dimanche 9 février 2020

Billet en O


Après Álvaro et Alejo, place à Ernesto ! En ayant, provisoirement, fini avec le Colombien Mutis, puis avec le Cubain Carpentier, je me suis tourné vers l'Argentin Sábato. (Juste avant lui, j'avais tenté ma chance avec un autre écrivain-en-o : le Paraguayen Augusto Roa Bastos ; mais l'accord ne s'est pas fait entre nous et nous nous sommes quittés par consentement mutuel.)

Physicien de formation – il a travaillé, à Paris, avec les Joliot-Curie, dans les années trente –, Sábato n'a écrit que trois romans, ce qui est fort reposant pour qui décide d'aborder son œuvre par là. De plus, ils forment trilogie et doivent donc, de préférence, être lus dans leur ordre d'écriture et de parution, lesquelles se sont échelonnées de 1948 à 1974 : d'abord Le Tunnel, puis Héros et Tombes et enfin L'Ange des ténèbres. Si la première phrase du Tunnel ne vous donne pas envie de vous précipiter sur le livre toutes autres lectures cessantes, je ne puis plus rien pour vous ; la voici :

« Il suffira de dire que je suis Juan Pablo Castel, le peintre qui a tué Maria Iribarne ; je suppose que le procès est resté dans toutes les mémoires et qu'il n'est pas nécessaire d'en dire plus sur ma personne. »

Moyennant quoi, Juan Pablo Castel ne va évidemment parler que de lui (et de Maria Iribarne…) durant les 130 pages suivantes, d'une façon toute en détours à laquelle il me semble difficile de résister – au moins quand on est moi. J'ajouterai ceci, que le troisième des quatre chapitres composant le volume suivant, Héros et Tombes, s'intitule Rapport sur les aveugles, titre qui m'a toujours ravit, sans que je sache trop bien pourquoi.

Une dernière chose, liée à cette marotte qui me pousse à rechercher les gens plus ou moins célèbres, écrivains surtout mais pas seulement, qui ont non pas atteint les cent ans d'existence mais qui ont manqué ce centenaire de très peu ; l'exemple le plus célèbre sous nos latitudes étant bien entendu Fontenelle (11 février 1657 – 9 janvier 1757). Donc, bienvenu dans mon petit panthéon personnel à Ernesto Sábato, né dans la province de Buenos Aires le 24 juin 1911 et mort dans cette même province, quelques kilomètres plus loin, le 30 avril 2011. Qu'on ne se moque point : il a fait ce qu'il a pu.

27 commentaires:

  1. Personnellement je suis encore avec Gabier : Ilona puis Un bel morir.
    Mais je note.

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    1. Ah, Ilona ! Merveilleux personnage féminin. Et l'espèce de mélancolie de se dire qu'elle n'a vécu qu'entre les pages d'un livre (non : de plusieurs…) et que, donc, il n'y a aucune chance qu'on la croise jamais. Du reste, il y en a d'autres : Mutis est très doué pour faire naître ces femmes-là.

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  2. J'imagine le classement de votre bibliothèque : écrivains en o ; romans qui finissent par eu, etc.

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    1. En réalité, ma bibliothèque serait plutôt un innommable foutoir…

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    2. Je ne connais aucun classement de bibliothèques, même les plus simplistes (auteurs par ordre alphabétique... ) qui résiste plus de 2 ans.Il m'arrive souvent d'aller acheter un bouquin alors que je suis certain qu'il est dans ma bibliothèque, mais que je n'arrive pas à le retrouver.

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    3. Et, en général, racheter le volume suffit à faire immédiatement réapparaître le premier. Qui, bien entendu, se trouvait juste sous nos yeux.

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  3. M. Goux.
    Dans Ilona vient avec la pluie, comment interprétez-vous le récit de Larissa de son séjour sur le Lepanto ?

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    1. Je ne suis pas sûr qu'il faille l'interpréter. En tout cas, moi, je m'en garderai bien : on ne sait jamais ce qui peut arriver…

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  4. Cher hôte,
    Je vous remercie pour ces découvertes. Les différents romans des tribulations du Gabier peuvent-ils souffrir une lecture dans le désordre ? J'ai récupéré l'un d'entre eux récemment et, ayant commis l'erreur d'y plonger le nez quelques instants, je brûle d'en poursuivre la lecture !
    De plus, avez-vous lu les poèmes d'Álvaro Mutis ?
    La Broigne

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    1. Je pense que les romans de Mutis peuvent À LA RIGUEUR se lire dans le désordre, dans la mesure où chacun n'est pas, à proprement parler, la suite de celui ou ceux qui le précèdent. Mais ce serait tout de même un peu dommage…

      Quant aux poèmes, je les ai parcourus, oui. Mais outre le fait que je ne suis pas un grand lecteur de poésie, il m'a toujours semblé que la poésie traduite était une sorte de non-sens (à tort ou à raison).

