jeudi 18 juillet 2019

La méthode Coi


J'ai finalement trouvé le moyen de ne plus être importuné par les démarcheurs téléphoniques – que leur race soit maudite jusqu'au jour du Jugement –, ou en tout cas de l'être nettement moins. Je suis heureux de vous faire profiter de ma trouvaille. Elle est fort simple : il suffit, lorsque votre téléphone  se met à sonner, de prendre la communication… et de vous abstenir de communiquer ; c'est-à-dire de vous cantonner dans une inébranlable expectative en demeurant impeccablement muet.  Si, par extraordinaire, votre numéro a été composé par une vraie personne, laquelle est connue de vous et a effectivement des choses à vous dire, elle va forcément, après une seconde ou deux de silence, se manifester par des sons articulés, tels que : « Allo ? », ou bien : « Machin Truc ? », ou encore : « Il y a quelqu'un ? », voire : « Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille », mais c'est nettement plus rare.  Si cela se produit, c'est que vous êtes toujours dans la vie réelle, le monde d'avant : comportez-vous alors comme vous en avez l'habitude. Dans le cas contraire, qui tend à devenir le plus fréquent,  il peut se passer deux choses, exclusives l'une de l'autre :

1) Une voix féminine enjouée et enregistrée vous félicite d'avoir gagné un superbe… (Là, en principe, vous avez déjà raccroché) ; ou bien, moins enjouée mais tout aussi féminine, vous informe qu'une anomalie a été détectée dans votre… (clic !). 

2) Dès que vous-même avez dit “allo ?”, ou bien “j'écoute !”, ou encore “l'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable”, une voix non enregistrée mais toujours féminine va se manifester sans attendre, avec un accent blédard fleurant bon les ruelles tortueuses et les murs blanchis à la chaux, pour vous demander si vous êtes bien Monsieur Goux, ou Monsieur Didier, vu qu'elle ne fait pas la différence entre votre nom et votre prénom – un peu comme vous avec Abdelaziz et Bouteflika. Bien entendu, comme vous êtes un être civilisé, c'est-à-dire en voie de disparition, vous répugnez à raccrocher au nez d'une demoiselle, fût-elle ultra-méditerranéenne, et vous voici donc embarqué dans des phrases maladroites, des excuses empêtrées, des interruptions vicieuses – tout cela vous faisant complètement perdre le fil de ce qu'était occupé à vous raconter Paul Léautaud, en son entrée de journal du 18 avril 1938, alors que, justement, André Gide venait d'entrebâiller la porte de son bureau du Mercure de France. Bref, vous finissez tout de même par vous débarrasser d'Aïcha, mais vous sentez bien que le sourd agacement qui subsiste en vous va mettre un certain temps à s'évacuer. Du coup, vous plantez là Gide et Léautaud, pour sortir fumer une cigarette sur le balcon, ce qui n'est pas très bon pour votre santé…

Or, grâce à ma méthode – que nous devrions, j'y songe, nommer la “Méthode Coi” –, vous pouvez vous épargner de tels désagréments. En effet, l'expérience a prouvé que si, après avoir empoigné le récepteur, on restait absolument silencieux, dans plus de neuf cas sur dix la communication s'interrompait d'elle-même, sans qu'aucune Zoubida ne se soit manifestée, ni même aucun son fait entendre. Ce qui vous a permis, à vous, de prendre la communication puis de l'abandonner sans pour autant interrompre Léautaud, puisque rien ni personne n'est venu vous distraire de lui.

Pourquoi, si l'on ne prend pas l'initiative de la parole, la communication s'interrompt-elle presque toujours, avant même d'avoir commencée ? Diverses hypothèses et théories sont en cours d'élaboration, au 19 de la rue de l'Église, ce sera pour une prochaine fois : je ne voudrais pas, m'étalant indûment, faire plus de tort à Léautaud que le fléau dont nous venons de parler ; je sens qu'il ne me le pardonnerait pas.

30 commentaires:

  1. Je pense hélas que vous vous bercez d'illusions en imaginant que votre méthode va éloigner les inopportuns : ces gens-là sont des tiques qui ne renoncent jamais.

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    1. Ils ne renoncent pas, mais ils ne me dérangent plus. Ou beaucoup moins.

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    2. Je les aimais bien, moi, vos "inopportuns"…

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    3. Les tiques renoncent à vous fourguer l'isolation à 1% quand vous leur dites "Ici la mosquée. Ne quittez pas, je vais chercher l'imam".

