lundi 7 mars 2016

Le style des journalistes modernes


Je ne voudrais pas faire mon Renaud Camus, mais enfin j'ai tout de même eu un léger sursaut en recevant, il y a une couple d'heures, le mail suivant :

Bonjour Didier,

Je suis journaliste pour France 2 et je prépare un reportage sur les grands-parents qui prévoient de garder leurs petits-enfants pendant les vacances de Pâques.

Je suis tombée sur un article de votre site internet : http://didiergouxbis.blogspot.fr/2012/04/les-grands-parents-chicoufs-cest-nous.html

Apparemment vous êtes concerné ? :)

A votre dispo pour en parler par téléphone !

Mes coordonnées : 06 ** ** ** **.
A très vite !
Leslie

Voilà donc comment s'expriment désormais les jeunes gens (car j'imagine assez mal une Leslie française et sexagénaire) qui font carrière dans la presse, ou au moins y prétendent. Je n'ai rien contre cette Leslie-de-France 2, mais je trouve un peu fort de café (ou Fort-de-France si elle est lyonnaise…) que, sous prétexte de n'avoir pas de nom de famille, elle décide d'emblée de me priver du mien : je suppose qu'il s'agissait, dans l'esprit de cette personne, de créer un climat super cool entre elle et moi – c'est manqué.

Mais, évidemment, la suite est encore plus savoureuse, puisque notre intrépide reporter a décidé, ayant besoin de mon éventuel témoignage, que c'était un honneur qu'elle me faisait et que, donc, c'était bien le moins que je l'appelasse et non l'inverse ; elle se contenterait, elle, de rester à ma dispo, ce qui est déjà, j'en conviens, fort aimable de sa part. Mais dispo pas trop longtemps tout de même (J'ai autre chose à faire, moi, merde, fait chier, quoi !), comme semble le souligner la sommation finale “à très vite”, assortie de son point d'exclamation, qui en augmente encore l'urgence.

J'espère malgré tout que la charmante Leslie sait ce que patience veut dire, si vraiment elle attend mon appel – lol.

53 commentaires:

  1. Votre grotesque lol résonne en écho à son misérable :), c'est du bon pastiche.

    Mais pour les Leslie sexagénaires (et plus si affinités), que faites-vous de la merveilleuse Leslie Caron ?

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    1. Leslie Caron a une excuse recevable : une mère américaine.

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  2. Message reçu, Monsieur Goux, j'arrête de vous appeler Didier.

    Alain

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    1. Je ne m'étais même pas aperçu que vous le faisiez…

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    2. Bon, ben alors puisque vous ne me lisez pas je vais continuer...

      Alain

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  3. Elle aurait pu terminer par "bises". Vous êtes petit joueur.

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    1. Peut-être qu'elle n'embrasse pas avant le deuxième mail ?

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  4. Plus curieux que vous, j'ai découvert que cette dame était effectivement jeune et charmante, mais, plus inattendu, qu'elle avait un nom de famille:

    http://www.lesliebenzaquen.com/

    Voilà qui devrait vous faire reconsidérer votre décision de ne pas donner suite à ses avances.

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    1. Où l'on découvre que la dame est "ouverte aux opportunités"…

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    2. De plus, elle a le permis !

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    3. je porterais un nom de famille comme le sien, j'éviterais comme la peste certains lieux ou certaines catégories de personnes Je dis ça je dis rien

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  5. Je ne voudrais pas faire mon Elie Arié, mais il me semble que vous ne donnez pas votre téléphone sur ce blog, donc elle vous donne le sien.
    Elle a fait un rapide sondage des commentaires récents et elle a vu qu'on pouvait vous appeler Didier sans que cela semble vous offusquer(cf la dame dont on n'a pas le droit de se moquer, hélas).
    Elle est pressée car d'après ses calculs les anglais ne devraient pas tarder à débarquer. A votre place je me dépêcherais, mais...bon.

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    1. Et si elle était tombée sur un commentateur m'appelant "mon biquet", vous croyez qu'elle aurait fait pareil ?

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    2. @ jazzman

      Vous aussi, vous avez eu droit au coup des vaches sacrées ?

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    3. @Mildred
      Pas vraiment, parce que je suis arrivé après Marco Polo, et je savais donc qu'il suffisait de faire dans l'original-piquant pour que ça passe.
      Je vois que vous avez aussi trouvé un moyen sacrément vache de contourner la censure, mais attention aux clôtures électriques, ça pique (mot-clé magique, on n'est jamais trop prudent).

