Voilà.
vendredi 27 novembre 2009
Abonné absent (momentanément)
Voilà.
jeudi 26 novembre 2009
Y en a deux ou trois que j'ai mis à la poubelle, direct...
Tonton aurait dû fermer sa gueule, évidemment. Mais Tonton, vois-tu, adore se friter avec telle ou telle, avec celle-ci (qu'il aime bien) ou celle-là (qu'il aime moins). Tonton, le lendemain, regrette (pas toujours...). Bref : tonton tient à l'estime de sa nièce, et se fout des autres, tu comprends ?
Bien, maintenant. J'emmerde absolument Nicolas qui semble parfaitement incapable de comprendre que ces histoires ne le concernent absolument pas. On en a parlé dix fois : huit par mail, deux en vrai, on ne se comprend pas. Lui pense qu'il est le vrai patron du poulailler, moi je crois que tout cela ne le regarde en rien. Et ni lui ni moi, de ce point de vue, ne sommes capables de faire un pas l'un vers l'autre.
Là dessus. On peut rigoler encore un peu. Tenez : mes ennemis, de gauche, donc forcément dans le camp du Bien-avec-un-B-majuscule, trouvent très amusant de me qualifier d'ALCOOLIQUE. Or, si j'ai bien compris, l'alcoolisme est une maladie – une vraie maladie, un truc dont les gens de gauche ne devraient pas se moquer, quoi.
Or, quand c'est moi (gros réac de merde, and so on), on a le droit de se moquer. Même, c'est recommandé. Didier Goux, on lui pardonne ce qu'il dit PUISQU'IL est alcoolique. Au fond, ce gros con, il ne sait absolument pas ce qu'il dit, n'est-ce pas ? De toute façon, il ne dessaoule à peu près jamais, hein ?
Pas grave, il est amusant, le gros. On le garde pour ça, du reste : il est notre connard de référence, l'abruti de droite dont on a besoin pour se croire intelligent. D'ailleurs, tiens : chez lui, on lui fait des tas de coucous avec "smiley" en prime. Mais, entre nous, n'est-ce pas, on dit ce qu'on en pense vraiment, comme ça, en commentaire, chez Pierre, Paul ou Jacques, en pensant qu'il ne le verra pas.
Ben si, il l'a vu, bande de cons.
Moi, je fais tout comme Trublyonne
mardi 24 novembre 2009
Mais qu'il est con, ce Didier Goux ! mais qu'il est gras !
Céleste Vigier marchait au milieu des autres, sous l’une des banderoles déployées dans tout le travers de la rue Myrha. Elle scandait machinalement les mêmes slogans que tout le monde, d’une même voix mécanique, qui se voulait joyeuse et déterminée :
« Des papiers pour tous ! Nicolas, pourquoi tu tousses ? »
Ou bien :
« Les Français, les Africains : nous sommes tous des êtres humains ! Ni plus ! Ni moins ! »
Ou encore :
« Ni racisme, ni douleur ! nos enfants n’ont pas d’couleur ! »
Céleste marchait avec les autres, mais seules ses jambes et ses cordes vocales participaient à la manifestation de soutien aux douze familles maliennes clandestines, barricadées en l’église Saint-Polycarpe depuis plus de deux semaines maintenant.
Lorsque le cortège s’était arrêté devant ce haut-lieu de l’innocence martyrisée, le père Garçon, curé de la paroisse, était sorti pour prononcer quelques mots, et son allocution, trémulant de générosité, avait été fort applaudie, y compris par les athées pratiquants dont Céleste Vigier faisait partie :
« Il est temps de dire la vérité au monde, l’éclatante vérité : Dieu est daltonien ! il ne voit pas vos couleurs, mais seulement le cœur qui bat dans vos poitrines ! Et même ceux d’entre vous qui se détournent de Sa Face restent ses enfants chéris ! [Là, tout de même, mouvements divers parmi les laïcards du DAP.] Dieu est Un, l’humanité est Une et le monde est sien, partout et tout le temps, sans condition ! Certes, il y eut le Peuple Élu dont parle la Bible. Mais c’était il y a longtemps ! Et qui dit “élu”, dit “élection”, n’est-il pas vrai ? Or, dans une élection, chaque voix compte, et la vôtre autant que n’importe quelle autre, mes frères ! Gageons que, depuis les lointaines époques bibliques, Dieu, dans Son Infinie Sagesse, a su découvrir les vertus rédemptrices du Suffrage Universel et qu’il parle désormais, avec Ses anges et Ses saints, de l’Humanité Élue ! Et cette humanité, aujourd’hui, celle qui tremble au sein de notre église, il lui faut des papiers ! À vous, mes frères, de les lui procurer, par la force rassemblée de votre compassion citoyenne ! »
Mais Céleste Vigier n’avait pas plus la tête aux harangues qu’aux slogans ; son esprit dérivait vers des récifs menaçants et encore indiscernables. Car, depuis quelques heures, par le hasard d’une boîte en carton découverte sur le dessus d’une armoire, elle savait être la mère d’un homme qui, au cours des cinq dernières années, avait violé et massacré trois adolescentes. Dont le salut, s’il pouvait encore être gagné, ne dépendait plus que d’elle seule.
lundi 23 novembre 2009
Ma valise est prête ! Je l'attends, la fin du monde, je l'attends...
J'aime beaucoup les folles, et même de plus en plus. Je ne parle évidemment pas des gay-prideuses en tutu rose, qui, elles, sont d'un conformisme dans la liesse bruyante à faire périr n'importe qui d'ennui, mais des authentiques folles – la “féminine du fou”, si l'on veut. On en découvre quelques-unes dans la vraie vie, mais assez peu, le plus souvent du fait que leur folie, leur idée fixe, leur mono-manie, etc. n'apparaît qu'au bout d'un certain temps. Et que, du temps, on en manque, vous ne savez pas encore à quel point.Dans le blogomonde, en revanche, la folie se voit tout de suite, dans la mesure où elle se donne à voir – et même à admirer –, et que, au fond, c'est même la fonction première des blogs que de lui servir d'écrin.
Par exemple, Dame Hypos est folle – je le dis en toute sérénité d'âme. Elle est vive, intelligente, sympathique, charmante, drôle – mais elle est folle. Ce n'est d'ailleurs pas une folie-repoussoir que la sienne : je suis certain que vivre avec Dame Hypos – à condition de distancier à donf' – doit se révéler très amusant pour un homme suffisamment amoureux, même si un peu fatiguant par moment.
Sa folie, à elle, c'est la catastrophe à venir, le cataclysme imminent, le tsunami de proximité – le monstre sur le seuil, comme dirait Lovecraft. Encore une fois, je ne jette aucune pierre (j'ai peu de goût pour la lapidation, malgré les modes qui s'en viennent) : je suppose que les deux ou trois chevaux de bataille (oh ! et puis, soyons modestes et disons : baudets d'escarmouche) que j'enfourche régulièrement ici même doivent aux yeux de certains me ranger dans la même catégorie des fous catastrophistes, des médaillés d'or à l'idée fixe (et deux fois médaille d'argent aux idées asymétriques). Mais, évidemment, ce type de démence est toujours plus facile à voir chez le voisin, et partant plus amusant à observer.
La catastrophe du jour, pour en revenir à cette chère Hypos, celle qui va nous transformer l'intelligence en cervelle de canut, c'est le SICEM, le syndrome d'intolérance aux champs électromagnétiques. D'après son ami, le professeur Belpomme (si, si, je vous jure, allez-y voir...), si on n'alerte pas le monde entier demain, si possible avant la récré de dix heures, on va tous crever dans d'atroces souffrances.
Il y a cinq jours, notre vie était entre les mains multiples d'un sommet de Copenhague concernant, si j'ai bien compris, ce fameux réchauffement climatique qu'il est de bon ton de tenir pour avéré – et évidemment destructeur, sinon c'est pas drôle. “Sommet de la dernière chance ! ”, clamait alors la dame. Mais, comme le dit sommet ne doit avoir lieu qu'en décembre, je me demande si le sournois SICEM ne nous aura pas butés avant.
Il y a du prophète Philippulus chez Dame Hypos ; un syndrome vêture-en-drap-de-lit-et-gong-tibétain assez prononcé. Je ne la connaissais pas encore à l'époque, mais je l'imagine très bien, tout au long de 1999, essayant d'alerté les foules planétaires à propos du bug de l'an 2000, qui fit les ravages que l'on sait. Et, aujourd'hui, elle ne doit pas non plus faire la fiérote face à la méchante grippe porcine (ou aviaire, ou ovine, ou horticole : je m'y perds un peu, quant à moi).
Vous voulez que je vous dise, au bout du compte ? Eh bien, je la trouve merveilleusement roborative et euphorisante, moi, Dame Hypos. Parce qu'enfin : après avoir pris connaissance des cataclysmes qu'elle nous promet de façon assurée, certifiée, quasi inévitables sauf si Belpomme prend le pouvoir mondial, qui éprouverait encore le plus petit soupçon d'angoisse en entamant un nouveau paquet de brunes sans filtre tout en débouchant sa huitième canette de col blanc ? Petits bras, l'alcool et les clopes, petits bras !
dimanche 22 novembre 2009
Des p'tits gars qui positivent dans une France qui fume
L'Armée des anges plonge en rase-mottes
Céleste Vigier eut un sourire de satisfaction en mettant le point final à son nouveau “billet” de blog, consacré, comme une fois sur deux, aux violences de plus en plus grandes, de plus en plus inhumaines que notre société post-capitaliste et mondialisée inflige à ses pauvres en général et à ses immigrés en particulier.
Céleste s’ébroua et se leva de sa chaise d’un mouvement brusque, manquant renverser le globe terrestre qui trônait à portée de sa main gauche. Un petit sourire dédaigneux arrondit encore son visage naturellement rouge, à la peau toujours un peu luisante.
Et Céleste Vigier n’était pas peu fière de leur avoir elle-même suggéré le nom qu’ils avaient en effet adopté dans l’enthousiasme : Les Indigestes de la République.
samedi 21 novembre 2009
Sans déconner, j'ai cru à un gag
Quand je suis tombé, dans ma blogroll (oui, il m'arrive de choir dans ma blogroll, même à jeun : ça gêne ?), sur ce titre de billet, j'ai d'abord cru, et très sincèrement, à une petite chose humoristique qui allait me faire sourire durant une minute ou deux ; un second degré gentiment railleur destiné à brocarder nos hallucinations festives.Quand je me suis avisé que le billet en question émanait de mon amie Marie-Laure, j'ai commencé à douter : la raillerie n'est guère son registre d'expression favori, à Dame Hypos. Alors, je suis allé voir, forcément. Et il a bien fallu me rendre à l'évidence : c'est du sérieux.
Qu'on me comprenne : lorsque je dis “c'est du sérieux”, l'affaire reste bien sûr totalement démente et ressortit du cabanon. Je veux juste signifier que les impeccables jeunes gens qui ont pris cette initiative semblent sérieusement persuadés qu'un café peut être citoyen. Et j'attends avec une certaine impatience de voir fleurir des bistrots solidaires, des mastroquets engagés, voire des autogrills antiracistes ou des alter-bowlings. Je pense que je ne devrais pas avoir à attendre trop longtemps.
Non, mais, dites : qu'est-ce qu'on s'amuse, tout de même !
vendredi 20 novembre 2009
Ni dieu ni maître (la révolution tra-la-lère !)
C'est de plus en plus rare, mais parfois, cela se passe encore comme ça : L'Irremplaçable va se coucher, et moi, parce que la nuit est peut-être un peu plus noire que d'ordinaire, je dépucèle une autre canette de mousse, je vais me carrer dans mon fauteuil agonisant – et je ressors les disques de Léo.On pourra toujours me dire ce qu'on voudra, je vous emmerde à un point difficilement imaginable : quand Ferré chante, j'ai 17 ans.
