lundi 6 juillet 2020

La balade de Jim


Le diptyque – et voilà un mot que je ne serai jamais capable d'écrire sans hésitation, au point d'aller chaque fois en vérifier l'orthographe ; je me demande quel masochisme me pousse à l'utiliser encore –, le diptyque, donc, formé par Dalva et sa suite, La Route du retour, est d'une construction complexe, touffue – un écheveau familial voire dynastique –, et pourtant sinueuse et limpide à l'image de ces rivières que, dans les romans de Jim Harrison, on ne cesse de descendre, de remonter, de franchir, à la nage ou à gué. Et je suis une nouvelle fois frappé de ce que, dans ces immenses paysages qui surgissent comme naturellement d'entre les pages, la plupart des personnages, à mesure que la vie les martèle et les burine, se mettent à ressembler de plus en plus à des coyotes qui tenteraient de se transformer en statues, en statues de coyotes, à se minéraliser pour se fondre encore davantage dans ce creuset naturel qui tout à la fois les a engendrés et ne cesse de les repousser vers les autres hommes, ceux qui s'agitent. 

De là vient au lecteur des envies fortes d'expéditions au Nebraska ou au Montana, des projets de bivouac dans la péninsule nord du Michigan ; équipées qui semblent d'autant plus désirables que l'on sait bien qu'elles resteront lettre morte.

12 commentaires:

  1. J' apprends par coeur ce billet pour le sortir à mon prochain " dîner de la gauche caviar sous les lambris dorés des salons parisiens"
    Même si,par extraordinaire, il y avait un autre convive ayant lu ce livre, ça devrait passer.

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    1. C'est ça que j'aurais dû faire, comme métier : écrivain public pour dîners parisiens.

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    2. Le problème est que je ne suis jamais invité aux dîners de la gauche caviar sous les lambris dorés des salons parisiens. ( veuillez excuser la répétition, mais j'adore cette expression ).

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    3. Eh bien, apprenez donc à vous contenter des lambris argentés ! Et du centre gauche œufs-de-lump.

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  2. Bien résumé. Surtout la chute ;.)

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    1. Résumé est trop dire : voilà bien deux romans qui sont parfaitement impossibles à résumer.

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  3. Pour vous ce sera le Michigan: « Si quaeris peninsulam amoenam circumspice », l'État des Hurons et des gloutons.
    Cerise sur le gâteau, le taux de croissance de la population est négatif.

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    1. Le Michigan est assez tentant en effet. Surtout la Péninsule Nord.

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  4. Eh bien moi j'ai un faible pour le Montana : sauvage, très peu peuplé, majoritairement blanc, paysages variés, c'est celui que je visiterais volontiers.

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    1. Le Montana est également un État très "harrisonnien"…

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  5. Si je vous fais une vanne débile sur les larves de diptyque, cela n'accentuera-t-il pas encore vos hésitations ?

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    1. Au point d'errance où je suis rendu, je crois ne plus risquer grand-chose…

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La boutique est rouverte… mais les anonymes continueront d'en être impitoyablement expulsés, sans sommation ni motif.