samedi 11 février 2012

Pierre Dumayet mis en abyme

Il y a quelques jours, Arte redonnait une émission datant du début des années 2000 et consacrée à Pierre Dumayet – ou, plus exactement, à d'anciennes émissions de Dumayet commentées par lui à trois décennies de distance. Amusante mise en abyme, puisqu'on y voyait le vieil homme assis devant un téléviseur, à l'intérieur duquel apparaissait le jeune lui-même interrogeant tel ou tel écrivain. Le comble de ce jeu était atteint avec Marguerite Duras, laquelle avait demandé, dans les années quatre-vingts ou quatre-vingt-dix à revoir une émission des années soixante où c'était elle qui se trouvait sous le feu des questions. Si bien que l'on pouvait voir alors le Dumayet de 2000 contemplant sur son écran Marguerite Duras et le Dumayet de 1980 (mettons), eux-même se regardant et s'écoutant sur un autre écran et un quart de siècle plus tôt : on se serait cru sur un couvercle de boîte de Vache qui rit.

L'un des extraits de Lecture pour tous proposés avait pour invité François Mauriac, qui y expliquait ce qu'il voulait dire par l'expression : écrivain habitable. Il s'agissait dans son esprit de ces auteurs à qui l'on revient régulièrement, y entrant par n'importe quelle ouverture, lisant vingt ou cent pages, avant de ressortir cavalièrement par la porte-fenêtre du jardin. Comme exemple d'écrivain habitable, Mauriac citait Balzac – et je me sentais en plein accord avec lui –, mais aussi Dostoïevski. Et je me disais que je pourrais sans doute pas habiter Dostoïevski comme j'habite Balzac et, au moins autant, Proust. D'abord relire un roman du Russe n'est pas une envie qui me vient très souvent et elle est rarement impérieuse. Ensuite, quand il m'arrive de passer à l'acte, je sonne poliment à la porte, vérifie mon nœud de cravate, prends les patins, fais attention à ma cendre de cigarette, etc. : je n'habite pas, je visite.  Chez Balzac, en revanche, il m'arrive d'ouvrir le frigo pour voir s'il ne resterait pas un peu de rillettes – ou une vieille madeleine rassise dans le buffet Marcel.

Pour exemple d'écrivain a contrario inhabitable, pour lui, François Mauriac donnait Kafka. Et il disait ceci : « J'ai beaucoup aimé les livres de Kafka, mais plutôt crever que de devoir les relire un jour… »

Ce “plutôt crever” dans la bouche  du maître de Malagar m'a ravi durant au moins cinq minutes.

vendredi 10 février 2012

Tremblez, exploiteurs ! Résonnez, musettes !


Maintenant que Le Monde.fr m'a contraint à faire mon coming out en  révélant à ses ouailles stupéfaites mon appartenance au Camp du Bien, je puis enfin mener au grand jour les combats que je livrais auparavant dans l'ombre la plus épaisse et propice. C'est pourquoi je crie bien haut que nous pouvons encore, tous ensemble mes frères et mes sœurs, faire reculer le Grand Capital et museler les valets à sa solde, qui ne seront pas satisfaits tant qu'ils ne nous auront pas pressés jusqu'à la dernière goutte de ce sang impur qui abreuve nos sillons. Pour cela, un seul mot d'ordre :


NE TOUCHEZ PAS AU REPOS DOMINICAL DES TRAVAILLEURS !

DITES NON À L'OUVERTURE DES ÉGLISES LE DIMANCHE !


Putain, ça fait du bien…

Au bout du monde, mais pas trop loin de chez soi


J'avoue, à ma grande et courte honte, n'avoir avant ce matin jamais entendu parler de Sylvain Tesson. Mais je viens de trouver, sur un excellent blog – probablement éphémère –, ce court texte de lui, qui semble extrait d'un livre intitulé Les Forêts de Sibérie :

« Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie. Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. »

La solitude et le silence sont en effet les deux luxes dont commencent toujours par nous priver les dictatures, qu'elles soient communiste, nazie ou modernœuse. Cela étant, si on pouvait se trouver un petit havre un peu moins lointain que la Sibérie, je serais preneur. Ce qui nous ramène à cette réponse faite par je ne sais plus quel chef d'orchestre, à qui on demandait où il aimerait habiter : « Pas trop loin de chez moi… »

jeudi 9 février 2012

Sentence à l'huile


L'obsession des mauvais peintres : réussir croûte que croûte.

mercredi 8 février 2012

Êtes-vous en situation de spécificité ?


Il y a quelque temps – ici même, je crois bien –, je me divertissais de ce que les invalides et les infirmes s'étaient d'abord transformés en handicapés (sans que cela ne les aide d'ailleurs à se mouvoir plus facilement), avant de devenir des personnes en situation de handicap – formule charabiesque qui ne signifiait plus rien. Et je pronostiquais que, dans un proche avenir, ce mot de “handicap” deviendrait lui-même inacceptable. Eh bien, l'avenir est devenu présent, le changement c'est maintenant et toutes ces sortes de choses. Voici ce que je lis, dans mon magazine de télévision, à propos d'un documentaire diffusé ce soir :

« Après une année difficile, Ronnie et Donnie Galyon, deux frères siamois, ont décidé de déménager dans une maison adaptée à leur spécificité. »

La rédaction souhaite beaucoup de bonheur à ces jumeaux spécifiques. Et attend avec impatience le prochain palier linguistique.

Claude Lévi-Strauss était-il, comme tout un chacun, sympathisant nazi ?


« Il n’est nullement coupable de placer une manière de vivre et de penser au-dessus de toutes les autres, et d’éprouver peu d’attirance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-même, s’éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché. Cette incommunicabilité relative n’autorise certes pas à opprimer ou détruire les valeurs qu’on rejette ou leurs représentants, mais, maintenue dans ces limites, elle n’a rien de révoltant. Elle peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources nécessaires à leur renouvellement. » 

Claude Lévi-Strauss (Le Regard éloigné, Paris, Plon, 1983).

