dimanche 17 mars 2024

Le fascisme sous les roses (blanches)


 Les jeunes d'aujourd'hui ne savent pas la chance qu'ils ont, de pouvoir écouter des chanteurs aux ritournelles intelligentes et responsables, qui n'essaient pas de leur fourguer des vessies au prix des lanternes. Nos grands-parents n'ont pas eu ce bonheur, à qui les pousseurs de rengaines, avec un cynisme à peine croyable, ont pu faire avaler n'importe quoi ou à peu près. Prenons par exemple cette scie des années vingt : Les Roses blanches, et examinons-en le bouquet, ligne à ligne ou peu s'en faut.

C'était un gamin, un gosse de ParisPour famille il n'avait qu'sa mère

Oui, et alors ? Qu'est-ce qu'on avait, en 1926, contre ces belles familles monoparentales qui font aujourd'hui notre fierté ? Et pas la plus petite louange de cette femme qui a su, visiblement, s'extraire des chaînes patriarcales d'on ne sait quel mâle toxique ! Bien au contraire :

Une pauvre fille aux grands yeux rougisPar les chagrins et la misère

Là, on nous prend pour des truffes : qui va avaler ce bobard que la misère rougirait les yeux ? L'alcool, en revanche, oui ! Il est bien connu que les pauvres boivent, et les miséreux encore plus. Pour le coup, on comprend mieux que le mâle toxique sus-évoqué se soit fait la malle : qui aurait envie de passer sa vie avec une pauvresse aux yeux rouges et traînant après elle de forts relents d'Assommoir ? Mais poursuivons :

Elle aimait les fleurs, les roses surtoutEt le bambin tous les dimanchesLui apportait de belles roses blanchesAu lieu d'acheter des joujoux

Des fleurs, maintenant ! Une traîne-misère avec des goûts de bourgeoise ! Et pourquoi pas des émeraudes, pendant qu'on y est ? Et son rejeton ne vaut pas mieux : quelle idée de rapporter d'inutiles rosaceae dans un taudis où une belle entrecôte assortie d'une baguette croustillante auraient évidemment été plus utiles et bénéfiques. Et puis, ce gamin : d'où sort-il l'argent qu'il dépense inconsidérément chez le fleuriste ? Mystère… voile pudique…

Du reste, la vérité ne tarde pas à se faire jour, dès lors que la mère se retrouve à l'hosto. (Évidemment, à force de dépenser tout l'argent en fleurs superflues plutôt qu'en nourritures roboratives et riches en oméga 3, on ne voit pas ce qui aurait pu lui arriver d'autre.) Bref :

Un matin d'avril parmi les promeneursN'ayant plus un sou dans sa pocheSur un marché, tout tremblant le pauvre miocheFurtivement vola des fleurs

Ah, nous y voilà ! On comprend mieux, d'un coup, où cette graine précoce de délinquant trouvait l'argent pour ses folies dominicales et florales : dans le gousset des honnêtes passants ! Car on ne nous fera pas croire qu'un garnement assez dénué de sens moral pour voler ses roses à une courageuse fleuriste reculerait un seul instant devant d'autres forfaits du même genre : depuis des années, les roses du dimanche étaient le fruit du crime !

Et le fait que sa famille monoparentale aux yeux rouges soit en train d'agoniser sur un quelconque grabat de l'Assistance publique ne lui a même pas donné l'idée de dévaliser plutôt une pharmacie ? On se pince ! On cauchemarde !

Et l'on viendra s'étonner, après de telles abominations, que tout un pays ait pu, une quinzaine d'années plus tard, basculer entièrement dans le pétainisme et la collaboration ? Les épines des roses blanches avaient eu tout le temps d'inoculer leur pernicieux venin…


13 commentaires:

  1. '' C'était un pauv' gars
    Qui s'appelait Armand
    Y n'avait pas d'papa
    Y n'avait pas d'maman "
    C'est bô bô bô et très poétique.
    Heureusement que des artistes ont su aussi se payer la tête de nos ''oeuvres''😂
    Hélène

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    1. Un orphelin prénommé Armand ? C'est curieux, je trouve que ça ne cadre pas…

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  2. Ah, mais, de nos jours moder-noeux, nos braves et miséreux djeunes désuni-parentaux (ou pas) de familles recomposées (ou pas) volent des kalachnikovs. Bon d’accord, elles sont noires et jamais roses (bien qu’il y avait des armées russes blanches et rouges).
    Avouez que c’est un grand progrès.

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  3. Pour toi jolie maman...
    Et quelques années plus tard Daniel Guichard nous faisait chialer avec son vieux...
    C'est un filon pour la roucoule, la famille...

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  4. Et encore, la chanson ne dit pas si le môme est issu de l'immigration.

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    1. La mère est une "blonde ouvrière". Mais on ne sait rien du père : peut-être bien un basané reparti au bled quand il s'est aperçu que sa blonde avait les yeux continuellement rouges.

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    2. Voila. En plus, la commerçante qui finit par donner les fleurs est probablement pédophile. C'est inadmissible que l'on puisse écrire un tel texte (que je viens de relire pour chercher des conneries à raconter).

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    3. Il ne faut pas accuser la fleuriste, même si elle a plus ou moins violé le morveux : elle était sans doute sous son emprise

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    4. Ah oui, j'oubliais qu'une agression sexuelle ne pouvait être que dans un sens...

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La boutique est rouverte… mais les anonymes continueront d'en être impitoyablement expulsés, sans sommation ni motif.