En discret hommage...
Les plus désespérés sont les champs les plus bio.
« Ceux qui cherchent toujours leurs aises, à s'installer “le mieux possible” : grand signe de médiocrité. » – André Gide
Le samedi est très souvent un jour “blanc”, dans ma semaine ; celui où rien ne se passe, où je me remets gentiment des trois jours d'agitation (modérée, très modérée...) passés à Levallois-Plage, du trop-plein d'humains cotoyés, d'un excès de paroles dites et entendues.
Plume de presse, vous connaissez ? Non ? Vous avez tort. C'est “le blog d'un journaliste sabre au clair et plume engagée” (non, ne vous marrez pas tout de suite, il y a mieux). Olivier Bonnet, c'est un peu le chevalier blanc joué par Gérard Lanvin dans le pitoyable film de Michel Colucci, Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine : il proclame, il mouline, il pourfend l'air, tout en faisant bien attention de ne casser aucun bibelot. Mais, en parole, aucune injustice ne lui échappe. Sauf celles qui l'arrangent, ce en quoi il reste finalement profondément humain et terriblement prévisible.
Le prologue du Jardin des Finzi-Contini compte à peine plus de six pages, dans l'édition Folio, mais c'est une étonnante ouverture en forme d'arc, et même d'arc double. Arc joignant deux champs clos, deuxième arc enjambant les millénaires. Ils dessinent, à l'entrée du ,jardin dont on ne voit encore rien, une sorte de porche, ou de narthex, tout entier placé sous le signe de la mort, des morts et des Morts.
- Et la fille, là, celle qui entre dans l'immeuble, tu la trouves comment ?
On ne se connaissait pas, on s'est rencontré ce matin – lui gendarme, moi pas du tout (évidemment), chabada-bada. On a passé... que dirais-je ? Une vingtaine de minutes ensemble ? Oui, à peu près. Discussion fructueuse, assez franche en éclats de rire (mais les motifs d'hilarité nous étaient fournis noir sur blanc par le clown qui nous réunissait : comme dans les dessins animés de l'enfance, la sorcière trop maquillée, nez crochu, qui traverse la lande à plus d'onze heures du soir, pour aller pleurnicher ses formules magiques chez les carabiniers moustachus...), un truc entre hommes, si l'on veut – mais pas seulement.
De sa démarche quelque peu dindonnante, Niccolò Ludeacci tourna le coin du boulevard de Clichy pour s’engager dans la petite rue rectiligne, déserte à cette heure de la matinée. De toute façon, quelles que soient les heures où il venait ici – et elles étaient nombreuses –, il n’y avait jamais grand-monde. Ce qui était heureux car le cadre supérieur qu’il était (dans une grande banque nationalisée pas encore en faillite) aurait diversement apprécié qu’une foule nombreuse et variée pût le voir pénétrer au Suçodrome.
Avez-vous déjà eu la chance d'assister à un mariage catholique en Inde ? Non ? Je m'en doutais.
Mais qu'ils sont donc mignons, dans leurs jolis uniformes tout chamarrés de conscience républicaine ! Comme ça leur va bien, ce rose d'émotion aux joues ! Tellement fiers ils sont, on voit bien qu'ils n'ont pas fini de raconter l'épopée à leur descendance. Et, pour commencer, de se la rappeler entre eux, demain, autour de la machine à lavasse du couloir.
Ce garçon, je le connais depuis des lustres. Même qu'en vrai, il ne s'appelle pas [aji], mais simplement aji : il a rajouté les crochets pour frimer. Je n'irais pas jusqu'à dire que je l'ai vu naître, mais disons que je l'ai connu pas bien haut. Depuis, il a grandi et il a même sorti un disque (avec des chansons dedans). Je voulais vous en toucher trois mots – par odieux copinage/coquinage –, mais voilà que l'irréprochable Bruno Maillé l'a fait dès hier, et beaucoup mieux que je ne saurais le faire. Donc, c'est par ici...
« La plus grosse erreur de ma vie, c'est d'avoir suivi le mauvais conseil de mon manager juif. » Qui a dit cela ? Cheb Mami – un chanteur, me souffle-t-on dans l'oreillette – pour expliquer qu'il avait tenté de faire avorter sa compagne contre son gré, à coup de talons dans le ventre : cinq ans de prison ferme pour avortement forcé.
