfer ; bien entendu, puisqu'il le propose, vous le suivez.

Après avoir traversé pédestrement près de la moitié de Paris, vous vous retrouvez donc dans un autre appartement, tout aussi inconnu que le premier. Comme la soixantaine d'invités est là depuis trois bonnes heures, que les fenêtres sont évidemment fermées, que tout le monde boit, fume et s'agite sur une musique de merde assourdissante, il y règne une chaleur de bête et des odeurs qui ne le sont pas moins. Malgré, tout, un punch en valant un autre, vous marchez vers le buffet, d'où tout alcool raisonnable a depuis longtemps disparu. Vous commencez à vous dire qu'il serait temps, si vous voulez finir l'année en beauté, de vous mettre en quête d'une chaussure à votre pied, pour parler de façon imagée ; tout en subodorant que, comme l'année dernière et celle d'avant, vous allez rentrer pieds nus (pour filer la métaphore).

Autour de vous, car l'heure tourne Messieurs-Dames, il ne reste plus que des épaves imbibées (généralement de sexe masculin) et des boudins en déshérence (…) ; vous pourriez probablement vous taper l'un ou l'autre membre de ces deux sous-ensembles, mais vous n'avez déjà plus très envie. Entre quatre heures et demie et cinq heures, vous décidez que ça suffit comme ça, et vous rejoignez la rue en titubant ; naturellement, vous n'avez plus la moindre idée de quelle rue il s'agit. Ce n'est pas très important car vous allez, durant l'heure suivante, en parcourir trois douzaines d'autres, claquant des dents sous l'action conjointe du froid extérieur et du punch intérieur, à la recherche d'un taxi, qu'un autre fêtard repère et hèle systématiquement avant vous. À cinq heures et demie, ayant abjuré toute foi en l'humanité, vous descendez dans le métro, pensant que là, au moins, vous serez au calme et à votre aise. Il n'en est rien : le quai est encombré d'une humanité verdâtre et dépenaillée qui, elle aussi, comme vous, s'est rabattue sur la prochaine rame. Plus personne ne souhaite la bonne année à personne. Il est six heures et demie lorsque vous vous laissez enfin tomber sur votre lit ; auparavant, sur le palier du premier, vous avez croisé M. Lemonnier, frais comme un gardon de la dernière marée, qui partait prendre son service à la gare d'Austerlitz. 

Quand vous vous réveillez, vers deux ou trois heures de l'après-midi, vous êtes certain d'une chose, et c'est d'avoir un crâne ; pour le cerveau à l'intérieur, il vous vient comme un doute. En plus, la bouteille de Perrier est vide.

mardi 30 décembre 2014

À la Clairefontaine (écrire “Paludes”)


Pendant que les feuilles tombent, celles du journal s'accumulent.

dimanche 28 décembre 2014

Comment Dostoïevski est passé à côté d'une grande carrière

Leonid Grossman (1888 – 1965) – que l'on se gardera de confondre avec son homonyme Vassili, auteur du majestueux Vie et Destin – est un écrivain et critique russe ; ou devrait-on plutôt dire soviétique ? Sa vaste biographie de Dostoïevski (500 pages aux éditions du Parangon) mérite d'être lue. D'abord parce que Grossman a eu la chance de pouvoir s'entretenir longuement dans sa jeunesse avec Anna Grigorievna, la veuve du romancier, source évidemment irremplaçable. Ensuite parce que son intelligence et son amour de l'œuvre sont réels, et que Grossman possède l'art de mettre en regard ce que sont les romans de Dostoïevski avec les circonstances historiques, tant générales que personnelles, de leur naissance.

Néanmoins, Léonid Grossman reste un intellectuel communiste ; ce qui, par moments, le conduit à se prendre les pieds dans le tapis idéologique, et, par suite, à écrire de merveilleuses âneries. (Il ne faut pas exclure, cependant, que les dites âneries n'aient été disposées çà et là dans le manuscrit qu'afin de servir de leurres pour endormir les sourcilleux censeurs du Kremlin.) À la page 264, par exemple, Grossman écrit ceci (c'est moi qui souligne) :

« Il prit une position qui avait toujours conduit les grands écrivains comme lui à la défaite : il se mit à défendre la réaction, se prononça contre le mouvement d'avant-garde de l'époque. Ce fut là sans doute la plus grande tragédie de toute sa douloureuse existence. Dostoïevski-écrivain conserva son talent. Mais en tant que penseur, il se retrouva parmi les forces les plus réactionnaires de la société. »