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  5. Merci beaucoup ! Je compte bien faire la dispendieuse folie d'acheter l'intégrale : je vais seulement mettre un frein à mon enthousiasme et attendre pour reprendre "Abdul Bashur, le rêveur de navires". J'ai parcouru les poèmes rapidement, ils me paraissent jolis, mais, à mon sens, le principal obstacle demeure celui que vous soulevez !
    La Broigne

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  6. Merci pour ces conseils de lecture.
    Nous savons votre agenda chargé, mais pourquoi ne pas bifurquer ensuite vers l'Asie, le Maghreb, avec leurs deux prix nobel que sont Orhan Pamuk et Naguib Mahfouz ?

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    1. J'ai déjà lu deux ou trois livres de l'Égyptien. Reste l'autre, en effet…

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    2. J'ajoute que, étant égyptien, Mahfouz n'a rien à voir avec le Maghreb.

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    3. Finalement, d'après ce que je lis sur lui et ses œuvres chez Dame Ternette, il ne me dit pas grand-chose, votre Turc…

      Et puis, bon : je suis reparti dans un mini-cycle russe, là (Gontcharov et Gogol, pour commencer). Et la Russie, c'est déjà un peu l'Asie, non ?

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    4. Pour Pahmuk, vous avez raison je crois, il faut au moins lire son Istanbul. Et pour l'Egyptien, et non maghrébin, donc, sa trilogie vaut le détour...
      Là, je lis les entretiens sur la littérature et la poésie de Borgès, qui à un moment, place Conrad devant tous les autres romanciers, et savez vous pour quelle raison ?

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    5. Affaire de goût, je suppose. Personnellement, j'ai toujours eu beaucoup de mal, avec Conrad. Avec Borges aussi, du reste.

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    6. Je vais me joindre à la conversation sans y avoir été invité...mais bon, Borges je le mets tout là-haut...ce sont mes souvenirs, qui n'a pas été ébloui à 16 ans devant la bibliothèque de Babel...Pour Conrad, j'imagine que c'est par rapport à la mer, Conrad est le grand écrivain de la mer, mais pour moi c'est assez illisible, nostromo, lord jim jamais réussi à aller au bout...Pareil pour Pamuk acheté et tenté plusieurs fois mon nom est rouge sans pouvoir passer 100-150pages, neige je n'ai pas réussi à finir mais j'avais été plus loin...Voilà pour mon avis non sollicité!!

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    7. Votre avis me conforte… il est donc bienvenu ! Pour ce qui est de Borges, il m'a évidemment beaucoup épaté lorsque je l'ai découvert, vers 17 ou 18 ans. Mais des relectures plus récentes lui ont fait redescendre un certain nombre de marches. D'un autre côté, il n'est pas le seul à qui c'est arrivé, et cela ne veut pas forcément dire qu'avec les années mon jugement littéraire se soit affiné. Ce pourrait même être le contraire, allez savoir…

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    8. Voici ce qu'il déclare
      "Nous savons tous, comme l'enseignent les professeurs, que le roman est issu de l'épopée. Mais c'est un passé que le roman a oublié, et il a tourné , disons, au simple bavardage. Seulement, chez Conrad, on sent que l'épopée est toujours là; au moins, quand je lis un chef d'oeuvre comme Lord Jim, je sais que le roman continue d'être l'épopée. Il n'est pas encore devenu le roman; il est encore l'épopée. Et cela, il faut le dire, c'est l'un des buts essentiels de la littérature, sauver l'épopée."
      Il faut tout de même préciser qu'il était invité par le Dickinson College pour s'exprimer sur la littérature nord Américaine.
      Le débat est ouvert !

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    9. Je ne vois pas en quoi, en s'éloignant de l'épopée (ce qui d'ailleurs reste à prouver : ce peut être aussi que l'épopée a simplement changé de forme), le roman aurait tourné au simple bavardage.

      Et je me demande si Borges, vu ses écrits, a raison de stigmatiser le bavardage…

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    10. Attention Borgès ne se considérait pas comme forcément lui même comme un romancier !
      Malgré sa cécité, je crois qu'il était assez lucide sur ses qualités d'écrivain.
      Bavardage est une façon de désigner une approche du roman différente, plus intime, avec des écrivains comme Proust par exemple.

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  7. Ah, Sábato, je ne l'ai jamais lu.

    Puis-je vous recommander Max Aub, qui n'est pas latino-américain mais qui a passé la seconde partie de sa vie au Mexique, en exil loin de l'Espagne, et qui a surtout écrit des livres magnifiques (LE LABYRINTHE MAGIQUE, six volumes) et, tout récemment re-traduit, MANUSCRIT CORBEAU ?

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    1. Ah, j'ai lu des nouvelles de Max Aub (d'origine allemande, si je me souviens bien) aux alentours de ma vingtième année, sous l'influence du père d'un ami, réfugié politique en France suite à la Guerre civile espagnole. Inutile de préciser que, 45 ans plus tard, il ne m'en reste rien. Je vais donc repartir à zéro, et sans doute me risquer du côté de votre Labyrinthe.

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    2. Je viens de commander Campo cerrado

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  8. J'ose espérer, dans vos "lectures d'o", que vous avez lu et relu les œuvres tant sublimes du toujours si peu oiseux Juan A. ?

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