samedi 17 septembre 2016

Les duels qui font voyager

Léon Daudet, 1867 – 1942
Il me prend parfois des regrets que le duel ait totalement disparu de nos mœurs, lui qui était encore si vivant, et parfois d'un irrésistible pittoresque, au début du siècle qui m'a vu naître. Celui qui opposa Jean Jaurès à Paul Déroulède, au mois de décembre 1904, atteint presque au sublime à force de bouffonnerie. 

Bouffon par son motif, d'abord, qui n'était rien de moins que l'honneur de… Jeanne d'Arc. Ayant considéré en effet qu'un article paru dans L'Humanité était gravement attentatoire à la mémoire de la Pucelle, Paul Déroulède avait envoyé une lettre à Jaurès, par laquelle il le couvrait d'injures. S'estimant à son tour offensé, ce dernier lui demanda réparation par les armes ; on se décida pour le pistolet.

Seulement, comment faire ? À la suite d'une tentative de coup d'État assez grand-guignolesque, perpétrée en 1899, ce bon Déroulède se trouvait exilé en Espagne et dans l'impossibilité de venir en France. Comme les deux cabochards tenaient à leur duel, on trouva la solution : la rencontre eut lieu à Hendaye, chaque adversaire se tenant de son côté de la frontière. Jaurès fit d'ailleurs le voyage pour rien, puisque les quelques balles échangées le furent sans résultat, les françaises allant se perdre dans la nature espagnole et inversement.

On trouve cette anecdote dans les souvenirs de Léon Daudet, réunis par Robert Laffont en un volume, dont je recommande vivement la lecture, surtout si l'on est sensible à l'art si réjouissant du portrait vachard. Certes, Daudet n'est pas Saint-Simon, mais enfin, son trait est féroce à souhait et d'une verve puissante, si bien qu'il demeure fort agréable à suivre, dans les salons ou les salles de rédaction, même lorsqu'il dépeint des “importants” dont notre mémoire actuelle n'a pas conservé la moindre trace. Et il n'est pas moins brillant dans ses exercices d'admiration, en particulier lorsqu'ils concernent des femmes, telles Mme de Loynes ou Juliette Adam – Juliette Adam qui, notons-le en passant, a bien failli rejoindre Fontenelle sur le podium des écrivains centenaires puisque, née le 4 octobre 1836, elle est morte le 23 août 1936, soit quarante-deux jours avant le consécration du siècle accompli ; les femmes sont rarement capables d'aller au bout de leur effort.

41 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ça vous apprendra à défier des sans-couilles !

      Supprimer
  2. Votre dernière sentence, si péremptoire par sa brutalité, pourrait être qualifiée de pratique manifeste du fameux adage "in cauda venenum". Mais en l'occurrence, et pour rester dans le domaine du duel, il suffira de paraphraser : "A la fin de l'envoi, je touche !"...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le jour où je me mettrai à déposer ici des sentences vraiment brutales, vous vous apercevrez que celle-ci ne l'était nullement.

      Supprimer
  3. Le dernier duel en France eut lieu en avril 1967. Il opposa le maire de Marseille, Gaston Defferre, à René Ribière, député gaulliste, que le premier avait traité d'"abruti" . Defferre (vainqueur au premier sang)ne cessa de viser de la pointe de la lame les parties génitales de son adversaire, qui devait se marier le lendemain.
    On peut le voir ici :
    https://www.youtube.com/watch?v=e68nuAcSuWQ

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Quelle période romantique, quelle classe... en 1967 ! A revoir aujourd'hui ce petit film, on se croirait bel et bien dans un autre monde.

      Supprimer
    2. Mon cher, vous racontez n'importe quoi : à aucun moment il ne vise les parties génitales. Ce qui, d'ailleurs, dans un duel selon les règles, aurait été de la dernière grossièreté et lui aurait valu la réprobation générale, y compris sans doute celle de ses propres témoins.

