samedi 19 avril 2014

Un nouveau blog en lien


C'est violent, grossier, excessif, adolescent, foutraque, overdosé en vitamines illicites, les billets sont trop longs et partent dans tous les sens ; mais, pour l'instant au moins, ça m'amuse.


jeudi 17 avril 2014

La solution castrothéodoricienne


Évidemment, si mes patrons s'obstinaient dans leur volonté démente d'aller se réfugier chez Mickey, il y aurait toujours la solution de l'exode en direction de Château-Thierry, après avoir vendu la maison du Plessis. Je me retrouverais alors dans une situation exactement symétrique à celle qui est la mienne aujourd'hui, à savoir habiter à environ 70 ou 80 km de mon lieu de travaux forcés, mais cette fois à l'est d'icelui.

Château-Thierry présente à mes yeux de multiples et chatoyants attraits, dont celui de faire de moi un Castelthéodoricien n'est pas le moindre. Considérons aussi qu'avec à peine plus de quinze mille habitants, il s'agit d'une cité à visage et de proportions humains. En outre, comme elle appartient à la Picardie, cela ferait revenir Catherine dans le berceau ancestral, ce qui n'est pas rien. Ajoutons qu'elle est l'une des soixante-quatre communes françaises à avoir reçu la Légion d'honneur, et que c'est en ses murs que Charles Martel fit enfermer le dernier Mérovingien, le justement célèbre Thierry IV : un double patronage qui me plaît autant qu'on peut l'imaginer. Et s'en ajoute un troisième, encore plus flamboyant : celui de Jean de La Fontaine, qui vit le jour ici même. Si, enfin, on considère que l'un des deux marchés se tient le vendredi matin, jour où Catherine dispose de Liselotte à sa guise, on se dit qu'on n'est pas loin d'avoir trouvé le havre parfait, le seul léger bémol étant que le maire “divers gauche” a été reconduit dans ses fonctions le mois dernier – mais enfin, il est peut-être très bien, cet homme, ne soyons pas sectaire.

Maintenant, le plus dur reste à faire : convaincre le jeune Lagardère d'aller réellement nous installer à Marne-la-Vallée. Pas gagné…

mercredi 16 avril 2014

Je n'irai pas à Marne-la-Vallée


Il en est question, ai-je appris avant-hier : que ce pauvre groupe, ce misérable Lagardère à fleuret épointé, déménage vers ce riant cauchemar, cette chose qui n'existe pas. Marne-la-Vallée. Je ne sais qui a trouvé ce nom, mais c'était un génie ou un con. Donner un nom aussi absurde, aussi contraire aux lois de la langue, à un endroit qui n'existera jamais, il y fallait du génie. Ou une connerie tendue à l'extrême – on ne le saura jamais.

Bref, il se pourrait que, pour économiser trois picaillons, mes patrons, montrant par là le mépris qui est le leur pour nous autres, nous balancent dans ce cloaque de l'extrême Est parisien, reconnaissant d'une certaine manière, par la proximité avec le dieu Mickey, que nous sommes des guignols sans importance. D'une certaine manière, l'idée m'amuse : imaginer les “filles” de Elle, les “grand reporters” de Match, les “penseurs” du JDD, et autres outres gonflées de leur insignifiance, obligés de prendre le RER pour aller travailler, les imaginer se mêlant à tous ces gens qu'ils n'ont jamais vus mais dont ils sentiront bientôt les relents, eh bien oui, cela m'amuse beaucoup.

Mais je n'irai pas. J'en parlais tout à l'heure avec Catherine, et nous sommes tombés d'accord : quelles que puissent être les conséquences, financières ou autres, nous n'irons jamais habiter à Marne-la-Vallée ; jamais ! Nous avons passé l'âge de plonger dans ces cloaques.

Plutôt crever.

lundi 14 avril 2014

Considérations philologiques et digestives

Retourner le téléviseur ne serait-il pas plus simple ?

Chez un blogueur qui est une blogueuse – je le sais : je l'ai rencontrée –, je tombe sur cette phrase : « Mon idée c'est de mieux digérer et pour cela de manger un peu plus léger et un peu plus calmement. » Aussitôt, les questions se pressent dans mon esprit, tels des staliniens dans une manif parisienne de début de week-end : Qu'est-ce qui peut pousser une femme que l'on a connue équilibrée d'apparence à avoir des idées à propos de sa digestion ? (En dehors du fait qu'elle avoue lire Elle toutes les semaines, ce qui est en soi un signe alarmant, je l'accorde.) En plus de ces idées digestives, se forme-t-il également en elle, depuis quelque temps, des concepts respiratoires ? Des monades urinaires ? Des prolégomènes à toute menstruation future ? C'est effrayant, quand on s'y penche un peu.

Et puis, autre chose : pourquoi donc vouloir manger, comme ça, du soir au lendemain matin, plus léger et plus calmement ? Pourquoi pas plus légèrement et plus calmement ? Ou plus léger et plus calme ? Ou même plus légèrement et plus calme ? Tout ces formules sont-elles rigoureusement équivalentes, ou bien ces infimes variations syntactiques auront-elles des répercussions sur les idées de digestion de la dame ?

