vendredi 17 avril 2015

Salle d'attente


Quand vous aurez une ou deux heures à passer dans une salle d'attente d'hôpital (ce qui arrive, vous verrez), surtout si votre rendez-vous est avec un chirurgien indélicat, non dans sa pratique mais dans ses rapports moraux avec autrui – comprenez, je vous prie : qui est toujours infernalement en retard sur l'horaire qu'il a lui-même fixé –, je vous conseille, ce jour-là, de vous munir d'un volume de Léautaud. Écartez d'emblée In Memoriam : les quatre-vingt mille signes de cette merveille risqueraient de ne pas vous mener au bout de votre attente.  Choisissez plutôt Passe-Temps, non seulement en raison de son titre, bien qu'il soit approprié à votre épreuve : dans cet esprit, Propos d'un jour n'est pas mal non plus ; mais restons-en à Passe-Temps.

Prenez-le car les courts textes qui le composent vous aideront à endurer la promiscuité de vos contemporains, punis le même jour que vous. Vous supporterez avec plus d'indulgence la vue de ce quinquagénaire en bermuda (cette horreur, cette négation de toute civilisation, s'écrit-elle au singulier ou au pluriel ?) et baskets, baise-en-ville en simili-cuir reposant sur les génitoires assoupis, chaînette dorée au cou, qui tient à deux mains son Charlie-Hebdo éployé, ce qui l'empêche d'en mettre une devant sa bouche quand il bâille. Sa petite moustache grise, taillée à la française, doit l'aider, on l'espère, à aborder joyeusement les petits jeunes gens aux terrasses estivales.

Les railleries de Léautaud vous feront oublier – presque – les ron-ron de joie fabriquée qui tombent du téléviseur accroché juste sous le plafond, trop haut pour être atteint par des mains humaines, des fois qu'un patient, rendu furieux par l'apparente immobilité du temps, décide de se dédommager en quittant la clinique l'écran plat sous le bras. Puis, quand l'homme de l'art appellera enfin votre nom, que vous reconnaîtrez à peine de l'avoir tant attendu, vous aurez eu la très belle consolation de faire, avant, la connaissance de Mme Cantili.

dimanche 12 avril 2015

Soutenir Léautaud tant qu'il n'est pas trop tard

La photographie est de qui vous savez.

Il est temps que les foules se lèvent et poussent un grand cri d'indignation, afin que Paul Léautaud et son journal fassent enfin leur entrée en ce palais de la Pléiade, seul digne d'eux. Que les grands de ce monde ne se bercent point d'illusions : il ne s'agit nullement d'une prière mais d'une exigence. Il faut donc que nous soyons aussi nombreux que possible à signer cette pétition. Dès que nous atteindrons la trentaine, nous nous scinderons en deux groupes, qui déferleront simultanément sur le boulevard Berthier et la rue Sébastien-Bottin, où sont sis les sièges de la SPA et de l'épicerie Gallimard. Et nous les ferons plier ou bien rompre.

samedi 11 avril 2015

Le déshonneur de la Pléiade


Dans six jours, on pourra donc lire les immortels chefs-d'œuvre de Jean d'Ormesson dans la Bibliothèque de la Pléiade. Les boutiquiers qui président aux destinées de la maison Gallimard ont dû s'aviser qu'il y avait là un peu de monnaie à se faire, pour parler aussi vulgairement qu'ils doivent penser. 

Pendant ce temps, le Journal littéraire de Paul Léautaud n'est plus disponible que sur les sites de vente d'occasion, le Mercure de France – qui appartient aux boutiquiers déjà évoqués – ne jugeant pas utile de refaire une édition de ce monument, ce qui devrait les faire violir de honte. C'est évidemment Léautaud qui aurait toute légitimité à entrer dans la Pléiade, et non ce pauvre d'Ormesson, dont les livres tomberont en poussière le jour même où on le portera en terre, avec tous les honneurs qui ne lui sont aucunement dus. Car ceux qui ont lu les quelque sept mille pages de l'édition en trois volumes du Mercure ont été comme moi irrités, frustrés par ces lignes de pointillés remplaçant des passages que Léautaud lui-même jugeait, à son époque, “trop vifs pour être imprimés” ; et aussi par ces gens dont les noms sont remplacés par des initiales. Or, 59 ans ont passé depuis la mort de Léautaud (comme il a replié son parapluie trois semaines avant que j'ouvre le mien, je ne me trompe jamais dans le calcul…), les personnes dont il parle le sont aussi, mortes, et il serait grand temps de donner enfin une édition complète du Journal littéraire. Cela dépend de trois “personnes” : la bibliothèque qui détient le manuscrit complet du journal, la maison Gallimard qui en possède les droits par le biais du Mercure de France, et la SPA, puisque c'est cette société dont Léautaud a fait son ayant-droit, si c'est bien le terme correct ; son héritière, si l'on préfère. On ne voit pas ce qui pourrait empêcher ces trois entités de se mettre d'accord pour publier rapidement l'édition définitive que les léotaldiens attendent ; à part, peut-être, la conjonction de l'incurie des uns avec l'indifférence des autres.

jeudi 9 avril 2015

Trente ans de dîners en ville

Gabriel-Louis Pringué est debout, une tasse à la main.

Revenons donc sur ces 30 ans de dîners en ville, qui assureront l'immortalité à Gabriel-Louis Pringué, n'en doutons pas. J'ai dit que c'était Jean-François Revel qui m'avait donné l'envie de ce livre et de son auteur, par la manière fortement ironique dont il en parle, au détour d'une page de son Sur Proust, republié à la fin des années quatre-vingt par Grasset dans ses Cahiers Rouges. Voici un petit extrait de ce qu'il en dit :

« Pringué croit au “monde”, à l'image parfaite que s'en faisaient en 1900 ceux qui n'y allaient jamais. Tout en y allant, c'est comme eux qu'il le voit. Pour lui, les salons sont peuplés de femmes “diablement» jolies (c'est son adverbe) ; les reines ont toujours un port de reine ; les auteurs à la mode font leur entrée en “lançant trois ou quatre mots d'esprit”, tout comme dans l'imagination des enfants un héros du Far West ne se déplace qu'en tirant des coups de pistolet. »

