Pour Nicolas et Élodie…
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samedi 21 mars 2020
dimanche 5 janvier 2014
Darwin, la météo et les extraterrestres : petite fable du dimanche
En ouverture de son livre intitulé Au-delà de Darwin (éditions Jacqueline Chambon), Jean Staune propose une petite fable qui, pour n'être que ce qu'elle est, une simple analogie, est tout de même éclairante. Résumons-la, ou du moins essayons.
Considérons une planète à peu près semblable à la Terre, sur laquelle une espèce intelligente s'est développée. Les deux différences avec la Terre sont que, comme Vénus, cette planète est entourée d'une épaisse couche de nuages qui empêche de jamais voir le soleil et les étoiles, et que, d'autre part, elle est si éloignée de son soleil qu'elle met plusieurs siècles à en faire le tour. Appelons-la Darwos (le nom est de moi, non de Staune).
Au début, les Darwosiens en sont réduits à prier les dieux afin qu'ils leur accordent un temps aussi clément et propice aux récoltes que possible. Au bout de quelques millénaires, une esquisse de science, appelée météorologie, apparaît. Comme celle-ci est incapable de prévoir le temps qu'il fera plus d'une quinzaines de jours à l'avance, les prêtres qui faisaient la pluie et le beau temps combattent durement et sans relâche cette “pseudoscience”. Néanmoins, au fil des décennies, la météorologie s'affine et, même si le temps qu'il fait ou qu'il va faire semble définitivement imprédictible, plus personne ou presque, chez les Darwosiens, ne pense plus que les tempêtes et les belles journées de juin sont décrétées par les dieux ; ils sont au contraire persuadés qu'elles ne sont dues qu'au hasard.
Or, au bout de quelques siècles d'observations et d'études, voici que de nouveaux savants suggèrent que, à très long terme, quelque chose contribue à la modification du climat, faisant alterner, de façon étrangement régulière, les périodes froides et les périodes chaudes. Aussitôt, les météorologues classiques s'insurgent : ils ont eu assez de peine à écraser les superstitions répandues par les prêtres, ils ne vont pas risquer de les laisser reprendre du poil de la bête ! Ces gardiens de l'orthodoxie climatiques se mettent donc à ferrailler contre les iconoclastes, avec d'autant plus de succès, il faut le dire, que ceux-ci ignorent absolument tout de ce qu'ils croient avoir observé, et surtout de la nature du phénomène qui pourrait causer ces variations à grande échelle. Pendant ce temps, en effet, les très encombrants grands prêtres darwosiens tentent de remettre Dieu au centre de la controverse.
Bref, on s'écharpe à qui mieux mieux, la situation est totalement bloquée ; et elle le restera tant que les savants ne parviendront pas à découvrir la marche des astres et des planètes dans l'univers, ainsi que le phénomène des saisons, dû à la rotation elliptique de Darwos autour de son soleil.
La transposition aux batailles contemporaines (et terrestres…) engendrées par le darwinisme est évidente : les “grands prêtres” correspondent aux créationnistes ou, à tout le moins, aux modernes tenants du dessein intelligent ; les météorologues qui défendent leur pré carré sont les néo-darwiniens purs et durs ; enfin, ceux qui pressentent une cause plus globale aux alternances de froid et de chaud, mais sans comprendre cette cause, représentent ces savants de plus en plus nombreux qui, sans verser dans le créationnisme et en s'opposant au dessein intelligent, contestent au darwinisme la capacité de tout expliquer du vivant, toujours et partout.
Et, en effet, comme sur Darwos, la guerre fait rage.
Durant longtemps, les néo-darwiniens (dont le “chef de file” est Richard Dawkins) ont pu écraser leurs contestataires, grâce à leur nombre et surtout avec un argument massue, une “arme absolue de langage”, qui avait déjà fait ses preuves dans un tout autre domaine. On se souvient que, dans les années cinquante et soixante (et même encore après…), toute personne se montrant un tant soit peu critique envers le communisme et l'Union soviétique était automatiquement présentée par les marxistes comme un sous-marin du fascisme mondial, un stipendié de la CIA. De même, durant des décennies, tout biologiste, généticien, paléontologue, etc., qui se mêlait de s'en prendre au dogme néo-darwiniste devenait ipso facto un suppôt du créationnisme ou, au mieux, un partisan du fameux dessein intelligent.
