mercredi 21 septembre 2016

Mes Jachères

À Nicolas J., on comprendra pourquoi.

Avant cinq heures moins le quart cet après-midi, je n'avais jamais entendu parler de Marc-Antoine Girard de Saint-Amand, poète français né aux environ de Rouen en 1594 et mort à Paris 67 ans plus tard. (Et tout de suite je m'aperçois que c'est faux, que j'arrange, puisque c'est dans le Dictionnaire égoïste de Dantzig qu'il en est question et que c'est un livre déjà lu. Mais enfin.) Contrairement à ce qu'insinuent volontiers mes détracteurs, ma culture est des plus pauvres, présentant les aspects clairsemés et malingres d'un champ de blé qu'on s'évertuerait à faire venir sur le causse, voire à une jachère n'ayant même pas la consolation d'être triennale. Sur Wiki, on m'informe que ce fils de bourgeois, pas plus noble que vous et moi – mais c'est un privilège que l'on reconnaît aux écrivains, de s'adjoindre noms ronflants et micro-particules –, se décrivait lui-même comme un “bon gros, plus frisé qu'un gros comte allemand”, fort amateur de franches repues et de libations exagérées, ce qui le rend tout de suite très sympathique : le côté Porthos, sans doute.

Et Dantzig dans sa notice cite de lui trois vers, dont le dernier va me valoir, je le sens, au moins trois jours de plein bonheur ; les voici :

Accablé de paresse et de mélancolie,
Je rêve dans un lit où je suis fagoté,
Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté.

Il y a, dans cet alexandrin en gelée, comme un effluve fin de siècle, le XIXe, qui se prolongerait dans les premières années du suivant. Mais, ne voulant point lasser, j'interromps là ma tartine.

17 commentaires:

  1. En civet, ça marchait moins bien le coup du désossé...

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  2. Arrêtez de parler de moi dès le début. Je suis obligé de lire.

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  3. J'ai bien compris ce billet sauf la partie sur le gros frisé. Et j'aime bien le pâté aussi.

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  4. Contrairement à ce qu'insinuent volontiers mes détracteurs, ma culture est des plus pauvres

    Vous plaisantez...

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  5. Accablé de paresse et de mélancolie,
    Je rêve dans un lit où je suis fagoté,
    Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté.

    Beaucoup de blogueurs dont vous faites partie se reconnaîtront.

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  6. "Le Melon", de Marc-Antoine Girard de Saint-Amand, dit par Benjamin Lazar, avec (je crois) la prononciation de l'époque :

    https://www.youtube.com/watch?v=m9pIhz34f-M

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    1. Il faudrait tout de même vous décider à apprendre comment on fait un lien !

      À part ça, je trouve la prestation de ce pauvre garçon d'un ridicule achevé.

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  7. Vous êtes tout désigné pour faire l'éloge de NJ lorsqu'il fera son entrée à l'Académie ..... de la Bière

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  8. A porter un tel nom on pouvait espérer
    qu'il fut moins languissant sur le champ de bataille.


    Majeur

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  9. Comment voulussiez-vous que nous l'aimassions, "Porthos", il était pourtant bon zig, autrefois.
    Se perdre stupidement en politique n'est pas du meilleur effet pour un mousquetaire.

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  10. Saint-Amant est un très bon poète du XVII è siècle qui est un peu oublié aujourd’hui . Ces poèmes ne sont plus édités en recueils depuis longtemps mais sont éparpillés dans des anthologies.

    On le retrouve ainsi dans l’anthologie de la poésie française du XVII è siècle chez Gallimard et dans la « poésie à l’Age baroque «  chez Bouquins. Quelques poèmes sont édités également dans un livre intitulé «Les poètes délaissés « de Pierre Dauzier et Paul Lombard.

    C’est bien maigre et pourtant on s’aperçoit à leur lecture qu’il fut un poète drôle et touchant et qui écrivait des textes compréhensibles pour le commun des mortels. C’est sans doute, à mon avis, par ce chemin-là que la poésie retrouvera un peu de verdeur.

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    1. Quelques poèmes figurent dans le t. II des "Libertins du XVIIe siècle" dans La Pléiade (et l'anthologie de Pompidou donnait le "Comme un lièvre sans os (...)').

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