Ce qui est piquant, dans le livre de Pringué, c'est qu'il ne se contente pas d'affirmer que toutes les duchesses et les marquises qu'il fréquente ont un sens de la répartie à assommer un bœuf : il en donne des exemples ; et c'est le décalage entre son admiration éperdue et la nullité de ce qu'il cite qui produit un irrésistible effet comique. Les plus réjouissantes de ces citations sont celles qui émanent de “grands esprits”, voire de “profonds philosophes” – abondamment titrés, il va sans dire. Prenons par exemple Mme Manœuvrier-Duquesne, dont l'esprit est évidemment “étincelant” et la beauté “parfaite”. Voici ce qui sort de cet esprit : « La nature est un grand livre ouvert sur lequel chacun se penche mais qui est rédigé en caractères secrets. » Ou bien ceci : « Le souvenir erre souriant parmi les deuils dans cette union de la vie et de la mort qui accompagne nos pas. » Ou encore : « L'amour est la seule richesse qui ait cours à la fois dans le temps et dans l'éternité. » Autant de pomposités creuses qui laissent pantelant ce bon Gabriel-Louis.

Du reste, son livre n'est qu'un interminable exercice d'adoration de près de 400 pages. Adoration pour la duchesse de Clermont-Tonnerre, entre autres, laquelle « délivrait des sentences de haute philosophie ». Vous voulez quelques échantillons de pensée de cet Aristote à corset ? Voici : « On ne comprend vraiment la vie qu'au moment de la quitter. » « En général, on n'aime jamais qu'à contretemps. » « L'expérience est un fruit que l'on ne cueille que mûri et inutilisable. »

La comtesse de Durfort, elle aussi, produit des phrases de haute philosophie. Gabriel-Louis nous en prodigue une : « Vivons au jour le jour, chaque heure est une voyageuse qui vient timidement à nous. Recevons-la avec des brassées de rose et des sourires. Cela sera mieux pour elle et pour nous. »

Fort heureusement, pour ce qui est de sa postérité, Gabriel-Louis peut compter sur l'intempérance fleurie de son style. Lorsqu'on écrit avec le petit doigt en l'air, cela donne des choses comme celles-ci :

« Les épaules de Mme de Montebello, dignes de la sculpture antique, sortaient de corsets intelligemment lacés par de patientes caméristes de tout repos. »

« Majestueuses, sur un rythme lent, passaient les belles duchesses, […] et l'effervescente Marie-Thérèse, duchesse d'Uzès, dont on sentait bondir le sang russe à travers la steppe de son esprit étincelant et fantasque. »

« L'une d'elles, personnage redoutable, […] était une sorte de couleuvre se glissant partout et sans arrêt avec des instincts de pieuvre […]. »

« […], le silence mystique des murs étant la plus généreuse des éloquences. »

« Le marquis de Castellane amusait son dilettantisme en des gestes de porcelaine de Saxe. »

« Ce ménage évoluait dans l'auréole d'une extrême politesse. »

Et maintenant que vous savez qu'une couleuvre peut avoir des instincts de pieuvre et que la politesse laisse des auréoles, vous pouvez reprendre une activité normale.

mercredi 8 avril 2015

Au Guy l'an neuf


J'avais totalement oublié ce billet. C'est normal : vu l'heure à laquelle il a été publié et son style pâteux, l'auteur devait en être assez considérablement alcoolisé, supposé-je. Apparemment, il n'a pas échappé à M. Guy Birenbaum (j'écris son nom en entier pour lui faire plaisir, car il précise qu'il dispose de toutes les “alertes Google” pour être averti dès que quelqu'un, dans le monde, se penche sur son cas), puisque, grâce à lui, à ce billet, j'ai les honneurs de son dernier livre, appelé sans doute aux plus hautes destinées et aux plus forts tirages. C'est Nicolas qui me le signale. Voici ce qu'il m'envoie, c'est un extrait du livre en question :


Nicolas me précise qu'il n'a pas (encore…) lu le livre de Birenbaum, mais qu'«on» lui a obligeamment envoyé cette “capture”. Nicolas a donc des amis attentionnés qui aimeraient que ses yeux se dessillent et qu'il se rende enfin compte à quel point je suis une ordure infréquentable. Quelque chose me dit qu'ils ont encore du boulot à fournir.

J'ai donc relu ce billet oublié, ainsi que les 47 commentaires qui l'accompagnent. En dehors du style discutable de l'homme pris de boisson, je n'en renie rien : mon opinion concernant Guy Birenbaum n'a pas changé, non plus que celle que j'ai de Claude Askolovitch. (Il y a quelque temps, ce même Nicolas me signalait que Birenbaum me détestait, ce qui m'avait fait bien plaisir : on n'a pas tous les jours l'occasion d'exister dans l'esprit d'un prince des médias.) Et je redis que ces gens, et d'autres avec eux, se feront égorger avec le sourire (sauf peut-être sur la fin), un de ces jours. Je crains d'ailleurs pour eux que ce jour se rapproche, et je m'étonne qu'ils ne le sentent point.

L'extermination que l'on sait a eu pour effet secondaire de rendre les Juifs fiers et durs : c'est ainsi que je les aime. Israël prouve chaque jour que l'homme n'a pas encore abdiqué totalement son existence.  Les carpettes birenbaumesques et askolovitchiennes me rendent triste et inquiet.

mardi 7 avril 2015

Autour de deux phrases


Dans la même double page (216 – 217) des Mémoires d'Hélie de Saint Marc, sous-titrés Les Champs de braise (Perrin, collection Tempus), je tombe sur deux phrases qu'il rapporte, dont la capacité de résonance me semble indéniable. La première lui est dite par un journaliste ; nous sommes en 1957, au plus fort de la bataille d'Alger. Le journaliste, qui n'est pas nommé, lui dit ceci : « Saint Marc, le pire est à craindre. Les démocraties n'ont jamais su combattre les ennemis de la démocratie. » Il semble, en effet, qu'en près de soixante ans elles n'ont toujours pas appris à le faire.