Je sens qu'il ne va pas couler beaucoup d'eau sous les ponts – d'autant plus qu'elle est gelée – avant que l'autre guignol carabéen ne nous barbecute les livres du vieux en place publique…

mardi 7 février 2012

L'enseignement de l'oubli et l'industrie de l'hébétude


Communiqué n° 1343, lundi 6 février 2012
Sur les propos de M. Claude Guéant et les réactions qu'ils suscitent

Le parti de l'In-nocence observe avec une fascination stupéfaite la comédie pourtant prévisible des réactions politiques et médiatiques aux propos de M. Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, sur l'inégalité des civilisations — propos d'une telle évidence et d'un si élémentaire bon sens que même les plus indignés de ceux qui y réagissent n'osent pas soutenir leur contraire, tant ce contraire serait absurde ; de sorte que, par un tour supplémentaire de la répression idéologique, M. Guéant n'est pas fustigé pour ce qu'il a dit mais pour ce que, disant, il aurait pu vouloir dire, insinuer, donner à entendre aux uns ou aux autres.

Le parti de l'In-nocence estime pour sa part, bien entendu, que les civilisations sont aussi inégales que les intelligences, les talents, les aptitudes physiques et les vertus morales ; et que seul un monde sinistre où la morale, l'esthétique et la réflexion politique seraient tenues pour nulles et non advenues pourrait soutenir et forcer à soutenir que les civilisations sont égales alors qu'il n'y a aucune égalité en art, en morale, en discrimination et en in-nocence ; qu'au demeurant un tel monde aux valeurs écrasées est bien celui que la Grande Déculturation, la décivilisation, l'enseignement de l'oubli et l'industrie de l’hébétude nous ont préparé de longue date. 


(Source)

Le choc des civilisations ? Remettez-nous ça, patron !


Claude Guéant a perdu une bonne occasion de se taire. Non parce qu'il aurait dit une bêtise, ou soufflé son haleine fétide aux délicats naseaux de Modernœud, ou nausé-abondé dans le mauvais sens – mais simplement parce qu'il n'est pas, à ma connaissance, payé sur les deniers de l'État pour proférer des évidences. 

Que certaines civilisations soient plus riches, plus fécondes, plus intenses que d'autres – et, donc, en un mot fort vilain, qu'elles soient supérieures à d'autres –, c'est l'évidence même, et ce ne sont pas les piaulements de la basse-cour progressiste qui changeront quoi que ce soit à cet état de fait. Énoncer cela sur un ton pontifiant et ministériel, c'est nier l'existence du ridicule, ça ne mérite pas qu'on s'y arrête une nanoseconde.

Ce qui est amusant, en revanche, ce sont les arguments utilisés pour attacher ce malheureux Guéant à sa roue : en proférant ce truisme, il aurait cherché à draguer les électeurs du front national. Je reconnais que c'est très laid, de chercher à attirer des électeurs en période électorale ; c'est une chose que les socialistes ne s'autoriseront jamais, par exemple. En dehors de cela, je trouve l'argument parfaitement saugrenu. 

On sait à peu près, je crois, quelles franges de la population fournissent ses gros bataillons de votants au parti de Marine Le Pen : plutôt Mimile et sa casquette que M. le marquis dans sa tenue de chasse à courre, pour le dire rapidement. Donc, je m'interroge, je tergiverse, je dubitative : nos petits camarades de la gauche vertueuse aux idées qui sentent bon croient-ils réellement que, le soir, au comptoir de toutes les Comète de France, on tient des meetings passionnés sur les mérites comparés des civilisations grecque et eskimaude ? Qu'on lance des débats de fond à propos des réalisations et des apports de la Chine et du Monomotapa ? Que l'on s'interroge gravement de savoir si le relativisme culturel est naturel à tous les peuples de la Terre ou bien s'il est une originalité de la civilisation dite occidentale ? Et le midi, à la cantine de l'entreprise, on reprend sur le formica des tables de huit la conversation amorcée la veille au zinc ? Ils croient sérieusement ça, nos amis ?

À mon avis, ils gagneraient à fréquenter davantage les bistrots, ça leur éviterait de proférer de telles âneries. Enfin, non, ce n'est même pas sûr.

dimanche 5 février 2012

On rouvre ! Et pourtant c'est dimanche…


« Au fait, j'ai décidé de rouvrir les commentaires.

– Ah ? Et pourquoi ?

– Sais pas trop…

– Ça te manquait, leurs bavardages ?

– Non, pas spécialement…

– Ben alors ?

– Alors, je fais ce que je veux, même quand je ne sais pas pourquoi.

– T'es pas logique, comme gars…

– Non, en effet. Et en plus je t'emmerde. »

samedi 4 février 2012

Le ballon de Port-Saïd a dû être piégé par ces salauds de Juifs


Soyons un peu objectifs tout de même : on ne va pas commencer à traiter les Égyptiens de sauvages, sous prétexte que quelques dizaines d'amateurs de football sont passés de vie à trépas pour cause d'enthousiasme débordant ; on fait aussi bien chez nous, les exemples ne manquent pas. Ce qui est amusant, dans le cas présent, c'est que Modernœud ne peut pas évacuer l'incident comme il le fait d'ordinaire, en disant que les supporters sont tous des gros cons avinés, que le football c'est la guerre continuée par, etc. Simplement parce que, ces supporters-là étant égyptiens, donc arabes, qui plus est révolutionnaires et printaniers, il ne saurait être question de leur imputer la responsabilité de cette flambée de violence imbécile. Il y a forcément des très-méchants quelque part, qui ont poussé ces très-gentils à envahir le terrain et à s'exploser mutuellement la tête, ce n'est pas possible autrement.

