dimanche 5 janvier 2014

Darwin, la météo et les extraterrestres : petite fable du dimanche


En ouverture de son livre intitulé Au-delà de Darwin (éditions Jacqueline Chambon), Jean Staune propose une petite fable qui, pour n'être que ce qu'elle est, une simple analogie, est tout de même éclairante. Résumons-la, ou du moins essayons.

Considérons une planète à peu près semblable à la Terre, sur laquelle une espèce intelligente s'est développée. Les deux différences avec la Terre sont que, comme Vénus, cette planète est entourée d'une épaisse couche de nuages qui empêche de jamais voir le soleil et les étoiles, et que, d'autre part, elle est si éloignée de son soleil qu'elle met plusieurs siècles à en faire le tour. Appelons-la Darwos (le nom est de moi, non de Staune).

Au début, les Darwosiens en sont réduits à prier les dieux afin qu'ils leur accordent un temps aussi clément et propice aux récoltes que possible. Au bout de quelques millénaires, une esquisse de science, appelée météorologie, apparaît. Comme celle-ci est incapable de prévoir le temps qu'il fera plus d'une quinzaines de jours à l'avance, les prêtres qui faisaient la pluie et le beau temps combattent durement et sans relâche cette “pseudoscience”. Néanmoins, au fil des décennies, la météorologie s'affine et, même si le temps qu'il fait ou qu'il va faire semble définitivement imprédictible, plus personne ou presque, chez les Darwosiens, ne pense plus que les tempêtes et les belles journées de juin sont décrétées par les dieux ; ils sont au contraire persuadés qu'elles ne sont dues qu'au hasard.

Or, au bout de quelques siècles d'observations et d'études, voici que de nouveaux savants suggèrent que, à très long terme, quelque chose contribue à la modification du climat, faisant alterner, de façon étrangement régulière, les périodes froides et les périodes chaudes. Aussitôt, les météorologues classiques s'insurgent : ils ont eu assez de peine à écraser les superstitions répandues par les prêtres, ils ne vont pas risquer de les laisser reprendre du poil de la bête ! Ces gardiens de l'orthodoxie climatiques se mettent donc à ferrailler contre les iconoclastes, avec d'autant plus de succès, il faut le dire, que ceux-ci ignorent absolument tout de ce qu'ils croient avoir observé, et surtout de la nature du phénomène qui pourrait causer ces variations à grande échelle. Pendant ce temps, en effet, les très encombrants grands prêtres darwosiens tentent de remettre Dieu au centre de la controverse. 

Bref, on s'écharpe à qui mieux mieux, la situation est totalement bloquée ; et elle le restera tant que les savants ne parviendront pas à découvrir la marche des astres et des planètes dans l'univers, ainsi que le phénomène des saisons, dû à la rotation elliptique de Darwos autour de son soleil.

La transposition aux batailles contemporaines (et terrestres…) engendrées par le darwinisme est évidente : les “grands prêtres” correspondent aux créationnistes ou, à tout le moins, aux modernes tenants du dessein intelligent ; les météorologues qui défendent leur pré carré sont les néo-darwiniens purs et durs ; enfin, ceux qui pressentent une cause plus globale aux alternances de froid et de chaud, mais sans comprendre cette cause, représentent ces savants de plus en plus nombreux qui, sans verser dans le créationnisme et en s'opposant au dessein intelligent, contestent au darwinisme la capacité de tout expliquer du vivant, toujours et partout.

Et, en effet, comme sur Darwos, la guerre fait rage.

Durant longtemps, les néo-darwiniens (dont le “chef de file” est Richard Dawkins) ont pu écraser leurs contestataires, grâce à leur nombre et surtout avec un argument massue, une “arme absolue de langage”, qui avait déjà fait ses preuves dans un tout autre domaine. On se souvient que, dans les années cinquante et soixante (et même encore après…), toute personne se montrant un tant soit peu critique envers le communisme et l'Union soviétique était automatiquement présentée par les marxistes comme un sous-marin du fascisme mondial, un stipendié de la CIA. De même, durant des décennies, tout biologiste, généticien, paléontologue, etc., qui se mêlait de s'en prendre au dogme néo-darwiniste devenait ipso facto un suppôt du créationnisme ou, au mieux, un partisan du fameux dessein intelligent.