Les yeux des tout petits riboulant de tendresse
J'habite à Orléans-La Source, petite chambre, dans un petit appartement d'un petit immeuble de merde. Ma mère est malheureuse, parce que mon père est à Djibouti : il gagne de quoi faire construire la maison que nous occuperons plus tard. Moi, évidemment, je m'en fous :
Pour tout bagage on a vingt ans
On a l'expérience des parents
On se fout du tiers comme du quart
On prend l'bonheur toujours en r'tard
Je suis anarchiste, vous imaginez l'affaire ? Je ne sais même pas tellement ce que cela veut dire (du reste, personne ne sait exactement ce que cela veut dire : c'est très commode).
Ils ont des chiens parfois compagnons de misère
Et qui lèchent leurs mains de plume et d'amitié
Mais, comme mon père est militaire et que j'ai 17 ans, je suis donc anarchiste. Mon père eût-il été ardent révolutionnaire que je me serais peut-être engagé dans l'armée : on ne tient qu'à un fil, et on ne le voit pas.
La plupart fils de rien ou bien fils de si peu
Je ne sors jamais, je ne suis pas un garçon très festif. Ou bien, je suis très en retard pour mon âge, je ne sais pas. C'est comme ça : les filles ne m'intéressent pas ; ou plutôt, je crois bien, je ne me sens pas très armé pour la lutte. Donc, week-ends entiers dans cette petite chambre, ou dans le salon où ma mère tourne en rond, un chiffon à poussière en main, en attendant le retour de son homme – mon père. Néanmoins, je crois avoir des rêves de chair féminine, alors. Il me semble même pouvoir encore y mettre certain prénom.
Et sous le voile à peine clos
Cette touffe de noir Jésus
Qui ruisselle dans son berceau
Comme un nageur qu'on n'attend plus
Et il n'y a pas que cela, bien sûr. C'est l'âge où l'on se demande pourquoi le monde fonctionne si mal (l'âge des renoncements viendra plus tard, dans longtemps mais très vite).
Madame la Misère
Écoutez le tumulte qui monte des bas-fonds
Comme un dernier convoi
Le papier peint est si laid, personne ne l'a choisi, il était là avant qu'on arrive, la chambre est minuscule, et hideuse, et terriblement à angles droits. Mais :
Les âmes de nos chiens en bouquet réunies
Et leurs paroles dans la nuit
Comme une traine
La voix de Léo, n'est-ce pas. Tout juste un peu d'hiver pour rompre les façons. Et à la fin de ce disque (double album, à l'époque vinyle), Les Anarchistes, et puis Ni dieu ni maître. Le disque absolu, qui renvoie tous vos Bénabar au néant.
Imaginez cela : février 1969, vous venez de prendre un billet au guichet de Bobino. Vous vous asseyez à l'orchestre. Derrière vous, au-dessus, il y a des chevelus excités qui agitent des drapeaux noirs. Devant vous, sur la scène
Sur la scène y a l'silence
Tout habillé de noir
Sur la scène y a une pute
Avec des yeux abstraits
sur la scène, il y a Paul Castanier, le pianiste aveugle, qui vaut un orchestre à lui seul. Et puis, un homme habillé de noir entre et dit :
Je suis arrivé à huit heures et quart
J'ai grillé une sèche en lisant l'courrier
Dans cette loge d'artiste où s'arrête la gloire
Le temps de s'refaire une petite beauté
Regarde-moi bien : j'suis une idole
Et ce soir, pour la trois cent millième fois, jai écouté ça : Léo à Bobino – février 1969.
Y en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart espagnols allez savoir pourquoi
Faut croire qu'en Espagne on ne les comprend pas
Les anarchistes
jeudi 19 novembre 2009
Une vie (billet fendu en son milieu)
Je suis entré dans ce roman à reculons, stupidement persuadé (mais par quoi ? par qui ?) que Maupassant ne valait que par ses nouvelles et n'était pas romancier. Reculons encore alenti par le fait que le hasard d'une soirée télé m'avait fait voir une adaptation – point trop calamiteuse – d'Une vie, il y a un mois ou deux. Donc, durant les cinquante premières pages, ennuyé par l'impossibilité même de se raccrocher à l'intrigue, à l'histoire, la trame (appelez donc ça comme vous voudrez) qui m'était connue.De fait, dans le premier tiers, l'impression dominante a été celle d'une sorte de “délayage poétique”, par rapport aux notations sèches, étincelantes et coupantes des nouvelles. Ensuite, le roman a dérivé – dérivé au sens marin : il a atteint les hauts fonds. Le temps (impossible apparemment à rendre dans le cadre d'une fiction télévisée, et peut-être même au cinéma, mais je ne demande qu'à être détrompé) s'est mis à jouer son rôle, à devenir le personnage principal, et bientôt le seul agissant, les autres se soumettant à lui, devenant des marionnettes lourdes, lourdes du temps passé, et paradoxalement de plus en plus légères dans le vent qui s'accélère et les emporte. Cette maîtrise du temps, si elle n'est pas souveraine comme chez Tolstoï, est pourtant palpable chez Maupassant, on touche du doigt l'accélération des saisons, on hume parfaitement leurs odeurs qui finissent par se brouiller.
Et, soudain, vingt pages avant la résolution, je suis sorti du roman. Précisément à la scène où, devant se séparer du château familial, la pauvre héroïne, la si peu héroïne, monte au grenier pour y découvrir les souvenirs empoussiérés de ceux de sa race qu'elle n'a même pas connus : ses grands-parents. Et le visage de mes arrière-grands-parents m'est alors revenu.
Pas ceux que j'ai connus, étrangement. Ceux-là, mes “arrière” maternels-maternels, Julia et Charles, sont restés bien tranquilles. Non, ce sont les maternels-paternels (comprenez : les parents de mon grand-père maternel) qui ont ressurgi – et notamment lui, que ma mère appelle “grand-père Léon”, et dont je n'ai jamais connu que la moustache noir et blanc, sur le buffet de ma grand-mère Suzanne, au 13 du boulevard Fabert, à Sedan, Ardennes. Quant à sa femme, mon arrière maternelle-paternelle, j'ai non seulement oublié son prénom, mais même son visage, pourtant en vis-à-vis oblique du cadre de Léon sur le buffet, juste derrière la boule de verre enneigée coiffant Notre-Dame de Lourdes, se dérobe obstinément.
Il me reste 20 pages à lire d'Une vie. Ce sera pour ce soir ou demain midi : ce qui doit s'accomplir s'accomplira, et rien ne presse – le temps a déjà fait son œuvre.
mercredi 18 novembre 2009
Halte au chou clandestin ! (Appelons les choses par leur nom.)
On a mangé ça, ce soir : du chou farci végétarien. Forcément végétarien, puisqu'aucune viande de boucherie n'entre plus, je le rappelle, dans la maison qui est la nôtre, et pour des raisons que j'ai déjà dites.La question était donc la suivante : comment farcir un légume sans viande ? L'Irremplaçable s'en est magnifiquement tirée, trouvant une recette de base, changeant tout pour en faire totalement autre chose (un peu comme elle a fait avec moi ces dix-neuf dernières années...) : dès qu'elle a mis la recette sur son blog de frangines je vous fais un lien (ah... voilà, c'est fait...). Mais ce n'était pas mon sujet.
Alors que nous voguions au mitan de l'apéro du soir, voilà donc qu'elle se lève, va inspecter son four sans rien demander à son homme, comme font les vraies femmes, celles qu'on épouse et pas celles qu'on lit sur internet, et annonce :
– Il y a encore beaucoup de jus. Je crois que je vais le remettre un peu à cuire, mais sans papier...
Moi (trop content de pouvoir remplir mon verre, mais faisant semblant d'être fâché) : – On ne dit pas un chou sans papier (d'aluminium), mais un chou clandestin !
On a a rit (comme des crétins) et, pendant que le jus bouillonnait gentiment, on a repris un petit verre. Durant ce temps, nos trois chiens...
Mais c'est un sujet pour le blog annexe, ça, pour la meute. Il reste que, clandestin ou pas, ce chou était hautement consommable, je l'affirme sans peur. Et, en outre, on ne me croira pas, je le sais, mais malgré son absence de papier (aluminium), il n'a fait chier personne et s'est laissé aimablement bouffer. Très chou, quoi.
mardi 17 novembre 2009
Pour rester dans l'ambiance alanguie des cimetières...
Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,
Au fond d'un monument construit en marbre noir,
Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoir
Qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse ;
Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse
Et tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloir,
Empêchera ton coeur de battre et de vouloir,
Et tes pieds de courir leur course aventureuse,
Le tombeau, confident de mon rêve infini
(Car le tombeau toujours comprendra le poète),
Durant ces grandes nuits d'où le somme est banni,
Te dira : " Que vous sert, courtisane imparfaite,
De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts ? "
- Et le ver rongera ta peau comme un remords.
J'irai rebondir sur nos tombes
– Je trouverais ça très bien que tu aies une tombe, me dit-elle, sirotant son café et moi le mien. Comme ça, si tu meurs avant moi – mais je suis bien certaine que je mourrai la première –, je saurai où te trouver si j'ai envie de te parler. Le seul truc qui m'ennuie, c'est que si je reste seule, je refuse de continuer d'habiter ici. Donc, il faudra déménager ta tombe et tout le bazar...
Effectivement, l'objection était de taille : une urne, c'est tout de même plus facile à glisser dans son sac à dos qu'une dalle funéraire avec sa croix en surplomb. Finalement, désirant n'être source d'aucun tracas post mortem, j'ai fini par trouver la solution :
– C'est tout simple : lorsque j'en serai à la chimio de la dernière chance (celle qui rate toujours sa cible, contrairement à la chimio de la première chance), tu te dépêcheras de choisir ta future villégiature, au moins d'en circonscrire la proche région, et on n'aura plus qu'à acheter une concession au cimetière du village de ton choix. Ensuite, dès que mon ombrelle sera repliée, tu vends la maison et tu viens me rejoindre.
– Ah, oui, c'est pas mal, ça... Il faudra penser à prévoir grand, pour ta tombe, parce qu'après ma mort à moi je veux qu'on y mette mes cendres.
– Oh, ça, c'est pas un problème : d'ici que tu me rejoignes, j'aurai eu le temps de maigrir pas mal...
Là-dessus, on a repris un café.
lundi 16 novembre 2009
L'incinération, ce truc exotique ou de fiote post-moderne
Une tombe ! Ma vie contre une tombe, pour paraphraser Richard. Je sais bien que mon titre va énerver l'Irremplaçable, qui s'est mis dans l'idée, à sa mort, de jouer les enturbannées hindoues, mais sans la culture ni le sari qui vont avec : elle a décidé de rôtir, c'est son droit. ça m'énerve, mais si je lui survis, je respecterai son ultime aberration mentale (question d'habitude, après tout...), parce que je ne veux pas d'emmerdes avec son fantôme. Elle veut cramer ? Elle cramera.Moi pas. Je trouve ça barbare, pas en phase avec moi-même. Et inhumain, en plus : vous vous êtes déjà rendu à une crémation moderne ? Non seulement on se fait chier comme des rats morts, non seulement ça dure une éternité sans qu'il ne se passe rien, mais personne ne parle. Dans un cimetière, ça cause. On est triste (et encore, pas toujours, pas tout le monde), mais ça cause. D'abord à voix chuchotantes, et plutôt éloignées de la fosse. Puis, ça gagne, de proche en proche. Une crémation ça sent la mort, un enterrement ça appelle la vie – et très fort, parfois.
D'abord, ça se passe en plein air, on a marché jusqu'au cimetière depuis l'église (car il est impensable de se faire enterrer au cimetière sans être passé par l'église ; comme grimper sur une pute sans les ablutions rituelles : mal élevé. J'y reviendrai), une brise s'est levée ; elle appelle le saucisson futur, la rillette proche, le vin à venir.