      D'autre part, comment pouvez-vous affirmer qu'il s'agit du dernier duel ? Si d'autres hommes se sont rencontrés ultérieurement, ils n'étaient pas tenus de vous en avertir…

      Supprimer
    3. "D'autre part, comment pouvez-vous affirmer qu'il s'agit du dernier duel ? "

      D'accord : du dernier duel connu.

      Supprimer
    4. Connu de qui ? Il y eût encore des duels après celui du charlot marseillais et de nos jours aussi, heureusement !
      Mais si ce n'est pas sur YouTube alors la réalité n'existe pas.
      C.Monge

      Supprimer
  4. C'est Defferre qui l'avait dit :

    http://www.paris-a-nu.fr/20-avril-1967-le-dernier-duel-a-paris/

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il l'a dit mais il ne l'a à l'évidence pas fait. Donc, votre phrase (« Defferre (vainqueur au premier sang)ne cessa de viser de la pointe de la lame les parties génitales de son adversaire») reste très tendancieuse, puisqu'elle présente une simple rodomontade comme un fait accompli.

      D'autre part, dans votre second lien, il est dit que ce duel fut le dernier opposant des hommes politiques, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Et même cela, d'ailleurs, relève de l'affirmation hasardeuse : on peut très bien imaginer deux hommes politiques se battant secrètement en duel…

      Supprimer
    2. "Il l'a dit mais il ne l'a à l'évidence pas fait."

      Je ne sais pas; mais l'a dit, avant comme après le duel :

      "Defferre ne put s'empêcher de faire circuler les détails croustillants du combat, insistant sur le fait qu'il ne cessa de viser de la pointe de la lame les parties génitales de son adversaire, qui devait se marier le lendemain."

      http://www.liberation.fr/cahier-special/2008/08/22/le-dernier-duel-tout-a-son-honneur_78455

      Supprimer
  5. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Voilà : comme ça, au moins, vous ne m'aurez pas accusé de censure pour rien.

      Supprimer
  6. Si les hommes d'honneur étaient toujours aussi instruits du maniement des armes, et si la coutume du duel ne s'était pas perdue, nous n'aurions pas tant à souffrir la présence haineuse de tous ces journalistes gauchistes si propres à l'insulte...

    RépondreSupprimer
  7. En Allemagne, il existe dans les fraternités étudiantes, un tradition de duel , c'est le meneur.
    Les yeux, le cou sont protégés, ils utilisent un sabre et se tiennent face à face.
    Pour les guerriers du clavier, ils se dégonflent comme baudruches, le dernier qui est venu me chauffer ,est reparti comme en imitant la grenouille à la petite bouche.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Non, un breton bretonnant se prenant pour James Bond.

      Supprimer
    2. Non plus, d' ailleurs Nicolas Jegou est un personnage bien plus courageux que le jean-foutre qui s'est fait dans son kilt.

      Supprimer
    3. Nicolas n'est pas bretonnant : c'est un Breton bedonnant.

      Supprimer
    4. Et bredouillant.

      Supprimer
  8. le duel, ça au moins, c'était un truc d'hommes ! Le simple fait de jeter son gant aux pieds de l'autre, indigne qu il fut de se voir gifler avec, voilà qui avait de la gueule ! Encore un truc que c'était mieux avant :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. quel est le salopard qui a interdit le duel
      Richelieu ou Louis XIV ?

      Supprimer
    2. Quand on voit ça, on se prend à rêver d'un Joffrin insultant un Askolovitch, et à regretter les moeurs d'antan...

      Supprimer
    3. Richelieu, lire les quatre mousquetaires a du bon.

      Supprimer
    4. j'ai lu et plusieurs fois, mais j'avais un trou de mémoire

      Supprimer
    5. On ne peut pas lire Les Trois Mousquetaires, on peut seulement les relire. Car quiconque ne les a pas lus à dix ans (douze à la rigueur) est un homme perdu.