Bien entendu, ne travailler que trois jours par semaine – et ce, depuis plus d'un quart de siècle – est une chance inouïe. Rien n'est plus doux à l'âme que de revenir chez soi le vendredi soir, sachant que l'on n'aura pas à en ressortir avant le mercredi matin suivant, vous pouvez me croire. Il est, pour l'esprit, très important d'avoir davantage de jours de congé, de repos, d'absence, que de journées de travail : c'est le prix de la liberté de l'esprit, d'une certaine forme de non-implication dans le monde tel qu'il va, le tribut réglé pour une certaine forme de non-appartenance : ne pas appartenir, ou juste s'efforcer de ne pas, est un luxe invraisemblable.
Tout à l'heure à la cantine – rebaptisée bien sûr restaurant d'entreprise : on ne va tout de même pas laisser passer une occasion d'être pompeusement con –, je ne sais trop pourquoi, j'ai repensé à Yves J., l'ancien patron du rewriting. Lequel, à la cantine justement, lorsque l'un de nous se plaignait de la qualité de ce qu'il était occupé à avaler, répondait d'un air profondément résigné : « Bof... c'est toujours meilleur qu'à la maison... » Et voilà pourquoi, seul à ma table, on a pu me surprendre en train de sourire niaisement à mon plateau.
Ce matin, la factoresse a déposé dans la boîte deux livres, dont Le Jardin des Finzi-Contini, commandés il y a trois ou quatre jours. Je vais me faire huer mais tant pis : je n'ai jamais lu le roman de Giorgio Bassani – ni davantage vu le film qu'en a tiré Vittorio De Sica en 1971. En revanche, j'en ai beaucoup entendu parler, dans la mesure où il s'agit de l'une des pièces essentielles de ces Églogues de Renaud Camus, dont je vous rebats les oreilles et l'entendement depuis un petit moment (je vais finir par perdre mes aficionados les plus endurcis, à force d'à force...). Ces mots, Giocate, Giocate pure ! sont du reste les premiers qui s'offrent au lecteur se présentant au seuil des églogues, puisqu'ils forment l'exergue du premier livre, Passage.
J'ai toujours beaucoup aimé l'expression se polir le chinois, servant à désigner l'acte masturbatoire au masculin. Très certainement en raison de son aspect profondément énigmatique (énigmatique pour moi : j'attends avec impatience les érudits, les argotologues qui ne vont pas manquer de débarquer en foule sur ce blog).
Longtemps je me suis demandé si j'étais le seul à être victime de ce genre de phénomène, à souffrir de ce que nous appellerons faute de mieux le syndrome du livre évanoui. Cette maladie ne concerne pas les ouvrages dont ne subsiste dans la mémoire aucune trace, ni même l'assurance de les avoir réellement lus. Ceux-là ne sont pas des livres évanouis mais, pour peu qu'on les ai lus en effet, des œuvres redevenues vierges, des livres repucelés, si l'on veut bien me passer le mot.
La cinquième églogue de L'Amour l'Automne est composée de 173 phrases. Chacune d'elle occupe seule une page et compte 937 signes très exactement. Toutes sont annoncées par un titre. Celui-ci se résume à un unique mot précédé de son article défini, mais un même titre peut servir plusieurs fois.
Pour terminer (momentanément), voici une deuxième phrase, se situant dans les premières pages de cette cinquième églogue. Je l'offre à Maître Franssoit...
Ça y est, chus pogné ben raide, comme dirait un Québécois ! Ayant terminé L'Isolation – journal 2006 (dont je compte reparler ici : vous ne vous en tirerez pas comme ça...) il y a deux jours, je pensais avoir plus ou moins payé mon tribut camusien jusqu'à la fin de l'été. Sauf qu'à force de voir l'auteur se démener pour terminer dans les délais impartis L'Amour l'Automne, je n'ai pu résister à l'envie malsaine de me replonger dans ce cinquième volume des Églogues, paru en 2007.