Qui dit plein air dit oiseaux, oiseaux gibier, gibier banquet : tout le monde y pense – d'autant qu'on vient de passer midi. Trois tombes plus loin, il n'est pas impossible que des mains masculines s'égarent sur des croupes féminines – ou autres combinaisons, puisqu'il paraît qu'on a changé de siècle récemment.
De plus, il y a matière à rire, ce qui est plus rare en cas de crémation post-occidentale. Je ne parle évidemment pas des vrais bûchers, indiens ou autres, de ces cérémonies plus ou moins artisanales qui, j'en suis certain, doivent elles aussi être sources d'hilarités imprévues : le bois qui refuse de prendre à cause de l'averse inopinée, la veuve vivante qui, gigotant comme une pétasse incroyante, fait dégringoler le tas de bûchettes, etc : je ne suis pas spécialiste.
Au cimetière chrétien, les motifs de marrades sont moins spectaculaires, il faut bien l'admettre. Ça dépasse rarement le stade du cercueil trop large pour le trou que ces feignasses de fossoyeurs (toujours alcooliques et philosophes, les fossoyeurs : rien que pour ça, il me paraît nécessaire qu'ils soient les derniers humains dont on emporte l'image – c'était une incise) ont pratiqué. Mais c'est à la bonne franquette, du rire bien de chez nous, codifié à l'extrême et depuis des putains de centaines d'années.
Et il y a toujours l'esprit fort, le pseudo-scientifique, le Homais de quartier, qui vous explique que, compte tenu de l'humidité du terrain communal, on est vraiment trop con de prendre une concession de vingt ans, vu que, dans six mois, votre mort à regrets éternels, il ressemblera à un pot-au-feu sans bouillon-cube. Et on rit (un peu jaune, comme la glaise sous nos pieds), parce qu'on sait bien que l'esprit fort a déjà réservé son quart de siècle de sépulture, à douze mètres sur la gauche.
Bref, comme je le disais, l'enterrement appelle le repas et la murgée des grands jours. Il a à voir avec Bruegel (Bruegel l'ancien, hein ! Je suis suffisamment réactionnaire pour soupçonner Bruegel le jeune d'avoir été crypto-socialiste), avec Nicolas "et in Arcadia ego" Poussin, et plein d'autres : citez-moi donc un peintre européen magnifiant la crémation ? Bref.
Ce n'est pas tout, mes frères. À partir de là, dans ce billet, on cesse de déconner et on considère la suite comme mon testament spirituel (oui, bon : moi-même je pouffe...). Je veux une tombe, certes. Une table d'hôtes en marbre où les vers viendront fraterniser, un Relais & Châteaux pour larves voraces, un buffet dînatoire où les hyènes fouisseuses pourront ricaner en rond.
Mais je veux une croix. Au-dessus de mon corps gisant, je veux une croix. Ces petites tombes de fiotes qui emplissent nos cimetières depuis une décennie ou deux (ou trois : le temps passe vite désormais), avec leur petit faux marbre en vaguelette insignifiante, vous pouvez vous les carrer, vous les carrarer dans l'oignon : moi, je veux une croix, près de ce qui restera de ma tête. Une pas trop grande, mais une fière d'elle-même. En fer ou en granit de Bretagne : vous ferez au mieux – mais rien de moins.
Je ne crois pas en Dieu, dites-vous ? C'est malheureusement vrai, et alors ? Le Dieu de Bergouze et d'André, il va se froisser de la croix que je réclame, vous croyez ? J'aurais une telle importance à ses yeux qu'il ferait choir le feu du ciel sur ma carcasse et renverserait ma croix immérité ? Allons ! C'est Dieu, merde ! Pas le délégué syndical ! Il s'en fout que je croie ou non, il est un peu au-dessus. Même pas au-dessus, d'ailleurs : s'il existe, je le soupçonne d'être capable de se placer en dessous ; pour nous voir différemment, sous un angle moins avantageux. enfin, je m'égare un peu, on reparlera de Dieu un autre jour, mais en attendant je veux ma croix, j'y ai droit. Parfaitement : j'y ai droit ! J'ai toute une troupe derrière moi qui l'affirme.
Les autres, là : ils ont tous leur croix, pourquoi pas moi ? Grand-mère, grand-père, arrière-machin, arrière-arrière-Trucmuche : chacun sa croix. Je veux la mienne, comme eux. Parce que je ne suis pas plus, et espère au jour de l'incertain jugement n'avoir pas été moins. Je ne force personne, notez bien. Vous pouvez décider, au jour du dernier, d'être immergés dans une baignoire de billes de polystyrène multicolores, avec des patins à roulettes aux pieds et une plume fluo dans le cul : je ne vous en voudrai pas, on pardonne tout, on doit tout pardonner aux malheureux sur le départ.
Seulement, moi, je veux ma tombe. Une vraie, belle, solide, avec la croix qui surplombe. Et n'oubliez pas le gag de la fosse trop étroite pour le cercueil, ce serait dommage.
Didier Goux lance une nouvelle chaîne (ça va cingler !)
L'idée m'en est venue au beau milieu d'une conversation avec l'Irremplaçable, alors que nous dégustions un curry de pois chiches espagnols, il n'y a pas un quart d'heure (billet écrit hier soir et programmé pour ce matin : on ne prend pas de curry au petit-déjeuner...). Catherine me parlait du dernier commentaire que m'avait laissé Suzanne en fin d'après-midi et qu'elle avait trouvé drôle, parfaitement en phase, superbement concis, etc. Et je me disais que si je ne devais conserver que cinq commentateurs sur ce blog, elle en ferait assurément partie. D'où l'idée de la chaîne :Si vous ne deviez conserver que 5 commentateurs sur votre blogs, lesquels choisiriez-vous, et pour quelles raisons ?
J'ai conscience que l'exercice est périlleux, dans la mesure où il risque de brouiller à mort chaque blogueur qui se livrera à l'exercice avec un minimum de deux cent cinquante personnes (ce qui fait deux cent cinquante bières en moins, dirait Nicolas). Pour réduire un peu la voilure, on peut décider (et je décide : c'est ma chaîne, merde...) qu'entrent en ligne de compte uniquement les commentateurs ayant eux-mêmes un blog. Il convient aussi de préciser que le sujet de la chaîne n'est pas : “les blogueurs que je préfère parmi ceux qui commentent chez moi”, mais bien : “ mes commentateurs préférés”. C'est-à-dire qu'il conviendra d'établir son classement en fonction de la seule qualité de leurs commentaires, sans tenir compte, s'il est possible, de celle de leurs blogs personnels. Cela posé, je commence mes “exercices d'admiration”.
1) Suzanne. Puisqu'elle est l'inspiratrice de la chaîne, la “muse du lien”, c'est bien le moins que lui revienne le haut bout de la table. Je crois qu'elle est l'une des très rares personnes avec qui je suis certain de n'avoir jamais besoin de "smiley", quoi que je dise, et sous quelque forme que je m'exprime – y compris les plus nuageuses lorsque l'alcool me poigne. Suzanne est quelqu'un qui sait lire, cela devrait en principe suffire. Lorsque Suzanne me contre, me réfute, j'en éprouve toujours une certaine tristesse ; non pas parce qu'elle est en désaccord avec moi, mais parce que je le suis avec elle, ce qui me paraît toujours imputable à charge et me donne le regret de n'être pas d'un autre avis que celui que j'ai exprimé – et auquel, souvent, je ne tiens pas plus que ça.
2) Nicolas. Parce qu'il est le numéro un, le chef, le guide suprême, le phare dans la nuit, et que je suis une fiote de première bourre, qui file doux devant le pouvoir. Plus sérieusement parce que, comme je crois l'avoir déjà dit ici ou là, nous ne sommes jamais d'accord sur rien sauf sur l'essentiel – et je ne parle pas de la bière, qui n'est pas plus essentielle pour lui que pour moi, on l'aura compris. Et surtout, peut-être, parce que ce garçon qui déteste que je rentre dans le lard de ses amis passe une partie de son temps à venir me traiter de gros con d'ivrogne ici même.
3) Nefisa. Elle commente très peu, mais jamais pour ne rien dire, même quand elle feint de ne dire rien. À l'inverse de Nicolas, elle met une suprême élégance à me traiter de vieux con radoteur et pénible lorsqu'elle juge bon de le faire. Et puis, tout de même, c'est la première fois de ma vie que j'adopte une nièce – et qu'elle m'adopte aussi. Alors, hein, je voudrais vous y voir.
4) Dorham. Parce que c'est un chieur, essentiellement. Un cador, au sens cynégétique du terme, un mâtin de Naples tout miniaturisé, sec comme un sarment de Lagrima Christi, qui ne desserre jamais les crocs quand il pense tenir le mollet (ou l'œuf mollet pour les jours sans viande, car l'homme est de stricte observance). Lorsque ce Ritalalacon vous annonce qu'il cesse de commenter, vous pouvez être assuré d'encore quinze feuillets d'argumentaire serré, vous n'avez plus qu'à lui laisser les clés de la boutique et partir à la campagne : contrairement aux apparences, Dorham est donc un commentateur reposant – ou reposoir, c'est selon.
5) Ygor Yanka. C'est mon Monsieur Plus de référence, celui que je mettrais volontiers au pavillon de Breteuil-Plus. Plus brillant, plus cultivé, plus profond, plus réfléchi, plus mieux écrivant, plus lecteur et même plus québécois que moi. Le seul endroit où je suis certain de lui rendre des points, c'est sur la balance : l'avantage reste maigre.
Je refile l'exercice à ceux qui ont été promus, soit Suzanne, Nicolas, Nefisa, Dorham et Ygor Yanka. Bien fait..
dimanche 15 novembre 2009
Mère, mon beau souci (lecture du dimanche)

Lorsque la Renault Clio rouge conduite par sa mère quitta l’autoroute A10 pour s’engager sur le Périphérique trempé de pluie, et où les voitures, tous phares allumés, s’écoulaient avec une lenteur désespérante, Laurent Papillaud sentit des larmes lui monter brusquement aux paupières.
Il ferma les yeux pour ne plus rien voir. Pour tenter d’annuler toute cette laideur, autour d’eux.
- Je me demande si je ne ferais pas mieux de passer par l’intérieur de Paris, déclara Céleste Vigier, de cette voix nette et calme dont elle ne se départait jamais.
Laurent Papillaud s’abstint de répondre. De toute façon, il était entendu que sa mère ferait exactement ce qu’elle voudrait, malgré toutes les objections qu’il pourrait éventuellement soulever. “Parce que c’était le mieux pour eux” : sa formule de prédilection, à Céleste Vigier, la massue dont elle se servait pour clore toute discussion, notamment lorsque le contradicteur était son fils unique.
Les yeux toujours fermés, la tempe droite appuyée à la vitre latérale, Laurent Papillaud songeait avec une sorte d’incrédulité étonnée que, ce matin, le matin de cette même journée à la terminaison lugubre, sa mère et lui se trouvaient encore dans le Gers, s’éveillant sous un soleil encore pâle mais déjà radieux, dans la petite maison louée pour deux semaines à la sortie nord de Miradoux.
Quelque sept cents kilomètres ensuite, ils se retrouvaient là, englués dans cette marée automobile, perdus parmi ces voitures dont, à cause de la nuit et de la pluie oblique, on ne parvenait même pas distinguer les passagers.
« Peut-être qu’il n’y a plus de passagers... plus personne... », songea Papillaud – et qu’une idée tellement saugrenue puisse se former dans le cerveau d’un garçon aussi raisonnable qu’il l’était ou pensait l’être lui donna envie de descendre sa vitre et de sortir sa tête au dehors, afin de se faire fouetter au visage par l’eau qui tombait obliquement.
Laurent Papillaud avait 30 ans depuis deux mois ; et cette simple constatation lui semblait déjà relever du domaine de l’absurde, du problématique, de l’invérifiable. Il travaillait depuis six ans dans le service de maintenance informatique d’une compagnie d’assurances de taille moyenne. Il n’était ni très bien ni très mal payé. Il n’avait pas d’amis au sein de l’entreprise, mais tous ses collègues étaient corrects avec lui, et ses supérieurs également.
