samedi 7 décembre 2019

Comment j'ai raté Muray


Comment j'ai raté Muray : tel est bien le titre de mon premier article publié sur le site de Causeur. Ironie de la chose : comme les Puissances tutélaires du dit site ont jugé bon de le réserver à leurs abonnés, et que pour des raisons trop longues et pas assez intéressantes à donner je ne fais plus partie de ces happy few, je ne puis même pas avoir l'élémentaire et puéril plaisir de me relire ! Pour ceux de mes braves lecteurs qui ne le seraient pas non plus, abonnés, je compte mettre l'article en question ici, dans quelques jours : j'espère qu'ils sauront contenir leur légitime impatience…

Sinon, pour ceux que Muray et son journal intéressent, je signale à leur gourmandise que le même Causeur, mais dans sa version “papier” et mensuelle publie ce mois-ci deux pages consacrées à Michel Desgranges, rencontré en tant qu'éditeur et ami du Muray en question : lisez-les, vous ne le regretterez pas, je crois. 

Quant au troisième volume du journal  lui-même *, il me semble marquer une rupture, par rapport aux deux tomes précédents, ou au moins une nette évolution, en ce sens qu'on a l'impression d'assister à la naissance du véritable Muray, celui qui s'apprête à écrire les livres qui restent associés à son nom et à sa renommée, en particulier les Exorcismes spirituels. Au fil de ces presque 700 pages, on voit le papillon s'extraire de sa doudoune chenillesque et déployer sinon ses ailes, du moins l'arsenal des armes lourdes qu'il ne cessera plus d'employer par la suite, et dont il fait ici les premiers essais réjouissants. Pour cibles inaugurales, il ne choisit pas du petit gibier, puisqu'il concentre ses tirs sur Philippe Sollers et Bernard-Henri Lévy – qui sortent de ce livre plus ou moins en lambeaux. Ce qui, bien entendu, ne les empêchera nullement de continuer à nuire et à se répandre un peu partout.

Il lui arrive d'être injuste. Par exemple lorsqu'il écrit ceci, en juin 89, que j'ai déjà noté dans mon journal le mois dernier : « […] Postérité [son roman paru l'année précédente] n'était pas raté ; ce n'est pas moi qui ai fait un mauvais livre, c'est Grasset qui (par bêtise ou volontairement) en a fait une mauvaise édition. » Malheureusement, l'un n'exclut pas l'autre. Et on est un peu gêné de voir Muray, cet animal lucide qu'est Muray, se réfugier dans ce type d'argument éculé (« Je suis un génie, mais mon éditeur est en dessous de tout !»), au lieu d'essayer de porter un regard un peu plus distancié sur son roman – qui est, je suis désolé de le dire, totalement raté et d'un insubmersible ennui. Il faut ajouter que, en cette année de bicentenaire, il est occupé à en écrire la suite, ce qui ne risque pas de le prédisposer à la clairvoyance.

Mais les emportements, fussent-ils injustes, font partie du charme irrésistible de cette espèce d'oursin aux piquants toujours dardés qu'est Philippe Muray, qui s'illustre magnifiquement dans ce troisième “opus” (moi aussi, je jargonne le post-moderne, quand je veux !), lequel fait naître une grande envie chez son lecteur parvenu à la dernière page : que les Belles Lettres ne tardent pas trop à nous donner la suite.

* Ultima Necat III, Journal intime 1989 – 1991, Les Belles Lettres, 700 p.

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