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    4. Les plaisanteries de ce genre (Catherine en a développé quelques-unes par le passé…) sont en effet amusantes… au début. Quand on les a répétées douze fois, on commence à se lasser un peu…

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  2. Monsieur,

    Votre papier met le doigt sur un véritable fléau. Non seulement l'engeance des diffuseurs de publicité téléphonique perturbe notre lecture de Léautaud, des soins que nous apportons à notre collection de timbres ou de tout autres choses importantes dans une vie que nous essayons d'avoir civilisée, mais elle nous empêche également d'user des bienfaits (il peut y en avoir) du téléphone.
    En effet, nombre de mes amis, ne connaissant pas encore la méthode coi, ne plus décrochent plus du tout leur téléphone afin de rester isolés des importuns qui leur vantent les bienfaits de l'isolation des combles. Il devient donc impossible de contacter quelqu'un si une citation de Léautaud vous manque ou si vous voulez partager une découverte que vous venez de faire sur une émission de la poste malgache de 1972. C'est facheux.
    Savez vous que 60 députés ont rédigé un projet de loi pour empêcher ces réclames telephonees abusives? Leur demande a été rejetée par une majorité qui n'a aucune idée du préjudice que représente pour la population ces interruptions dans sa lecture de Passe Temps ou de Petit Ami par des gougnafiers et autres jean-foutre. Qu'ils ne s'étonnent pas ensuite de la vindicte populaire!

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    1. Des importuns bien sûr...
      Quel crétin ce Fredi...

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    2. Vous avez raison : il va être temps de ressortir des bottes de foin les fourches et les fléaux, puis de monter à l'assaut des châteaux et des palais.

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    3. Ou bien, de recoloniser le Maghreb et d'y foutre le feu à tous les centraux téléphoniques : à voir…

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  3. "Pourquoi, si l'on ne prend pas l'initiative de la parole, la communication s'interrompt-elle presque toujours, avant même d'avoir commencée ?"

    L'explication est simple : ces appels passent par une application qui a une fonction de "détection de silence".
    Cette période de silence est réglable, mais elle est en général de 10 à 15 secondes.
    Si le robot ne perçoit pas un seul son pendant cette période, il raccroche automatiquement et passe à l'appel suivant, histoire de ne pas faire perdre trop de temps à Miss Maghreb.

    Conclusion : votre méthode est la bonne.

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    1. Eh bien, je suis ravi de votre explication car, moins les détails techniques, c'est en gros celle qui m'était venue !

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    2. avant même d'avoir commencée ?”

      Etre ou avoir...

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  4. à moi, elle avait pourtant dit s'appeler Nathalie Martin... avec un fort accent tout de même. Décevante Aïcha !

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  5. Vot'trouvaille ça fait des années déjà que je l'applique. Ce que j'aimerais surtout c'est ne plus subir ce parasitage permanent du téléphone.

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  6. Autre solution que j'applique: ne pas répondre du tout à la sonnerie. Quelqu'un qui vous connaît et qui veut vous joindre laissera un message sur le répondeur.
    Orage

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  7. Ayant décidé dès l'apparition du téléphone portatif (comme on disait à l'origine) de ne jamais en posséder, de ne jamais écouter parler les machines, et de ne jamais leur parler non plus, il va sans dire que votre conseil judicieux se trouve être superfétatoire en ce qui me concerne.
    Néanmoins on ne peut que vous féliciter pour vous être laissé aller à répondre à cette impulsion humanitariste qui a consisté à vous inciter à partager avec le commun des mortels qui fréquente votre blog, un avantage que vous auriez tout aussi bien pu garder pour vous-même !

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    1. Ma chère, je n'ai pas non plus de téléphone portatif (contrairement à Catherine qui en possède un). Or, il se trouve que 99% des appels publicitaires que nous recevons arrivent sur le téléphone fixe. Donc…

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    2. J'ai résisté jusqu'en 2005 face au "portable" : tout le monde me regardait comme une demeurée parce que je n'en avais pas, avec moquerie et commisération, surtout pour quelqu'un de ma génération (à l'époque...). Je l'ai toujours en 2019 - pas de smartefon - c'est toujours le même que j'utilise, il est pourtant tombé je ne sais combien de fois, c'était du robuste encore.

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  8. Qu'est-ce qu'elle est pète-sec cette Mildred...

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    1. Ce doit être la faute au réchauffement climatique, je ne vois pas autre chose…

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    2. Et si c'était sa marque de fabrique d'être pète-sec ?
      Il est parfois utile de faire un petit retour aux origines, n'est-ce pas Parrain ?

      http://didiergouxbis.blogspot.com/2010/04/vol-au-dessus-dun-double-nid-de-blogo.html

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    3. Mais puisque vous m'en donnez l'occasion, Parrain, expliquez-moi pourquoi vous avez supprimé tous les commentaires de Georges, ce que vous n'aviez pas fait à l'origine, autant que je puisse me le rappeler ?

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    4. Vous avez lu trop vite ! Sous chaque intervention de Georges, il est écrit : « Commentaire supprimé par L'AUTEUR. » Je n'y suis donc pour rien, il s'agissait d'un sabordage. Dont je serais bien incapable de vous donner la raison (m'en foutant par ailleurs complètement).

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    5. Mais que vous a-t-il fait "l'ami Georges" pour vous lui vouiez (ça de dit "vouiez ?)une rancune aussi tenace ? Et c'est moi qui suis pète-sec !

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    6. Où voyez-vous de la rancune dans ce que j'ai dit ?

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    7. La seule chose juste, dans votre commentaire, c'est votre conjugaison de "vouer"…

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