« Tu vas voir, ai-je pronostiqué à Catherine lorsque l'information nous est parvenue, tu vas voir que d'ici quarante-huit heures ce sera la faute d'Israël et des États-Unis… »

Elle a trouvé que j'exagérais tout de même un peu, et elle a eu bien tort. Il y a deux jours, un député égyptien, Mustafa Bakri, a, sur Sawt Al-Chaab TV, déclaré ce qui suit :

« Notre pays est entré dans un état d’anarchie. Cette anarchie est causée par l’Amérique, Israël et l’ancien régime. Regardez la nouvelle donne au Moyen-Orient. Ne parlons pas de tous les détails. Ce qui est arrivé à Port-Saïd est une continuation de ce qui s’est passé dans la rue Muhammad Mahmoud, dans la rue Al-Qasr Al-Ayni, en face du gouvernement, en face de Maspero, et dans le match de football contre la Tunisie. Tout est lié. C’est une tentative de mettre ce pays à terre. »

Catherine, j'attends de plates excuses ainsi qu'une reconnaissance publique de mon génie politique…


(Information trouvée ici.)

vendredi 3 février 2012

L'ignoble calomnie du Monde.fr contre votre serviteur


C'est l'Amiral Woland qui, entre deux travelos brésiliens payés sur note de frais, a trouvé le temps de m'avertir de cet inqualifiable scandale : d'après Le Monde.fr, je serais devenu socialiste ! Néanmoins, il semblerait que ces guignols aient tout de même eu un peu de mal à me classer, si j'en juge d'après ma position géographique. En réalité, ce blog paraît représenter, à leurs yeux purulents de progressisme, une sorte de pont entre la gauche et l'extrême droite. Regardez la carte ci-dessus : vous voyez le petit point rose, situé au nord-ouest du territoire bleu tout en longueur, et que l'on dirait relié par de multiples câbles idéologiques à la péninsule brune, à gauche, et à l'espèce de Sibérie rose, à droite ? Eh bien, c'est moi, comme vous pourrez le vérifier ici

Je songe sérieusement à porter plainte pour calomnie.

Bête comme un chanteur de variétés


Axel Bauer est un pousseur de rengaines qui eut sa minute trente de gloire, quelque part dans les années quatre-vingts, grâce à une chanson intitulée Cargo de nuit. Comme il n'est pas la moitié d'un imbécile, il vient d'écrire son autobiographie, afin probablement d'édifier les foules. Revenant sur le “clip” tourné par Jean-Baptiste Mondino à partir de son raffiot nocturne, notre artiste écrit ceci :

« J'avais moi-même un look très proche de celui de l'acteur Brad Davis dans Querelle, le film culte du célèbre réalisateur homo Jean Genet. » 

On suppose que c'est par modestie, pour ne pas étaler outrageusement sa culture, que M. Bauer omet de préciser que Jean Genet adaptait, dans son film culte, le fameux roman de Rainer Werner Fassbinder, dont le titre complet était d'ailleurs Querelle de Toulon – la querelle de Toulon se distinguant de celle de Lyon en ce que le brochet y est remplacé par de la truite saumonée. 

À ceux qui s'étonneraient que personne, chez l'éditeur, ne se soit avisé de cette splendide bourde, je signale que l'éditeur en question est Michel Lafon.

Dans le même genre, je me souviens d'être allé voir J'irai cracher sur vos tombes, en 1972, au cinéma de Châteaudun. Sans doute pour affriander le chaland intellectuel, le patron du cinéma en question avait rajouté sur l'affiche trônant dans le hall de son établissement un petit placard écrit à la main, qui précisait : « D'après le célèbre roman de Jean-Paul Sarthe. »

La culture est éternelle.

mercredi 1 février 2012

Humour juif contre humour juif : faut que ça saigne


D'après François Jouffa (qui le dit ici), la blague préférée des Ashkénazes :

C'est l'histoire d'un Séfarade qui rencontre un autre Arabe…

lundi 30 janvier 2012

La malédiction de Laon


Ce blog dort à moitié, mais le journal de décembre est tout de même à l'heure…

dimanche 29 janvier 2012

Beau comme le quantique


En 1947, Kurt Gödel, le grand mathématicien d'origine autrichienne, déjà mondialement connu pour ses théorèmes d'incomplétude, dut passer le traditionnel examen en vue de sa naturalisation américaine. Ses deux témoins étant Oskar Morgenstern et surtout Albert Einstein, l'épreuve s'annonçait comme une simple formalité. Néanmoins, assez bilieux de nature, Gödel voulut s'y préparer le plus sérieusement et minutieusement possible. À cette fin, il se plongea dans l'étude de la constitution américaine. Ce fut pour y découvrir une faille logique qui permettait, en toute légalité, de faire basculer la démocratie vers un régime tout à fait dictatorial. Mis au courant de sa découverte, Morgenstern et Einstein supplièrent Gödel de n'en surtout pas faire état devant le juge…

Un hasard malheureux voulut que le magistrat en question commençât par interroger le postulant sur le régime politique de son pays d'origine. Gödel répondit qu'après avoir été une démocratie, il s'était transformé en une dictature. « Ce n'est pas ici qu'une telle chose pourrait arriver ! », s'exclame alors le juge. Et, bien entendu, Gödel lui répond aussitôt que si, c'est très possible, et qu'il se propose de le lui démontrer séance tenante.

