lundi 26 juin 2017

In ipsis inimicis latere cives futuros


Parce que l'ami Rémi, voilà quelques semaines, nous en a rapporté les trois volumes, en en faisant force louanges, je me suis replongé dans L'Écriture du monde de François Taillandier (les deux tomes suivants s'intitulent La Croix et le Croissant puis Solstice) : c'est une lecture que je crois bien avoir déjà recommandée, et je ne peux que réitérer le conseil de s'y précipiter sans attendre.

(Vérification faite, j'ai bel et bien consacré plusieurs billets à cette trilogie : si l'on veut les consulter, il suffira, comme je viens de le faire, de taper “François Taillandier” dans le petit cartouche de recherche, ci-contre à gauche, et vous les verrez apparaître, alignés comme de bons petits soldats.)

Pour en revenir à lui, l'ami Rémi (on doit pouvoir solfier cela : l'ami Rémi…) a eu l'excellente et didactique idée de nous apporter en même temps plusieurs lectures adventices à celles qu'il nous restituait ; par exemple la vie de Charlemagne rédigée dans les années 830 par Eginhard, ou encore la célèbre Consolation de la philosophie de Boèce, texte écrit par ce dernier en 524 ou 525, alors que, emprisonné et condamné à mort, il attendait son exécution ; laquelle survint en effet cette même année. Il m'est apparu qu'il pourrait être intéressant, voire instructif, de relire les volumes de Taillandier en les panachant avec ceux-là. C'est donc très logiquement que, ce matin, tandis que la nue compacte se déchirait pour faire place à un soleil assuré de lui-même, j'ai commencé par lire le premier livre de la Consolation, avant que d'aborder le portrait de Cassiodore dressé par Taillandier, partie de L'Écriture du monde se déroulant en 550 et dans laquelle passe l'ombre de Boèce, auquel Cassiodore a réellement succédé comme maître des offices. Pour finir, voici un court extrait de L'Écriture du monde (pp. 22 et 23), que l'on méditera avec profit, entre la fin de la sieste et le premier verre du soir :

« À la naissance de Magnus Aurelius Cassiodorus, en l'an 485 du Christ, cela faisait neuf ans que là-haut, à Ravenne, l'empereur d'Occident avait été déposé sans qu'il fût question d'en introniser un autre. L'événement n'avait pas fait grand bruit. […] Cassiodore en avait connu par la suite, de ces passéistes, engoncés dans la pureté du lignage et les hauts faits d'ancêtres serviteurs de Trajan, de Vespasien ou même de César Auguste. Il se souvenait d'une remarque de l'un d'entre eux : « Ce qui est tragique, ce n'est pas que les choses disparaissent, c'est qu'elles ne soient pas même pleurées, et que l'oubli précède la mort. »

» Le dernier titulaire officiel de l'autorité impériale en Occident, Romulus Augustus, était un tout jeune homme : seize ans. Son père, un barbare naturalisé sous le nom d'Oreste, qui avait jadis servi Attila avant de devenir l'influent conseiller du précédent empereur, n'avait pas osé prétendre lui-même à revêtir la pourpre ; il avait su convaincre le Sénat d'en costumer l'adolescent, auquel il s'était employé à forger, par les femmes, une généalogie romaine qu'il valait mieux ne pas examiner de trop près. »

Quant à la citation qui m'a servi de titre, on la trouve chez saint Augustin et elle signifie : “parmi nos ennemis eux-mêmes résident les citoyens futurs”. Une prédiction dans quoi certains trouveront motif à espérance, parce qu'ils y entendront fredonner les lendemains, et où d'autres puiseront un nouvel aliment à leur tristesse, y percevant le froid montant de leur propre tombeau.

11 commentaires:

  1. J'aime cette façon que vous avez de trouver des correspondances entre notre passé et notre présent (qui ne demande qu'à le devenir aussi, passé).
    C'est même cela que je préfère dans vos comptes-rendus de lecture.

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    1. De correspondances de ce genre, L'Écriture du monde n'est point avare : c'est une chose que vous devriez lire.

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    2. C'est noté !

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  2. Et puis, en vous penchant ainsi sur le passé, cela vous évite de trop vous appesantir sur le présent.
    Dans un tout autre ordre d'idées, je pensais cette nuit, que maintenant que vous en avez le temps, vous devriez devenir éditeur !
    Vous mettriez ainsi à profit cette si grande capacité de lecture que vous avez pour découvrir des talents qui, j'en suis sûre, n'attirent pas l'attention, parce que sortant trop des sentiers battus.
    Et en revanche, vous sauriez rejeter impitoyablement ces fausses valeurs dont, à ce que j'entends dire, encombrent actuellement les rayons de ce qu'il reste de librairies.

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    1. C'est bien aimable à vous de vous soucier de mon emploi du temps, mais :

      1) Je n'ai nullement envie de travailler,

      2) je pense n'avoir aucune des qualités nécessaires pour faire un bon éditeur ; en tout cas pas beaucoup.

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    2. Vous avez répondu beaucoup trop vite pour que je tienne votre réponse pour très sérieuse. Je ne me soucie nullement de votre emploi-du-temps et c'est donc d'autant plus étrange que cette idée se soit imposée à moi.
      1) Pour ce qui est de "travailler", qu'ont fait d'autre, jusqu'à la fin de leur vie, tous ces personnages que vous admirez ?

      2) Et moi, je pense exactement le contraire

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    3. On demandera à M. Desgranges de nous départager…

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  3. A propos de votre titre: puis-je vous rappeler que nous sommes ici sur un blog français?
    La prochaine fois, ce sera un titre en arabe ?

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    1. Vous n'avez rien compris ! La prochaine fois ce sera cela :

      http://www.youtube.com/embed/Q_uaI28LGJk
      >

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    2. Très joli clip ! Bravo pour le trait d'esprit. Mildred...

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