Tous ces faits étaient aisément vérifiables, mais Laurent Papillaud avait toujours un certain mal à se persuader de leur complète réalité.
Céleste Vigier allait avoir 55 ans ce 26 août, “jour de l’abolition des privilèges”, comme elle le faisait observer à son fils chaque année. Elle avait remis en circulation son nom de naissance le jour où Jean-Marc Papillaud, le père de Laurent, les avait quittés, 21 ans plus tôt – et elle l’avait fait avec le plus grand calme, dans une exemplaire maîtrise de soi.
Ensuite, seule avec un enfant de neuf ans, sans métier bien défini mais assurée de survie par la pension obtenue sans grande lutte de son ex-mari, Céleste Vigier avait suivi le cursus habituel des femmes dans sa situation, et dans l’ordre le plus courant : psychanalyse pour commencer, puis dévouement actif à toutes les causes humanitaires passant à portée de son esprit de sacrifice.
Laurent Papillaud ne fit pas la moindre remarque lorsque sa mère quitta le périphérique pour s’engager sur la bretelle d’accès à la porte de Vincennes. Même s’il savait bien qu’ils allaient mettre trois fois plus de temps à rejoindre la rue Doudeauville en traversant Paris plutôt qu’en s’obstinant sur leur voie initiale.
C’était sans importance, de toute façon il n’avait aucune envie de retrouver leur appartement du deuxième étage, dont les trois pièces lui faisaient horreur, presque autant que le quartier environnant, où sa mère avait délibérément choisi de venir habiter, sept ans plus tôt. “Parce que ce sera mieux pour nous, et pour être au cœur de l’action, là où sont les vraies souffrances.” C’était la raison qu’elle avait donnée à son fils.
Bien que l’on soit en août, ils mirent en effet plus d’une heure pour aller de la porte de Vincennes à chez eux. Et encore près d’un quart d’heure pour trouver une place de stationnement, interdite mais à peu près correcte, à cinq bonnes minutes à pied de leur immeuble.
Comme tous les soirs quand le temps le permettait, les trottoirs et même la chaussée étaient envahis par une foule que Céleste Vigier qualifiait avec gourmandise et attendrissement de “bigarrée” et qui, vue par les yeux de son fils, était presque uniformément noire malgré les vêtements de couleurs criardes portés par les femmes.
Chaque fois que son chemin croisait celui d’une mère affublée d’un enfant de moins de sept ans, Céleste Vigier s’arrêtait pour tapoter les cheveux crépus du bambin en s’extasiant sur sa beauté, la luminosité de son sourire, la candeur douce et ancestrale de ses grands yeux sombres.
Toujours en retrait d’elle, silencieux, Laurent observait avec une vague curiosité le regard soit absent soit un peu soupçonneux de la mère, et les dentitions exhibées des hommes assis ou debout aux minuscules terrasses des cafés, qui dévisageaient sa mère avec un dédain narquois.
Pourquoi avait-il toujours cette impression qu’on se moquait d’eux ? Que sa mère, en dépit de tous ses efforts – ou sans doute plutôt à cause d’eux – ne représentait rien d’autre qu’une poire juteuse, ou encore un citron à presser, aux yeux de tous ces étrangers ?
(Laurent Papillaud savait fort bien que la plupart des Africains qui tenaient désormais cette partie du 18ème arrondissement étaient de nationalité française, mais lorsqu’il pensait à eux, c’est tout de même le mot “étranger” qui lui venait à l’esprit. Bien entendu, c’était là un sujet qu’il se gardait bien d’aborder en public. Et si, au bureau par exemple, la conversation accostait certains de ces rivages dangereux – immigration, identité nationale, etc. –, il restait muet et s’appliquait à feindre l’indifférence.)
Dans le quadrilatère allant des stations de métro Château-Rouge à Marcadet-Poissonniers, et, dans le sens est–ouest, des voies de chemins de fer de la gare du Nord au boulevard Barbès, Céleste Vigier se flattait de “connaître tout le monde” ; Laurent Papillaud rétablissait donc une sorte d’équilibre en ne parlant jamais à personne.
Enfin, Céleste Vigier tourna deux fois la clé dans la serrure de la petite porte de bois, et la mère et le fils se retrouvèrent chez eux, avec une impression de calme bien que les cris, les appels, les rires, les éclats continuent de leur parvenir de la rue, et fort distinctement.
Sans même prendre la peine d’ôter ses chaussures, Céleste Vigier traversa la pièce commune et fonça droit sur le petit bureau installé entre les deux fenêtres donnant sur la rue. elle mit l’ordinateur sous tension et s’assit devant.
- Il faut absolument que je sache où en sont les sans-papiers de la rue d’Abidjan, expliqua-telle sans le regarder à son fils qui ne demandait rien. S’ils occupent toujours l’église Saint-Polycarpe, il va sans doute falloir aller leur porter de quoi se nourrir. Et, surtout, leur apporter notre solidarité active : c’est ce qui est le plus précieux pour eux... Cette chaîne humaine...
Papillaud fila se réfugier dans sa chambre et, après s’être entièrement déshabillé, se laissa tomber sur son lit – son petit lit d’adolescent à une place.
Il ferma les yeux et, presque aussitôt, un flot d’images très rapides, comme stroboscopées, affluèrent devant ses paupières closes. Images violentes, énigmatiques, sauvages, qui avaient tendance à l’effrayer.
Mais, en même temps, il sentit sa verge se tendre au bas de son ventre.
Cette érection suffit à mettre brutalement fin aux images. Papillaud plaqua ses deux mains sur son ventre et sentit son visage fin et délicat, s’empouprer d’un coup.
Et si jamais sa mère venait à entrer dans sa chambre sans s’annoncer, comme elle avait gardé l’habitude de le faire ? Et qu’elle le découvrait dans cet état ?
Oh ! bien sûr, elle ne se fâcherait pas ! Elle ne se mettrait pas en colère ! Non, elle prendrait son visage de bonté appliquée pour lui expliquer qu’il n’avait pas à avoir honte, que c’était parfaitement normal, etc. Et ce serait encore pire.
Papillaud se releva brusquement, enfila sa robe de chambre en éponge rose pâle et fila vers la salle de bain, qui séparait sa chambre de celle de sa mère.
Une bonne douche, d’abord très chaude et puis froide, lui ferait le plus grand bien, assurément.
Du “living”, comme Céleste Vigier appelait la pièce commune, si encombrée qu’on pouvait à peine circuler entre les meubles, il entendit le crépitement furieux des doigts de sa mère sur le clavier de son PC.
En effet, comme il pensait, l’eau brûlante apaisa Laurent Papillaud. Et le jet d’eau froide dont il s’aspergea le corps après l’avoir méticuleusement savonné lui donna le coup de fouet qu’il en attendait.
Au moment où il fermait le robinet, sa mère ouvrit la porte de la salle de bain, évidemment sans frapper :
- Mon Lolo, la situation est grave... annonça-t-elle, en fendant la vapeur qui avait envahi la petite pièce carrelée, comme un brise-glace la banquise. Les flics ont pris position devant Saint-Polycarpe, je viens d’avoir Hubert, le président du DAP : il pense qu’ils vont donner l’assaut incessamment. C’est ignoble, il faut une mobilisation citoyenne pour empêcher cette infamie ! On ne plus tolérer le fascisme rampant qui s’empare un à un de tous les leviers de commande, dans ce pays ! Dépêche-toi de t’habiller : nous y allons !
Pendant le prêche de sa mère, Laurent Papillaud avait vu apparaître devant ses yeux le visage de troll et la sihouette de nain de jardin d’Hubert Jocrisse, le président du DAP – l’association “Droit aux papiers”, reconnue d’utilité publique – qui ne perdait jamais une occasion de tripoter sa mère dans les cortèges des manifestations, sous prétexte de vigilance fraternelle et citoyenne.
Il écarta le rideau de plastique et sortit de la douche, sans aucun souci de sa nudité : n’était-il pas toujours un enfant, aux yeux de Céleste Vigier ? N’est-on pas toujours un enfant aux yeux de sa mère ?
- Je ne me sens pas très bien, Maman, soupira-t-il, en s’efforçant de prendre une mine abattue. Je crois que le voyage m’a achevé. Vas-y sans moi, s’il te plaît...
Voyant les sourcils presque invisibles de sa mère se froncer, il s’empressa d’ajouter :
- Mais dis bien à Hubert que je serai là, avec eux, dès demain matin ! Il faut absolument faire barrage à cette montée de l’intolérance et du racisme, qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire !
Il avait débité ça tout d’une traite, sur un ton grave, malgré l’envie de cligner de l’œil qui le taraudait. Sa tirade ne suffit cependant pas à amadouer la gardienne des vigilances qui se dressait face à lui, sa crinière épaisse rejetée vers l’arrière et la mamelle agressive.
- Très bien, comme tu voudras mon Lolo, dit-elle avec cette voix un peu trop douce qu’elle prenait toujours pour signifier à son fils la déception qu’il lui infligeait. Repose-toi, tu as raison. Après tout, il ne s’agit que de quelques malheureux Maliens dépouillés de tout et sans doute affamés : ça ne vaut pas le coup de tomber malade pour ça...
Et, sans donner le temps à son fils de répondre, Céleste Vigier pivota sur ses talons puis, le dos peiné et réprobateur, quitta la salle de bain familiale d’un pas décidé, d’une démarche déjà en lutte.
vendredi 13 novembre 2009
Les minutes, les heures, les siècles de Guy et d'Antonio
Immédiatement, je me retrouve projeté dans les années soixante-dix de ma propre existence, les années trente de la marche du monde, et l'Espagne convulsive de cette période, irradié par quelques noms d'écrivains qui me sont chers (qui me sont chair ?) – et surtout l'un : Antonio Machado. Qui écrit :
Nuestras horas son minutos
Cuando esperamos saber
Y siglos quando sabemos
Lo que se puede aprender
Et les minutes que Maupassant a transformées en heures s'étirent en siècle dans les mains de Machado – mais il y a peu de doute qu'ils se seraient compris. Et moins de doute encore que Guy le Normand et Antonio l'Andalou, l'Espagnol atteignant 18 ans à la mort du Français, auraient eu une parfaite et même conscience du temps, d'un temps : le leur particulier.
Je sais bien, je crois, ce qu'est l'Europe véritable, celle qui n'a pas attendu les décrets, les traités et les célébrations : c'est la leur. Celle que vont probablement tuer les décrets, les traités et les célébrations. Où il n'y aura plus ni Normands ni Andalous. Et dans le temps de laquelle les minutes ne parviendront plus à s'étirer en heures, à s'étaler en siècles.
11 novembre 2010 : journée de l'amour franco-boche
Depuis quelques jours, sur les blogs, je découvre avec une stupéfaction feinte que le 11 novembre est désormais considéré – ou plutôt devra être considéré : il y a de l'injonction menaçante, là-dedans – comme une fête "franco-allemande" (fin des massacres, tout le monde doit se réjouir, ne sommes-nous pas tous frères, gnin-gnin-gnin). La dévirilisation du monde se poursuit, y compris durant les jours fériés, donc. Également sa dépolitisation puisque, si l'on suit Julien Freund, le couple ennemi/ami est l'un des constitutifs du politique, et que celui-ci ne peut durer sans celui-là. Personne, dans la nurserie moderne, ne semble s'aviser que lorsque nous aurons nié l'existence de tous nos ennemis, extérieurs ou intérieurs peu importe, ceux-ci seront toujours là et toujours ennemis. Le seul résultat est que, pour se fabriquer à peu de frais une belle âme, nous leur aurons concédé un avantage considérable, peut-être impossible à rattraper. Et si jamais toutes les nations, toutes les communautés, toutes les races, etc. se laissaient gagner par ce virus émollient, il en résulterait probablement que chaque homme deviendrait l'implacable ennemi de son voisin, l'adversaire de tous les autres. Les guerres sporadiques et localisées pourraient bien alors être remplacées par des tueries latentes et générales, des micro-massacres qui finiraient par n'émouvoir plus personne.Pendant ce temps, mes amies féministes s'indignent de ce que les jouets pour enfants puissent être sexués. Encore deux ou trois décennies et elles ne tolèreront plus que leurs propres enfants le soient – le soient encore un peu, car on saura bien leur en faire passer le goût. Avec celui de la victoire et de ses commémorations.
jeudi 12 novembre 2009
Le saoulomètre du père Mathieu
Et il a inventé, écoutez bien et cramponnez-vous, il a inventé le saoulomètre.