Or, il n'en est évidemment rien, sauf pour une infime proportion de ces “contestataires”. La plupart de ces savants ne conteste nullement l'évolution des espèces, ni même la sélection naturelle dans son ensemble, et rejette fermement toute tentation créationniste. Certains, comme Stephen Jay Gould, se sont même toujours vus comme des darwiniens de bonne observance. Ce qu'ils disent, ce que leurs multiples études les conduisent à penser, notamment depuis l'apparition de la génétique, la découverte de l'ADN, etc., c'est que le néo-darwinisme n'est pas (n'est plus) en mesure de fournir une explication globale du vivant, qu'il doit y avoir autre chose, même s'ils ignorent encore quoi : exactement comme les météorologues de Darwos face au phénomène des saisons et du mouvement des astres.
D'après le philosophe des sciences Karl Popper, une théorie ne peut être qualifiée de scientifique que si elle demeure réfutable. Ce qui signifie qu'une théorie possédant une réponse pour toutes les situations, y compris à venir, cesse d'être une science pour se durcir en dogme. C'est pourquoi, jusqu'à une époque récente (et encore aujourd'hui, dans la presse “généraliste” et chez les moins informés des blogueurs…), tout savant critique se trouvait immanquablement rejeté dans le camp infernal des obscurantistes créationnistes.
Pour mieux comprendre la résistance désespérée (désespérée, car leur citadelle se lézarde chaque jour un peu plus) des néo-darwiniens orthodoxes – ces nouveaux grands prêtres… –, il faudrait reprendre la notion de paradigme scientifique, très bien analysée par Thomas Kuhn – mais cela nous entraînerait un peu loin, alors qu'il est déjà midi et que je n'ai même pas encore pris ma douche.
Il n'empêche : l'affaire est passionnante.
mardi 23 avril 2013
Étude en queue de poisson
Les chercheurs sont des gens indispensables ; notamment parce – et par ce – qu'ils parviennent toujours à trouver, apportant ainsi un éclairage neuf sur ce dont l'homme moyen pensait sincèrement avoir déjà fait trois fois le tour. C'est ainsi que des crânes d'œuf (de saumon, sans doute) américains ont établi que le refus du mariage guignol et la détestation des sushis étaient fortement et étroitement corrélés. Si vous n'aimez pas le thon cru, vous n'apprécierez pas davantage le mariage à plume dans le cul – c'est comme ça, ne cherchez pas à vous singulariser en essayant de dissocier les deux choses. Il reste qu'on n'aimerait pas être dans la peau de deux homosexuels déterminés à passer devant M. le maire et persistant malgré cela à détester les petites bouchées nipponnes : il y aurait là un écartèlement psychologique risquant de conduire tout droit les impétrants aux confins de la démence. Ce qui, du reste, pourrait leur permettre d'échapper aux sushis qu'ils détestent, car, comme chacun le sait, plus on est de fous, moins il y a de riz.
samedi 7 avril 2012
Les physiciens sont gens de haute patience
En 1927, le physicien Thomas Parnell – britannique mais ayant fait toute sa carrière en Australie – pense avoir trouvé le but de sa vie : il va prouver à l'humanité ébahie que malgré son apparence de solide la poix, ce bitume qui ne veut pas dire son nom, est en fait un fluide. Et, en effet, il va y passer sa vie, même au-delà.
Pour lancer son expérience, Thomas Parnell fait couler de la poix fondue dans un entonnoir. Après cela, heureux de la tâche accomplie, il va se coucher et laisse son installation reposer trois ans, afin de laisser à la poix tout le temps de se resolidifier. Au bout de ce laps, il découpe le fond de son récipient et retourne au lit. Il va y rester huit ans (c'est une image…). À l'issue de cette période, joie, pleurs de joie, une première goutte tombe enfin de l'entonnoir : la poix est bel et bien un fluide. On se sent soulagé, non ?
Depuis ces temps héroïques, huit autres gouttes ont suivi la première, certaines du vivant de Parnell, d'autres après sa mort. Car l'expérience continue. Installée à l'université de Brisbane, elle est même, depuis l'an 2000, filmée jour et nuit par une webcam et observée par une communauté planétaire de compagnons de la perle bitumineuse, restreinte mais de poix. Ces joyeux contemplatifs s'apprêtent d'ailleurs à célébrer, en mai, le cinquantième anniversaire de la quatrième goutte.
Mais l'important est ailleurs : d'après les plus éminents des parnelliens, la prochaine devrait choir en 2013 ou à la rigueur 2014. Le monde retient son souffle.
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