vendredi 3 août 2018

Contre l'égalité, principe satanique


Si je croyais à Dieu et à diable, je dirais volontiers que c'est le second qui a instillé dans l'esprit de l'homme ce désir d'égalité qui le ravage, de nos jours plus qu'en aucun siècle. Désir inassouvissable, ce qui signe encore plus son origine diabolique, puisque, chacun s'en rend compte au fond de soi, l'égalité parfaite entre les hommes, entre tous les hommes (surtout si on leur adjoint les femmes…), ne saurait être atteinte. Mais le diable, cette vénéneuse chimère, a bien vu que ce qui importait pour son commerce, c'était qu'ils s'en approchassent suffisamment  pour que l'envie les empoigne de l'embrasser tout à fait ; car c'est seulement alors que le désir pourra produire ses effets les plus dévastateurs, propager ses épidémies les plus meurtrières. Je ne sais d'ailleurs pourquoi je mets le verbe au futur : nous y sommes.

Lorsque les hommes sont inégaux entre eux (on peut aussi être inégal à soi-même, mais c'est une autre question…), radicalement inégaux, la distance qui les sépare est si grande qu'elle leur demeure invisible. De même qu'une fourmi est beaucoup trop petite pour seulement apercevoir l'humain qui vient de l'enjamber. C'est valable aussi pour l'injustice : l'une comme l'autre, l'inégalité et l'injustice, n'apparaissent aux regards que quand elles se réduisent. Et plus elle se font petites, plus elles deviennent insupportables.  Lorsque l'injustice devient microscopique (songeons à l'hystérie de certaines féministes post-modernes, rendues folles de rage par la vacuité de leurs luttes picrocholines), quand l'inégalité se fait infinitésimale, c'est alors qu'elles déclenchent de terribles frustrations, qui se muent en rancœurs, avant de déboucher sur ce que René Girard appellerait des “conflits mimétiques”, c'est-à-dire sur une violence sans frein, ivre d'elle-même, sans plus aucun mobile fixe.

Pour finir, à force de s'amenuiser, les inégalités deviennent purement fantasmagoriques ; elles n'en paraissent que plus énormes et tyranniques, scandaleuses, intolérables, aux yeux des pourfendeurs de géants obnubilés par ces moulins à vent virtuels que le diable – si c'est bien lui – leur projette en 3D. Il me semble que nous abordons ce stade. Bientôt, nous traquerons inégalités et injustices à l'intérieur de nous-mêmes, et ce sera une manière de suicide infiniment neuve et attrayante.

27 commentaires:

  1. Je ne comprends rien à ce billet. Il est vrai que je ne crois pas à l'égalité mais seulement en l'égalité des droits et des devoirs dans une démocratie digne de ce nom.

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  2. Quelles étranges fantasmagories la canicule vous inspire-t-elle là...
    A mon sens, l'égalité absolue n'existe pas dans la réalité, de même que le jour n'existe pas sans la nuit, ni le crime sans la vertu.

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    1. Ah, si : le crime peut parfaitement exister sans la vertu. Je crois.

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  3. Nous aurions apprécié quelques exemples d'actualité pour appuyer cette thèse brillante qui semble tombée du ciel comme l'averse que nous attendons tous.

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    1. Les exemples, il revient aux lecteurs de les trouver : pas de raison que je sois seul à m'escrimer par cette chaleur.

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    2. Eh! oui, cher Fredi. Au moins Maître Goux a-t-il le courage de mettre des noms sur ses ennemis, ce qui n'est pas votre cas quand vous stigmatisez les bestioles qui attaquent vos buis sans même oser les nommer.

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  4. C'est vrai que plus l'enjeu est minime et la différence quasi inexistante plus la lutte est féroce.
    Je recommande à ce sujet d'aller voir ce qu'a écrit René Girard sur la "crise mimétique" dans La violence et le sacré

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  5. Alors comme ça on doit aisément survivre sous le joug des royautés, d’une aristocratie ou d’une autre qui nous soit très éloignée. Par contre vivre en un pays plus juste vous parait abominable.