Pour la suite, je vous la laisse découvrir seuls, moi je ne peux plus ;  c'est trop horrible, cette course à l'abîme, je préfère détourner mes grands yeux embués. Mais je persiste à penser qu'une femme qui en arrive à se masser le cuir chevelu dans l'espoir d'une bonne digestion devrait instamment cesser de lire Elle.

dimanche 13 avril 2014

Idéal pour la plage


Idéal, car imprimé sur du papier spécial que les grains de sable ne rayent pas ; idéal parce qu'il y a moins de personnages que dans les romans russes et qu'on s'y retrouve toujours comme chez soi, même après la baignade ; idéal car tellement nauséabond qu'il vous masquera opportunément les relents de sueur et d'ambre solaire de vos contemporains les plus fâcheux. C'est à voir ici.

vendredi 11 avril 2014

De la supériorité des homosexuels

Si je me souviens correctement des Illusions perdues de Balzac, adaptées à la télévision et vues par moi vers 1965 ou 66, la dame à gauche doit être Anne Vernon, c'est-à-dire Mme de Bargeton dans la série dont je viens de parler.
Comme il n'y a vraiment rien à regarder, j'ai suggéré à Catherine ce film : Arsène Lupin contre Arsène Lupin. Édouard Molinaro, 1962, Jean-Claude Brialy et Jean-Pierre Cassel. J'ai vu ce film ; il y a au moins quarante ans ; évidemment à la télévision. J'en conserve le souvenir d'une légèreté, d'une grâce ; celles de ses deux acteurs principaux. Du coup, je vois bien l'avantage de l'un sur l'autre : Brialy, homosexuel de stricte obédience, s'est effacé sans laisser de trace derrière lui ; Cassel, hétérosexuel malencontreux, nous a laissé Vincent, mauvais acteur à tronche de racaille, aussi lourd que son père était léger, aussi scarabée qu'il était libellule. Est-ce la faute de Jean-Pierre, cet elfe ? De Vincent, ce caterpillar boueux ? Non, évidemment : on ne peut reprocher au fils sa vulgarité contemporaine, ni le fait qu'il soit arrivé dans le métier au moment où le cinéma français était d'autant plus mort qu'il était grassement subventionné.

Il n'empêche que Brialy triomphe.

jeudi 10 avril 2014

Désespérance de vie


Swann, 1er avril 2001 – 10 avril 2014.


Pensée du matin, chagrin


Si l'homme est parfois monstrueux, la femme est toujours menstrueuse.

mercredi 9 avril 2014

On ne badine pas avec les blogs


Ce n'est pas moi qui l'ai qualifié ainsi : beau jeune homme au regard vide. Je me fous des jeunes hommes, quel que soit le contenant de leur regard ; ce sont des filles malicieuses, parmi mes commentatrices, qui ont trouvé que… Voilà, reportez-vous à l'image.

(Et en plus, n'est-ce pas, ce “bandeau” qui me rappelle mes 16 ans : Tout est politique. Crétin, va…)

Il n'empêche que ce Musset-là, en dehors du fait qu'il ne sera jamais écrivain (il suffit de le lire, je vais donner des liens, éventuellement) est un garçon intéressant, à plus d'un titre. D'abord, en effet, il aime poser : regardez-moi ce regard acéré, au-dessus de ce col largement ouvert, et ce bouc viril, si je puis risquer ce pléonasme : on en frissonne, non ? Ça doit bander de partout, sous la photo, n'est-il pas ? Déclencher des mouillances adolescentes tant que ça peut…

Bon, on s'en fout. S'il était présent, le sieur Musset nous dirait sans doute qu'il ne veut être jugé que sur son intelligence, ses écrits, etc., et certainement pas sur cette image qu'il arbore à tous les coins de son blog. Fort bien, jugeons-le donc sur ses écrits.

On ne va évidemment pas passer la nuit à relire notre cocotte Seb, on va se contenter de son dernier billet. Qui commence ainsi : « Reconnaissons que depuis qu'avoir Euro RSCG au gouvernement, ça a quand même une autre gueule, celle du loup. Fini les atermoiements, les fausses pudeurs et les propos contradictoires Maintenant, avec le gouvernement de com' back ça file droit, enfin droite. »
Le gras est de Seb, le lien aussi, bien évidemment. Qui comprend ce que notre écrivain a écrit dans ces quatre lignes ? Personne, je le savais.

Comme j'ai une certaine estime pour mes lecteurs, je ne ne reproduirai pas la suite du billet en question. Je mets un lien, pour les plus vicieux d'entre vous. Un billet de M. Musset, c'est toujours un texte trois fois trop long par rapport à ce qu'il a à dire : c'est aussi à cela qu'on voit qu'il ne sera jamais écrivain. Mais, surtout, vous le vérifierez facilement, comme ce beau jeune homme au regard vide n'a rigoureusement rien à dire, il multiplie les liens menant vers tout et n'importe quoi, ce qui fait riche et cache la merde au chat, à savoir que ce Musset-là (paix à l'âme du vrai) pense finalement comme tout le monde, et se roule dans cette satisfaction d'être en tout point conforme à la modernité la plus modernante.

Certains d'entre vous vont me dire : mais pourquoi consacrez vingt lignes à cette parfaite andouille ? Bonne question. Je ne sais pas trop. Sans doute pas parce qu'il est con, ce que je sais depuis des mois. Alors ? Vous le saurez demain.

Natchèze ou Natché ?


Comment s'appelle réellement le peuple éponyme du roman de Chateaubriand ? Plus exactement, comment son nom se prononce-t-il ? Longtemps et d'instinct, j'ai opté pour Natchèze. Puis, j'ai rebasculé vers Natché, au prétexte que, en français, le z final ne se prononce à peu près jamais (J'aime assez la ville d'Avoriaz, voyez, parce que, contrairement à celle de Batz, on n'y risque jamais le raz-de-marée, même en demeurant chez un habitant du rez-de-chaussée…). J'ai été, hier, grandement conforté dans cette nouvelle attitude sonore par le fait que, dans les dernières pages d'Atala, Chateaubriand lui-même utilise à deux ou trois reprises l'orthographe Natché. Mais voilà qu'aujourd'hui, y repensant, je réalise que, s'il le fait, c'est chaque fois lorsqu'il met le mot dans la bouche de l'un de ses personnages – je ne sais plus lequel. Donc, si l'auteur prend la peine de cette modification typographique, c'est peut-être bien pour souligner le fait que cet individu est seul à prononcer ainsi, à rebours de la normale, laquelle serait donc la prononciation ouverte.