Admirons l'aplomb avec lequel Grossman assène l'axiome qu'il vient de tirer de son chapeau : tous les grands écrivains qui cèdent aux effroyables sirènes de la réaction connaissent immanquablement la défaite ; axiome d'autant plus surprenant, de la part de quelqu'un reconnu, à son époque et dans son pays, comme le spécialiste de Balzac ! Ce qui vient ensuite n'est pas mal non plus : Dostoïevski-écrivain conserva son talent. » Or, les événements dont parle Grossman dans le paragraphe cité  se passent en 1864 ; soit au moment où Dostoïevski écrit Les Carnets du sous-sol et s'apprête à entreprendre Crime et Châtiment. C'est-à-dire que non seulement, en plongeant dans la réaction, Dostoïevski ne se contente pas de conserver son talent, mais qu'il accède à son génie propre et unique. Évidemment, on sent ce pauvre Grossman très gêné aux entournures, par cette malencontreuse coïncidence entre le fait de devenir ignoblement réactionnaire et celui de se mettre à n'écrire quasiment plus que des chefs-d'œuvre. Il tente de s'en tirer, de sauver ce qui peut l'être de la défroque progressiste dostoïevskienne. Hélas pour lui, cela ne donne que le paragraphe suivant (c'est toujours moi qui souligne) :

« C'est là non seulement la tragédie personnelle de son destin d'écrivain, mais peut-être aussi l'une des plus grandes catastrophes de la littérature russe. Il suffit de se représenter un instant quelle puissante épopée aurait laissée Dostoïevski aux générations futures s'il était resté fidèle aux convictions socialistes de sa jeunesse, pour comprendre l'ampleur de cet événement et tout le sens de cette perte. »

Réflexion faite, je ne souligne rien, car tout mériterait de l'être, dans ces quatre lignes qui sont autant de pirouettes manquées. Donc, pour commencer, le fait de se mettre à écrire des chefs-d'œuvre est, pour un écrivain, une tragédie personnelle. Ces chefs-d'œuvre deviennent donc, suivant une logique sans faille, un coup terrible porté à la littérature russe. Ensuite, ce bon Leonid nous accorde une dizaine de minutes afin que nous nous figurions, chacun à part soi, la puissante épopée que Dostoïevski aurait bien évidemment écrite s'il était resté socialiste. (.........................) Ça y est ? Vous y êtes ? Vous la voyez bien, la puissante épopée virtuelle de Dostoïevski ? Eh bien, maintenant, il ne vous reste plus qu'à convenir de ce qui saute aux yeux : à côté de la puissante épopée que vous avez bien présente à l'esprit, Les Démons et Les Frères Karamazov représentent bel et bien une perte irréparable ; n'importe quel esprit lucide et honnête sera forcé d'en convenir. 

Et si Balzac s'était converti au fouriérisme à trente ans, au lieu d'en pincer sottement pour le trône et l'autel, quelle fresque gigantesque il nous aurait léguée, au lieu de ce pauvre petit théâtre guignol qu'est sa Comédie humaine ! Tiens, ça me déprime, quand j'y pense.

samedi 27 décembre 2014

Conseils pour se remettre d'un réveillon


– Abandonner, au moins pour quelques jours, les hurlements et les contorsions dostoïevskiens ; revenir aux nouvelles de Tchékhov.

– Écouter Tristan dans la version donnée par Karajan à Bayreuth en 1952 ; penser à boire une tasse de café non sucré à chaque entracte.

– Blogodiète pendant quarante-huit heures au moins.

– S'abstenir rigoureusement de lire quelque déclaration gouvernementale que ce soit.

– Penser à descendre chercher du pain avant que ça ferme.

jeudi 25 décembre 2014

Nauséabond Noël !


Il détestait si fort les nègres, les bicots et les faces-à-napalm qu'il laissait ses baguettes dorées reposer deux à trois jours, pour s'offir ensuite l'intense satisfaction de savourer du pain raciste.