      Supprimer
    6. Il y a quand même beaucoup d'autres livres à lire et à relire, à commencer par la Bible, l'Iliade et l'Odyssée, les Mille et une nuits, Dante, Montaigne, Shakespeare, Corneille, Racine, Molière, La Fontaine, Balzac, Stendhal, etc. Les Trois Mousquetaires, c'est un peu Cyrano de Bergerac en roman, non?

      Supprimer
  9. Vous conseillez à juste titre la lecture du livre « souvenirs et polémiques » de Léon Daudet qui est un régal. Votre lien renvoie à l’édition de 1991 mais ce livre a été réédité fort heureusement en 2015.

    On peut aussi préciser qu’on y trouve un des meilleurs pamphlets de Léon Daudet «  Le stupide XIX è siècle », ouvrage introuvable aujourd’hui et qui est pourtant d’une lecture réjouissante car très décapant.

    Pour ce qui est des duels, je suis un peu partagé. Quand il s’agit de s’affronter sans qu’il y ait mort d’homme, on peut en admettre la pratique et s’en amuser si on veut. Mais dans l’Histoire, les duels ont aussi causé des morts stupides. Je pense, par exemple, à Évariste Galois qui aurait pu sans doute faire d’autres découvertes scientifiques s’il n’avait pas été tué bêtement dans un duel.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sans parler de Pouchkine et de quelques autres, Lermontov par exemple.

      Supprimer
    2. D'un autre côté: peut-être qu' Evariste Galois n'aurait plus jamais rien trouvé, et qu'il ne doit sa brillante carrière posthume imaginaire qu'à sa mort prématurée.

      Supprimer
    3. Peut-être ; je ne suis pas mathématicien mais les équations de Galois constituent des travaux importants dans ce domaine. Il n’avait que 20 ans lorsqu’il mourut et je suppose pour ma part qu’à cet âge on peut encore inventer quelquechose.

      Supprimer
  10. C'est hors-sujet, mais savez-vous qu'on vous lit à Plieux ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, j'ai vu ça (je parcours la "chronologie" tous les jours…). Mais, à mon avis, j'ai sans doute été plus feuilleté que lu.

      Supprimer
  11. Quel est l'intérêt de publier ses "post-it" (je ne sais pas où mettre l'"s" et si d'ailleurs il faut en mettre un) ? Et quel est celui de les lire ? Votre journal Mr Goux possède au moins un style. La liste de courses de cet auteur n'invite pas à prendre connaissance de ses ouvrages.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si vous faites allusion à Renaud Camus, il ne s'agit nullement, dans ce que M. F a mis en lien, de son journal, lequel est publié par ailleurs, mais de ce qu'il appelle sa "chronologie", qui est simplement une sorte d'agenda, ou plutôt d'aide-mémoire. Quant à l'intérêt de le donner à lire, il s'en est plusieurs fois expliqué, assez longuement, et je n'ai guère envie de me lancer dans un exercice de paraphrase…

      Supprimer
  12. Oui, ce volume est un vrai trésor, pour les portraits au vitriol, mais aussi pour l'extraordinaire Paris vécu, qui est un portrait de Paris presque rue par rue, aux temps où cette ville était encore une ville. Et aussi pour l'antisémitisme aujourd'hui incompréhensible de Daudet, qui ne l'empêche pas d'écrire les plus émouvantes pages sur son ami Marcel Proust et qui nous permet de mesurer le gouffre infranchissable qui sépare l'avant-guerre de, mettons, Dieudonné. Il y a aussi quelques tonitruantes idées, et rafraîchissantes, dans le Stupide XIXe siècle, au sujet de Victor Hugo, sur l'autel républicain duquel on se presse aujourd'hui d'immoler force brebis bêlantes, en se gardant bien de le lire. Et l'on apprend que Zola zozotait, information de première importance pour mieux saisir son oeuvre.

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.