L'instrument n'existe pas, mais les observations de Mathieu sont aussi précises que celles d'un mathématicien.
Vous l'entendez dire sans cesse : « D'puis lundi, j'ai pas passé quarante-cinq. »
Ou bien : « J'étais entre cinquante-deux et cinquante-huit. »
Ou bien : « J'en avais bien soixante-six à soixante-dix. »
Ou bien : « Cré coquin, j'me croyais dans les cinquante, v'là que j'm'aperçois qu'j'étais dans les soixante-quinze ! »
Jamais il ne se trompe.
Il affirme n'avoir pas atteint le mètre, mais comme il avoue que ses observations cessent d'être précises quand il a passé quatre-vingt-dix, on ne peut se fier absolument à son affirmation.
Quand Mathieu reconnaît avoir passé quatre-vingt-dix, soyez tranquille, il est crânement gris.
Dans ces occasions-là, sa femme, Mélie, une autre merveille, se met en des colères folles. Elle l'attend sur sa porte, quand il rentre, et elle hurle : « Te voilà, salaud, cochon, bougre d'ivrogne ! »
Alors Mathieu, qui ne rit plus, se campe en face d'elle, et, d'un ton sévère : « Tais-toi, Mélie, c'est pas le moment de causer. Attends à d'main. »
Si elle continue à vociférer, il s'approche et, la voix tremblante : « Gueule plus ; j'suis dans les quatre-vingt-dix, je n'mesure plus ; j'vas cogner, prends garde ! »
Alors Mélie bat en retraite.
Si elle veut, le lendemain, revenir sur ce sujet, il lui rit au nez et répond : « Allons, allons ! assez causé : c'est passé. Tant qu'j'aurai pas atteint le mètre, y a pas de mal. Mais, si j'passe le mètre, j'te permets de m'corriger, ma parole ! »
Guy de Maupassant, Un Normand, Robert Laffont – Bouquins, p. 485.
mercredi 11 novembre 2009
Peut-on être riche et masochiste : la leçon italienne
J'apprends, sur un blog où j'ai mes entrées (entrées secrètes : je ne m'y risque qu'affublé d'une opulente barbe marxoïde et brandissant à tout va une fausse carte d'adhérent au PCF), j'apprends disais-je qu'une nouvelle et étrange mode sévit désormais chez nos amis italiens. Il serait devenu monnaie presque courante que de jeunes mères “migrantes” (traduisez : qui se sont introduites frauduleusement dans la péninsule) se font aborder par des de-souche, à leur aise mais en défaut de progéniture, qui leur proposent d'acheter tout bonnement leur enfant. L'une se serait vu offrir trente mille euros, une autre cinquante mille : on voit le danger inflationniste.Je vous passe les cris d'indignation convenue, les proclamations de dégoût obligatoire et les grands élans de révolte pavlovienne que suscite cette nouvelle pratique, en effet fort discutable sur les plans éthique et humain. Ce qui m'a stupéfié, moi, c'est que l'on puisse pousser l'inconséquence, la sottise masochiste jusqu'à vouloir se délester de cinquante mille euros en échange d'un enfant. Sachant que, si jamais l'accord se fait, l'adopté en question vous en coûtera environ dix fois autant durant les vingt-cinq prochaines années : c'est vouloir acheter un coup de gourdin derrière la nuque, financer son propre licenciement, sponsoriser son futur cancer.
Quand on dit, sans jamais y penser sérieusement, que certains types ne savent à la lettre plus quoi faire de leur argent, il y a des illustrations concrètes qui font mal, je vous assure. Alors que ces mêmes sommes seraient autrement mieux employées dans des campagnes concrètes de stérilisation ou, à la rigueur, si on tient à rester festifs, à des lâchers de préservatifs par canadairs fluos et agréablement bariolés.
Payer pour récupérer un enfant : mais dans quel monde, ma doulce amie, mais dans quel monde...
Je squatte chez l'Irremplaçable ( et sans papiers encore !)
Elstir fait son numéro de charme (avec peu de succès pour l'instant)
Oui certes, l'Irremplaçable a prévu très grand pour le panier du nouvel arrivant. Même s'il va multiplier son poids par six dans les huit ou dix mois à venir. Du coup, à part quand il s'agit de faire l'avantageux pour la photo, il le dédaigne ostensiblement et préfère prendre ses quartiers dans celui de Bergotte, laquelle elle-même a tendance à planter son bivouac nocturne sur mon fauteuil.Entre ses deux-là, les relations sont normalisées depuis hier : des heures de jeu ensemble, lequel consiste essentiellement, pour Elstir, à faire semblant de mordre Bergotte aux babines ou aux oreilles, et à se prendre des pains dans la tronche en retour, puis à se casser la gueule tout seul à chaque fois qu'il tente de lui sauter sur le dos. Il a l'air de trouver ça divertissant, personne ne songe à l'éclairer sur ce point.
Mais la grande affaire d'Elstir, depuis trois jours qu'il est là, ce sont ses manœuvres de séduction en direction de Swann, lequel continue de se montrer réticent. Dès que le petit bout de viande s'approche de son propre panier, il grogne comme un imbécile, ce qui n'impressionne personne, même pas Elstir.Sinon, lorsqu'ils sont tous les trois dehors, Swann va ostensiblement s'asseoir à l'autre bout du jardin (petit, le jardin...) ; et, si Elstir le rejoint, il détourne la tête et va lentement s'installer un peu plus loin.
Ce qu'il ne sait pas encore, c'est que le temps œuvre contre lui, et que, d'ici une semaine au plus, il aura complètement oublié qu'il fut un temps où Elstir ne faisait pas partie de la maison – il pensera avec sincérité et force que l'Autre a toujours été là et, du coup, n'osera plus lui interdire l'accès à son panier. Le connaissant, je suis bien certain qu'il se poussera pour lui faire une place, et même finira par aller se coucher ailleurs pour la lui laisser toute.
Il n'est pas français pour rien, Swann.
mardi 10 novembre 2009
lundi 9 novembre 2009
Brumes et pluie
J'inaugure un nouveau libellé, je vous prie de le noter. Journée de merde, aujourd'hui – l'âme grise et sale, le temps interminable, malgré la distraction offerte par la première visite d'Elstir chez le vétérinaire.Et je sais pourquoi, précisément. Je ne vous le dirai pas aujourd'hui : dans un an peut-être, et ce n'est même pas sûr.
État piteux, avec manifestations physiques en prime : palpitations, oppression respiratoire par instants, etc. Sensations de vide, certitude d'être une sombre merde, etc.
Seule embellie de la journée, la réponse d'André à mon mail d'avant-hier et la certitude où nous sommes désormais d'aller passer deux jours chez eux, à Strasbourg, fin janvier : ce n'est pas mince.
dimanche 8 novembre 2009
La journée d'hier (et celle d'aujourd'hui, pendant qu'on y est)
Nous sommes donc partis, hier, aux alentours d'onze heures et demie, excités comme des puces et gâteux comme pas un à l'idée d'aller réceptionner le bout de viande. Le ciel était menaçant, et n'a d'ailleurs pas tardé à mettre ses menaces à exécution : on a passé l'essentiel du trajet à être éblouis par le soleil tout en se prenant des tonnes de flotte sur la gueule. Le bon côté des choses est que nous avons eu droit à cinq ou six arcs-en-ciel, dont un superbe, au retour, visible d'une extrémité à l'autre et doublé d'un second, plus ample mais plus pâle.Nous avions rendez-vous à trois heures, j'ai freiné devant le portail à trois heures et trente secondes, ce dont je suis absurdement fier. Nous avons, comme lors de notre première visite il y a un mois, été accueillis par la “mère porteuse” d'Elstir (c'est ainsi que l'Irremplaçable a baptisé la dame qui nous vendait la bête), souriante, assez nettement regardable, des yeux superbes : un peu le même genre de visage que Marie-Georges Profonde, pour ceux qui connaissent. Bref, Elstir était là, ainsi que ses quatre frères et sœurs. Lui qui était le plus petit il y a un mois est devenu le gros pataud que l'on peut voir ici. J'ai l'espoir qu'il acquière une vraie grosse tête de bouvier bernois, contrairement à Balbec qui a toujours gardé une étroite petite tronche de fiote – bref.
Que dire d'autre ? Ah, si, j'allais oublier : comme on était très largement en avance, que c'était sur notre route, et que Catherine me concasse les burettes depuis des semaines sous prétexte qu'elle veut manger des moules-frites, on a fait escale à Honfleur afin de se sustenter de mollusques précités. J'ai testé pour vous les moules au camembert : c'est anecdotique, vous pouvez oublier. On a néanmoins eu la chance, dans cette journée pourrave, d'avoir trois quarts d'heure de vrai soleil, ce qui nous a permis de prendre le café en terrasse et de faire le tour du port “historique” dans des conditions agréables. À part ça, Honfleur a dû être un endroit idyllique il y a cent ou cent cinquante ans, mais, aujourd'hui, c'est devenu une sorte de “beau village” qui se la pète, gangrené par cette engeance sept fois maudite que sont les “artistes peintres”. Mais enfin, les moules étaient bonnes, ce qui est bien le moins.Comme je le disais hier, nous avons donc hérité (“hérité” est une façon de parler, vu qu'il nous a coûté un bras, ce con) d'un chien diarrhéique à l'extrême : je ne donnais pas cher du pantalon de l'Irremplaçable durant le trajet de retour. Un peu déçu je fus puisque Monsieur Biche parvint à imposer silence à ses boyaux. Et, ce matin, dans le jardin s'il vous plaît ! il nous a gratifié d'un colombin irréprochablement moulé.
Swann fait toujours la gueule, ignorant superbement le nouvel arrivant. En revanche, Bergotte et Elstir ont déjà commencé à jouer ensemble. Arrivant au train d'onze heures et demie, Ludovic (photo) est immédiatement devenu aussi gâteux que nous autres ; du coup (?) sur la suggestion de Catherine, on s'est repris un petit apéro – merde, quoi, c'est dimanche, merde, quoi (dans le genre).
À l'heure où nous mettons sous presse, Catherine dort dans le salon, je vous cause, et Ludovic se mitonne une cigarette-qui-fait-rire.
Les chiens, je ne sais pas – je suppose que ça va.
samedi 7 novembre 2009
Monsieur Biche vous salue bien
Que s'est-il passé à l'arrivée ? Comme toujours : tout le monde a reniflé le cul de tout le monde. Ensuite, Swann a boudé. Vraiment boudé : lui qui ne quitte son panier que contraint et forcé est allé ostensiblement se coucher sur la terrasse, dehors. On a bien senti que l'arrivée du nouveau l'amusait moyen – mais vraiment moyen. De son côté, Bergotte était intriguée, intéressée, (un peu) effrayée – elle a fait dix fois le tour de la table basse du salon, en couinant comme une pétasse.
Immédiatement, Catherine et moi avons décidé de mettre en place une cellule de soutien psychologique, à base de câlins-à-pépères, de gratte-gratte entre les papattes, etc. On verra demain matin où on en est.
