dimanche 14 avril 2019

La peste soit des Céliniens et de leurs gloses !


En “complément de programme” à mes matutinales lectures ou relectures céliniennes, je viens de parcourir deux biographies du personnage, Sa Seigneurie Nauséabond le Magnifique. La première est signée d'un certain Émile Brami et s'intitule Céline à rebours. Je l'ai achetée sur les conseils de l'ami Beboper, conseils que j'aurais été mieux avisé de ne point suivre. Si le livre s'appelle ainsi que je viens de l'annoncer, c'est que son auteur, n'ayant sur Céline rien à dire qui n'ait déjà été écrit cinquante fois, a eu cette idée mirobolante : raconter la vie de son personnage en commençant par la fin et en rembobinant l'écheveau. Cela apporte quoi ? Rien. C'est un truc. Un gimmick. De plus, je n'ai pas trouvé que le livre soit si bien écrit que l'a jugé Beboper. Mais enfin, c'est, de ce point de vue-là, à peu près correct.

Il n'en va pas de même pour le Céline, entre haines et passion de Philippe Alméras, gros volume qui traîne dans ma bibliothèque depuis des lustres et que j'ai repris ces jours-ci. Celui-là est écrit en moldo-valaque universitaire, ce qui rend sa lecture assez pénible. Cela donne des phrases comme celle-ci : « Le terme de séquence que j'ai proposé pour l'analyse des pamphlets leur va d'autant mieux qu'il n'y a pas de solution de continuité du “roman” au “pamphlet” [Chose que, si ma mémoire est bonne, Philippe Muray avait dite avant lui], dans sa neutralité et sa connotation de film, cela bouge constamment et de mal en pis. » Ou comme cette autre : « On a souvent rapproché le sort de Drieu et de Brasillach de celui de Céline. L'un et l'autre ont trouvé des refuges, etc. » L'un et l'autre ? Alors qu'il vient de citer trois noms ? Ça n'a l'air de rien, pris isolément, mais multipliez ce genre de lourdeurs de style et de fautes de langue par cinquante ou cent : l'œil finit par ne plus accrocher à la page, la lecture devient quasiment impossible. D'autant que, pour épaissir son volume, M. Alméras ne répugne pas aux digressions oiseuses. Était-ce bien la peine, par exemple, de nous débobiner la biographie du père d'Elizabeth Craig, maîtresse de Céline à qui Voyage au bout de la nuit est dédié ? Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Le livre fut publié par Robert Laffont en 1994, centenaire de la naissance de Céline : un “coup” éditorial, donc. Il se range dans une collection qui s'appelle (s'appelait ?) comiquement Biographies sans masque. Ce qui semble sortir du même tonneau pléonasmique que la vérité sans mentir ou encore un ciel pur sans nuage. À moins que M. Laffont n'ait considéré qu'avant son intervention toutes les biographies n'avaient pour but que de conserver leurs différents masques aux personnages qui en étaient les sujets.

Bref, je le répète : la peste soit des Céliniens et de leurs gloses, que Belzébuth se saisisse à jamais des Brami et des Alméras !

45 commentaires:

  1. Hi hi hi hi !!
    Moi les auteurs je les lis (parfois), leurs biographies m’intéressent moins.

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  2. On peut se demander, comment, quand les livres de Céline sont sortis, les lecteurs ont pu apprécier les oeuvres qu'ils lisaient alors que les céliniens n'en avaient pas encore pratiqué les autopsies ni écrit les biographies de leur auteur.

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    1. À l'époque du Voyage au bout de la nuit, Céline passait pour un proche du parti communiste… Aragon a même essayé de le racoler !

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  3. Une biographie qui échappe au jargon universitaire et aux acrobaties psychologisantes est déjà une chose remarquable. Sans même parler du cas de votre Alméras - son éditeur n'a pas relu le livre avant de la publier, on est en droit d'attendre d'une biographie qu'elle se charge d'éclairer la vie de l'auteur, en abordant évidemment l'oeuvre mais de façon presque annexe. Le lecteur qui veut l'oeuvre, il sort son portefeuille et se l'achète. La bio, c'est la bio! Eh ben moi, la bio par Brami, je trouve qu'elle remplit cette fonction : elle affiche et éclaire la vie du mec.
    Apporte-t-elle "du nouveau" ? Comme il le dit lui-même, aucune bio de Céline ne peut s'écarter de celle de François Gibault, exécuteur testamentaire de Céline qui eut accès aux documents, aux témoins directs, à la source originale. Quels types de faits nouveaux pouvons-nous donc attendre après Gibault ? Pas bézef !
    En tout cas, je suis bien désolé d'avoir (involontairement)introduit un inutile temps mort au milieu de vos lectures matutinales !