Le juge, qui connaissait par ailleurs Albert Einstein – et peut-être sur un signe discret de celui-ci –, préféra sagement remettre la démonstration à une date ultérieure et coupa court à l'entretien en accordant la nationalité américaine à Kurt Gödel.

samedi 28 janvier 2012

Didier Goux, le sabre et le goupillon

Jardins du château de Versailles – Communion solennelle, mai 1969

vendredi 27 janvier 2012

Nos socialistes n'ont rien inventé


Louis XIV le disait déjà à cette pauvre marquise de Montespan :

Le changement, c'est Maintenon !

jeudi 26 janvier 2012

Isabelle aura les yeux bleus – Lahr, début 1965


Comment ce charmant petit garçon a-t-il pu devenir un écrivain en bâtiment dépassant le quintal ?

mercredi 25 janvier 2012

On rouvre, mais c'est juste pour dire qu'on ferme…


À peine fermé déjà rouvert, mais c'est juste pour expliquer que c'est fermé. En raison de la manière un tantinet aberrante qu'a Blogger de s'exprimer en français, un certain nombre de lecteurs ont cru que, pour pouvoir entrer ici, il fallait désormais appartenir à une élite dont ils auraient été exclus par décision taulière. Il n'en est rien. Ce blog est bel et bien fermé, et il l'est à tout le monde (sauf à moi, mais je ne gâtoche pas encore au point de passer mes journées à me relire). Voilà déjà quelques jours que je ressens le besoin d'une vraie cure de désintoxication, me rendant bien compte que je ne pourrais supporter sans dommages psychiques pas forcément réversibles les océans de connerie militante induits par la proximité de je ne sais quelle élection à prétentions nationales. Et il m'a paru que le meilleur moyen de me garder des blogs des autres était encore de fermer le mien. Fermeture définitive ? Temporaire longue ? Temporaire courte ? Ne le sais. Il en va ici comme de toute tentative d'affranchissement d'une drogue nocive : on ne maîtrise pas tous les paramètres, et une grande humblesse reste donc de rigueur. Il y a un moment, l'Irremplaçable suggérait qu'en cas de rechute je pourrais toujours limiter la casse on supprimant ma blogroll – ça, c'est déjà fait – et en fermant les commentaires. L'idée n'est pas mauvaise en soi, même si on risque de penser que je copie sur Georges. Enfin, on verra bien. Pour l'heure, place au silence, voire au blogautisme.

(Si jamais mes raisons de déserter venaient à me sembler insuffisantes, je me garde celle-ci en réserve…)

lundi 23 janvier 2012

État des blogs durant la première moitié du XVIIe siècle


« La lecture des mazarinades, ces opuscules, libelles, placards orduriers, complaintes irrévérencieuses, dont la folle explosion marque cette période – on en a dénombré plus de 5 000 –, ajoute à la confusion. Christian Jouhaud l'a fort bien montré, ce ne sont pas des textes d'opinion, mais de propagande, des textes “d'action” remplissant une fonction tactique, collant à l'actualité convulsive, s'insérant dans la mise en scène à la fois baroque et festive du combat politique. La loi du genre est l'imprécation, l'invective ou la calomnie. Dans certains de ces textes, la haine de Mazarin – et accessoirement celle de la reine, à laquelle s'accrochent les fantasmes les plus débridés – s'enfle jusqu'au délire. Mais cette violence n'est que défoulement : il devient « inutile de tuer Mazarin puisqu'on l'assassine journellement sur le papier ». Si ces brûlots éphémères offrent peu d'intérêt pour l'histoire des idées politiques, du moins témoignent-ils de l'extraordinaire libération de la parole et de l'écrit en ce bref moment. Chaque faction eut ses officines d'imprimerie, ses colporteurs, ses écrivains à gages ou “engagés” (Scarron, Cyrano, Chapelain, Sarazin). »

Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Librairie Perrin, p. 48.

J'avais d'abord pensé me fendre d'un petit commentaire, à la suite de cet extrait ; et puis à quoi bon ? Chacun aura compris seul de qui et de quoi il s'agit. On ne fait pas tomber Mazarin en vociférant sur le Pont Neuf.

mercredi 18 janvier 2012

Le deuil de Périclès et la tristesse d'Anaxagore


Hier soir, au cours de mon zapping-dodo…

Oui, alors, commençons par préciser certaines choses. Un zapping-dodo, ce n'est pas n'importe quoi. Bien sûr, le premier crétin aura compris qu'il s'agit, télécommande en main, de passer d'une chaîne à l'autre avant d'éteindre le téléviseur et d'aller se coucher. Mais ce n'est pas pour autant un simple balayage pré-dormition – il y a des règles. Notamment, le zapping-dodiste est requis de s'arrêter sur certaines chaînes, qui devront être prises au hasard parmi celles qu'il ne regarde jamais, qui sont a priori le plus éloigné possible de son petit univers mental habituel ; et il devra y rester plusieurs minutes – au minimum cinq – sans chercher à s'en évader. Un bon zapping-dodiste est ainsi capable, entre minuit et demie et une une heure, d'écouter sans l'interrompre un clampin lui délivrer le bulletin météorologique du lendemain pour le nord de l'Amérique latine, ou de compatir longuement aux difficultés pratiques que rencontre dans sa vie quotidienne un jeune Texan de 285 kilos. Cela posé, revenons à notre sujet.

Hier soir, au cours de mon zapping-dodo, je suis tombé sur une émission – j'ai oublié de noter le nom de la chaîne diffuseuse – consacré à l'historienne Mona Ozouf. On y parlait de sa jeunesse, de son métier de professeur, des livres qu'elle a pu écrire, seule ou avec son mari ou avec François Furet et d'autres – des choses comme cela. C'était intéressant.