Ensuite, Saint Marc se met à parler de la torture, laquelle vient de faire en Algérie son apparition, sinon officielle, du moins admise. Il précise d'emblée qu'il n'a pas eu à affronter le terrible dilemme de ses camarades, officiers de la Légion comme lui, puisque, à cette période, il avait été détaché de son unité combattante pour entrer au cabinet du général Massu. Par conséquent, il s'interdit de porter un jugement sur ceux qui durent y faire face, de “prendre la pose du chevalier blanc”. C'est alors qu'il cite cette phrase de Saint-Exupéry : « Puisque je suis l'un d'eux, je ne renierai jamais les miens quoi qu'ils fassent. Je ne parlerai jamais contre eux devant autrui. S'il est possible de prendre leur défense, je les défendrai. S'ils sont couverts de honte, j'enfermerai cette honte dans mon cœur et je me tairai. Quoi que je pense alors d'eux, je ne servirai jamais de témoin à charge. »

Ne pas prendre la pose du chevalier blanc, refuser d'être témoin à charge, ne jamais renier les siens, accepter sa propre part de leur honte et les défendre malgré tout : combien aujourd'hui, et je ne veux nommer personne, sont enragés de faire exactement l'inverse ? 

Ces Mémoires de Saint Marc sont un livre essentiel, douloureux et revigorant tout en même temps ; un livre à lire debout, si je puis me permettre ce petit accès de grandiloquence. Comment, après cela, revenir aux dîners en ville de ce pauvre Pringué ? Il faudra bien laisser passer quelques jours.

lundi 6 avril 2015

Pour saluer Gabriel-Louis, le ravi du Faubourg


Il y avait longtemps que je n'avais lu quelque chose d'aussi involontairement cocasse que ces 30 ans de dîners en ville de Gabriel-Louis Pringué, dont Revel puis Galtier-Boissière m'avaient successivement donné l'envie. L'admiration naïve, pour ne pas dire “simple”, qu'il porte à tout ce qui est du “gratin”, sans le moindre discernement, ni le plus léger doute, les hyperboles alambiquées que lui inspire sa vénération pour cette noblesse par qui il n'en revient pas d'être reçu, tout cela donne une puissance comique dévastatrice à son livre. Il est si outré en sa latrie, si émerveillé devant des “mots” d'une consternante platitude, que l'on finirait par croire que son but secret était en réalité de déconsidérer ce Faubourg Saint-Germain qu'il livre en pâture à notre esprit un tantinet plus critique que le sien. Je me réjouis déjà du billet plus approfondi que je compte lui consacrer d'ici un jour ou deux.

samedi 4 avril 2015

L'effondrement de la civilisation commence peut-être par là

Une fois n'est pas coutume, je crois : je vais me vanter. Par des chemins tortueux qu'il n'est pas besoin de retracer, j'ai vu arriver un jour le manuscrit de ce livre dans ma boîte aux lettres. Je n'en étais pas spécialement ravi : je déteste qu'on me prenne comme lecteur témoin, comme référence, comme ce que vous voudrez. Cela me charge d'une responsabilité qui outrepasse largement le poids que mes épaules sont à même de supporter, et je fais mienne la position inébranlable de Paul Léautaud, qui peut se résumer ainsi : que chacun se démerde.

Néanmoins, avec des soupirs navrés dont mon épouse doit se souvenir encore, j'ai ouvert ce paquet de feuilles sorties d'imprimante, qui ne portait pas de titre encore, si je me souviens bien ; ou alors un autre, que j'ai oublié. La première chose qui m'a frappé, après trois ou quatre pages, fut la parfaite et sobre élégance de la langue dans laquelle ce “paquet” était écrit : dans ce monde où un blogueur passe pour un intellectuel raffiné dès lors qu'il est capable d'accorder un participe passé, c'était une bouffée d'air, que ce livre. Maintenant, il s'agissait de se pencher sur ce que disait l'auteur : c'était une nouvelle épreuve pour moi, qui ne mets jamais les pieds dans une bibliothèque, qui ne l'ai plus jamais fait depuis cette époque très lointaine de ma jeunesse où celle d'Orléans était installée “de toujours” dans l'ancien évêché, dont je garde des souvenirs pieux, déjà évoqués ici même

Or, il se trouva que je lus ces deux ou trois cents pages dactylographiées avec un intérêt croissant à chaque chapitre. En tant que “réactionnaire patenté et indécrottable”, je me doutais bien que les bibliothèques actuelles ne ressemblaient plus que de loin à celles que j'avais connues ; je savais qu'elles montraient une fâcheuse tendance à muter pour devenir médiathèques, voire ludothèques ; j'ignorais qu'elles fussent à ce point agonisantes, et c'était un homme y ayant consacré toute sa vie professionnelle, jeune encore, qui me le démontrait, sans excès, sans cris, sans tambourinages excessifs, ce qui rendait sa démonstration encore plus glaçante. 

Bien que toujours peu confiant dans mon propre jugement, j'expédiai dare-dare cette grenade dégoupillée à Michel Desgranges ; il me fit la grâce de se trouver d'accord avec moi et fit jouer ses relations occultes pour que le livre fût mis à la disposition de tous, ce qu'il est désormais.

Si vous faites partie de ceux qui pensent que le niveau monte, que l'humanité de demain sera forcément mieux, meilleure, plus douce, intelligente, cultivée, etc., que celle d'aujourd'hui, dispensez-vous d'acheter ce livre : vous risqueriez d'avoir l'impression d'un complot contre votre vision rose-bonbon de vous-même. En revanche, si vous avez envie de savoir de quelle façon votre monde s'assombrit, bascule, renonce à lui-même, alors lisez-le. Vous vous ferez de la peine, à cause de ce qu'on vous y dit, et plaisir en découvrant que des jeunes gens de France savent encore manier l'outil qu'on leur a donné en partage : leur langue ; et qu'ils espèrent toujours sauver ce que vous (nous…) avez laissé partir à vau-l'eau.