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    1. Oh, mais ne soyez nullement désolé ! D'abord parce que j'assume pleinement mes achats, et ensuite parce que la lecture de Brami est venue en plus de mes lectures matutinales (j'attaque Féerie II demain matin…).

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  4. Ouf ! La première phrase est d'un fumeux !
    Quand on finit de la lire, on a oublié de quoi parle l'auteur.
    Vive San Antonio, Berthe et Beru.
    Hélène dici

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    1. La première phrase de qui ?

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    2. Je n'sais pas-as, je n'sais plus-us, et je reste plantée lu.. non, là-à *voir note bas de page.
      Pourquoi m'imposer une telle épreuve un dimanche ?
      Ah oui, c'est carême.

      "Le terme de séquence que j'ai proposé pour l'analyse des pamphlets leur va d'autant mieux qu'il n'y a pas de solution de continuité du “roman” au “pamphlet” [Chose que, si ma mémoire est bonne, Philippe Muray avait dire avant lui], dans sa neutralité et sa connotation de film, cela bouge constamment et de mal en pis. »

      *extrait d'une célèbre chanson "la vie ne m'apprend rien-in-in"
      Hélène dici

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    3. Ah ! mille excuses : je pensais que vous parliez de la première phrase (l'incipit) de l'un des deux livres évoqués.

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  5. Il y a le Guide Michelin et le Gault et Millau. l'un se borne à décerner des étoiles, l'autre se lance dans des discours amphigouriques qui rappellent les rapports d'inspecteurs de l'Éducation Nationale quand ces derniers sont au mieux de leur forme. L'un et plutôt fiable, l'autre vous envoie dans des endroits pas terribles. Je serais assez pour que les critiques suivent l'exemple du Michelin. Pour ce qui est des biographies, l'exercice me semble une gageure. Saura-t-on jamais ce qui, dans la vie d'un auteur (ou de tout humain), fut plus ou moins important ? Or on ne peut que sélectionner des faits connus et supposés marquants.Faire le lien entre vie et œuvre est encore plus périlleux. Bien qu'ayant un temps beaucoup lu sur Céline,je crains que le personnage ne soit que difficilement cernable. D'autant moins que le côté pseudo-biographique de ses romans vient compliquer les choses.

    Je vous admire d'avoir le courage de lire quoi que ce soit qu'il ait écrit après "Mort à crédit". J'ai tout lu, mais je ne le pourrais plus.

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    1. C'est pourquoi les bonnes biographies sont finalement assez rares. En fait, les meilleures sont les biographies "modestes", c'est-à-dire qui se contentent de donner le maximum de renseignements, de faits, d'événements, sur la vie de la personne prise pour sujet. Les Américains, en général, font ça très bien ; les Français beaucoup moins.

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  6. Je me demande si la biographie d'un écrivain apporte quoi que ce soit à la compréhension de son oeuvre, et ne se ramène finalement pas aux clichés de la psychologie de café de commerce si fréquents en Justice (" Mon client est une crapule, mais il a eu une enfance malheureuse ")

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    1. Mais on ne lit pas une biographie pour "comprendre" l'œuvre ! Enfin, en tout cas, on ne devrait pas. On lit un biographie parce qu'on a un côté "Gala" ou "Voici", c'est tout.

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    2. Bonjour,

      Avez-vous lu Le Roman de Monsieur de Molière, de Boulgakov ?
      C'est tout simplement très bien.

      Crodialement

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    3. Et même : Cordialement !

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    4. Je l'ai non seulement lu, mais même relu il n'y a pas si longtemps : c'est en effet très bien.