On vous tiendra au courant, juste après avoir épongé les pipi et les diarrhées. Et je vous raconterai qui, de l'Irremplaçable ou de moi, se sera bêtement levé en premier, et aura pataugé dans la merde du petit con...
vendredi 6 novembre 2009
Faits comme des rats ! (Billet avec transmission de pensée)
On entend souvent dire que, dans les couples, à force de bien (ou trop) se connaître, on en arrive de plus en plus à penser les mêmes choses au même moment. Ainsi, chez nous. Souvent, le matin quand le réveil sonne, je m'éveille et pense : « Tiens, c'est l'heure de se lever et d'affronter les cons... » Eh bien, vous le croirez ou non, mais l'Irremplaçable m'a avoué que, de son côté, quand le réveil sonnait, elle pensait également : « Tiens, c'est l'heure de se lever et d'affronter le Luminaire... »Comment ça : mauvais exemple ? Bon, d'accord, un autre. Détail liminaire pour bien tout comprendre : voilà huit jours qu'il ne se boit plus que de l'eau dans notre maison, y compris entre six et sept heures du soir. Donc, il y a une dizaine de minutes, me vient la pensée suivante : « Puisqu'on va prendre l'apéritif demain soir pour fêter l'arrivée de Monsieur Biche, pourquoi ne pas en prendre un petit dès ce soir ? »
Là-dessus, partant faire quelques emplettes de première nécessité à Pacy (et accessoirement se faire manuéliser par son kiné), Catherine fait irruption dans la Case et me lance tout à trac : « Qu'est-ce que tu dirais de prendre un verre ce soir, puisque de toute façon on va en boire un demain à cause d'Elstir ? » C'est pas de la transmission de pensée, ça ? C'est pas de l'amour, ça, pauvre Martha ? Elle est pas épatante, cette petite femme-là ? Bref, je peux bien l'avouer :
Autant qu'un roi je suis heureux,
L'air est pur, le ciel admirable.
Nous avions un été semblable
Lorsque j'en devins amoureux.
La triste mésaventure du pot de chambre (allégorie)
– Le caviar, c'est délicieux et raffiné. Surtout le beluga, mais le sevruga aussi.- Le filet de turbot en gelée au riesling, ça glisse tout seul tellement c'est frais.
– Le chevreuil sauce grand veneur, c'est l'érection des papilles gustatives assurée, même chez les mous de l'arrière-langue.
– Une jardinière de légumes printaniers frais cueillis, il n'y a quasiment pas de mots.
– Le cantal (interdit de boycott, idiotes !), le parmesan et le munster, ça s'accorde très bien, pour peu qu'on les consomme dans l'ordre adéquat.
– Les profiterolles au chocolat et la charlotte aux fraises... difficile de choisir entre les deux : une petite part de chaque ?
Maintenant, vous prenez tous ces mets d'élection, vous les versez dans un pot de chambre, vous mélangez bien avec une cuiller en bois et, sous le nom de “sommet gastronomique”, vous servez bien tiède : vous ferez vomir un bouc. Ou un jeune marié.
Ce qui revient au même.
jeudi 5 novembre 2009
Didier Goux fait un peu de ménage
Rien n'avait été planifié, vous pouvez m'en croire. Normalement, je devrais être en train de tomber les feuillets, là. (D'ailleurs, je sens que l'Irremplaçable va gueuler : si on n'était pas à l'eau du robinet, elle serait encore capable de me priver d'apéro...) Bref, le hasard a fait qu'hier – ou avant-hier ? –, dans la décidément précieuse blogroll de Nicolas (des liens, bordel !), j'ai découvert une sorte d'asile d'aliénés qui s'appelle Ruminances. Dans la seconde, je suis devenu totalement rumino-dépendant.Entendons-nous bien : je ne suis pas absolument sûr que le gardien de cette étable et ses commentateurs attitrés soient fous. Ce qui est certain en revanche, c'est que si eux ne le sont pas, alors c'est moi qui le suis. L'un de nous croit voir un monde, une France, un être humain, etc., qui n'existent que dans son cerveau malade. Ruminances ou pas, quelqu'un dans cette affaire est affligé d'un encéphale de vache folle. Bref, allez-y voir, vous me direz. Je recommande, pour s'habituer en douceur, la lecture des deux plus récents billets, et surtout sans sauter les commentaires.
Du coup, j'ai décidé de complètement réorganiser ma blogroll, ou plus exactement de transformer l'Unique en une Sainte Trinité. Désormais, vous trouverez, à main gauche et dans l'ordre d'apparition à l'écran :
1) les blogs familiaux,
2) les blogs “asilaires”,
3) les blogs de plein air.
Ne vous précipitez pas, cependant : à l'heure où je publie ce billet, le ménage n'est pas encore tout à fait terminé. Mais nos équipes travaillent d'arrache-blog.
Rajout de vendredi, onze heures et demie : Finalement, j'ai créé une quatrième blogroll, réservées à mes sœurs-z'en-lutte – vaut mieux les parquer à l'écart, celles-là...
mercredi 4 novembre 2009
Ce fracassant silence autour de Lévi-Strauss
Je ne peux pas dire que je sois très surpris. Je ne m'attendais certes pas à ce que la blogosphère consacre autant de temps, d'énergie et de larmes à Claude Lévi-Straus qu'elle n'en accorde à des gens réellement importants comme Alain Bashung ou Michael Jackson lorsqu'ils leur prend de mourir. Mais à ce point-là, c'est grand.Je mets bien entendu de côté cet inénarrable rodomont d'Olivier Bonnet qui, jouant la voix de son maître pour le non moins pérorant Edwy Plenel, a eu tôt fait de nous enrôler le mort encore tiède sous la bannière de l'antisarkozysme militant : lorsque la cuistrerie satisfaite atteint de ces sommets, il n'y a plus qu'à saluer.
On peut toutefois se demander pourquoi un tel silence, cette sorte de gêne-aux-entournures. Qu'est-ce qu'il leur a donc fait, Claude Lévi-Strauss, pour les mettre mal à l'aise au point de provoquer ce large détour par-delà sa fosse et ces regards obstinément rivés à hauteur d'horizon ? Je pense que la raison en est claire. Pour la mettre en évidence, il suffira de reproduire deux citations de l'anthropologue – les voici :
« Je m’insurge contre l’abus de langage par lequel, de plus en plus, on en vient à confondre le racisme et des attitudes normales, légitimes même, en tout cas inévitables. Le racisme est une doctrine qui prétend voir dans les caractères intellectuels et moraux attribués à un ensemble d'individus l'effet nécessaire d'un commun patrimoine génétique. On ne saurait ranger sous la même rubrique, ou imputer automatiquement au même préjugé, l’attitude d’individus ou de groupes que leur fidélité à certaines valeurs rend partiellement ou totalement insensibles à d’autres valeurs. Il n’est nullement coupable de placer une manière de vivre et de la penser au-dessus de toutes les autres et d’éprouver peu d’attirance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-même, s’éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché. Cette incommunicabilité relative peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources nécessaires à leur renouvellement. Si comme je l'ai écrit ailleurs, il existe entre les sociétés humaines un certain optimum de diversité au-delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent non plus descendre sans danger, on doit reconnaître que cette diversité résulte pour une grande part du désir de chaque culture de s’opposer à celles qui l’environnent, de se distinguer d’elles, en un mot d’être soi : elles ne s’ignorent pas, s’empruntent à l’occasion, mais pour ne pas périr, il faut que, sous d’autres rapports, persiste entre elles une certaine imperméabilité. » (Le regard éloigné, 1983.)
« Sans doute nous berçons-nous du rêve que l’égalité et la fraternité régneront un jour entre les hommes sans que soit compromise leur diversité. Mais si l’humanité ne se résigne pas à devenir la consommatrice stérile des seules valeurs qu’elle a su créer dans le passé, capable seulement de donner le jour à des ouvrages bâtards, à des inventions grossières et puériles, elle devra réapprendre que toute création véritable implique une certaine surdité à l’appel d’autres valeurs, pouvant aller jusqu’à leur refus sinon même à leur négation. Car on ne peut, à la fois, se fondre dans la jouissance de l’autre, s’identifier à lui, et se maintenir différent. Pleinement réussie, la communication intégrale avec l’autre condamne, à plus ou moins brève échéance, l’originalité de sa et de ma création. Les grandes époques créatrices furent celles où la communication était devenue suffisante pour que des partenaires éloignés se stimulent, sans être cependant assez fréquente et rapide pour que les obstacles indispensables entre les individus comme entre les groupes s’amenuisent au point que des échanges trop faciles égalisent et confondent leur diversité. » (Race et culture, 1971.)
Nous y voilà, n'est-ce pas ? Mrs Clooney vend plus ou moins la mèche, un peu malgré elle, en tout cas sans intention de nuire : dans ce billet, elle imagine un Lévi-Strauss soulagé de finalement quitter “ce monde qu'il n'aimait plus”. Ce que l'on est invité à comprendre, là, c'est que le monde n'a rien à se reprocher, qu'il reste tel qu'en lui-même, mais que Lévi-Strauss, en revanche... le grand âge qui vous change... l'amertume de la vieillesse... l'amoindrissement des facultés, n'est-ce pas ?
Alors, par simple et élémentaire charité, face à un tel accès de gâtisme le poussant à rejeter absurdement autant de nos indiscutables valeurs, il est bien préférable de faire silence autour du catafalque. Un long, lourd et fracassant silence.
mardi 3 novembre 2009
Didier Goux renonce au nœud coulant. Provisoirement.
Vers midi et demie, ce jour, j'ai hésité quelques secondes entre me passer une corde autour du cou et griffonner hystériquement quelques phrases exutoires. Finalement, j'ai griffonné :– État de fureur indescriptible depuis plus d'une demi-heure, ridiculement disproportionnée à son objet. En fait, il serait sans doute plus juste de parler de rage impuissante. Ce matin, donc, vers dix heures et demie, je m'attèle enfin au nouveau BM. Je décide, comme souvent, de commencer par une amorce de dialogue, entre les deux jeunes héroïnes du premier chapitre (dont l'une finira zigouillée selon un protocole encore inconnu). Premier tiret pour ouvrir celui-ci, trois ou quatre lignes de texte, retour chariot pour donner la parole à l'interlocutrice. Paf ! Le deuxième tiret apparaît avant même que j'ai eu le temps de le taper sur le clavier et tout mon premier paragraphe se décale vers la droite : pré-réglages (on ne dit pas comme ça mais je m'en fous) de mon nouveau logiciel Word.
J'avais déjà été confronté à cette plaie sur l'ancien ordinateur, mais j'avais miraculeusement trouvé le moyen d'annuler le diktat. Naturellement, depuis quatre ou cinq ans, j'ai largement eu le temps d'oublier comment je m'y étais pris alors. Je me souviens juste que c'était très très simple. Vraiment très simple. Je suis donc reparti, à tâtons, dans ce labyrinthique logiciel...
Après y avoir perdu près d'une heure, j'ai piteusement échoué. Résultat : cet état de nerfs dans lequel je me trouve (impression d'être nargué par la machine, défié par l'inerte), un feuillet écrit en tout et pour tout, une matinée perdue. Et, faute de mieux, l'obligation où je me trouve désormais, pour chaque futur dialogue, de taper au lieu du simple “tiret” un lourdingue “alt + majuscule + tiret”, afin de contourner sur la pointe des pieds le maudit pré-réglage, ou paramétrage, ou ce qu'on voudra. Manœuvre que, la force de l'habitude étant ce qu'elle est, je vais évidemment omettre d'effectuer au moins une fois sur trois, ce qui entraînera de nouveaux accès de fureur et une perte de temps considérable au moment de la relecture. La plume d'oie, bon sang, qu'on nous rende la plume d'oie, l'encrier et la perruque poudrée !