Un reproche ? Un bémol ? Oui, tout de même, un : ce pseudonyme que l'auteur a cru devoir accepter. Virgile Stark, franchement… Pourquoi pas Monsieur Spock ou Captain America ? Du reste, il n'a pas entièrement tort de s'être dissimulé derrière ce paravent : notre belle société, qui a de la liberté plein la bouche, la supporte de moins en moins, et celui qui dit la vérité court de plus en plus le risque d'être exécuté.

mercredi 1 avril 2015

L'ineffaçable différence entre elles et nous


Lorsque l'aberrante indifférenciation sexuelle actuellement à l'œuvre sera parvenue à son terme, quand les femmes n'auront plus ni seins ni cellulite, que les hommes auront été amputés des gonades et du cerveau, que tout le monde sera vêtu en Charlie de carnaval, il restera toujours un moyen de distinguer les mâles des femelles de l'espèce. Il suffira pour cela de se poster dans un hall d'entreprise muni de portillons à badge et d'observer. Tous les post-humains qui se présenteront au tourniquet leur petit rectangle de plastique déjà en main auront été les hommes ; ceux qui, obstruant le passage, passeront cinq minutes à fouiller toutes leurs poches dans le mince espoir de retrouver leur sésame seront des souvenirs nostalgiques des anciennes femmes. 

lundi 30 mars 2015

Journal pas trop littéraire


Il est plusieurs fois question de ce monsieur, en février

samedi 28 mars 2015

Station d'épuration


Je n'ai rien de particulier à dire ce soir ; c'est que je n'en pouvais plus, ouvrant le blog, de contempler ces faces de traîtres hilares, les cloportes Duclos et Thorez. Je ne sais pas quel est ce village que j'ai choisi ; c'est sans importance : il ressemble à tous les villages français que les gens de mon âge ont connus, quand ils partaient en vacances d'été dans la 4 CV de papa. Quand arrivait l'heure du déjeuner, du seul restaurant qu'on s'offrait dans l'année, ma mère…

Non, on va en rester là pour ce soir, cette histoire nous entraînerait trop loin. Il fallait juste se débarrasser de la vermine.

jeudi 26 mars 2015

Un peu d'anticommunisme primaire en guise d'apéritif


Parmi les nombreuses choses qui ressortent du Journal de Jean Galtier-Boissière, et qui le rendent si savoureux, il en est une particulièrement saillante, c'est la profonde et irrémédiable crapulerie des dirigeants du parti communiste français de cette époque, qui passèrent sans états d'âme de la case “collaborateur” – jusqu'à l'invasion de la Russie en 1941 – à la case “épurateur” à partir de 1944, tout en ayant, entre les deux, gonflé jusqu'à l'absurde leur rôle dans la Résistance et tenté de falsifier le réel pour camoufler leurs ignominies, notamment leurs courbettes et leurs génuflexions devant l'occupant nazi durant plus d'un an. Et l'on se dit que si vraiment “Justice était passée”, les Maurice Thorez, Jacques Duclos, André Marty, Marcel Cachin et autres Pierre Hervé n'auraient rien récolté d'autre qu'une balle dans la nuque, le peloton d'exécution étant encore trop noble pour de tels déchets d'Humanité.

mercredi 25 mars 2015

Troubles hésitations de l'histoire


Plus on lit de témoignages sur les époques passées (écrivant cela, je me demande comment on pourrait lire des témoignages sur les époques futures…), mieux on s'aperçoit que trancher de tout sur le mode péremptoire est la voie la plus sûre pour proférer des sottises et ne rien comprendre à rien. Je lisais hier ceci, dans le Journal de Galtier-Boissière, à la date du 22 février 1945 :

« Demessine, officier de la L.V.F., est condamné à mort. Il avait fait très brillamment la campagne de Norvège et la campagne de France, puis prisonnier, s'était évadé. Par trois fois, il avait essayé de gagner l'Angleterre pour s'engager dans la France Libre, mais sans succès. De guerre lasse, et voulant se battre à tout prix, il était parti sur le front de l'Est, d'où il revint commandant et décoré de la croix de fer. 
» Erreur d'aiguillage. S'il avait réussi à gagner Londres, ce volontaire perpétuel serait aujourd'hui un héros, décoré de la croix de la Libération. »

Ce sera, quelques années plus tard, le thème illustré par Louis Malle dans son Lacombe Lucien, film qui froissa tant les impeccables idéologues du temps, les adeptes du noir et blanc. Que l'on pût ainsi rendre floues les reposantes cloisons érigées entre les saints et les damnés troublait leur repos en perçant leurs œillères. De ces œillères, Galtier était fort heureusement dépourvu. Ce qui ne veut pas dire que ce directeur de journal était béat devant son époque. Ainsi, deux pages plus loin : 

« J'ai toujours refusé de faire installer le téléphone chez moi. L'idée me paraît insupportable qu'un quelconque fâcheux puisse faire irruption dans ma vie pendant que je travaille, lis, mange, dors… »

 Encore un passéiste que l'iPhone aurait laissé sans voix.

lundi 23 mars 2015

Dimanche prochain, j'irai dans le Perche


Hier, dans le canton de Pacy-sur-Eure, la droite propre sur elle est passée dès le premier tour (avec un Front national à plus de trente pour cent : on voit ce qui restait pour la gauche, même en additionnant la vraie et la fausse…). Du coup, je crois que, dimanche prochain, j'irai me promener dans le Perche, où je suis attendu, sinon espéré. Et je tâcherai d'être rentré à temps pour contempler les résultats définitifs et ouïr les chants de triomphe que tous les partis ne manqueront pas d'entonner. Quel beau dimanche, ce va être là !

jeudi 19 mars 2015

Lecture en double miroir

Jean Galtier-Boissière (1891 – 1966), dans son bureau du Crapouillot, en 1953.
Sans abandonner celui de Léautaud, je lis avec jubilation, depuis hier, le Journal de Jean Galtier-Boissière, fondateur et directeur du Crapouillot. Cela revient à pratiquer une lecture en “double miroir”, puisque, dans ces années d'Occupation où je suis avec eux, les deux écrivains se rencontrent régulièrement pour déjeuner ou dîner, et sont liés par ce qu'on pourrait appeler une amitié, ou au moins une réciproque estime, laquelle se teinte d'admiration littéraire chez le cadet. Si bien que, passant de l'un à l'autre, on peut lire des comptes rendus différents d'une même rencontre, et savourer les portraits croisés qu'ils font l'un de l'autre ; ceux de Galtier par Léautaud étant bien plus fouillés et relevés que les inverses.