      (Sinon, j'aimais bien votre crodialement…)

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  7. « On a souvent rapproché le sort de Drieu et de Brasillach de celui de Céline. L'un et l'autre ont trouvé des refuges, etc. ». Je pense (modestement) que "l'un" est le sort de Drieu et de Brasillach, et "l'autre" le sort de Céline. Me trompé-je ?

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    1. Vous avez déjà vu un sort qui trouve refuge, vous ?

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  8. J'ai lu Le Voyage et je me suis bien dit que je m'en arrêterai là. Tout ce que j'ai entendu dire de Céline ne m'a pas fait changer d'avis. Donc je ne saurai rien vous dire des céliniens ni de leurs gloses dont je me fiche comme d'une guigne !

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    1. Dites donc : j'ai quasiment fait ce nouveau billet parce que vous vous plaigniez de tomber toujours sur la photo de la cuistresse ! Faudrait quand même savoir ce que vous voulez…

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    2. Je vous ai demandé de parler de Céline, moi ? Ce n'est quand même pas de ma faute si Céline n'est pas ma tasse de thé !
      Ah, si seulement par exemple, vous vous étiez posé la question de savoir si lorsque Léautaud écrivait "Amours", son récit était autobiographique ou non, tout eût pu être différent !

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  9. En fait le meilleur biographe c'est encore l'auteur lui-même...

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    1. Pas dans le cas de Céline, en tout cas ! Du reste, je crois que ce que vous dites est faux.

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  10. Et dans ce cas il écrit ses mémoires...

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  11. Peut-être que la lecture de "La vie de Céline" (Grasset 1988) de Frédéric Vitoux vous ravira comme elle me ravit à l'époque.

    "Céline toujours, mais comme jamais on l'avait vu encore, avec toutes les défroques de ses personnages et tous leur simulacres, toutes ses mythomanies et toutes ses légendes, toutes ses peurs et tous ses délires, son imaginaire d'halluciné et son génie de l'amplification, sa verve jupitérienne qui ne serait qu'une faconde d'ivrogne de comptoir sans un fabuleux travail de styliste qui saigne à blanc les mots pour qu'ils dégorgent leur émotion, répandent une musique inconnue, donnent l'envol du ballet au firmament de la danse. Tantôt face à lui, rabattant le caquet de sa démence, tantôt à ses côtés, s'émerveillant d'une féerie qui vient d'un fond trouble avant de se décanter et de ne retenir que le suc de sa magie, Frédéric Vitoux, compagnon de sa misère et de sa gloire, interprète de sa parole de vie à la merci de la mort."
    Pol Vandromme – Louis-Ferdinand Céline, La biographie de Vitoux. Dans "Une famille d'écrivains" Éditions du Rocher 2009.

    Beaucoup de Céliniens en crèvent sur place de Céline, ce n'est pas encore passé, voilà tout. Pas Vitoux.

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    1. C'est tentant… sauf que, là, elle commence à me sortir un tantinet par les yeux, la vie de Céline ! D'autant que le personnage ne m'attire pas beaucoup…

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    2. Je m'en doute, mais prenez votre temps, accordez-vous une pause, vous y reviendrez un jour ou l'autre peut-être... et vous ne serez pas déçu, je vous l'assure. Pas besoin de ruse chez vous pour échapper à Céline, vous avez mille moyens de le faire. Je crois vous connaître un peu, depuis le temps que je fréquente ce lieu outrageant, pour pouvoir le dire.

      Rabattez-vous sur la biographie de Bébert, j'en raffole, moi qui aime tant les chats.

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  12. Et personne d'autre que Frédéric Vitoux pouvait mieux parler de Bébert le chat de Louis-Ferdinand Céline, ce majestueux félin.

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  13. Et puisque jazzman a l'air de bouder, j'ai une chanson pour lui. Il adore que je lui adresse des chansons :

    https://www.youtube.com/watch?v=a7sTD-zeqQA

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    1. Il bronze sur une plage de Tel-Aviv.

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    2. Tiens, vous avez enlevé la modération ?

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    3. Il se pourrait que vous eussiez raison Fredi, n'est-ce pas ?