Pendant ce temps, sur son Grand Bé, pour tuer le temps jusqu'à la survenue des orages désirés, François-René sourit à demi, avec l'air de celui qui en sait plus long qu'il ne veut bien dire.

mardi 8 avril 2014

L'héritage des mots


Le seul héritage tangible de mon père que j'ai eu jusqu'à présent, ce sont les sept ou huit magazines de mots croisés que ma mère a tenu à me remettre : quand l'homme s'arrête et se couche, les abonnements continuent de courir… Mon père aimait bien remplir ces grilles (moins que son frère aîné, le père de Catherine, mais tout de même) ; il le faisait généralement après le déjeuner et le café qui suivait, sur la table de la cuisine, devant la fenêtre ; j'ai repris depuis peu cette habitude, mais en la déplaçant vers le soir, lorsque j'en ai assez de lire et que l'heure du dîner tarde un peu à venir : de digestif qu'il était chez le père, le cruciverbiage s'est fait apéritif chez le fils.

En ayant terminé un hier, j'ai ouvert tout à l'heure le volume suivant. Surprise – et léger sursaut – en constatant que les premières pages n'étaient plus vierges ; je n'y reconnus guère l'écriture paternelle, mais on ne calligraphie pas pareil selon qu'on remplit des cases ou déroule des phrases. Feuilletant rapidement, j'arrive à la page 44 (sur 84). Cette grille-là était faite en son tiers supérieur, et muette en dessous. J'aurais pu passer directement à la page suivante, mais, avec un rien de grandiloquence, je me suis dit qu'après tout il était bien normal que les travaux abandonnés par une génération soient achevés à la suivante. Et j'ai commencé à poser des lettres dans les cases blanches.

Puis, je suis arrivé à ce mot de trois lettres  – le quatrième du 16 vertical –, dont mon père avait eu le temps de placer l'A initial. J'ai cherché, page de gauche, la définition ; elle disait : « Elle nous quitte en nous laissant froids. »

C'était l'âme.

lundi 7 avril 2014

Un grand merci, Monsieur Faguet !


Ce volume consacré au XIXe siècle, des Études littéraires d'Émile Faguet (1847 – 1916), je l'ai commencé par sa fin, parce que j'étais impatient de voir ce que cet académicien bien oublié avait à dire de Balzac ; je l'ai trouvé d'une sévérité excessive, et surtout cédant un peu trop à la propension courante (mais peut-être ne l'était-elle pas en cette année 1887, date de l'écriture de cette étude ?), qui consiste à opposer Honoré, gros balourd à peu près stupide, à Balzac, créateur de génie à la puissance inégalée. Néanmoins, quelques remarques judicieuses et deux ou trois vues pénétrantes m'ont empêché de refermer sans appel le volume passablement défraîchi (publié sans date visible par Boivin et Cie, anciennement librairie Furne, rue Palatine à Paris…) que j'avais entre les mains ; je l'ai repris à son début, c'est-à-dire à Chateaubriand.

Il me faut donc adresser un grand merci à M. Faguet pour ces pages-là. Longtemps, j'ai vécu comme presque tout le monde, c'est-à-dire fort paresseusement, dans cette idée instillée par l'école qu'il fallait certes visiter les Mémoires d'outre-tombe et la Vie de Rancé, à la rigueur l'Itinéraire de Paris à Jérusalem, mais que l'on pouvait sans remords laisser tout le reste de l'œuvre à sa vénérable poussière. Esprit dénué de la moindre originalité, c'est bien ce que j'avais fait. Et soudain Faguet vint. En quelques pages, à mes yeux au moins, il fit reprendre des couleurs aux Natchez, de bonnes joues aux Martyrs ; de là me prirent des désirs d'Amérique, des nécessités de rédemption. Comme dormait dans le rayon le plus bas de ma bibliothèque, celui où les lecteurs de presque soixante ans ne descendent plus qu'avec d'extrêmes prudences, un volume contenant les Natchez, réaugmentés de René et d'Atala, c'est par eux que je vais revenir à Chateaubriand, séance presque tenante.

Pour le coup, injustice collatérale, ce pauvre M. Faguet devra patienter un peu dans les limbes où je l'ai replongé ; à moins que je ne me livre à un délicat panachage entre l'Enchanteur et son exégète.

dimanche 6 avril 2014

Mélancolie des chutes


Depuis quelques heures le cerisier est tout en neige, il lâche ses pétales comme un nuage ses cristaux ; ils tombent sur le gazon en un plumetis hasardeux, et qui doit tout aux rafales. Mais c'est une neige timorée, elle s'excuserait presque, on la sent prête à cela, car les fleurs se doutent que le temps joue contre elles, quand les flocons gardent toujours cette ressource de s'adosser à des glaciations lointaines, qu'ils espèrent comme nous les redoutons.

samedi 5 avril 2014

Les vrais écologistes ne sont pas verts, et inversement


Je tombe bien malgré moi sur cette phrase, prononcée par la grosse dame qui préside désormais aux destinées de ce ramassis de guignols rétrogrades finement nommé EELV : « Nous reviendrons un jour au gouvernement, pas pour nous faire plaisir, mais parce que la France a besoin d'écologie et pour faire de l'écologie, il faut des écologistes. »

Tout d'abord, j'espère pour la grosse dame que ce salmigondis est la transcription hâtive d'une déclaration faite oralement ; sinon, on peut préparer le goudron et les plumes, avant de l'expédier aux États comme dinde de Thanksgiving. Ensuite, il faudrait tout de même rappeler, de temps à autre (et c'est pourquoi je le fais ici) que l'écologie est une science, que les écologistes sont les savants qui maîtrisent et font avancer cette science. À ce titre, les verts-miceaux n'ayant rigoureusement aucune compétence en ce domaine, sauf preuve du contraire qui tarde à être produite, il y a bel et bien usurpation de nom et de compétences.