Et, soudain, parce que son nom venait d'être prononcé, mais tout à fait en passant – Par Pierre Nora je crois bien –, j'ai senti fondre sur moi une profonde tristesse de la mort de Jacqueline de Romilly. Cela n'avait rien à voir avec un deuil personnel, bien entendu ; c'était tout de même quelque chose qui ressemblait à du chagrin, et intense ; le sentiment inopiné mais très dense d'une perte irréparable, de l'évanouissement dans le néant d'un esprit magnifiquement structuré et d'une richesse difficilement comparable. J'avais beau me dire qu'il restait ses nombreux livres sur la Grèce, que je n'en avais lu que deux ou trois, que je pouvais y puiser encore, rien n'y faisait. Parce que ce n'était pas tant des connaissances de Mme de Romilly que je portais le poids, à ce moment-là, mais plutôt de la manière unique, charnelle, dont elles étaient contenues et agencées entre elles, vivifiées dans ce cerveau-là, qui avait cessé d'être. Pendant plusieurs minutes cette mort m'a réellement scandalisé, et je ne ressentais rien d'absurde à cela. Même après que je fus me réfugier sur la chaîne météo, j'ai continué un assez long moment de porter ce deuil qui n'en était pas un. Et les vents de sept à huit beauforts qui soufflaient à cette heure de la soirée au large de Terre-Neuve ont eu beaucoup de mal à disperser les voiles de crêpe dont j'avais involontairement recouvert l'Athènes de Périclès et d'Anaxagore.

mardi 17 janvier 2012

Connaissez-vous Tibor Déry ? Moi non plus…

D'abord, il ne s'appelle pas réellement Tibor Déry, mais Déry Tibor, puisqu'il est hongrois. C'est un écrivain. Mort. Il y a déjà plusieurs mois, poussé par l'enthousiasme de Dame Crevette, j'avais acheté de lui un court roman intitulé Niki. Depuis, ce mince volume attendait sur ma desserte livresque mon bon vouloir, lequel ne se manifestait guère, je ne sais pourquoi.

J'ai lu Niki cet après-midi, en deux heures. Une histoire simple et tragique, d'un fox-terrier femelle recueilli par un couple quinquagénaire dont le fils unique est mort sur le front russe. L'animal surgit un soir, chez eux, en 1948, et meurt prématurément en 1955. Entre ces deux dates, et en 140 petites pages, on aura vu le stalinisme s'étendre, le monde devenir opaque et absurde, rendu aussi inintelligible aux humains qu'il l'est d'ordinaire aux chiens. On ne sait pas exactement de quoi finit par mourir Niki, on ne saura pas davantage pourquoi l'ingénieur Ancsa, son maître, est arrêté, on ignorera également pourquoi il est finalement libéré, le même jour où l'animal s'en va crever sous l'armoire. Peut-être parce que sa “mission” est terminée, qui consistait à donner sans calcul son amour et son appétit de vie à Mme Ancsa, demeurée seule après l'arrestation et la disparition de son mari, et dont tout le monde se détourne prudemment, à l'exception de Jegyes-Molnar, géant placide, aussi peu bavard qu'un chien et qui a la particularité de savoir faire bouger ses oreilles…

Tibor Déry avait lui-même une chienne qui s'appelait Niki. Il apprendra sa mort en 1958, alors qu'il se trouvait en prison depuis les événements de 1956.

samedi 14 janvier 2012

Le vieux réac aggrave son cas et met en danger son triple A

La réception du Grand Condé à Versailles, par Gérôme.

Le numéro daté de janvier-février de la Nouvelle Revue d'Histoire propose un dossier intitulé “Les intellectuels et la gauche dans la collaboration” : on sent tout de suite les remugles nauséabonds et sulfurisés à donf dont mes nazis naseaux palpitent déjà. Le drame de cette revue – mais elle n'est pas la seule à provoquer ce type de dommages collatéraux – est qu'elle donne furieusement envie, à chaque livraison nouvelle, de commander quelques-uns des livres qui y sont évoqués. Parfois je m'astreins à résister, à seule fin de préserver la paix financière de mon ménage et de conserver mon AAA aux yeux toujours soupçonneux de l'Irremplaçable – mais pas cette fois-ci (ni la fois précédente, du reste). Trois commandes, donc :

Maurras. La Destinée et l'œuvre, de Pierre Boutang

Histoire de la Collaboration, de Dominique Venner

Condé, le héros fourvoyé, de Simone Bertière

Le dernier de ces trois livres n'est là, le lecteur sagace l'aura déjà deviné, que pour tenter piteusement de faire croire que mes préoccupations historiques ne seraient pas exclusivement gestapistes – ce qui bien entendu ne trompera personne.  Bref, tout cela va encore me coûter un bras (tendu à l'oblique, comme il se doit) – et encore ai-je résisté à la biographie de Christine de Pizan, qui ne demandait elle aussi qu'à être achetée. D'ailleurs, maintenant que j'y pense sérieusement…

vendredi 13 janvier 2012

Foi et philosophies : guide pour un discernement chrétien (titre repoussoir…)

André Léonard est archevêque de Malines-Bruxelles, ce qui est loin d'être le cas de tout le monde. Comme il est aussi théologien et agrégé de philosophie, il écrit des livres, lesquels gagneraient à être lus. Je recommande notamment celui qui s'occupe d'apologétique et a pour titre Les Raisons de croire ; la dernière partie, notamment, qui traite pour l'essentiel du péché originel, est absolument éblouissante : si vous ne voyez pas le rapport entre la chute d'Adam hors du paradis et le big bang des astrophysiciens, c'est une lecture pour vous. 

On enchaînera – à moins qu'on ne choisisse de le lire avant – avec un autre livre de ce monseigneur-là, Foi et philosophies, explicitement sous-titré Guide pour un discernement chrétien. L'auteur s'y propose de dégager les grands thèmes de la philosophie moderne et contemporaine, et d'examiner leur incidence sur la manière dont la foi se comprend elle-même. La confrontation entre la réflexion philosophique et la foi chrétienne consiste alors, essentiellement, à montrer quel genre de théologie est induit par un style déterminé de pensée philosophique. Voici un extrait de ce dernier ouvrage :