Car ces deux hommes sont fort dissemblables, si bien que leurs journaux le sont aussi. Celui de Léautaud est nettement supérieur du point de vue littéraire, même si Galtier-Boissière écrit en une langue qui serait hors de portée de n'importe quel folliculaire d'aujourd'hui. Il y a aussi que le premier a la rage de s'examiner et de se peindre, alors que l'autre, se maintenant lui-même dans l'ombre, semble tout entier tourné vers le monde extérieur et qu'il rapporte des plongées qu'il y fait des brassées de notations constamment savoureuses. Différents, ils le sont aussi sur le plan politique. Galtier est un anti-nazi et un anti-pétainiste aussi inébranlable qu'ironique, tandis que Léautaud, plus incertain, est capable, dans un même paragraphe, de réaffirmer son admiration de toujours pour l'Angleterre tout en souhaitant la victoire de l'Allemagne… Ces légères divergences ne les empêchent nullement de s'entendre à merveille, ce qui en soi est déjà une leçon dont on peut tirer profit.

La grande supériorité de Galtier réside dans sa lucidité politique, qu'on ne trouve pas en surabondance chez Léautaud, c'est le moins qu'on puisse dire. Chaque fois que Galtier se risque à une prédiction, à court ou plus long terme, on est frappé par la justesse de ses vues, et même par la précision dans le temps de ce qu'il annonce. En septembre ou octobre 1944, (mais c'est Léautaud et non lui-même qui le rapporte), à ceux de ses amis qui voient déjà la guerre terminée, il affirme qu'ils ont tort et qu'elle va durer encore six mois. Un an plus tôt, il prophétise dans son propre journal que nous n'en sommes qu'au début du cataclysme et que celui-ci durera encore plusieurs dizaines d'années ; car, dit-il, lorsque les Allemands auront été exterminés, les Russes soulèveront l'Asie contre nous. Ce qui est prévoir non seulement la guerre froide, mais aussi celles d'Indochine et du Vietnam.

Où les deux écrivains se rejoignent, c'est dans leur capacité commune, mais avec des moyens et par des voies tout différents, à restituer le climat de l'époque dans laquelle ils sont plongés, à ressusciter les ridicules, les travers, les lâchetés quotidiennes et les précieux petits héroïsmes des hommes et des femmes que l'on découvre entre leurs pages, et qui se mettent à y revivre un instant.

mardi 17 mars 2015

L'ode et l'épée


Parmi les lieux communs insubmersibles qui rendent notre humanité si réjouissante à observer, il y a celui-ci qui veut que les siècles qui passent sont la revanche systématique de l'esprit sur la force, que les poètes et les philosophes du passé brillent encore de toute leur lumière quand les “grands” de leur époque se sont effacés depuis longtemps de la mémoire des hommes. Et même si le plus superficiel des examens suffit à montrer que c'est faux, le lieu demeure commun et poursuit son bonhomme de chemin.

Car c'est évidemment faux. Prenez ce poète précieux, par qui les lettres latines ont jeté leurs derniers feux, et ce soudard qui, au même instant, n'a su que répandre ruines, désolation, pillages, violence et mort, sans rien construire que d'éphémère : qui est aujourd'hui le plus connu, de Sidoine Apollinaire ou d'Attila ? Transportons-nous dans la France du XVe siècle : le monde entend-il aussi souvent parler de François Villon que de Jeanne d'Arc ? Cent ans plus tard, qui a la postérité la plus enviable, de Montaigne ou d'Henri IV ? Poursuivons la descente du temps : Louis XIV aurait-il raison d'être jaloux de la renommée de Molière ? Robespierre de celle de Voltaire ? Napoléon a-t-il quoi que ce soit à craindre de Chateaubriand ? On ne voit guère que son neveu dont l'étoile est bien pâlichonne à côté de celle de Victor Hugo ; mais en toute chose il faut qu'il y ait une exception. Quant au siècle dont nous venons de sortir, qui pour prétendre que, à la fin de celui-ci, le nom d'André Malraux rencontrera davantage d'écho que celui de Charles de Gaulle ? 

C'est ainsi : depuis deux mille cinq cents ans – arrondissons –, Aristote n'a jamais réussi à effacer Alexandre. Mais l'on va toujours répétant que l'art est au-dessus de la politique et qu'une ode mieux qu'une épée peut vous ouvrir l'éternité.

lundi 16 mars 2015

L'Honneur d'être français

Hélie Denoix de Saint-Marc, 1922 – 2013.

Il y a des Français plus grands que d'autres, qui semblent posséder une sorte de boussole intérieure leur indiquant en toute circonstance la voie de l'honneur ; celui-ci en était un. Je ne suis pas sûr que le fait d'avoir désormais sa rue à Béziers ajoute beaucoup à sa gloire et à sa vie exemplaire. Mais que cette même rue ne soit plus entachée d'une date, comme un quelconque en-tête de lettre, d'une date synonyme de renoncement et d'humiliation, voilà qui rend un peu moins pénible à supporter le climat d'abaissement et d'autoflagellation qui nous est imposé en partage.

samedi 14 mars 2015

Blog de silence


Et si on gardait le blog ouvert, simplement pour que personne ne s'aperçoive de rien ? Il resterait là, identique, familier, rassurant, mais il ne s'y passerait plus rien. Les habitués continueraient d'y venir, au début tous les jours, puis moins, et de plus en plus rapidement. Ils se diraient : « Il doit avoir un petit coup de fatigue. » Ou : « Il est peut-être malade. » Voire, pour les venimeux à sourire : « Il n'a plus rien à dire. » Ce ne serait rien de tout cela. Il écrirait ailleurs, il conserverait pour soi ses petites broderies malhabiles, il alignerait les mini-Word comme des soldats de plomb, armée secrète. Il aurait tapé du poing sur le clavier (il s'en fiche, il en a deux ou trois autres en réserve, c'est un homme prévoyant, thésauriseur) : ça suffit comme ça ! Il se mettrait à la mosaïque : un petit éclat à la fois, tranquillement pas vite, mais sans le montrer à personne, désormais. Jusqu'à ce qu'on puisse décorer le dôme de Sainte-Sophie ou qu'on foute tout à la poubelle. Ça demande de la patience, un peu de talent et beaucoup de silence.

jeudi 12 mars 2015

Frère Didier des Amalgameurs


Mon emploi du temps  journalier prend des allures de plus en plus monastiques – dans sa régularité, non hélas dans sa profondeur mystique. Le voici, pour votre édification :