J'ai failli commencer ce billet par l'incipit suivant : « On n'en finit plus de parler de la burqua. » Or, c'est faux : on commence tout juste. Des discussions qui innervent la blogosphère – à tout le moins une partie d'elle – depuis plusieurs jours, je dégagerais d'emblée l'aspect positif : le verrou du silence et du déni semble avoir sauté, enfin. Enfin, il deviendrait permis, sans se faire traiter de porc racisto-fasciste, à notre cerveau de valider ce que voient nos yeux, et à notre voix d'en rendre compte en mots : c'est un énorme progrès.
J'aime beaucoup la Nouvelle-Zélande. Déjà, un pays situé aux antipodes de cette grosse bouse que s'acharne à devenir l'Europe ne peut pas être foncièrement mauvais. De plus, j'ai pu me rendre compte hier soir qu'on y trouvait encore de somptueux paysages à peu près vides de déjections humaines, de larges collines onduleuses et herbues, livrées au silence et aux moutons. Enfin, consultant l'atlas, je me suis avisé que cette île bienheureuse était beaucoup trop loin de tout pour que les esclavagistes post-modernes puissent songer à y dégueuler leurs cargaisons de malheureux clandestins en quête d'une existence non pas meilleure mais simplement possible. Bref, j'envisage très sérieusement de constituer mon dossier d'émigration (ou d'immigration, si on se place d'un point de vue néo-zélandais). Il y a bien sûr que je ne pratique pas la langue en vigueur, mais je m'en fous : je ne compte parler à personne.
L’un des reproches que font aux journaux d’écrivains ceux qui prisent peu ce genre tient à leur caractère répétitif, pour ne pas dire ressassant. Aspect qu’il n’est pas question de nier, surtout dans le cas d’écrivains à qui « il n’arrive jamais rien », dont la vie se situe soit tout à fait en retrait de l’agitation du monde – et notamment du monde des lettres –, soit en ses marges : je pense dans ce dernier cas à Paul Léautaud, et, pour le premier, à Renaud Camus, dont le dernier volume du journal, L’Isolation (année 2006) vient tout juste de paraître, et dans la lecture duquel je suis plongé depuis hier. Or, je me demande si ce n’est pas cet aspect itératif qui, à l’inverse, séduit ceux qui se délectent de la “forme journal”. Tout bonnement, peut-être, parce qu’une lecture un peu plus attentive, ou empathique, et surtout menée sur la durée, permet de s’apercevoir qu’il ne s’agit pas de ressassement (le mot n'existait pas, voilà une bonne chose de faite) pur et simple.
On a parfois de ces petits bonheurs imperceptibles : me mettant en quête d'une photo d'André Gide susceptible d'illustrer le billet que j'ai plus ou moins en tête, j'ai la chance de tomber sur celle-ci, qui cristallise et résume parfaitement mon propos. Au point que je pourrais me dispenser de rien écrire à sa suite, tant tout devient clair. Mais enfin...
Lussan, jeudi 11 juin, quatre heures vingt. – Depuis samedi que nous sommes ici, j’ai occupé le temps libre laissé par nos hôtes et nos hôtes à lire le remarquable livre de Jacques Dewitte : Le pouvoir de la langue et la liberté de l’esprit, dont le sous-titre est : Essai sur la résistance au langage totalitaire. Le livre s’articule autour de quatre grandes figures ayant, chacune à sa manière, réfléchi sur les langues totalitaires : George Orwell bien sûr, mais aussi Dolf Sternberger et Victor Klemperer pour le nazisme, ainsi qu’Aleksander Wat pour le communisme. Cet ouvrage me passionne d’autant plus qu’il entre en résonance avec certaines de mes préoccupations, que j’ai tenté d’exprimer, de façon beaucoup trop superficielle et sommaire, il y a quelque temps (mais je ne retrouve plus le billet).
Si vous créchez à Toulouse ou dans ses environs, vous ne devez manquer ce spectacle sous aucun prétexte – et aucun mot d'excuses ne sera toléré. Il s'agit de Ludovic Boivin, le fils de l'Irremplaçable Épouse, qui se produira dans son spectacle-one man show au cabaret Le citron bleu. C'est drôle, surprenant, acide... et même parfois un peu de gauche (on ne choisit pas sa belle-famille).