« La version contemporaine de la gnose la plus largement répandue aujourd'hui est l'idéologie, c'est-à-dire une doctrine dont la visée est sociale ou politique, mais s'adosse à une large vision du monde présentée comme étant garantie par la science et méritant, en raison de son infaillibilité quasi magique, une adhésion absolue de nature presque religieuse. C'est ainsi que beaucoup de doctrines qui nous promettent de “changer la vie” s'appuient sur des idéologies tapageuses qui sont autant de pseudo-sciences : l'idéologie communiste, l'idéologie psychanalytique (le freudisme vulgaire), l'idéologie structuraliste, etc. Le gnosticisme chrétien contemporain consistera donc à abandonner le magistère authentique de l'Église comme critère de la vérité chrétienne pour chercher le lieu d'interprétation de celle-ci dans l'une ou l'autre de ces idéologies. C'est le cas de tous les chrétiens qui pratiquent ce que M.-J. Le Guillou appelle “l'hétéro-interprétation” de la foi chrétienne, c'est-à-dire qui interprètent la Révélation non plus selon la règle ecclésiale de la foi chrétienne elle-même, mais selon les exigences d'une mentalité culturelle étrangère au christianisme orthodoxe : c'est ainsi, par exemple, qu'ils interpréteront l'Évangile “à la lumière” d'un marxisme, d'un nietzschéanisme ou d'un freudisme de poche. Au lieu de baptiser ou de transsubstantier à l'intérieur de la foi chrétienne la part de vérité que contiennent ces idéologies ou même, dans le meilleur des cas, ces philosophies, ils dissolvent plutôt la vérité de l'Église, dans un système intellectuel imperméable au mystère du Père se révélant en Jésus-Christ. Le nom de Jésus “venu dans la chair” (1 Jn 4,2) n'est plus alors qu'un prétexte à une vision du monde qui se passerait tout aussi bien de lui. Le conflit entre la foi chrétienne et la culture humaine est de la sorte résolu, mais c'est par la résorption du christianisme authentique dans un système éthique, psychologique, philosophique ou politique où, sans être répudié explicitement, il est cependant aliéné. »

André Léonard, Foi et philosophies, éditions Lessius, p. 20.


(Et maintenant je les attends, les 130 commentaires, je les attends…)

jeudi 12 janvier 2012

Moi aussi je peux parler du quotient familial, si on insiste

C'est curieux cette impression que l'on a, lisant les blogs de gauche, et surtout depuis deux ou trois jours, en raison de cette affaire hautement excitante pour l'esprit et à forte teneur spirituelle, je veux parler du quotient familial : celle que, pour eux,  tout l'argent qui circule dans ce pays va directement dans le gigantesque pot de l'État, à qui il appartient de droit, et que, ensuite, seulement ensuite, celui-ci décide dans sa grande bonté qui aura droit d'en avoir un peu, beaucoup, un peu plus que le voisin, un peu moins, etc. C'est très divertissant à observer, comme pathologie.

Sinon, il y a un argument que je n'ai encore lu nulle part, qui milite pourtant de manière incontestable, me semble-t-il, pour le maintien de ce fameux quotient – et c'est précisément celui que les camarades étatistes et redistributeurs utilisent en faveur de sa suppression : les mesures préconisées par François Hollande vont désavantager les familles aisées ayant de nombreux enfants et profiter aux familles pauvres ayant également de nombreux enfants. 

Or, qui obtient généralement une progéniture intelligente, bien élevée, lavée sous les bras, réussissant dans ses études, menant des carrières qui seraient lucratives pour elle si on abrogeait le socialisme, et donc susceptible de payer vos sacro-saintes retraites ? Les riches. Et qui infeste la société de petits drogués braillards, stupides, violents, RMIstes par vocation, détrousseurs de vieilles dames par nature, dès le départ aigris par l'état de semi-clodo qui sera de toute façon le leur ? Les pauvres. Lesquels, parfois, ne parlent même pas la langue et sont d'un blanc douteux, je le note au passage. 

Donc, non seulement il ne saurait être question de toucher au quotient familial tel qu'il est, mais il conviendrait au contraire d'accentuer encore le favoritisme qu'il engendre. Et, dans ce même élan de réalisme que je préconise, on pourrait commencer à songer à la suppression pure et simple des allocations familiales, ce qui agirait très certainement comme une sorte d'hystérectomie mentale sur ces empafées de smicardes qui se font faire à la chaîne des enfants en louchant – un œil sur la lézarde du plafond, l'autre sur le compteur de la pompe à phynances.

dimanche 8 janvier 2012

L'air d'un poussin cherchant son omelette


D'abord on se dit : « Tiens, ça serait peut-être bien de faire un nouveau billet… » 
Et aussitôt on se répond :  « Pour quoi dire ? Et à qui ? »
Alors on écoute le silence pendant un moment assez long, puis on fait une nouvelle tentative : « Bon, on pourrait au moins gratter un peu de journal, non ? »
La réponse arrive tout aussi vite, mais sur un ton légèrement impatient : « Pourquoi ? T'as quelque chose à raconter ? Tu te sens en veine de brillance ? »
On s'avoue que non, en effet, par particulièrement. D'un autre côté, poussé par cet automatisme qu'ont en commun les presque vieillards et les débiles mentaux, puisque on est venu jusqu'à cet écran et ce clavier, on suggère timidement que, peut-être, tout de même…
La voix qu'on ose à peine qualifier d'intérieure se fait sarcasmeuse ; elle crache, comme un brin de tabac qu'on expulse de l'entre-dents : « Eh bien, vas-y, alors ! dégoupille ! »
On tire sur le petit anneau de la grenade, mais c'est l'index qui se détache de la main – et rien ne se passe, en tout cas de l'ordre de l'explosion.
« J'ai l'impression que l'opus major est remis à une date ultérieure ! », rocaille la voix qui, à présent, s'échappe obliquement par les naseaux tels deux jets de fumée tiède.
On sait bien ce qu'elle grille d'envie de dire, on attend le retour de flamme. Mais elle est trop sûre de son coup pour donner dans le panneau aussi vite : ce ne sont pas les cartouches qui lui manquent, elle nous tient à la gorge.
Finalement elle choisit un angle de tir imprévu : « Allez, redresse-toi, vois les choses du bon côté ! Voilà presque quarante-huit heures que tu résistes, tu as fait le plus dur. Crois-en ma vieille expérience : dans six petits mois on en rira ensemble… »
Et l'ordinateur se met en veille, lui aussi, sans que que l'on ait touché à rien.

samedi 7 janvier 2012

Une fois de plus, y a que les assistés sociaux qui s'en sortent la tête haute…


D'après François de-quand-il-était-gros Hollande, quand on gagne plus de quatre mille euros par mois, on est un salaud de nabab qui se shoote à la sueur populaire sans en foutre une rame soi-même.