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    4. @Monsieur Goux
      Vous pensez certainement au gros frisé dont on n'a pas non plus le droit de se moquer. Finalement, il n'y a que sur Elie Arié qu'on peut se défouler sans risques. Mais avouez que tirer sur une ambulance qui rate un virage ou se mange un platane à chaque commentaire, ça diminue fortement le plaisir du tir de salon cher à Louis Flobert.

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  6. Hahaha, le moins qu'on puisse dire c'est que le statut social qu'elle estime associé à sa fonction ne lui a pas échappé, à Leslie. Il y aurait dans ce petit message de quoi illustrer un ou deux chapitres facétieux de thèse sur le clergé médiatique en France au XXIème siècle.

    Bien sûr que c'est un honneur : rendez-vous compte, vous avez été choisi. Par France 2 la plus grande chaîne publique, rien de moins. Quelle chance unique de sortir enfin de votre médiocre anonymat, privilégié que vous êtes. C'est pourquoi votre dernière ligne laisse malgré tout le lecteur perplexe - serait-ce que vous envisageriez sérieusement de ne pas accourir à la convocation? Les gens ne respectent vraiment plus rien, de nos jours...

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    1. Je ne sais pas trop bien cultiver mon image : ça me perdra sans doute.

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  7. Ne vous plaignez pas, vous avez échappé aux “Bisous Bisous ! ” qui lui aussi est devenu une habitude…

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  8. Cependant ne vous faite pas trop d'illusion : derrière ces personnes “super sympa” — on en voit un peu partout maintenant, ils vous tapent sur l'épaule et vous tutoient direct et t'appelle par ton prénom Didier —, se cachent de beaux petits requins bien comme il faut. Que vous le vouliez ou non, vous êtes désormais le “pote” de Leslie. Yeah !

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    1. Rassurez-vous, je ne me fais aucune illusion (en ce domaine en tout cas).

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  9. (C'est curieux cette petite dictature du “sympa”) Et puis c'est “cool” ! fais pas ta mauvaise tête Didi, t'es chiant quoi !

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  10. Ce qui est certain c'est qu'elle ne doit pas vous avoir beaucoup lu; elle saurait que vous et les enfants...surtout pour les garder.

    Sinon, oui, on se croirait tout à fait dans Renaud Camus, ce mail ne fait que confirmer ce qu'il ne cesse de dénoncer, et qu'il précise dans La Civilisation des prénoms.
    Je vois qu'elle a oublié le "cordialement" !

    Comment ne pas éclater de rire, en effet. Existe t-il un rire de tristesse ?

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    1. Je suppose que le "à très vite !" fait office de "cordialement".

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  11. J'ai autre chose à faire, moi, merde, fait chier, quoi !
    Ça ressemble à du Nicolas Jégou in the text

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  12. La petiote a du se dire:" Ah, ce Didier, un homme de Goût.".
    J' espère ne jamais être un grand père " chicouf" cela m'évitera de subir les idioties des journalistes de télévision.

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    1. En réalité, je serais plutôt un grand-père (par alliance) "oufouf".

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  13. 31 ans, free lance et ouverte aux opportunités, et ça vous laisse de marbre ? Vous vieillissez, Didier ! Oh pardon, monsieur Goux !

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    1. Je ne suis pas une opportunité ! Je suis un homme liiiiiibre !

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  14. Travaillant depuis plus de 30 ans dans le milieu audiovisuel je trouve que la dame s'exprime tout à fait avec les codes en usage. Je comprend cependant que cela puisse agacer.

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    1. Dommage que "les codes en usage dans le milieu audiovisuel" n'incluent pas l'usage d'une bonne orthographe ! Moi, c'est cela qui m'agace.

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    2. Je suis d'accord avec Sniper.
      C'est un mail qui respecte les codes de politesse actuels, et non un mail impoli.

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    3. Il y a pourtant de nombreux articles sur la politesse dans les mails.
      Ne pas s'y conformer un peu, en particulier pour un 1er contact, c'est prendre le risque de se faire rejeter d'emblée (la preuve).
      Et si en 6-7 ans d'expérience, elle n'a pas encore compris ça.....

      Droopyx

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    4. Les "codes" en usage dans l'audiovisuel devraient rester à usage strictement internes, il me semble.

      D'autre part, Chère Suzanne, je n'ai pas dit que ce mail était impoli. C'est presque pis, en fait.

      Droopyx : Comme je ne vais évidemment pas lui répondre, elle va évidemment être certaine que, de nous deux, c'est moi le mal élevé.