– 6 h, lever
– de 6 à 7 h, café et lecture
– de 7 à 8 h, écriture dans le Grand Cahier
– de 8 à 9 h, re-café et re-lecture (qui ne doit pas être confondue avec la relecture)
– de 9 à 11 h : activités indispensables et stupides, telles que douche, ravitaillement, aspirateur, etc.
– de 11 à 12 h 30 (approximativement), travail pour FD les jours où il y en a. Sinon, re-re-café et re-re-lecture (qui ne doit pas être confondue avec la re-relecture)
– 12 h 30 à 13 h, déjeuner sur le pouce, c'est-à-dire debout dans la cuisine et regardant les mésanges bleues qui picorent les graines de tournesol sur l'appui de fenêtre
– 13 à 14 h, cure de sottise péremptoire et d'inculture satisfaite à travers les blogs
– 14 à 18 h, lecture, sieste, lecture, sieste, lecture… (ad lib.)
– 18 h, repas de Bergotte, journal (le mien, pas celui de la télévision)
– 18 h 55, repas des humains
– 19 à 20 h, écriture dans le Grand Cahier
– 20 h à 20 h 30, ultime tour de la blogoboule
– 20 h 40, film à la télévision
– 23 h, extinction des feux et de l'homme

lundi 9 mars 2015

La grande patience des livres

Julien Benda, 1867 – 1956.

Ils ont fait leur entrée séparément, le premier avant-hier, le second ce matin ; celui-là édité par la Librairie Gallimard, celui-ci par Gallimard tout court. Le primo-arrivant s'intitule Saint-Saturnin, c'est un roman de Jean Schlumberger, co-fondateur de la NRF avec Gide, Ghéon, Copeau et deux ou trois autres. Il est sorti des mains d'Emmanuel Grévin & Fils, imprimeurs à Lagny, le 23 juillet 1943 ; ensuite…

Ensuite, rien. Le volume m'est parvenu non coupé ; c'est dire qu'il s'est langui de lecteurs durant près de 72 ans, soit la totalité du règne de Louis XIV. Que lui est-il arrivé durant ce temps ? N'est-il jamais sorti du carton où Grévin & Fils l'avaient placé ? Est-il au contraire passé de main en main, sans que jamais aucune n'ait la charité de lui disjoindre ses pages pour écouter ce qu'il avait à dire ? On n'en saura évidemment rien. Le roman est divisé en quatre parties, correspondant aux saisons naturelles : comme je suis un homme qui se défie de ses mouvements d'enthousiasme, je n'ai pour l'instant coupé que Automne

Le second porte un joli titre énigmatique : Délice d'Éleuthère. Il est de la plume de Julien Benda, l'auteur de La Trahison des clercs. Lui a quitté l'imprimerie Darantière, de Dijon, en juillet 1935. Il a eu plus de chance que le roman de Schlumberger puisque, ses pages étant coupées jusqu'à la dernière, on peut penser qu'il a été lu jusqu'au bout. 

Il l'a peut-être même été plusieurs fois. Au haut de la page trois, d'une encre un peu passée, se trouve l'inscription suivante : Jean Heim 1956. Mais ce n'est pas tout. Juste avant le premier chapitre est insérée une feuille volante de petit format, dont les lignes horizontales destinées à soutenir l'écriture sont presque effacées. D'une écriture élégamment penchée vers la droite, tracée à la plume, on y lit ceci :

« Vous croyez que la vie vous doit tout. Elle ne vous doit rien. Elle n'a rien. Elle vous trompe avec sa fausse monnaie. Les vrais biens, vous les avez en vous, si vous êtes assez énergique pour vouloir les conquérir, et personne ne vous les arrachera. »

Ces lignes portent la signature suivante, assez intrigante : (Jeanne Rochas par Suzanne Giraud). Je sens que Jeanne et Suzanne n'ont pas fini de peupler mes rêveries.

dimanche 8 mars 2015

Les trois vertus du monarque


Les trois plus précieuses qualités d'un chef de l'État, à condition qu'il les mette au service de son pays et non au sien propre : l'égoïsme, l'hypocrisie, la férocité.

mercredi 4 mars 2015

François Hollande, tract ambulant



Revenons un peu en arrière, puisqu'on a observé un scrupuleux silence au moment de l'embrasement rituel. Donc, cet homme, dont on m'affirme qu'il serait président d'un souvenir de république française, aurait commis la transgression majeure, en parlant de Français de souche. Aussitôt, piaillement de la  volaille collaborationniste (gauche progressiste, en ancien français) : François H. aurait transgressé une règle absolue (langage martial), franchi la ligne jaune (babil journalistique), revêtu un uniforme de Waffen SS (délire psycho-blogotique courant). Quel est le crime de ce gros homme mou et pervers ? Avoir prononcé les mots qui réveillent les terribles démons lovecraftiens : Français de souche. Aussitôt, tous les grands amoureux de la liberté d'expression-surtout-la-mienne, les hérauts de la démocratie-mais-seulement-entre-nous, les casques bleus de la laïcité-mais-sans-stigmatisation se sont unis pour clamer que, tout de même, il était bien répugnant de reprendre ainsi ce qu'on appelle – syntagme figé – les mots-de-l'extrême-droite. On en a conclu que le président était passé du côté obscur de la force, ce qui était déjà faire preuve d'optimisme, puisque cela associait le mot “président” au mot “force”. En tout cas, la chose était bien certaine, les blogueurs propres sur eux étaient unanimes : il faisait le lit du Front. (On aimerait le voir, à la fin, ce lit du Front, parce que, vu le nombre de gens qui le font avec tant de soin depuis tant d'années, on ne devrait plus oser s'y coucher de peur d'y faire un pli à ses draps – or, on nous informe par ailleurs que de plus en plus de pourceaux décervelés s'y vautrent.)

Ils n'ont pas tort, ces angelots : le président a en effet transgressé un interdit qui va lui revenir en boomerang en plein dans le gras. C'était juste après la profanation de Sarre-Union. Croyant faire le malin, il a validé l'existence des Français de souche, puisqu'il s'agissait – superbe occasion ! – de montrer à quel point ils sont méprisables, ces compatriotes électeurs qui votent si sottement, viscéralement antisémites, salopardement xénophobes, joyeux saccageurs de tombes, probablement violeurs de petites filles bronzées, ennemis des éoliennes, rouleurs de diesel, bouffeurs de graisses saturées, etc. Il fallait en tout cas les désigner, l'urgence n'échappait à personne, et c'est ainsi que l'expression ignoble, FdS, est venue mousser dans l'écume de ses babines progressistes, embavées par la haine de soi et la rage de se vouloir mort (oui, moi aussi, je peux faire des phrases-tintamarre qui ne veulent rien dire, ce n'est pas l'apanage des blogueurs de gauche, la preuve).