Désormais, d'après Jean-François Copé, si on recrute des gens à moins de cinq mille euros mensuels, on ne ramasse que des minables, des va-de-la-gueule, des bons-à-nib.

Je sens que retrouver une certaine estime de soi ne va pas être facile.

jeudi 5 janvier 2012

Mon chien Stupide (pardon, Balbec…)


J'ai acheté ce roman de John Fante uniquement pour le plaisir que m'avait donné son titre. Le recevant, je me suis aperçu qu'il ne correspondait en rien à l'original, qui est West of Rome. Mais je persiste à trouver Mon chien Stupide bien meilleur. Et puis, ce gros cador japonais qui continue de dormir dehors lorsqu'il pleut à boire debout me rappelle un peu Balbec. Sans parler du narrateur, un écrivain raté de 55 ans assez porté sur le chablis… En voici un petit extrait, just for fun :

« Dans la cour, j'ai entendu le claquement mat d'un ballon de basket. C'était Jamie qui défoulait sa colère en lançant le ballon dans l'anneau fixé au mur du garage. Il était mon meilleur gosse. Il ne fumait pas de came, ne buvait pas de gnôle, ne couchait pas avec des Noires, il ne voulait pas devenir acteur. Un père pouvait-il demander davantage ? Ce fils avait quelque chose de sain et de rafraîchissant. »

John Fante, Mon chien Stupide, 10/18, p. 38.

Et puis, tiens, comme il serait idiot de ne pas laisser entrer en scène la bestiole éponyme, en voici un second, d'extrait, situé deux pages plus loin, lorsque le père et le fils accompagnent le chien jusqu'à la plage dans l'espoir de l'y perdre. Juste avant ce passage, il vient de se friter avec les deux boxers d'une voisine, et a vainement tenté de sodomiser le mâle :

« Nous nous sommes penchés au-dessus de Stupide qui léchait ses pattes et se nettoyait après la bagarre. Une poignée de fourrure manquait sous son poitrail, mais il n'était pas blessé. Je lui ai asséné une tape admirative sur le ventre.
« Ce gaillard sait se battre, j'ai dit.
– Tu crois qu'il aurait fait le poids contre Rocco ?
– Je n'irais pas jusque-là, j'ai dit. Mais il a mis deux boxers en déroute. Il promet.
– C'est un pédé, Papa.
– César aussi était pédé. Et Michel-Ange.
– Dommage qu'on ne puisse pas le garder.
– Ta mère en ferait une jaunisse. »

Il y a encore bien d'autres passages d'une belle cocasserie, mais je ne vais pas tout vous recopier non plus. Lisez-le.

mercredi 4 janvier 2012

D'après mon expérience récente…


Les jeunes Japonaises sont toutes petites, toutes menues, mais elles mangent comme trois déménageurs européens – surtout au petit-déjeuner. Et, souvent, elles s'appellent Chihiro.

lundi 2 janvier 2012

Le mois où j'ai manqué devenir fou…


C'était en novembre, et c'est raconté dans le journal correspondant.

dimanche 1 janvier 2012

Les réveillons les plus courts sont les meilleurs – mais faudrait pas que ça devienne une habitude


Menu de réveillon : boudin blanc (mais de Rethel) et pommes boulangères.

Boisson de réveillon : flotte municipale, délicatement chambrée.

Durée du réveillon : neuf minutes, sans compter le débarras de la table.

Suite du réveillon : Fixation oculaire prolongée sur l'écran de télévision.

Aspect positif du réveillon : Aucune gueule de bois à déplorer cette année.


On va quand même avoir du mal à faire mieux en 2012…

samedi 31 décembre 2011

Didier Goux, le blogueur qui pose les vraies bonnes questions

Elle est bonne et elle est vraie parce qu'au fond il n'en est pas d'autre qui vaille : doit-on se contraindre à publier un billet le 31 décembre, au prétexte que ce sera le dernier de l'année ? On notera en préambule que, en cas d'abstention – d'abstinence ? –, on disposerait tout de même d'un dernier billet de l'année, celui de la veille ; ce qui est réconfortant. Néanmoins ? 

Bien sûr, ne pas publier de billet un 31 décembre serait une manière, un peu puérile certes, de se démarquer du vulgaire. Mais quel blogueur sérieux a vraiment envie de se démarquer de qui que ce soit, alors qu'il vient de parcourir la longue prairie des 364 jours écoulés en troupeau aveugle ? Ce serait un coup à rater le gué. Donc, billet ; mais pour y dire quoi ?

On peut toujours faire le bilan, certains ne s'en privent jamais. C'est-à-dire étaler sa satisfaction d'avoir eu des visiteurs (le mot “lecteur” m'a paru tout de même un peu hasardé), et les recenser avec méticulosité. Il est également loisible au blogueur de délivrer au bon peuple ses souhaits pour l'année qui menace ; ou au contraire de dresser, mais sur le mode léger et humoristique qui caractérise l'espèce, la liste des frustrations, manquements, désillusions et ratages qui ont été son lot durant celle qui agonise dans le frigo, à côté des huîtres pas encore ouvertes. Il y a encore la possibilité de se muer en vieux sage et de dérouler une série de conseils, de préceptes, de règles d'or aux lecteurs haletants. C'est ce que fait le camarade CSP ce matin, dans un langage de psycho-pubeux tout à fait réjouissant venant d'un vieux routard de l'insurrection prolétarienne comme lui (“Ayez des expériences de vie qui vont structurer votre personnalité”…). Pour ceux qu'aucune de ces options ne satisferait, il restera la solution d'en appeler – avec accents pathétiques obligatoires – à virer bientôt le vilain nain de l'Élysée, ce qui fait toujours bien dans le tableau.