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    1. Et si "le joug des royautés" n'était pas ce qu'on vous a intimé d'en penser ?
      Je relève pour vous, dans un entretien remarquable de l'économiste David Cayla, cette phrase qui vous donnera peut-être à réfléchir :
      "Les économistes contemporains me font penser aux conquistadors qui dévastèrent des civilisations entières au nom de la quête des Cités d'or."

      http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2018/08/02/31007-20180802ARTFIG00277-nous-devons-a-tout-prix-distinguer-l-ideologie-du-marche-et-l-economie-du-reel.php

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    2. Il n'y a PAS de "bonne solution", si on penche à gauche on verse inévitablement dans le Bioleninisme et on peut même finir avec un Pol Pot, Staline ou Mao.
      N'avez vous pas remarqué que les abrutis qui sont en train de ravager la boutique font tout ça pour le "Bien" et "l'Humanité"?

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  6. Je n’ai lu ce billet. On verra demain (le bistro à côté du bureau fermé ce soir pour 15 jours et il faut que je finisse le fût).

    Vous avez vu ce truc de mémère Diallo ? http://www.lalibre.be/debats/opinions/les-droits-des-musulmanes-font-partie-des-droits-des-femmes-5b61dea855324d3f13b1727d

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  7. Tant qu’à vous troller, il y a un article du Nouvel Obs (pas disponible sur le web mais des photos sont diffusés dans les réseaux sociaux) sur le thème « les hommes après le #metoo » avec une phrase (odieuse ou rigolote : c’est vous qui voyez mais j’ai passé l’heure de la police de la pensée) qui dit que ce nouveau féminisme enrichi le terrorisme et que les femmes devraient y réfléchir avant de mettre en avant leurs revendications.

    L’Obs devient plus reac que vous. Faites gaffe.

    Grosse polémique dans les réseaux sociaux.

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    1. L'obs réac si seulement c'était vrai Plus sérieusement le gauchisme ayant plusieurs formes et ses propres membres ne pouvant avoir le meme avis sur 100% des sujets économiques et sociaux, il est normal que des divergences continue d'avoir lieu au sein de cette famille sans que les méchants de droite y soient pour grand chose Mais il est vrai que le courant égalitariste bien pensant, celui qui veut justement qu'il ne reste plus rien ou presque entre la (forcément bonne) gauche et la (méchante par nature) droite et sa copine extrème, continue son travail de sape

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  8. En cette période avilissante de « pourtoussisme » forcené, de multiplication d'associations parasitaires... et de canicule, cet extrait rafraîchissant de Béatrix :

    « En proclamant l'égalité de tous, on a promulgué la déclaration des droits de l'Envie. Nous jouissons aujourd'hui des saturnales de la Révolution transportées dans le domaine, paisible en apparence, de l'esprit, de l'industrie et de la politique; aussi semble-t-il que les réputations dues au travail, aux services rendus, au talent soient des privilèges accordés aux dépens de la masse.
    (...)
    On se distingue à tout prix par le ridicule, par une affectation d'amour pour la cause polonaise, pour l'avenir des forçats libérés, pour les petits mauvais sujets au-dessus ou au dessous de douze ans, pour toutes les misères sociales. Ces diverses manies créent des dignités postiches, des présidents, des vice-présidents et des secrétaires de société dont le nombre dépasse à Paris celui des questions sociales qu'on cherche à résoudre. On a démoli la grande société pour en faire un millier de petites à l'image de la défunte.

    Ces organisations parasites ne révèlent-elles pas la décomposition ? N'est-ce pas le fourmillement des vers dans le cadavre ? toutes ces sociétés sont filles de la même mère, la Vanité. ce n'est pas ainsi que procède la Charité catholique ou la vraie Bienfaisance, elles étudient les maux sur les plaies en les guérissant, et ne pérorent pas en assemblée sur les principes morbifiques pour le plaisir de pérorer. »

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  9. Ne s'agit-il pas tout simplement de l'éternelle confusion entre "égaux" et "identiques" ?