Remarquez que cela participe d'une tendance plus générale de notre temps, en lequel un professeur d'histoire s'auto-qualifiera volontiers d'historien, un vulgarisateur de philosophe, etc. Le temps n'est plus loin, on le sent, où les professeurs de dessin se nommeront eux-mêmes peintres et ceux de musique musiciens. D'un autre côté, dans la mesure où un certain nombre de clodos se font appeler comédiens de rue, sans faire éclater de rire personne, dans un sens comme dans l'autre, on ne voit pas pourquoi tout ce petit monde se gênerait. Je suis presque sûr qu'en cherchant bien on devrait parvenir à dénicher trois ou quatre journalistes se pensant écrivains.

Dans lequel j'approuve ceux qui désapprouvent

Le Quai d'Orsay fait peau neuve.

« Le parti de l’In-nocence désapprouve totalement le rattachement du ministère du Commerce extérieur à celui des Affaires étrangères. La diplomatie de la France n’a déjà que trop tendance a être étroitement soumise aux intérêts commerciaux prétendus du pays. En soulignant une sujétion qui porte gravement atteinte à la dignité et même à l’indépendance de notre patrie, le rapprochement des deux ministères risque fort de consacrer officiellement, en fait, le rattachement du ministère des Affaires étrangères à celui du Commerce extérieur et à réduire notre présence dans le monde à celle d’une entreprise cherchant sans grand succès à s’attirer des clients. »

vendredi 4 avril 2014

Il n'y a plus d'abonné au numéro que vous avez exigé


Un ami me disait tout à l'heure par mail : « Quel dommage que vous ayez horreur du téléphone ! J'avais envie de parler de Proust… » Ce n'est pas que j'en aie horreur, mais plutôt que je ne parviens pas vraiment à le maîtriser. En un mot, et le phénomène s'accroît avec le temps, je suis presque incapable de réaliser cette opération ne posant aucun problème à 99 % de mes contemporains : m'entretenir naturellement avec une personne qui n'est pas là. Quand c'est le cas, néanmoins – parce que je sais, en garçon bien élevé, me plier aux impératifs de mon époque –, j'ai l'impression étrange et peu agréable que chacune de mes phrases, y compris les plus anodines, résonne comme une déclaration. Ce qui me coupe toute envie d'aller plus avant.

Bien entendu, je ne dis rien du téléphone portatif, dont la pratique, les rares fois où il m'est arrivé de m'y soumettre, m'a toujours paru profondément humiliante. Au moment où le téléphone a commencé de faire son apparition dans les appartement privés, au début du siècle dernier, une dame “née” disait à l'un de ses amis qui venait de se faire installer un poste : « Ainsi donc, on vous sonne et vous accourez ? » (Je ne me rappelle plus le nom de la dame en question, mais l'ami auquel il est fait allusion plus haut doit s'en souvenir, lui.) Le petit boitier portatif a démultiplié cette dépendance ; et surtout, d'un acte strictement privé, intime presque, comme le sont encore plus ou moins l'accouplement ou la défécation, il a fait une manifestation publique, dont je m'étonne que nous soyons si peu à voir l'éclatante obscénité. 

Surtout, je me demande bien par quel maléfique miracle, il est devenu, en une poignée d'ans, si indispensable, si vital, pour la quasi totalité des peuples d'Occident et d'ailleurs, d'être perpétuellement, volontairement, joyeusement joignables. Je mets un point d'honneur, sans doute un peu puéril, je l'accorde, à l'être le moins possible ; c'est ce qui fait que, quand Catherine est absente, comme en ce moment même, je laisse volontiers sonner la machine, pour faire croire que je n'y suis pas non plus. C'est une liberté que l'on peut s'accorder chez soi, mais allez donc laisser interminablement carillonner votre portatif lorsque vous êtes dans une salle de restaurant ou une voiture de train ! Non, rien à faire, il vous faut répondre, encore et encore. Répondre à quoi ? À qui ? Le plus souvent à rien ni à personne.

jeudi 3 avril 2014

Le Monsieur qui cause de moi…

Didier G. le jour de sa communion solennelle, en mai 1969.

J'ai les honneurs du Salon du Père Joseph, cette éminence qui n'est jamais grise… Ça commence comme ça : 

« Un état des lieux implacable, en forme de triptyque, « Ce qui fut », « Ce qui advint », « Ce qui reste », débouchant sur une manière d’envoi, « À vous, les mômes ». Envoi au sens propre du terme, celui par lequel les poètes d’antan concluaient leurs ballades. Tel François Villon, dont deux vers de la Ballade des pendus servent de motif final. Chacun des volets, constitué de textes courts, récits, descriptions, portraits, fictions, paraboles. Des instantanés, des réflexions inspirés par le monde comme il va, par la vie et les expériences de l’auteur. Des démonstrations imparables et des paradoxes. Ainsi se présente ce livre au titre provocateur dont on sent bien qu’il a été longuement mûri et prend valeur d’une manière de bilan. […] »

Et ça continue par là.