Le président, d'une intelligence très moyenne mais conforme à l'époque, n'a évidemment pas vu ce que tout le monde allait voir : sa précipitation à désigner officiellement quatre ou cinq Français imbéciles, quand il prend un soin admirable, pour les 99% restants d'attentats antisémites se déroulant sur le territoire français, à ne pas prononcer les mots qui risqueraient de froisser ceux qu'il croit encore ses électeurs : musulmans, Arabes, etc. 

François Hollande, finalement, a très bien fait de prononcer cette horreur sémantique, Français de souche : ce jour-là, il est devenu, non le visage de la France, mais le tract ambulant du Front national.

L'invention de l'amour

Paul Léautaud et Marie Dormoy, probablement au début des années cinquante.


Dans son journal, Léautaud note ceci (1er janvier 1935), à propos de Marie Dormoy : « Elle a cette idée que c'est le christianisme qui a créé l'amour tel que nous le connaissons. Elle dit que l'amour-passion n'existait pas chez les Grecs, qu'on ne le voit pas dans le théâtre, dans lequel les mobiles des actions des personnages se rattachent tous à la Fatalité. Une bibliothécaire de Sainte-Geneviève a fait un travail sur Héloïse et Abélard, qui est, me dit-elle, une merveilleuse histoire d'amour. Elle a envie d'y mettre une introduction dans laquelle elle traiterait et développerait cette idée du christianisme créateur de l'amour. Je l'y ai vivement engagée. Je lui en reparlerai. » 

Il faudrait plus de connaissances, de culture, que je n'en ai, pour pouvoir juger de la pertinence de cela. Peut-être devrais-je commencer par relire L'Amour et l'Occident, ce livre de Denis de Rougemont que je me souviens d'avoir lu voilà une trentaine d'années et qui, si j'en crois mes lambeaux de souvenirs, aborde justement cette question de la différence entre l'amour grec et l'amour chrétien (Éros/Agapè), notamment au travers de Tristan et Iseult. Je veux bien relire Rougemont, mais ce volume a-t-il survécu à tous mes, puis nos déménagements ? Se trouve-t-il encore dans la bibliothèque ? J'ai bien peur que non. Et puis, vu le smog qui règne dans ma cervelle, c'est peut-être bien une fausse piste. Il faudrait tout de même savoir si le christianisme a inventé l'amour ou pas, bon sang !

lundi 2 mars 2015

Qu'il n'y a pas d'islamo-fascisme



Depuis soixante-dix ans, lorsque surgit un phénomène qui les défrise, ébranle leurs certitudes, dérange leur confort idéologique à poutres apparentes et parquets peints, les consciences de gauche s'empressent de l'enfouir dans le bahut ventru qui trône au milieu de leur salon, sur lequel est inscrit en grosse lettres brunes le mot fascisme. Ce régime politique étant mort sans chance de retour, ils avouent par là, par ce rejet vers un passé qui les sécurise dans la mesure où il ne risque plus de bouger, leur refus de comprendre quoi que ce soit aux nouvelles menaces qui se profilent : ils se montrent pour ce qu'ils sont, de parfaits réactionnaires

Et puis, bon sang, pourquoi aller forger à tout bout de champ des néologismes aussi mal conformés, désagréables à l'oreille et à l'esprit ? Les barbares ne leur suffisent donc pas, qu'il leur faille en plus les barbarismes ? Pourquoi donc tirer du néant lexical cet islamo-fascisme et ces islamo-fascistes, quand on dispose déjà de deux mots polis par les siècles et compréhensibles par tous : islam et musulmans ?

dimanche 1 mars 2015

Appel au secours


Une angoissante interrogation métaphysique nous a taraudés hier soir, Catherine et moi, nous gâchant presque le doux bonheur de l'apéritif vespéral que nous nous étions autorisé ; et j'aimerais beaucoup que m'en délivrent celles et ceux d'entre vous qui ont la malchance de fréquenter des adolescents, soit comme parents, ou comme professeurs, ou encore comme violeurs en série. La question est la suivante :

Les jeunes cons d'aujourd'hui portent-ils une montre au poignet ?

Le problème fut soulevé par Catherine, penchant pour la négative à cause des téléphones portatifs qui, au milieu de huit cent cinquante autres fonctions parfaitement inutiles, donnent l'heure – ce qui ne manque effectivement pas de sens. 

samedi 28 février 2015

Nocturne


Combien sommes-nous, à cette heure, qui n'entendons rien ? Aucun bruit ? Nulle parole ? Pas de sonnerie de téléphone ? Aucune trace sonore humaine ? Ni klaxon, ni crissement de pneus ? Même pas un enfant pleurant ? Tous les oiseaux au lit, pas de chien aboyant ? Juste un vent négligent qui fait vibrer un peu des choses indéterminées au grenier, et encore. Comment peut-on être jeune, et avoir des goûts de jeune ? Des besoins de bruit, d'agitation, des désirs de secousses, des envies de bouger ? Il faudrait se souvenir : c'est trop fatigant.

Pendant ce temps suspendu, dans les recoins du clavier ou de l'écran, des personnages attendent avec une certaine impatience, mais bien élevés, que le montreur de marionnettes daigne à nouveau tirer ses pauvres ficelles. Il le fera : attendez un peu.

vendredi 27 février 2015

Décision irrévocable


La décision rigolote que je viens de prendre est la suivante : en dehors des visiteurs “historiques” de ce blog, qui se reconnaîtront (et ils sont peu nombreux), je n'accepterai plus les commentaires que de gens qui auront un prénom et un nom, dans cet ordre, et quoi que puissent avoir envie de dire ici les réfractaires au nouvel ordre des choses.

D'autre part, seront impitoyablement détruits les commentaires qui ne commentent rien, les intervenants qui n'interviennent pas, les preneurs de parole qui ne prennent rien. Que chacun s'y retrouve et en tire les conclusions qui s'imposent.