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    5. "elle va évidemment être certaine que, de nous deux, c'est moi le mal élevé."
      et si c'était le cas ? Je pense à un passage du journal de Camus: il cherche une employée de maison, il est agacé qu'on lui dise "bonjour" et non "bonjour Monsieur" en réponse à son "bonjour mademoiselle".
      Si son agacement est perceptible sur sa physionomie, qu'en pensera son interlocutrice ? Elle recevra un message négatif alors qu'à la base, elle n'était peut-être que gentillesse et politesse réelle.
      Je sais bien que vous n'avez pas dit que ce mail était impoli. Il n'est pas convenant, pas convenable du point de vue de la politesse ancienne, qui va survivre encore comme politesse de classe, mais pour combien d'années ? Ce n'est plus un code, ce n'est plus une forme qui va de soi. Vous pouvez bien le déplorer, vitupérer comme Saint-Simon, être le seul de la tablée qui ne dira pas "bon appétit", passant pour un ours ou pour un sourd, ça n'y changera rien. Si vous déconsidérez les impolis contemporains, ayez l'indulgence de différencier le rustre, le désagréable, le grossier personnage du poli à la nouvelle mode, qui ne désire en rien vous offenser, bien au contraire !
      Allez, répondez à cette journaliste, quoi !

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    6. Eh bien peut-être le poli à la nouvelle mode devrait-il songer à cultiver un peu plus de discrétion dans sa façon de signaler de la manière sympa qui le caractérise la supériorité de la caste à laquelle il estime appartenir, ça peut servir lorsqu'on adresse une requête à des polis à l'ancienne mode. Mais il est vrai que ça suppose de prendre le temps d'identifier son interlocuteur et comme nous le souligne aimablement sniper, il n'est plus vraiment d'usage dans la profession de perdre du temps avec les rangs inférieurs.

      M'enfin ce que j'en dis moi...

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  15. Oh, allez, arrêtez de faire votre Léautaud ! Elle n'a peut-être pas trouvé d'autre pédophobe !

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  16. Est-on obligé de se soumettre aux codes, ou faut-il admettre que pour exister on se doit d'être des moutons ?

    Je pense que plusieurs d'entre nous sont issus de l'audiovisuel, mais on a presque honte aujourdhui de l'évoquer; pour ma part je n'en tire aucune gloire.

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    1. Donc, avant les enfants naissaient dans les choux ou les roses ; maintenant, certains naissent dans l'audiovisuel…

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    2. jazzman, vous êtes prié de vous taire !

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    3. Ce blog a par moments des allures tout à fait surréalistes.
      J'adore le "jazzman, vous êtes prié de vous taire !" de Mildred sous vos enfants qui naissent dans l'audiovisuel.

      Cela me rappelle que je me devais, enfant, de faire présence tous les jeudi dans l'émission "La Boite à surprises" de Radio-Canada (en l'occurence à la télé) et que cela m'était un affreux pensum.

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    4. Ah mais je n'avais absuloment rien l'intention de dire. Farpaitement courageux, mais pas téméraire.

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  17. Moi j'interpelle tout le monde par: "ducon"... C'est plus simple et je risque pas l'impair.

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  18. En plus, rien ne vous empêche de vous faire interviewer assis à une table recouverte d'exemplaires de votre dernier roman...

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  19. le lol final m'a fait renverser mon kawa ce matin, j'ai ri.
    [mon commentaire étant sûrement parti avec la Spontex, mon téléphone étant victime collatérale de cet incident, je recommence ]

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    1. Règle numéro un : ne jamais manipuler du liquide quand on lit un billet de Didier Goux.

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  20. Si je puis me permettre : en ne lui répondant pas, en brisant dans l'oeuf l'échange, vous avez peut-être raté une occasion de nous faire rire davantage à ses dépens...
    Rectification : j'en suis sûr !

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    1. Mais c'est que je ne tiens pas tant que ça à vous faire rire aux dépens de cette aimable personne !

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  21. A l'évidence, la demoiselle préfère l'impair, ou ne s'en soucie pas. Mais de là à voir en elle une privilégiée... A en juger par son CV, c'est plus probablement une petite main. L'industrie audiovisuelle exploite une armée de subalternes. "journaliste pour France 2" n'est pas "journaliste de ou à France 2".

    Et son "sujet"...

    Dans la nacre de son CV...

    Réalisation du reportage : Camping : les vacances préférées des Français.

    Co-réalisation du reportage "Dans les yeux de Katia, une femme aveugle partie gravir le Kilimandjaro."

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