Or, il n'en est évidemment rien, sauf pour une infime proportion de ces “contestataires”. La plupart de ces savants ne conteste nullement l'évolution des espèces, ni même la sélection naturelle dans son ensemble, et rejette fermement toute tentation créationniste. Certains, comme Stephen Jay Gould, se sont même toujours vus comme des darwiniens de bonne observance. Ce qu'ils disent, ce que leurs multiples études les conduisent à penser, notamment depuis l'apparition de la génétique, la découverte de l'ADN, etc., c'est que le néo-darwinisme n'est pas (n'est plus) en mesure de fournir une explication globale du vivant, qu'il doit y avoir autre chose, même s'ils ignorent encore quoi : exactement comme les météorologues de Darwos face au phénomène des saisons et du mouvement des astres.

D'après le philosophe des sciences Karl Popper, une théorie ne peut être qualifiée de scientifique que si elle demeure réfutable. Ce qui signifie qu'une théorie possédant une réponse pour toutes les situations, y compris à venir, cesse d'être une science pour se durcir en dogme. C'est pourquoi, jusqu'à une époque récente (et encore aujourd'hui, dans la presse “généraliste” et chez les moins informés des blogueurs…), tout savant critique se trouvait immanquablement rejeté dans le camp infernal des obscurantistes créationnistes.

Pour mieux comprendre la résistance désespérée (désespérée, car leur citadelle se lézarde chaque jour un peu plus) des néo-darwiniens orthodoxes – ces nouveaux grands prêtres… –, il faudrait reprendre la notion de paradigme scientifique, très bien analysée par Thomas Kuhn – mais cela nous entraînerait un peu loin, alors qu'il est déjà midi et que je n'ai même pas encore pris ma douche.

Il n'empêche : l'affaire est passionnante.

42 commentaires:

  1. "plus personne ou presque, chez les Darwosiens, ne pensent plus "
    Évolution des accords verbaux ?

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  2. C'est quoi cette tartine ? Et cette critique de Stéphane Jégou ?

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    1. Et encore, j'aurais pu faire beaucoup plus long ! Un truc en cinq ou six épisodes, façon Aristide.

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    2. Mais oui, bonne idée. C’est un sujet passionnant.

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    3. Chiche! (au lieu de vous moquer bêtement de ceux qui écrivent des tartines...)
      Tiens, d'ailleurs je profite de l'occasion pour vous dire que j'ai lu il y a quelque temps le livre de Michael Denton après que vous en ayez parlé ici. Je l'ai trouvé superlativement intéressant. Merci, donc.

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    4. Vous avez sûrement eu tort de lire ces sottises, si l'on en croit M. Brunet, ci-dessous…

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    5. Jean-François Brunet7 janvier 2014 à 17:35

      En effet. Mais batailler contre les inepties Dentonesques est au-dessus de mes forces. Le problème avec l'anti-science et toutes les charlataneries est qu'il infiniment plus facile de dire n'importe quoi que de démontrer que c'est n'importe quoi. La bataille est inégale de ce point de vue.

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  3. Vaste débat qui ne finira jamais mais quand j'entends que Dieu a crée l'homme à son image, je me dis qu'il y eu des ratés ou lorsque d'autres évoquent l'évolution façon Darwin ma réaction est aussi partagée car il y a encore de l'homme de Cro-magnon voir du néandertalien chez certains de nos contemporains.

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  4. Passer de la course entre les deux S à la vulgarisation d'une troisième voie entre créationnisme et Darwinisme, bravo pour le grand écart. Les thèses pseudo religieuses accompagnant la théorie de l'évolution, j'avoue avoir un peu de mal. Mais il est vrai que ce thème nécessiterait des développements bien plus longs....

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    1. D'abord, il ne s'agit nullement d'une "troisième voie", dans la mesure où il n'est pas question de nier le darwinisme. Ensuite, c'est vous qui amenez le religieux là-dedans : les savants auxquels je fais allusion ici ne songent à rien moins.

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  5. Pas un mot sur le forum de Darwos ? C'est pourtant un événement important...

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  6. La même situation s'est produite lorsque certains mathématiciens et physiciens ont suggéré les premiers principes de ce qui sera appelé plus tard la mécanique quantique, pour expliquer ce qui n'était plus explicable par la mécanique de Newton (et sa pomme) dans le domaine de l'infiniment petit, notamment de la constitution de la lumière (un photon est une particule dont la masse est nulle). Mon Dieu que cette phrase est longue...

    Au départ ça a ferraillé dur entre les gardiens du dogme académique Newtonien et ceux qui cherchaient à expliquer des situations que les modèles existants échouaient à démontrer, et puis les années passant, la mécanique quantique a été pleinement acceptée.