mercredi 2 avril 2014

L'horreur…


Catherine me dit : « Tu penses que tu aurais le courage d'aller jusqu'au Monoprix ? »

Moi (prudent) : …

Elle : « Ce serait pour acheter du tarama et de ces petites barquettes de fromages bataves découpés en cubes, qu'on a bien aimés la dernière fois. Comme on va sûrement prendre l'apéro ce soir… »

Ça parait à peine croyable, mais j'y suis allé. Au Monoprix de la place Pompidou de Levallois. Il est vrai que je n'avais rien d'autre à faire, et que le Monoprix de la place Pompidou de Levallois est à un jet de pierre de mon bureau. Je trouve très facilement le tarama (juste à votre droite en entrant dans le magasin).  Les fromages sont un peu plus loin en suivant l'allée du tarama. Ça devient tout de même un peu plus compliqué, néanmoins je trouve : une sorte de placard réfrigéré à portes transparentes. Là, je vois ce qu'elle veut dire, mon épouse : de rectangulaires barquettes transparentes, en plastique (évidemment, soyons modernes), avec, dedans, de petits cubes de fromages exotiques quoique septentrionaux. J'ai le choix : d'un côté, édam au cumin ; de l'autre, mimolette et édam sans cumin (là, on joue sur la couleur des petits cubes). Lâche comme on me connaît, je prends une barquette de chaque ; et je rentre à la maison. 

C'est seulement en déballant mes cadeaux, sur l'établi de la cuisine, que j'avise le slogan inscrit au bas du film transparent fermant l'une des deux barquettes (celle au cumin) :

Vive l'apér'Hollande !

J'ai hésité : je fous le fromage à la poubelle ? Je le donne aux chiens, qui ont bien senti qu'il se passait un truc susceptible de leur être favorable ? Ou je décide qu'Hollande n'existe pas, et je croque le fromage ?

Indice : le fromage était bon.

Un livre au titre engageant…


Je viens tout juste de le commander. Stephen Hecquet est en quelque sorte le “hussard oublié”, si on le met en regard des écrivains dont il était proche : Blondin, Laurent et surtout Nimier. Affligé d'une malformation cardiaque, Hecquet savait qu'il ne vivrait pas longtemps (ce qui explique sans doute en partie son peu de renommée, mais pas entièrement dans la mesure où Nimier, lui non plus, n'a fait de vieux os). Il est mort en 1960, à 41 ans.

lundi 31 mars 2014

dimanche 30 mars 2014

Le livre et sa reliure

Jules Lemaître (1853 – 1914), photographié par Paul Dornac.

« Les livres ne consolent pas. Ils sont les amis des beaux jours. Dans la peine, il n'y a plus que des reliures. »

Jules Lemaître, cité par Ferdinand Bac, à la page 82 du livre dont les références sont données dans le billet précédant celui-ci.

samedi 29 mars 2014

L'esprit de Monseigneur

Mgr Guibert (1802 – 1886), archevêque de Tours, puis de Paris

« Monseigneur Chapon se mit aussitôt à raconter des histoires savoureuses. Il parla de l'illustre Crémieux, le grand avocat israélite qui, après un entretien avec l'Archevêque de Paris, Monseigneur Guibert, lui avait demandé la permission de l'embrasser. Ils s'embrassèrent… Alors M. Clemenceau qui assistait à la scène de s'écrier : “ Voilà enfin l'Ancien et le Nouveau Testament réunis ! ” Mais l''Archevêque de Paris répondit : « Je ne m'y connais guère en droit, Monsieur, mais j'ai toujours entendu dire que lorsqu'on faisait un nouveau Testament, l'ancien ne valait plus rien ! ” »

Ferdinand Bac, Intimités de la IIIe République – Des ballets russes à la paix de Versailles, p. 31 de l'édition Hachette de 1935.

vendredi 28 mars 2014

L'Enfant ou un déjeuner chez ma mère

Il y a quelque temps, je me suis retrouvé, sur un blog (le mien ? un autre ?) à parler de Jules Vallès. Je me souviens d'avoir affirmé qu'il s'agissait d'un bon écrivain. À peine cet embryon de discussion clos, je me suis rappelé que j'avais lu la trilogie de Vallès au lycée Pothier d'Orléans (grâce à Carlos et à son père, comme à peu près tout ce que j'ai lu à cette époque), et que je n'y étais jamais revenu depuis environ 40 ans ; je pérorais donc dans le vide, comme il doit, je le crains, m'arriver plus souvent qu'à mon tour.

Aujourd'hui, j'étais attendu chez ma mère à midi précise, à Fontaine-le-Dun, à 127 km de chez moi si j'en crois les instances gépéessiennes. Elle et nous autres, les héritiers, avions à trois heures rendez-vous chez un notaire quelconque pour régler la succession de mon père, laquelle ne soulevait ni contestation ni grande masse d'argent (Pauvre je suis de ma jeunesse / De pauvre et de petite extrace / Mon père jamais n'eut grand richesse…) ; et, de fait, on n'y a passé que le strict minimum de temps, lequel, à mon avis, était tout de même du temps envolé, perdu, gâché, stupide… (j'ai encore des adjectifs, mais enfin…).

À un moment, chez ma mère, dans cette maison qui aurait dû être celle de mes parents, mon regard distrait balayant la bibliothèque, j'ai eu la surprise de constater que s'y trouvaient les trois volumes de Vallès ; collection France Loisirs, évidemment. (Ma mère a longtemps été une “fan” de ce système de vente par correspondance ; moi-même, je leur suis redevable d'avoir lu tous les romans de Simenon ; et ils ont même, vers 1999 ou 2000, proposé dans leur catalogue un livre que j'avais écrit, et pour lequel je n'ai jamais vu arriver le premier centime. – On s'en fout.)