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    4. Fredi : Oui, en effet. Problèmes de boitamel…

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    5. Je ne boude pas, j'ai refait un petit passage aux urgences, mais cette fois je suis tombé sur un jeune de la vieille école et il a réussi à réduire mon hernie par quelques passes magiques, ce qui m'a évité le bloc opératoire alors qu'on avait déjà réveillé le chirurgien. Ils m'ont gardé par acquis de conscience et parce qu'ils avaient aussi réservé le lit.
      Puis il m'ont renvoyé chez moi le samedi, et comme ils m'avaient confisqué tout mon argent par crainte des vols, et que la caisse n'est pas ouverte le week-emd je suis rentré en métro. Comme disait l'humoriste involontaire, ma vie est un roman.
      J'ai vérifié dans les vieux grimoires qu'on trouve sur internet, les passes magiques de réduction des hernies sont connues depuis quelque siècles.
      Ils m'ont donné 3 semaines de rab pour les fêtes de Pâques, affaire à suivre donc.

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    6. Ferré, ça passe déjè difficilement quand mon tube digestif est au mieux de sa forme, alors là...
      Et pour Céline je dirais un peu la même chose que pour Soljenitsyne. Mieux vaut que les goyim essaient de lire Céline plutôt que David Duke, Jared Taylor ou Arthur Butz...Ah oui, il vous faut du français, il y en a quelques uns dont Robert Faurisson...Bonjour chez vous.

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    7. Pour ce qui est de la chanson de Ferré (Monsieur mon passé), on préférera nettement la version qu'il en a donnée à Bobino en 1958. Mais je doute fortement qu'on puisse la trouver sur Youtube ou ailleurs…

      Ferré, après 1973, n'a plus fait que se survivre, et de façon fort peu convaincante à mon goût.

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  14. Toute cette célinomania commence à me courrir ! Moi je donnerais toutes les bagatelles pour un seul feu follet ! Et s'il eût fallu qu'on fusillât trois Céline pour sauver un seul Drieu, cela ne m'eût pas paru trop cher payer !

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  15. Je peux comprendre que l'on puisse détester Céline, mais aussi, mieux l'aimer comme le fait avec éclat Nabe (Alain Zannini) dans "Au régal des vermines" :

    "Céline savait qu'il allait se perdre en écrivant "Bagatelles", il n'a pas cru convaincre qui que ce soit. c'est justement ça qui est beau. Ils'y serait pris autrement s'il avait voulu. non, il s'en fout : c'est le cri qui compte, la gerbe de vomi sur le guéridon. Qu'importe si elle fermente ! heureusement qu'il a été « antisémite animal » comme le dit ce con de Brasillach, ça prouve sa splendeur morale, près de toutes les enflures de l'époque, ces antisémites théoriciens, scientifiques, sournois et puants qui ne sont rien, rien du tout que des larves qui n'ont tien compris, des larves effrayantes qui essayaient à tout prix de rallier Céline : forcément, une intelligence pareille, tout le monde se l'arrache ! Mais Céline les envoie tous chier : ce qui l'intéresse, comme Bloy, c'est d'être honni par tous, proie dégueulassée par le monde entier... C'est là où on a raison de dire qu'il a cherché à être juif lui aussi, toute sa martyrophilie le prouve, et son masochisme aussi. Bouc, c'est ça qu'il briguait, goy-émissaire : la place en or pour être bien tranquille... Céline savait très qu'il ne serait pas efficace, enfin, pour qui le prenez-vous ? "Bagatelles" est inutilisable, les antiyids ne s'y sont pas trompés."

    Alors tu sais, liste noire ou pas liste noire, peloton ou pas peloton, qu'est-ce que ça peut foutre ? Céline est Grand.

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    1. Ah, meeeerde ! Voilà le consternant Nabe qui débarque, à c't'heure…

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  16. Eh bien tiens, puisqu'on en parle, elle était où cette "splendeur morale" pendant qu'on fusillait "ce con de Brasillach ? Il était tranquillou à Copenhague occupé à échanger ses ligots d'or en couronnes danoises, le brave homme !

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  17. Je suis tombé par hasard sur une vidéo qui devrait tirer des larmes de joie confraternelle aux lecteurs de ce blog.

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    1. Bof...
      Ça donne pas envie
      Et puis quand vous dites par hasard j'ai peine à vous croire.

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