Enfin, il est envisageable de publier son ultime billet sans chute véritable, ce qui est une manière d'accorder une petite dernière chance à 2011.


Par la porte entrouverte
Je revoyais mes souvenirs…

vendredi 30 décembre 2011

Hugo Chavez, guignol conspirationniste

On lit parfois (mais c'est tout de même assez rare, reconnaissons-le) des articles fort amusants, sur Atlantico.fr. Comme par exemple celui-ci, dont voici les deux premiers paragraphes :

Hugo Chavez est ce qu’il est convenu d’appeler amicalement (et il a beaucoup d’amis) un personnage haut en couleurs. Il est socialiste, révolutionnaire, bolivarien, anti-impérialiste, antisioniste, antilibéral. Des convictions (que dis-je ? des qualités !) qui lui valent en France une cote d’amour tout à fait appréciable. Besancenot l’admire, Mélenchon l’aime, le PCF l’idolâtre, les écologistes l’adorent et les vieux gauchistes non encartés se pâment devant ses envolées tribuniciennes. Hugo Chavez parle effectivement beaucoup. (…) Et on ne saurait compter le nombre de fois où il a perdu l’occasion de se taire.

Cette fois-ci il a fait très fort. En apprenant que Cristina Kirchner, la présidente argentine, était atteinte d’un cancer (il en a eu un, lui aussi), il s’est demandé, benoîtement, si la CIA n’avait pas découvert une machine à donner le cancer aux leaders de gauche sud-américains. Comme Hugo Chavez est un homme circonspect, il s’est bien gardé d’accuser, comme ça, bêtement, les États-Unis. Il a simplement dit ne pas exclure cette possibilité.

(…)

On pourrait également se demander si cette même CIA n'aurait pas inoculé le virus de l'amnésie (préparation de synthèse, effectuée dans des laboratoires souterrains du Nevada profond) à nos salonnards gauchistes, afin de les faire adorer à deux genoux un ancien militaire putschiste comme l'Amérique Latine en produit à la tonne depuis un siècle et demi.

mercredi 28 décembre 2011

De la nature profondément démoniaque du communisme

J'en suis arrivé à penser de manière très sérieuse, et profondément, que le communisme était d'essence démoniaque. Au sens propre. Il n'est pas besoin, ce me semble, de croire à l'existence réelle du diable pour être capable de débusquer le démoniaque où il se love. On dit couramment que l'enfer serait pavé de bonnes intentions : même si, d'après Chesterton, saint Thomas d'Aquin a montré que ce n'était pas vrai, il n'en demeure pas moins que ces pavés-là sont ceux que l'on nous exhibe le plus volontiers dès qu'il s'agit de faire miroiter à nos yeux les séductions de la doctrine. Le communisme se donne pour but la libération de l'homme, il vise le bonheur partagé, l'arrêt de toute exploitation, la fin de cette lutte des classes qu'il a inventée pour les besoins de sa propre cause, le paradis sur terre. Bref : le royaume du communisme se proclame de ce monde et pour bientôt. Mais, dès que l'on fait mine de céder tant soit peu au chant de ses sirènes, arrivent immanquablement et tout de suite la misère et l'asservissement, emprisonnements arbitraires et tueries de masses, “le bâillon pour la bouche et pour la main le clou” . Toujours cependant au nom d'une satisfaction terrestre en perpétuelle advenance.

Satan, le père du mensonge, ne procède pas autrement lorsqu'il tente le Christ au désert. Sauf que, tout de même, avenir radieux pour avenir radieux, tous les royaumes du monde semblent plus attirants que la dictature du prolétariat, comme perspective téléologique. Mais enfin, le procédé est le même et le principe identique : faire chatoyer les couleurs des chaînes que l'on va vous refermer sur les poignets et les chevilles. On nous rabâche ad gerbeam, en général pour l'opposer au nazisme, que le communisme a de belles et bonnes intentions et que, à ce titre, on doit le préserver, voire le “réinventer” comme dirait l'autre zouave. Je proteste : le communisme n'as jamais eu de bonnes intentions ; il affiche de bonnes intentions, nuance. Et c'est bien la moindre des choses. Après tout, Méphistophélès a choisi de promettre au docteur Faust la jeunesse et la beauté plutôt que l'arthrose et un psoriasis virulent. 

Le communisme et les entreprises sataniques ont aussi en commun de pratiquer l'inversion systématique des valeurs, le mal devenant le bien par un simple décret de ses idéologues, ou plus exactement, le mal étant présenté comme nécessaire et obligatoire pour parvenir au bien, et du coup en prenant l'apparence et les couleurs. Dans les deux cas, les possédés deviennent  brusquement inaccessibles à la raison et fabriquent, en eux et autour d'eux, du malheur et de la peine, au nom du bonheur illusoire que le démon a fait miroiter devant leurs yeux.

La question qui reste en suspens est celle de l'existence, ou non, d'un exorcisme efficace.

Yahia, mon général ! ou : les Phocéens font mumuzz


Ils en ont de la chance, nos amis marseillais (merci à qui de droit…), de trouver de semblables merveilles dans leurs boîtes aux lettres ; ce n'est pas au Plessis qu'on aurait droit à des joyaux de cette eau, tu peux courir ! En tout cas, grâce au señor Yahia – Oui-Oui, en français de souche –, on a désormais la preuve que ce sont les gauchistes qui ont raison : on peut bien être à la fois contre Israël et contre la judéophobie. Ça vous la coupe, ça, hein, les réacs putrides ?

Quoique, à la réflexion, je me demande si le creux verbiage qui entoure les mots “sionisme” et “Israël” ne serait pas une simple garniture ; un peu comme la feuille de salade sous l'entrecôte, celle que personne ne mange jamais mais qui donne du pimpant à l'assiette.