J'ai extrait de son rayonnage L'Enfant, qui n'avait pas dû en bouger depuis fort longtemps : le volume datait de 1987, soit trois ans avant que Catherine et moi… Mais justement, voilà l'étonnement. À cette époque (pénible…) de ma vie, je rentrais chaque week-end dans la grande maison de Sologne, afin, d'une certaine manière, de m'y rouler en boule et d'oublier ce qui s'était passé les quatre jours précédents. Mais je sens que je diverge… Je voulais dire qu'il me paraît étrange que, pour une fois, ma mère ait acheté des livres intéressants, en tout cas qui pouvaient nous intéresser ensemble, et que nous n'en ayons jamais parlé (elle m'a assuré aujourd'hui, qu'elle avait lu les trois Vallès, et je la crois).

La conclusion de ce billet ridiculement long est que je lui ai demandé si je pouvais lui prendre son Enfant, qu'elle m'a dit oui, et que je l'ai rapporté ici, comme une sorte de butin discret et précieux. Je l'ouvrirai demain.

jeudi 27 mars 2014

Que sont devenus les snobs d'antan ?


Jadis, et même encore naguère, un jeune homme de basse extraction qui parvenait à se hisser dans la classe immédiatement supérieure à la sienne n'avait plus qu'une hâte : faire oublier ses origines ; et qu'une hantise : qu'on les découvrît. Rappelons-nous le petit Lucien qui, propulsé par le bon vouloir de Mme de Bargeton jusque dans les salons de Mme d'Espars ou de la duchesse de Grandlieu, s'empresse de renier son pharmacien de père, le bon M. Chardon, pour se parer des plumes du paon, en l'occurrence le nom de sa mère, demoiselle de Rubempré jusqu'à sa mésalliance. 

Aujourd'hui, les Modernes issus du prolétariat arborent comme une Légion d'honneur leur mère femme de ménage ou leur grand-père fort des halles. Le snobisme est exactement le même, mais inversé, comme une veste dont on aurait décidé d'arborer la doublure. Du reste, en y réfléchissant, je trouve la version actuelle encore moins excusable, et donc plus risible, que l'ancienne. Car si Lucien se livre au reniement, c'est parce qu'il sait que, sans cette éradication du Chardon, il perd tout espoir d'épouser Clotilde de Grandlieu ; il y a un intérêt. (Il échouera, mais c'est une autre histoire, qui n'appartient qu'à Balzac – et de toute façon c'est bien fait pour lui.) Dans le cas, de notre snob contemporain, sa vanité prolétarienne (son prolorgueil…) ne lui sert rigoureusement à rien, elle n'est plus qu'une pose que l'on prend devant le miroir, en se demandant si les autres nous trouvent aussi beau que l'on se découvre. Et il y a même une certaine chiennerie, à battre (petite) monnaie sur la base de l'humblesse, de la pauvreté, voire de la misère de ses aïeux.

mercredi 26 mars 2014

Bram et moi : dialogue à deux voies

J'arrive, j'arrive ! Je peux garder les chaussettes ? Merci…

Bram : Monsieur Goux ! Asseyez-vous…

Moi (m'asseyant en effet) : … [Docteur, je ne comptais pas rester debout dans le réduit que la clinique Pasteur vous alloue ; mais enfin, merci.]

Bram (assis lui aussi, mais en face, et en blouse blanche comme il se doit) : Donc, voyons un peu ce scanner…

[J'ai les résultats "papier" à la main, mais il s'en fout, puisqu'il a les mêmes en version "dessins animés" sur son écran d'ordinateur, que je vois aussi, en me penchant légèrement ; ce que je fais par courtoisie, pour faire semblant de m'intéresser, sachant que je n'y comprendrai pas plus qu'à un film coréen en VO et sans sous-titres. De plus, je m'aperçois à cet instant que je m'en moque réellement, ontologiquement.]

Bram  (entreprenant, avec la souris, d'animer l'image) : Bon, là, ce sont vos épaules…

[Je comprends qu'on commence le tranchage de moi-même par le haut, et que le docteur se fout de l'état de mes épaules, vu qu'il passe assez vite aux réalités inférieures. C'est un peu logique puisqu'il est urologue.]

Bram : Les poumons, très bien…

Moi (l'air qui se veut humoristique et s'entend niais) : Ah, ben… tant mieux…

[Ça continue à remuer sévère sur l'écran, on s'attend à voir Bip-Bip traverser l'espace, le Vil Coyote cancéreux à sa poursuite – mais non. On voit un embranchement se dessiner puis disparaître : je me dis que ce doit être mes deux voies urinaires. Et, juste après : a-t-on réellement deux voies urinaires ? Deux voies constituent-elles un duo ? Je ne suis plus sûr de rien – ça continue à défiler, c'est infernal.]

Bram : Rien au foie… Rien à la rate… rein impeccable… 

[Moi, in petto : Et le foie ! et le foie… Et la rate ! et la rate… Et le rein ! et le rein… Aaah… ! J'attends l'alouette sans impatience.]

Bram (d'une voix conclusive et satisfaite) : Il y a une petite calcification dans la prostate, mais on s'en fout !

[Je comprends, malgré le ton urbain et le visage souriant, que ça signifie : barrez-vous d'ici, vous êtes tout à fait inintéressant, n'êtes pas censé mourir dans les mois qui viennent, et il y a du monde derrière vous dans la salle d'attente (ce qui est vrai). Donc, je me casse, avec mon petit torse gigotant sur écran, auquel je ne pense déjà plus. Une fois dans ma voiture, j'allume une cigarette et j'appelle Catherine, pour lui dire que les grands-prêtres en blouses blanches m'accordent un sursis. Elle s'en montre satisfaite et convient que cela mérite un verre ou deux ce soir.]