mercredi 24 décembre 2014

La Douleur

 
C'est une expérience curieuse, lorsqu'on se trouve sur un lit d'hôpital, que cette question immanquable, posée à peu près en ces termes : « Vous avez mal ? Dites-moi, de 1 à 5, où se situe votre douleur. » Il est impossible, au gisant entubé, de répondre à cette étrange interrogation. Celui qui est en proie à la douleur, non seulement ne connaît pas l'échelle en question (les médecins non plus, évidemment, et même encore moins), mais est totalement isolé des autres souffrants qui l'entourent sans doute. La douleur isole encore plus l'individu que la vie elle-même, c'est comme ça, il faut se faire à cette raison, même s'il est impossible de s'y préparer. On ne se prépare pas à la douleur, on n'apprend pas ses échelles fictives, on la découvre à chaque fois, on y réagit comme on peut. C'est pourquoi, aussi, il est vain de dire que celui-ci “est dur au mal” ou que cet autre a un “seuil de tolérance très bas” : nul ne peut savoir ce que le voisin endure, et selon quel mode ; pas de règle. Les médecins, dans ce domaine, sont souvent des ignorants présomptueux ; les infirmières les surpassent en savoir, parce qu'elles sont au plus près de la chair qui hurle ; elles plongent dans les yeux du malade, de l'opéré, de l'agonisant, elles posent leurs doigts à l'endroit vif ; et, souvent, elles savent sourire au moment judicieux ou, à l'inverse, ce qui est bien plus difficile, je crois, ne pas sourire ; les médecins, praticiens, chirurgiens, eux, sont le plus souvent à côté de la plaque, dans ce service après vente. Cela tient surtout au fait que les docteurs ne sont jamais là lorsque la nuit vient, ce moment très long où la peur humaine s'ajoute à la souffrance purement animale de la chair dérangée. Aucune personne bien portante ne saura jamais à quel point une nuit peut être longue et menaçante quand le corps se dresse contre soi-même ; ni combien la souffrance rallonge les heures, les rend épaisses et gluantes et interminables et terriblement pareilles. – Mais les silencieuses infirmières, quelque part, veillent.

Gérard de Villiers, pénible seigneur


J'ai plusieurs raisons de chérir la mémoire de Gérard de Villiers, certaines aisément compréhensibles, d'autres probablement moins. Parmi les compréhensibles, il y a bien sûr, au premier chef, le fait qu'il m'ait, durant une vingtaine d'années, fait gagner des sommes qui, pour le fils de pauvre et de petite extrace que je suis, continuent de paraître fabuleuses et qui partirent gentiment en fumée au fil des ans et des tentations diverses ; une autre est, pour les gens qui savent lire, mon admiration pour son talent d'écrivain en bâtiment : chaque premier chapitre de SAS, au moins dans la période glorieuse, est un modèle difficilement accessible au commun des gâcheurs de mots que nous sommes. Parmi les raisons incompréhensibles, du moins le supposé-je, il y a cette désinvolture avec laquelle il traitait les sans-grade à qui il devait de l'argent, et dont j'ai souvent fait partie : il y avait, dans les raisons qu'il donnait pour ne pas vous payer, une sorte d'allant, de bonne santé, qui, in fine, empêchait de lui en vouloir, parce qu'elle touchait à l'innocence (in fine, mais pas sur le moment…). Je me souviens, d'assez nombreuses fois, d'avoir en même temps grincé des dents de son cynisme et applaudi comme à un tour particulièrement réussi – Catherine pourra en témoigner.

Mais ce que j'ai aimé surtout chez cet homme, c'est cette espèce de fierté, de morgue aristocratique, qui l'a conduit à ne jamais renier France Dimanche, où il a passé des années de sa vie, juste avant SAS, et même pendant. Sans faire de gros efforts de mémoire, je pourrais vous citer vingt personnes très connues qui, à un moment de leur vie, soit avant de trouver leur filon personnel, soit plus tard, dans un moment de creux professionnel, ont été fort satisfaits de venir manger (et boire…) à cette gamelle ; spécialement au rewriting, qui offrait le luxe, à l'époque dont je parle, et j'en ai connu la fin, d'un salaire bien matelassé pour deux jours de travail hebdomadaires. Villiers, lui, a toujours revendiqué hautement cette “honte”, jusque dans son autobiographie, Sabre au clair et pied au plancher, publiée par Fayard en 2005. C'est sans doute à cela que l'on reconnaît les seigneurs : ils ne cherchent pas à enjoliver leur biographie

Du reste, le temps et l'évolution de nos mœurs lui ont finalement donné raison. Il fut une époque où travailler pour France Dimanche était considéré comme infamant, par nos confrères de la presse noble. Outre le fait, j'en témoigne, que les nôtres faisaient aussi consciencieusement et bien leur travail que les leurs, on notera, aujourd'hui, que personne, dans cette presse de caniveau, ne réclame ni n'acclame l'éviction d'un des leurs pour cause d'idées non conformes, cependant qu'au Monde, à Libération, au Nouvel Observateur, et dans d'autres officines de moindre nuisance, on se félicite à grand bruit, et au tintement cristallin des coupes de champagne, de l'éviction d'Éric Zemmour d'une chaîne confidentielle de télévision qu'il contribuait assez largement à faire survivre.

Gérard de Villiers n'aurait pas applaudi. Il aurait sans doute souri et serait passé tout de suite à des sujets beaucoup plus intéressants à ses yeux que la soviétisation progressive de ce pauvre petit pays exsangue qui fut le sien.

Il n'empêche que cet empafé est mort en me devant sept mille euros.

mardi 23 décembre 2014

Laissez-moi sortir de ce souterrain !