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  10. Je viens de trouver ceci :
    "De la royauté aux "démocraties" modernes, un continuum antidémocratique"
    Je ne l'ai pas encore lu mais je pensais que cela pourrait en amuser certains.

    http://partage-le.com/2018/08/de-la-royaute-aux-democraties-modernes-un-continuum-antidemocratique-par-nicolas-casaux/

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  11. Et, pour en rajouter une couche, un petit résumé d'un article de V.A., consacré à Michel Geoffroy, énarque, ancien haut-fonctionnaire qui vient de publier un livre intitulé : "La Super-classe mondiale contre les peuples.

    Dans cet article de V.A., il explique que « le vrai pouvoir est désormais dans les mains d’une oligarchie transnationale : la superclasse mondiale… » Et d’expliquer que cette nouvelle oligarchie fonctionne sous la forme de quatre cercles de pouvoir concentriques :
    LE PREMIER CERCLE, où se concentre la richesse, représente le pouvoir économique et financier international dont l’épicentre se situe dans les pays anglo-saxons. C’est lui qui prend, dans les forums et les clubs, les décisions essentielles.
    LE SECOND CERCLE, celui du pouvoir médiatique et culturel, lui est financièrement soumis. Il sert à diffuser l’idéologie de la superclasse mondiale, à sidérer l’opinion, et à promouvoir le personnel politique qui convient à l’oligarchie.
    LE TROISIÈME CERCLE, celui des entités non gouvernementales – les ONG – largement financées par le premier, en majorité anglo-saxonnes, qui servent à contourner la souveraineté des États.
    LE DERNIER CERCLE, celui des entités gouvernementales, a pour fonction de donner une onction démocratique aux choix de la superclasse mondiale , jusqu’aux plus désastreux.
    Tous ces différents cercles communient dans la même idéologie, à savoir,
    LE LIBÉRALISME LIBERTAIRE ET COSMOPOLITE ET DANS LA HAINE DE LA DÉMOCRATIE

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    1. "Cosmopolite ", c'est mal; mais "Internationaliste ",c'est bien (et "Colonialiste", douteux)

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  12. Je trouve, moi, contrairement à Mildred, que ce billet est d'une grande justesse, et très pénétrant. D'une belle écriture aussi. Pas un jour ne passe sans qu'un fait divers ne mette au jour ces manigances diaboliques. La Fontaine vivrait aujourd'hui, il écrirait une fable, mettons "La Puce, le Moucheron et l’Éléphant" pour illustrer le propos.

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    1. Je ne conteste, ni que ce billet soit "d'une grande justesse", ni qu'il puisse être "très pénétrant", ni encore moins, qu'il ne soit "d'une belle écriture", j'ai simplement dit que je n'y avais rien compris.
      Je dois avouer, à ma grande honte, que certains sujets, disons de haut-vol, me passent au-dessus la tête. Cela tient à ma tête qui est petite et à mes limites qui sont grandes.

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  13. Sur les conseils de M. Goux, j'ai emprunté l'art du roman de Kundera à la bibliothèque pour faire mes devoirs de vacances.
    Sur le rayon, se trouvait aussi, le degré zéro de l'écriture de Roland Barthes. Malheureusement, si Kundera est clair et lisible, le langage de Barthes l'est beaucoup moins, et j'ai beau m'y risquer quelques minutes chaque jour, je fais du sur place, je n'y comprends quasiment rien.
    Quel rapport entre Roland Barthes et l'égalité ? Il y en a certainement un, je vous laisse deviner !

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    1. Il parait que pour Roland Barthes il faut "décoder".
      (jamais essayé :-) )

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    2. Merci Alain, j'avoue que j'attendais un peu à ce genre de réponse de votre part.
      Voulez vous dire que la seule solution est d'en rire ou d'en sourire ?

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  14. J’ai un peu fréquenté les épigones des Tel-Quelistes dans ma jeunesse. Comme je n’ai pas envie d’en pleurer, ne reste plus qu’à en rire…

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