Eh bien voilà.

mardi 25 mars 2014

Pas par les affaires, ou ma mère va gueuler !


La semaine dernière encore, dans le marigot de la blogauche, on nous affirmait, avec cette mâle assurance qu'ont les gens qui ne cessent de se tromper, que Nicolas Sarkozy était fini, que la multitude d'affaires lui tombant dessus ne pouvait que carboniser son avenir politique, et qu'il fallait être bien naïf ou stupide pour ne pas s'en apercevoir ou refuser d'en convenir. Trois jours plus tard, en la petite cité balnéaire et médiévale de Levallois-Perret, M. Patrick Balkany était triomphalement réélu maire dès le premier tour de scrutin.

Mais c'est pas grave, on continue à mouliner nos billets, à écouler nos petites coupures.

lundi 24 mars 2014

Les bouquets séchés de Boni de Castellane


C'est très bien, les Mémoires de Boni de Castellane, très agréable à lire, en ce qu'ils rendent le parfum d'une époque et d'une certaine classe sociale qui n'existe plus ; également parce que l'auteur est capable de distance et d'une ironie d'excellent aloi vis-à-vis des gens qu'il évoque, y compris lui-même. Il n'empêche qu'arrivé à la quatre-centième page, on se prend à ressentir comme des étourdissements de Bottin mondain, des palpitations de Gotha, des fatigues de Palais rose, et on est tout de même un peu content de passer à autre chose. D'autant que, si les ducs, comtesses, princes héritiers et autres altesses régnantes n'ont aucun secret pour lui, il semble être passé à côté de tous les gens qui ont fait la valeur artistique et littéraire de son temps, à fort peu d'exceptions près. 

Le pis est que, à compter de demain, lorsque je serai plongé dans le livre d'Alain de Benoist arrivé ce matin, je commencerai peut-être déjà à regretter l'insouciance et la désinvolture de Boni ; cette poussière de fleurs sèches qui s'échappe d'entre ses pages, et qui est la mélancolie.

samedi 22 mars 2014

Jacques Benoist-Méchin : un Français selon notre cœur


Les volumineux mémoires (800 pages) de Jacques Benoist-Méchin sont inégaux. En tout cas, cela dépend de ce qu'on y cherche. Toute la partie centrale est un plaidoyer pro domo, concernant sa vie et son rôle entre 1940 et 1942 : c'est loin d'être inintéressant, à condition de s'être défait de ses préjugés les plus imbéciles et de s'intéresser vraiment à l'histoire de France. Le premier tiers intéressera les amateurs de littérature, ne serait-ce qu'en raison de cette soirée que ce très jeune homme a passée au Ritz en tête à tête avec Marcel Proust.

Les lecteurs qui se souviennent de la condition humaine, et s'y intéressent, se précipiteront sur le troisième tiers du volume, ou plutôt sur le début du troisième tiers, celui où l'auteur vient d'être condamné à mort et attend son exécution : c'est une assez belle leçon de vie.

Il va de soi que, Benoist-Méchin ayant travaillé pour divers gouvernements de Vichy, et ayant été condamné à mort, je ne conseille cette lecture qu'aux esprits libres, encore capables d'envisager l'histoire telle qu'elle se fait.

Il se prend pour une erreur !

Raymond Barre, économiste français, 1924 – 2007

Il se prend pour une erreur : telle est la phrase que le petit mousse de l'Amiral Woland a répété entre trente et quarante fois durant la matinée, avec une force et un enthousiasme presque communicatifs. Ni son père ni moi ne sommes très sûrs de ce qu'il voulait dire par là (l'Amiral a suggéré que “erreur” pourrait avoir déboulé là en lieu et place de “terreur” : c'est possible, mais non confirmé), il n'empêche que l'affirmation péremptoire et mainte fois réitérée conserve auprès de moi, même après l'envol des deux oiseaux précités, son impact poétique et vaguement inquiétant : quelle peut bien être l'existence d'un homme se prenant pour une erreur ?

jeudi 20 mars 2014

Les ignorances et l'imagination des journalistes


Mes chers confrères sont parfois des gens qui ne ne se laissent pas intimider par la réalité. Prenez le cas de David Le Bailly, par exemple. Un jour, dans le cerveau de ce reporter de Match, point l'idée de faire un livre sur Anne Pingeot, qui fut, on s'en souvient, quelque chose comme la Julie Gayet de François 1er, mais en version durable. Pourquoi pas, en effet. Pour des raisons strictement professionnelles, je viens de lire l'ouvrage en question, qui s'appelle La captive de Mitterrand et dont se sont chargées les éditions Stock. Si la mode était aux titres longs, il aurait pu se nommer ainsi : Comment je n'ai jamais rencontré Anne Pingeot, ni à peu près personne d'autre d'ailleurs. Il aurait au moins eu le mérite de dire la vérité puisque, en effet, M. Le Bailly ne fait aucune difficulté – il y emploie même ses soixante premières pages, ce qui est longuet – pour reconnaître que Mme Pingeot lui a opposé une sèche fin de non-recevoir, et que les personnalités politiques qui l'ont connue et la connaissent encore l'ont toutes envoyé pareillement bouler. Allait-il renoncer pour autant aux 337 pages promises à son éditeur ? Vous plaisantez, j'espère ! Commande il y a eu (et à-valoir, suppose-t-on…), livre il y aura ! Si bien que je crois n'avoir encore jamais lu d'ouvrage de journaliste comportant autant de phrases dont le début est : J'ignore si… j'ignore comment… j'ignore quand… Sans parler de toutes celles bâties sur cet autre modèle, bien connu des gens qui n'ont rien à dire mais besoin de le dire quand même : À cet instant, on peut penser qu'Anne… Devant une telle épreuve, il est raisonnable d'imaginer que… etc. Le plus amusant est que, en dépit de toutes ces ignorances et ces imaginations, le pauvre va peut-être quand même se payer un beau procès : la dame semble assez vindicative…