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    1. Vous sautez un peu vite par-dessus Einstein, tout de même !

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    2. Einstein est intervenu à une époque où les choses étaient déjà devenues plus consensuelles. Celui qui s'est vraiment heurté à la communauté scientifique traditionnelle est Planck, dans les années 1880.

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  7. Je suis maintenant un peu largué , mais je crois me souvenir que la limite du néo-darwinisme (De Vries, etc.) est connue depuis longtemps: pour le néo-darwinisme (en simplifiant) , les mutations génétiques se font de façon aléatoire, et ensuite le milieu sélectionne les plus adaptés; or, la fréquence de ces mutations est trop faible et la vitesse de l’élimination des non-aptes trop lente pour expliquer la vitesse des transformations allant de l’australopithèque aux cro-magnons comme vous et moi.

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    1. Il y en a désormais toute une batterie d'autres. Le livre de Jean Staune dont j'ai tiré le prétexte de ce billet est un bon "point" sur la situation actuelle. Me semble-t-il, en tout cas.

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    2. Jean-François Brunet5 janvier 2014 à 21:32

      Vous feriez mieux, tout de même, d'aller chercher vos références en biologie, of all things, ailleurs que sur le forum de l'In-nocence en général, et chez M. Francis Marche en particulier: Jean Staune, "chargé de cours à l'École polytechnique fédérale de Lausanne, enseignant et consultant en management, ouvertement chrétien, métaphysiquement évolutionniste, etc...." ( je ne fais que recopier Wikipedia): yapa-adire, ça donne envie!
      Il est toujours étonnant de constater le degré auquel les néo-réac et les religieux de tout poil se repaissent de la littérature anti-Darwinnienne (et des "petites fables" sur l'idiotie des Darwiniens, une secte qui se trouve coïncider à peu près avec l'ensemble des biologistes de la planète, tous des cons bien entendu), sans avoir jamais lu ni Darwin (pourtant excellent écrivain et très accessible), ni même Dawkins (itou), sans rien connaître au néo-Darwinisme "pur et dur" (qui ne peut qu'être louche en étant "pur et dur"), ni même au mou, se réjouissant à l'idée que ce dont il ne connaisse pas un traitre mot est "dépassé" (l'espoir étant, peut-être, que le travail qu'ils se sont épargné s'avère rétrospectivement inutile?).
      En passant, et pour la bonne bouche, Gould a gardé jusqu'au bout un vieux fond marxiste, ceci expliquant cela.

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    3. Je ne lis jamais les textes de Marche, dont le style m'insupporte. J'ai d'autre part lu Darwin, ne vous en déplaise et n'ai jamais dit que les Darwiniens étaient des imbéciles.

      Par conséquent, camembert.

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  8. Et voilà ! Élie est le seul à avoir lu le billet en entier.

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    1. Je le lirai en entier quand vous aurez lu en entier le bouquin que je vous ai envoyé, pas avant.

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    2. Dans ce cas, vous pouvez vous y mettre dès ce matin…

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  9. Il me semble que ceux que vous présentez comme des contestataires du darwinisme sont seulement des gens qui affinent la théorie de base. Les orthodoxes étant des gens qui refusent cet affinage. On devrait pouvoir faire une différence entre affiner une théorie et la réfuter. On devrait pouvoir identifier, dans la theorie de base, et dans la theorie affinee, un ensemble de points communs, constitutifs d'une sorte de charpente commune. Par contre, le darwinisme, meme de base, ne serait pas un affinage, mais une refutation du creationnisme, car ils n'y aurait pas de charpente commune aux deux.

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    1. Le créationnisme avait été mis à mal avant l'apparition de Darwin. Par Lamarck, notamment.

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    2. Apparemment le sujet vous passionne, vous le connaissez bien, surement mieux que moi.
      Mais vous cherchez à y voir une sorte de retournement, dans lequel ce sont les scientifiques (darwinistes de base, ou autres...), qui deviendraient des anti-scientifiques comme les créationnistes.
      La "charpente commune" à toutes les théories scientifiques (darwinistes de bases, celles qui les contestent sur tel ou tel point), au dela du contenu, est aussi que ce sont des theories scientifiques. Le debat entre elles est entre gens qui cherchent a connaitre la vérité de manière scientifique, c'est une controverse scientifique, ils n'y mettent pas d'enjeu theologique, ethique, ou autre...
      Votre maniere d'aborder le sujet, par son cote passionné, ne va-t-elle pas, justement, au dela de la curiosité scientifique ? Ne cherchez vous pas a mettre dans ce debat scientifique un enjeu politique ou ethique, ou theologique ?