La Mort d'Ivan Illitch m'a réconcilié avec Tolstoï ; en revanche, Crime et châtiment est en train de me fâcher avec Dostoïevski, d'une manière que je crois irrémédiable. J'ai lu les “grands romans” très jeune : entre 18 et 20 ans, si je me souviens correctement ; ils m'avaient soulevé d'enthousiasme, au point que je ne parvenais jamais à m'arrêter lorsque j'entrais dans un : je me rappelle avoir lu Les Frères Karamazov en deux nuits, à Rennes (la journée je dormais, si bien que, venu là pour trois jours, je n'ai absolument rien vu de la ville, n'ayant pas une seule fois mis le pied dehors, sauf pour venir de la gare et y retourner). J'ai relu ces mêmes grands romans il y a une quinzaine d'années, lorsque sont sorties les nouvelles traductions d'André Markowicz, achetées à mesure de leurs parutions ; là encore, peut-être avec un enthousiasme moins juvénile, j'ai subi l'emprise dostoïevskienne. Mais, cette fois, non. Je ne supporte plus ces monologues chaotiques, ces embardées incessantes dans les interminables dialogues, ni surtout ce climat de folie clinique qui envahit tout et tous. « De la littérature de cabanon ! », aurait grommelé Léautaud. J'irai au bout du roman parce que je m'y suis plus ou moins contraint, mais le moins que je puisse dire est que je le lis très en diagonale. Et je me demande si la jeunesse ne serait pas un état nécessaire à la lecture de Dostoïevski, parce que cet âge n'est jamais très éloigné de la folie.

Taliban, tête de gland


On nous répète, on nous serine – et toutes les forces progressistes s'y mettent, elles ne sont pas de trop – que les musulmans qui répandent la violence un peu partout, de Joué-lès-Tours à je ne sais plus où en passant par ailleurs, sont des déséquilibrés mentaux, et que le fait qu'ils soient en outre tous musulmans, ne relève que de la coïncidence la plus fortuite. Fort bien, j'en prends bonne note. Mais alors une autre question se pose, sous forme d'alternative : est-ce que l'islam attire les déjà-déséquilibirés, ou bien les fabrique-t-il lui-même à partir d'un matériau sain ? Je sens que ça va carburer sur les blogs de gauche…

lundi 22 décembre 2014

Éric Zemmour, par qui arrive la honte


Que les habituelles officines liberticides, du type SOS Racisme, LICRA, etc., aient réclamé la tête d'Éric Zemmour n'a évidemment rien pour surprendre : la décapitation est à peu près leur seule raison d'être ; la honte, c'est qu'ils l'aient obtenue. Qu'une chaîne, plutôt mal portante, puisse d'elle-même supprimer de sa grille son émission à plus forte audience pour cause de pensée déronronnante, dit assez les tremblements de peur qui secouent désormais les patrons de presse – et pas seulement eux, malheureusement – face aux injonctions de petits fouquier-tinville parfaitement illégitimes et s'engraissant d'argent public. Mais le comble de la honte est évidemment, au moins pour moi, de voir ce maccarthysme s'installer et triompher benoitement sous les applaudissements enthousiastes de mes chers confrères : si les cartes de presse n'étaient désormais plastifiées, j'aurais très volontiers déchiré la mienne il y a quelques jours.

(On lira avec profit la réaction de Michel Onfray, à propos de ce superbe progrès dans le musellement.)

samedi 20 décembre 2014

Pendant qu'Anna dans les salons fait la lascive…


Tolstoï, dans ses romans, a décidément l'art de gâcher sa marchandise, ou, en tout cas, de la rendre moins attrayante que ce qu'elle aurait pu être, eu égard à ses exceptionnelles qualités. Ce sont les tartines historico-philosophiques de Guerre et Paix et les considérations sur les progrès nécessaires de l'agriculture russe dans Anna Karénine. En outre, dans ce dernier roman, toute la partie huitième et ultime, venant après le suicide de l'héroïne (60 pages de Pléiade, tout de même), me semble totalement superflue, le lecteur n'en ayant à peu près rien à faire que Lévine – auquel il ne s'est déjà pas beaucoup intéressé tout au long du livre – retrouve le chemin menant à Dieu ou simplement celui qui conduit à sa maison et à sa fadasse épouse. Je crois que, après une dernière tentative avec Ivan Illitch, racheté la semaine dernière, on ne me reprendra pas de longtemps à lire Léon. De toute façon, Fédor me réclame.

Honni soit qui Malibu

Fatima Allaoui, cris d'indignation vertueuse

Si les actrices hollywoodiennes en perte de vitesse commencent à se déguiser en Arabes pour venir faire carrière dans notre Front national à nous autres, les castings transatlantiques vont vite tourner au boxon généralisé.

Neve Campbell, Scream 1, 2, 3 et 4