mercredi 19 mars 2014

Ça ne va pas arranger ma réputation…


Je viens de commander ça. D'après l'interview que Benoist a donné à la Nouvelle Revue d'Histoire (ça non plus, ça ne sera pas porté à mon actif…), il semble bien qu'il y taille plus ou moins en pièces la théorie (pardon, pardon : les études !) du genre. Cela dit, je me demande si passer comme je m'apprête à le faire de Benoist-Méchin à Benoist tout court ne dénote pas chez moi un certain racornissement intellectuel, voire une complète déroute mentale. D'ici à ce que je rebascule à gauche, il y a peut-être moins de kilomètres que ce que je me plais à penser. C'est limite fout-la-trouille.

mardi 18 mars 2014

Circulation alternée ? C'était trop beau pour durer…

Sois gentille, pousse-toi : ce matin, c'est moi qui conduis…

Eh oui, c'était trop beau. Pour une fois que ce gouvernement de mickeys prend une excellente décision, il faut qu'il l'annule dès le lendemain ! Mes deux trajets d'hier se sont déroulés comme dans un rêve, la circulation était d'une fluidité de miel, et j'espérais beaucoup qu'il en irait de même aujourd'hui… voire tous les autres jours, pourquoi pas ? Me levant ce matin, je me prenais à imaginer combien douce serait ma vie si la circul' altern' devenait aussi pérenne que le changement d'heure bisannuel. Puis, j'ai ouvert l'ordinateur de Catherine, et le beau songe a volé en éclats.

dimanche 16 mars 2014

Circulation alternée ? Fume !

Mon assistante et ma voiture de fonction : je ne suis pas sur la photo car c'est moi qui tiens l'appareil.

Alors, comme ça, à compter de demain, on ne devrait plus voir qu'un salaud de pauvre sur deux encombrer nos rues et boulevards ? Tant mieux ! Je suis pour la circulation alternée ; à donf. (J'aime bien aussi les tout petits enfants violacés qui toussent et crachotent dans leurs poussettes rase-bitume, mais ça c'est parce que j'ai mauvais fond.) La circul' altern', donc. Je vais devoir me rendre à Levallois-plage lundi, mardi et mercredi, et cette perspective me laisse parfaitement serein, pour les trois raisons que voici :

– Lundi, ce sera comme à l'accoutumée, puisque ma plaque d'immatriculation est fort opportunément ornée d'un nombre impair (le 037, pour être précis, ce qui correspond à l'Indre-et-Loire mais avec un zéro devant).

– Mardi, avec un rien de dédaigneuse nonchalance, je brandirai ma carte de presse (N° 47 209) sous le nez du pandore qui aura eu le front de m'arrêter entre les ponts de Neuilly et de Courbevoie : il ferait beau voir que la maréchaussée enrayât la marche en avant du quatrième pouvoir !

– Mercredi, 19 mars, retour à un jour impair : tranquillité et bon droit. Mais, si jamais les règles de circulation s'étaient inversées durant la nuit – on est en sous-régime socialiste, ne l'oublions pas –, c'est ma carte d'identité nationale (ou nationale d'identité, ce sera comme vous l'entendrez) que j'exhiberais cette fois aux narines des forces répressives. Qui n'auront tout de même pas le front, j'ose le croire, de me concasser les joyeuses le jour de mon anniversaire.

samedi 15 mars 2014

50 nuances de gri-gri

Médecin français du début du XXIe siècle, affilié à une agence sanitaire reconnue d'utilité publique

Flânant presque au hasard sur les blogs, je me trouve bientôt face au quarantième billet (hypothèse basse) consacré depuis deux jours à la satanique pollution, qui, m'apprend-on, se serait abattue sur Paris telle une nuée de sauterelles casquées à l'orée des années quarante du siècle précédent. J'y tombe sur ce morceau de phrase :

une récente étude (Institut de veille sanitaire) lui attribue une amputation de 6 mois d’espérance de vie en moyenne à Paris

J'apprends déjà qu'il existe donc une veille sanitaire – j'en déduis a contrario que le sommeil sanitaire doit lui aussi avoir une existence avérée –, et qu'elle est même constituée en institut. Le reste de la phrase m'informe que, selon toute évidence, il doit s'agir de sorciers réunis en symposium, ou d'un congrès d'haruspices, voire d'une assemblée générale de marabouts. À moins qu'il ne s'agisse de pitoyables devins (what a pythie ! what a pythie !) lisant l'avenir des populations naïves dans le dioxyde de carbone, et camouflant l'inanité de leurs prédictions sous une phraséologie vaguement scientifique, afin de rassasier leur inextinguible besoin de magie. 

Si je cherche ainsi toutes sortes d'explications au fait que nul ne semble éclater de rire en lisant la phrase que j'ai reproduite plus haut, c'est parce que je me refuse à croire qu'on puisse la prendre au sérieux par le seul truchement d'une intelligence, même simplement humaine ; et que je ne vois pas comment ceux qui en recueillent pieusement l'oracle pourraient être les mêmes qui toisent avec condescendance leurs ancêtres, pour ce qu'ils prétendaient changer le plomb en or au moyen de leurs cornues et alambics.

vendredi 14 mars 2014

La solution du Front de gauche…


… le virage à droite !

(Merci à Koltchak…)