Quatre heures de l'après-midi – épilogue bouffon : Le déjeuner n'ayant pas suffi à me calmer, je me suis rapidement rendu compte que je n'arriverais à rien de bon, et je suis descendu à Pacy chercher du pain frais, pour dire de n'avoir pas été totalement inutile aujourd'hui. Revenant, je dis à l'Irremplaçable : « Bon, puisque je n'ai rien de mieux à faire, je retourne au bureau et je me replonge dans cette saloperie de Word... » Arrivé ici même, je commence par créer un nouveau document afin qu'il me serve de terrain d'entraînement. J'ébauche un dialogue bidon, histoire de bosser sur du concret... et tout se passe normalement. Je veux dire : comme je souhaite depuis ce matin que les choses se déroulent, les tirets attendant docilement mon commandement pour apparaître, les paragraphes ne remuant pas une oreille.
J'en ai alors déduit que, ce matin, par hasard, j'avais dû décocher les bonnes cases, abaisser les bons leviers, pousser les boutons idoines, mais que cela ne pouvait pas fonctionner sur le document déjà créé ; qu'il m'aurait suffi, comme je viens de le faire, d'en ouvrir un nouveau afin de, comme on dit, “réinitialiser” le bouzin. J'ai donc, on peut le dire, doublement perdu ma journée : j'espère au moins vous avoir fait rire.
Le pire est que je ne sais toujours pas comment j'ai fait, et que le problème se reposera intact au prochain ordinateur...
dimanche 1 novembre 2009
Le texte que j'aurais aimé écrire...
Quand le stratosphérique s'inféode à l'administratif
La discipline gagne, y compris dans des secteurs où on ne l'attendait pas. Hier, le temps était calme, presque sec (presque sec pour la Normandie : il ne tombait pas des cordes...), le vent terminait ce qu'il avait à faire quelque part plus à l'ouest. Ce matin, pour fêter novembre je suppose, c'est-à-dire l'entrée dans le véritable automne trempé de boue, la moitié des feuilles du cerisier, encore vaillantes dans la soirée, étaient par terre, le tilleul s'acharnant à imiter son voisin mais avec un succès moindre dans la désolation.On sentait comme une ironie goguenarde de la stratosphère, à vouloir à toute force, en soulignant le trait, nous livrer un temps de Toussaint précisément aujourd'hui, et en tenant un compte scrupuleux des particularités régionales : cette pluie fine, serrée, régulière, grise, interminable ne peut être que de Normandie, à la rigueur ligérienne ou de Bretagne. Si par hasard nous avions de la neige à Noël, on pourrait alors se dire que l'administratif a définitivement pris le pas sur le caprice des vents, et remplacer nos baromètres par des calendriers.
samedi 31 octobre 2009
Préambule, incipit, aporie et autres babioles littéraires
Le dernier roman de mon Saint-pierrais préféré commence par un court préambule, que je vous livre sans davantage barguigner :« “Vous avez vécu un an en Alaska ?
– Neuf mois exactement : de septembre 1966 à mai 1967.
– Dites-nous les circonstances de votre départ.
– Je suis en Méditerranée, à Port-Cros. Le soleil se couche sur le fort de l'Estissac. Pont-levis et bougainvillées. Un journal traîne par terre. À la rubrique “Offres d'emploi”, je vois annoncé un poste de lecteur à l'Université d'Alaska. La radio diffuse La Nuit transfigurée de Schönberg, je rédige ma demande à la lueur de la bougie.
– Vous recevez, fin août, à Paris, une réponse affirmative ?
– Oui.”
« Comme si j'avais pris la précaution de me photographier, de laisser de moi une image qui me permettrait de revenir là-haut, je m'aperçois à contre-jour, un mois plus tard, sur le campus. Dans mon chalet, debout, devant la table, je suis penché sur un livre. Tu perdras le sommeil au fur que tu perdras la vue. Je relis la première phrase du Compact de Maurice Roche, au ton prophétique de laquelle je tente d'accorder mon propre incipit : On entendra le craquement de tes pas sur la neige parfaitement sèche. Le printemps me surprendra dans cette même pièce, allongé sur le sofa. Dès trois heures du matin, en mai, la lueur du jour indique que les oiseaux chantent. »
Qualifier la phrase citée d'incipit constitue une sorte d'aporie, puisque précisément, il lui est besoin d'une introduction avant de pouvoir apparaître. Et non seulement d'une introduction mais plus précisément d'un autre incipit – un incipit “premier”, ou un préincipit qui se rapproche dangereusement du précipice –, appartenant à un autre livre, lui-même écrit par un autre auteur. On se dit que, peut-être, le préambule que l'on vient de lire ne “compte” pas, et que les pas sur la neige sèche vont ouvrir la première partie qui s'annonce maintenant. Non, pas davantage. La phrase reste absente. Et l'on s'en console en relisant l'intitulé de cette première partie : La fille perdue dans la sonate.
On rêvasse un moment, avant d'embarquer.
La rédaction a reçu ça...
Nathalie, sœur d'Irremplaçable de son état, nous a fait parvenir La Cigale et la Fourmi, déclinée en deux versions. Un peu facile, mais toujours savoureux...VERSION SUISSE
La fourmi travaille dur tout l'été dans la canicule.
Elle construit sa maison et prépare ses provisions pour l'hiver.
La cigale pense que la fourmi est stupide, elle rit, danse et joue.
Une fois l'hiver venu, la fourmi est au chaud et bien nourrie.
La cigale grelottante de froid n'a ni nourriture ni abri, et meurt de froid.
FIN ?
VERSION FRANCAISE
La fourmi travaille dur tout l'été dans la canicule.
Elle construit sa maison et prépare ses provisions pour l'hiver.
La cigale pense que la fourmi est stupide, elle rit, danse et joue tout l'été.
Une fois l'hiver venu, la fourmi est au chaud et bien nourrie.
La cigale grelottante de froid organise une conférence de presse et demande pourquoi la fourmi a le droit d'être au chaud et bien nourrie tandis que les autres, moins chanceux comme elle, ont froid et faim.
La télévision organise des émissions en direct qui montrent la cigale grelottante de froid et qui passent des extraits vidéo de la fourmi bien au chaud dans sa maison confortable avec une table pleine de provisions.
Les Français sont frappés que, dans un pays si riche, on laisse souffrir cette pauvre cigale tandis que d'autres vivent dans l'abondance.
Les associations contre la pauvreté manifestent devant la maison de la fourmi.
Les journalistes organisent des interviews, demandant pourquoi la fourmi est devenue riche sur le dos de la cigale et interpellent le gouvernement pour augmenter les impôts de la fourmi afin qu'elle paie 'sa juste part'.
La CGT, Le Parti Communiste, la Ligue Communiste Révolutionnaire, les Gay et Lesbian Pride, organisent sit-in et manifestations devant la maison de la fourmi.
Les fonctionnaires décident de faire une grève de solidarité de 59 minutes par jour pour une durée illimitée.
Un philosophe à la mode écrit un livre démontrant les liens de la fourmi avec les tortionnaires d' Auschwitz.
En réponse aux sondages, le gouvernement rédige une loi sur l'égalité économique et une loi (rétroactive à l'été) d'anti-discrimination.
Les impôts de la fourmi sont augmentés et la fourmi reçoit aussi une amende pour ne pas avoir embauché la cigale comme aide.
La maison de la fourmi est préemptée par les autorités car la fourmi n'a pas assez d'argent pour payer son amende et ses impôts.
La fourmi quitte la France pour s'installer en Suisse où elle contribue à la richesse économique.
La télévision fait un reportage sur la cigale maintenant engraissée. Elle est en train de finir les dernières provisions de la fourmi bien que le printemps soit encore loin.
Des rassemblements d'artistes et d'écrivains de gauche, se tiennent régulièrement dans la maison de la fourmi. Le chanteur Renaud compose la chanson 'Fourmi, barre-toi!'...
L'ancienne maison de la fourmi, devenue logement social pour la cigale, se détériore car cette dernière n'a rien fait pour l'entretenir.
Des reproches sont faits au gouvernement pour le manque de moyens.
Une commission d'enquête est mise en place, ce qui coûtera 10 millions d'euros.
La cigale meurt d'une overdose.
Libération et L'Humanité commentent l'échec du gouvernement à redresser sérieusement le problème des inégalités sociales.
La maison est squattée par un gang de cafards immigrés. Les cafards organisent un trafic de marijuana et terrorisent la communauté...
Le gouvernement se félicite de la diversité multiculturelle de la France.
VIVE LA FRANCE ET LES CONS QUI PAYENT DES IMPOTS.
Voilà, voilà...
À la demande générale...
De toute façon, mon correspondant a raison : si on commence à cogner sur tous les crétins, on ne fera bientôt plus que ça du matin au soir. Et inversement.
vendredi 30 octobre 2009
Ambiance de merde (et Didier Goux bien puni)
En un sens, c'est bien fait pour ma tronche. Il y a peu, juste avant les coups de deux heures, je me dirigeais d'un pas viril vers la boulangerie pour y faire l'emplette d'un sandwich thon-crudités, Giorgio Bassani sous le bras, quand l'envie m'a poigné d'un risotto aux champignons et d'un pichet de sauvignon. Je ne suis pas censé, à midi, me livrer à des dépenses aussi somptuaires mais, mesquinement, je me suis dit qu'après le bouquet de roses d'hier, l'Irremplaçable n'oserait pas trop gueuler aux petits pois. J'ai donc parcouru trois mètres cinquante de plus et ai poussé la porte de L'Ambiance d'à côté.Le difficile, dans ce restaurant très mal insonorisé, est de bien choisir sa place, surtout si l'on prétend lire en déjeunant, ce qui se trouvait être mon cas. D'un coup d'œil expert, je remarque que la salle de gauche (l'ancienne salle "fumeurs"...) est relativement désencombrée. Et que les deux filles installées au fond en sont déjà au café. C'est donc très logiquement que je décide de bivouaquer dans leurs parages immédiats. Mal m'en a pris.
D'abord parce que, au moment où je suis ressorti de l'établissement, elles y étaient encore, ces deux malfaisantes. Et surtout, parce que l'une d'elles, non contente d'être laide, la trentaine mais vieille par anticipation, aigre de le savoir, n'a pas arrêté de jacter, d'une voix forte et ferrugineuse, de choses parfaitement inintéressantes, "professionnelles", et dans une langue répugnante (« En fait, à partireu d'là, c'qu'est important, tu vois, c'est l'bouche-à-oreille... »). Au point que j'avais le plus grand mal à m'imaginer dans les ruelles de Ferrare et à y suivre M. Bassani.
Vers la fin du repas, j'en suis arrivé à me dire que ce devait être l'esprit malin de l'Irremplaçable qui m'avait envoyé ces deux sorcières sonores pour me punir d'ainsi gaspiller l'argent du ménage : la parano n'était pas loin...
Pourtant, je ne regrette rien. Hier après-midi, fumant une cigarette en bas, je me suis soudain demandé ce que devenait Jean-Pierre Lacoste, pas vu depuis des mois. Ce Lacoste-là est directeur artistique du magazine Onze. Je le connais depuis 25 ans, l'époque où je travaillais (et lui aussi) rue de Berri et où nous allions régulièrement déjeuner ensemble, avec deux ou trois autres journaleux, dont Jean-Michel Larqué (celui-là, je le cite uniquement pour faire baver les footeux âgés...) Et, tout à l'heure, quittant L'Ambiance, qui vois-je entrer dans la boulangerie jouxtative ? Mon Lacoste. On a parlé une dizaine de minutes au milieu de ce que j'hésite à qualifier de "rue", et on s'est séparé très satisfaits l'un de l'autre.
De plus, le risotto était acceptable.
jeudi 29 octobre 2009
Ce soir, j'ai niqué l'Irremplaçable...