Voilà.

Le ressort comique


Pour déclencher de grands éclats de rire, provoquer des pouffades d'anthologie, point n'est besoin de longs développements, ni de se ruiner en tartes à la crème : parfois deux phrases courtes et d'apparence bien anodine suffisent ; tout le secret est dans leur juxtaposition. Prenons, à titre d'exemple, les deux qui forment aujourd'hui l'un de ces titres merveilleux dont Atlantico a le secret, sinon le monopole. D'abord :

État islamique : des djihadistes détruisent des antiquités au musée de Mossoul, en Irak.

Puis :

L'Unesco tire la sonnette d'alarme.

jeudi 26 février 2015

J'ai été Charlie bien avant vous


L'explication est dans le journal de janvier.

mercredi 25 février 2015

Paul Léautaud et le commerce de proximité


Mercredi 28 janvier 1931. – Le boulanger chez lequel je me fournis rue Dauphine est un joli voleur, comme tous les commerçants aujourd'hui, et encore plus sa femme. J'ai appris ce soir qu'ils ont perdu récemment un fils de douze ou quatorze ans et qu'ils ont une jeune fille en traitement dans un sanatorium pour tuberculose. J'en suis enchanté. Je fais des vœux pour que la sœur rejoigne le frère.

Journal littéraire, Mercure de France, t.II, p. 679.

De l'utilité des livres par temps froid et humide


Après sa journée de travail, il est employé au Mercure de France, Paul Léautaud a l'habitude, avant de regagner Fontenay-aux-Roses, de monter discuter un moment dans le bureau d'Alfred Vallette, directeur du Mercure, où il est bien rare que ne se trouvent pas aussi d'autres écrivains ; ces conversations vespérales sont l'un des grands attraits du Journal littéraire. Ce soir du 7 février 1930, nous sommes vendredi, il s'y rend comme de coutume ; se trouve là, en plus du patron, la romancière Rachilde, de son vrai nom Marguerite Eymery, Mme Alfred Vallette à la ville. La conversation vient à rouler sur ces volumes que l'on retrouve régulièrement chez les bouquinistes, avec les envois d'auteurs demeurés tels quels, et dont parfois les pages n'ont pas même été coupées ; ce qui signifie que les destinataires ont revendu sans les ouvrir des livres qui leur étaient spécialement adressés par leurs auteurs. L'affaire a resurgi ces derniers temps, dans les courriers littéraires des journaux, comme elle le fait régulièrement ; et le nom de Rachilde a été cité à cette occasion. Celle-ci explique à Vallette et à Léautaud qu'avant de vendre les livres qu'elle reçoit, elle découpe toujours soigneusement les envois ; donc, ces livres qu'on a retrouvé sur les quais, à elle dédicacés, ne peuvent être que des volumes qu'elle a prêtés et qui ont ensuite été vendus par le tiers. Elle conclut son explication en disant : « On ne peut pourtant pas tout garder. » C'est alors que Léautaud intervient :

« Je me mets à dire : “On peut se chauffer avec.” J'explique la manière : les volumes mis à tremper dans l'eau, ensuite retirés et compressés, résultat des sortes de briquettes de papier, excellent combustible. On nous a même enseigné cela pendant la guerre. »

C'est au tour d'Alfred Vallette de prendre la parole, sur ce même sujet ; il raconte ce qui suit, toujours retranscrit par Léautaud dans son journal :

« C'est ainsi que Sansot [éditeur lui aussi] se chauffait. Il avait trouvé un excellent truc pour ses comptes d'auteur. Il ne demandait pas d'argent aux auteurs. Il leur disait : “Je ne vous demande pas d'argent. Je vous publie à mes frais. (…) Seulement, vous m'achèterez tant d'exemplaires, 300 exemplaires, par exemple.” 300 exemplaires, au prix d'avant-guerre, avec le bénéfice que prenait Sansot, cela faisait déjà une somme. Il ne devait donc rien à l'auteur et l'auteur ne lui devait rien non plus. Alors, il se chauffait avec les volumes qui lui restaient. Il s'est chauffé ainsi pendant toute la guerre. »

Vu l'abondance des cheminées dans les maisons de campagne des éditeurs, il serait peut-être intéressant de mener une petite enquête sur ce sujet, afin de vérifier si les mœurs ont autant évolué qu'on cherche à nous le faire croire.

lundi 16 février 2015

Le petit Commerce de Paul Valéry


Lorsque, après la Première Guerre, la gloire a fondu sur lui, à la fois littéraire et mondaine, après des années de semi-obscurité, Paul Valéry s'est trouvé confronté à un dilemme, que raconte Paul Léautaud dans son journal, notamment à la date du 8 juin 1926, après sa rencontre avec le libraire Robert Télin. La vogue subite dont Valéry est l'objet fait que, soudain, tout écrit autographe de lui commence à prendre une valeur marchande de plus en plus grande ; c'est d'ailleurs pour cela que Léautaud a pris langue avec Télin : il envisage de vendre – et vendra effectivement – les quelque soixante-dix lettres qu'il possède de Valéry, et le libraire s'est proposé comme intermédiaire.

Paul Valéry, dont Léautaud, alors, vient de découvrir qu'il s'était mis à aimer beaucoup l'argent, voit se multiplier les occasions de vendre cher ses manuscrits à de riches amateurs. Un jour, notamment, un libraire nommé Lang (!) lui offre cinq mille francs pour celui d'Eupalinos (environ dix mois du salaire de Léautaud au Mercure de France). Or, ce manuscrit n'existait pas. Valéry a tout naturellement proposé de lui en faire un, afin de contenter son client – et il l'a fait.

Plus tard, ayant reçu trois ou quatre offres d'achat pour le manuscrit de La Jeune Parque, qui n'existait pas davantage, Valéry a sans sourciller fait le nombre requis de textes autographes, avec des variantes et des corrections différentes sur chacun d'eux.

Si Léautaud raconte cela, on sent bien que c'est pour tenter d'apaiser sa mauvaise conscience de vendre les lettres de jeunesse de celui qui fut son ami intime, dans les dernières années du XIXe siècle. Il n'y parvient d'ailleurs pas tout à fait.