Putain, quinze ans... Ce 29 octobre 1994, en la mairie de Beaulieu-sur-Loire – Loiret –, nous nous épousâmes, l'autre folle et moi-même. Il faut croire que nous étions fous tous deux, puisque, mariés, nous le sommes toujours. Et que, à ma connaissance (mais nul n'est à l'abri d'une mauvaise surprise), il ne semble pas être question d'une rupture. Je le revois très bien, ce 29 octobre 1994. D'abord, qui peut se vanter d'avoir ce merveileux chanteur qu'est Kent comme témoin ? Hein ? Eh bien, moi.Et qui peut se flatter d'avoir, le soir même, dîné dans ce merveilleux restaurant, l'un des premiers “ Relais & Châteaux” de l'histoire, à la table voisine d'Alain Delon et de sa gonzesse de l'époque (actuellement Mme Afflelou) ? Moi encore. Je signale, par parenthèse, que la grande brune hollandaise en question, a passé le dîner buvant du Schweppes – ce qui pousserait soit à mitrailler à la kalachnikov cette somptueuse pétasse (sans dec', elle était vraiment somptueuse), soit à rayer de la carte le pays d'où elle vient. – Bref.
On reprend. Ce soir, donc, 29 octobre, c'était mon 15e anniversaire de mariage : le genre de truc donc les mecs n'ont rien à branler, mais qui fait pleurer les filles. Bon, les autres années, en général, je fais celui qui s'en tape. Mais, là, pour une raison qui m'échappe à moi-même, j'ai décidé de marquer le coup. Donc, revenant de Levallois, je me suis arrêté chez le marchand de fleurs de Pacy. Je m'étais renseigné, tout de même – auprès de filles et de garçons. Tous étaient d'accord : des roses rouges, bordel ! Bon, OK, comme vous le sentez.
Donc, je pénètre dans cet antre inconnu pour moi : une boutique de fleuriste. J'ai la trouille, je ne le cache pas. L'impression qu'on va se foutre ouvertement de ma gueule. Je me fais aussi petit qu'on peut l'être quand on fait 1,89 m et 103 kg. Je tombe sur une très jeune fille, assez boutonneuse : on dirait moi à l'adolescence, ça me la rend d'emblée sympathique, forcément. Je comprends bien, d'entrée, que je ne dois rien lui demander, quant aux subtilités du langage des fleurs. Donc, je décide de faire basique : 15 ans de mariage, 15 roses rouges. On peut difficilement faire plus con.
Elle emballe l'affaire (les 15 roses, donc). Dans le même temps, je me fais chier “grave” : on m'attend à la maison pour l'apéro, bordel ! Mais je jouis, tout de même : gros con de mec, jamais je n'ai offert de fleurs à l'Irremplaçable, ni pour cet anniversaire commun, ni même pour le sien propre. Bourrin je suis. Et puis, tout de même, sur le comptoir de ce fleuriste, il ya un petit panier de bonbons, à destination des clients en attente, comme moi. Ces bonbons sont des “Régal'ad”, des machins à l'orange ou au citron, qui collent gravissime aux dents, et que j'adorais quand j'avais... Combien ? 14 ans ? Oui, à peu près. Je bouffais de ces saloperies quand j'allais au cinéma de Châteaudun, vers 1971, rendez-vous compte. – Tout change, sauf les Régal'ad. À cette différence que, dans ma jeunesse, les bonbons à l'orange étaient orange, et ceux au citron jaune fluo : aujourd'hui, ils collent pareil aux dents mais ils sont tous blancs. Néanmoins, pendant que la petite fille m'empaquetait mes roses, je me suis payé un violent retour, parfaitement délicieux.
Là-dessus, la petite boutonneuse pose une question difficile : “Qu'est-ce que je mets comme autocollant ?” Je regarde. J'ai le choix entre “Plaisir d'offrir”, “Bon anniversaire”, etc. J'en avise un autre et ne me retiens pas de lui dire : “J'aimerais bien qu'on mette celui-ci : Sincères condoléances.”
Son visage, déjà béant, bée encore plus, au point que je me sens obligé de préciser rapidement : “C'est un gag”. Elle ne comprend pas le gag, ma chère boutonneuse, mais semble soulagée d'apprendre que rien de tout cela n'est vraiment sérieux.
Quand j'ai raconté cette petite histoire à Catherine, elle a trouvé, comme moi, que le petit papillon “sincères condoléances” aurait été vraiment drôle. Et j'ai compris (le sachant déjà) pourquoi j'avais mieux fait d'épouser Catherine plutôt que la petite boutonneuse marchande de fleurs. – Que je recommande, néanmoins, si vous êtes un jeune crétin de moins de trente ans : elle a l'air toute gentille.
Néanmoins, si on pouvait effacer l'ardoise magique et tout reprendre de zéro, je me demande si je ne réépouserais pas Catherine. Vous dire à quel point les mecs sont cons, et notamment moi...
mardi 27 octobre 2009
Le drame du lecteur crucifié – réaction en chaîne
Il y a une vingtaine de minutes, j'ai achevé la lecture de cette Essence du politique dont je vous rebats les oreilles depuis quelques jours – semaines, même. Mais, bien entendu, selon le phénomène connu, provoqué par tous les livres riches, il ne s'agit là que d'un commencement : la découverte en appelle d'autres, qui se font pressantes, impérieuses, revendicatives presque, alors qu'elles nous laissaient en repos depuis la nuit des temps – je veux dire : de mon temps.Ainsi, l'excellent Hoplite me signale que je devrais bien me plonger dans l'œuvre de Christopher Lasch, sitôt que j'aurai “essoré la pensée de Freund”. Il s'en faut de beaucoup que j'aie essoré cette pensée : déjà bien heureux si j'ai pu en exprimer quelques gouttes. Mais enfin, soit : requérons Mme Amazon afin qu'elle nous expédie à grande vitesse un ou deux livres de ce Lasch-là.
Le problème est que la lecture de Freund m'a déjà poussé, hier, à lui commander le Léviathan de Hobbes et le Prince de Machiavel. Et j'ai dû faire appel à toute ma raison financière pour ne pas y adjoindre quelques volumes de Max Weber, Carl Schmitt, voire Alain et Proudhon ; tous auteurs que j'aurais normalement dû lire, comme toute âme bien née, entre 18 et 25 ans, mais dont ma paresse intellectuelle m'avait alors tenu éloigné. (Quoique, dans le cas d'Alain, il s'agisse moins de paresse que d'un dégoût provoqué par un professeur de philosophie particulièrement léthargique, et donc somnifère...)
Par quoi commencer ? Comment s'y prendre pour reconstituer le puzzle ? Et y a-t-il seulement un puzzle, une figure finalement identifiable ? Un secret qui ne demande qu'à se dévoiler, un paysage à se révéler ? Ou bien rien ? Un méandreux labyrinthe dont mon âge ne me permettra plus de comprendre le dessin, encore moins d'en ressortir indemne ? Que faire ? comme disait Lénine. D'autant que, tout à l'heure, j'ai commis l'imprudence d'entrouvrir Le Monde de Schopenhauer (encore une lecture tardive dont on espère peut-être en vain une quelconque pourriture noble) arrivé il y a deux jours dans la boîte-à-livres fixée au portail.
Mais, ça, l'irruption d'Arthur dans ma vie bien rangée, Julien Freund n'y est absolument pour rien : c'est la faute à Matzneff.
lundi 26 octobre 2009
Y en a un peu plus : je vous le mets quand même ?
Julien Freund, L'Essence du politique, Dalloz, p. 673.
La Liberté, on pourra toujours s'asseoir dessus...
« Aucune collectivité ne saurait demeurer unie ni durer si ses membres n'éprouvent pas la nécessité de participer pour ainsi dire effectivement à l'ensemble social qu'ils constituent. Un pays sans patrimoine commun, qu'il soit d'ordre culturel, ethnique, linguistique ou autre, n'est qu'une création artificielle, incapable de résister aux épreuves de la politique. On a beau ironiser sur le concept de patrie et concevoir l'humanité sur le mode anarchique et abstrait comme composée uniquement d'individus isolés aspirant à leur seule liberté personnelle, il n'empêche que la patrie est une réalité sociale concrète, introduisant l'homogénéité et le sens de la collaboration entre les hommes. Elle est même une des sources essentielles du dynamisme collectif, de la stabilité et de la continuité d'une unité politique dans le temps. Sans elle, il n'y a ni puissance ni grandeur ni gloire, mais non plus de solidarité entre ceux qui vivent sur un même territoire. On ne saurait donc dire avec Voltaire, à l'article Patrie de son Dictionnaire philosophique, que “souhaiter la grandeur de son pays, c'est souhaiter du mal à ses voisins”. En effet, si le patriotisme est un sentiment normal de l'être humain au même titre que la piété familiale, tout homme raisonnable comprend aisément que l'étranger puisse éprouver le même sentiment. Pas plus que l'on ne saurait conclure de la persistance des crimes passionnels à l'inanité de l'amour, on ne saurait prendre prétexte de certains abus du chauvinisme pour dénigrer le patriotisme. Il est même une forme de la justice morale. C'est avec raison qu'Auguste Comte a vu dans la patrie la médiation entre la forme la plus immédiate du groupement, la famille, et la forme la plus universelle de la collectivité, l'humanité. Elle a pour raison le particularisme qui est inhérent au politique. Dans la mesure où la patrie cesse d'être une réalité vivante, la société se délabre, non pas comme le croient les uns au profit de la liberté de l'individu, ni non plus comme le croient d'autres à celui de l'humanité ; une collectivité politique qui n'est plus une patrie pour ses membres cesse d'être défendue pour tomber plus ou moins rapidement sous la dépendance d'une autre unité politique. Là où il n'y a pas de patrie, les mercenaires ou l'étranger deviennent les maîtres. Sans doute devons-nous notre patrie au hasard de la naissance, mais il s'agit d'un hasard qui nous délivre d'autres. »
Julien Freund, L'Essence du politique, Dalloz, p. 661.
dimanche 25 octobre 2009
Une, ça va ; c'est quand elles sont nombreuses que, etc.
Quoi de plus mignon qu'une coccinelle ? La “bête à bon Dieu”, n'est-ce pas... Trois coccinelles qui vagabondent dans le rosier, ça devient franchement craquant – d'autant qu'elles génocident les pucerons à qui mieux mieux. À partir de vingt coccinelles, le bipède a tendance à froncer un peu les sourcils. Et, au-delà de cinquante, il ressort la tapette à mouches du placard et commence le massacre.Depuis deux jours, les murs extérieurs de la maison sont constellés de ces bestioles : rien que dans la gamelle d'eau des cadors, il y en a au moins quinze qui terminent gentiment leur noyade. C'est que ça ne voyage pas en solitaire, la coccinelle asiatique.
« Érigée en symbole de la lutte biologique contre les « ennemis des cultures » tels que les pucerons, la coccinelle asiatique a été importée de Chine dans tout l'hémisphère nord pour cet usage. »
Voilà ce qu'on nous dit dans Wikipedia. En gros, la coccinelle chinoise est venue faire le boulot que les coccinelles françaises, devenues trop faignasses et vaguement obèses sur les bords, ne voulaient plus faire. Rien à dire, donc. Et Wikipedia de poursuivre :
« Après être restée discrète plusieurs décennies, elle s'est rapidement montrée invasive, peut-être même à partir d'individus aptères et réputés ne pas pouvoir passer l'hiver. Par exemple, en vente en Belgique depuis 1997, elle a colonisé la Flandre en quatre ans seulement. C'est un scénario qui s'est souvent répété en Europe et en Amérique du Nord. »
C'est au point que, le puceron se faisant rare, ces coccinelles-issues-de-la-diversité se sont avisées qu'elles avaient l'air bien appétissant, les coccinelles-de-souche – et, incontinent, elles se sont mises à les becqueter. Certaines voix se sont bien élevées pour signaler que c'est nous qui les avions fait venir, ces petites bêtes, et que par conséquent nous leur devions le couvert, fût-il un tantinet cannibalesque. Mais, finalement, l'espèce a tout de même été officiellement déclaré nuisible.
Je me demande d'ailleurs bien pourquoi je vous raconte tout ça, moi.