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    3. Les savants ne sont pas de purs esprits, contrairement à ce que vous semblez croire : ce sont des humains qui, comme tous les humains, ont beaucoup de mal à s'extraire du cadre de pensée dans lequel ils ont été formés. Lire à ce sujet La Structure des révolutions scientifiques, de Thomas Kuhn.

      Quant à "l'enjeu théologique", il existe des deux côtés. Dawkins a expliqué lui-même que, si quelqu'un se mettait à contester Darwin, il lui demandait d'abord s'il croyait en Dieu. en cas de réponse positif, il rompait immédiatement la discussion.

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    4. Il y a le célèbre échange entre:

      -l'archevêque de Cantorbery " Vous, vous descendez peut-être du singe, Monsieur Darwin, mais pas moi"

      et Darwin - "Je préfère descendre du singe que d'y être remonté comme vous, Monseigneur"

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    5. Citation apocryphe, à n'en pas douter : non seulement Darwin était croyant (eh oui…), mais en plus il était bien élevé.

      À tout prendre, je préfère celle de cette dame de la bonne société anglaise de l'époque, qui aurait dit : « Je veux bien que nous descendions du singe, mais faites au moins que cela ne s'ébruite pas ! »

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  10. Avec l'œuvre de Robert Charroux ( Le livre des Secrets trahis, Le livre des Maîtres du monde, ...), au moins, on ne risque pas de s'ennuyer et de s'enfermer dans l'univers clos des dogmatiques et monomaniaques de telle ou telle école. De ses livres émane un charme certain, presque désuet, non dénué de rigueur scientifique, et qui touche au plus près le mystère de nos origines par la révélation de vérités cachées.

    D'aucuns diront sans doute que ces lectures sont toxiques. Pas plus qu'un vieil armagnac aurais-je tendance à penser.

    Dans « Le livre des Secrets trahis » il réfute six erreurs classiques (extraits) :

    « 1) Rien ne prouve que l'homme descende du singe. (...)
    Les chaînons reliant le singe à l'homme n'ont jamais été trouvés, et tous les sinanthropes, australopithèques, pithécanthropes, atlanthropes et autres anthropopithèques, sont des canulars au même titre que l' « Homme de Piltdown ».
    (...)
    2) L'homme préhistorique n'a pas habité les cavernes sauf par exceptions comme de nos jours. (...)
    3) L'homme préhistorique s'habillait comme tous les hommes civilisés d'Occident (...)
    4) Les hommes préhistoriques connaissaient l'écriture, comme le prouvent les tablettes gravées de Glozel (...)
    5) Les hommes préhistoriques ne vivaient pas dans l'état de précarité avancé par les manuels classiques. (...)
    6) L'homme préhistorique n'était pas cet être obtus, borné, grossier que l'on voudrait accréditer. (...) »

    Les rêveurs, les poëtes, les croyants ou pas, les hérétiques, les férus de sciences occultes ou de sciences dites humaines et dures trouveront chez Robert Charroux matière à réflexion, en dehors des chemins balisés par ceux qui prétendent nous imposer leur vision et leur version du monde, forcément limitées le plus souvent aux intérêts de leur caste.

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    1. Voilà qui ne mérite même pas une réponse.

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    2. C'est quand même une très jolie illustration du discours de la "théorie du complot", tous les ingrédients y sont (les affirmations les plus fausses + "ceux qui veulent nous imposer la pensée conforme à leurs intérêts, mais, à moi, on ne la fait pas"); c'est exactement la même structure que le discours des anti-vaccins, de ceux qui croient aux OVNI, etc. : "c'est prouvé, mais on a intérêt à nous le cacher".

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  11. Jean-François Brunet6 janvier 2014 à 18:23

    Plutôt que les prétendus arguments contre le Darwinisme ou les puérils renvois dos à dos de la science et de la religion par des gens qui ne s'intéressent pas vraiment à la première de toutes façons, un phénomène digne de débat est la constance de l'antidarwinisme "intellectuel" français à travers les âges: religieux, académique, stalinien, structuraliste, néo-réac-plus-nauséabond-que-moi-tu-meurs, et j'en passe.

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    1. Donc, d'après vous, il y aurait d'un côté les darwinistes-forcément-progressistes, et de l'autre les critiques-obligatoirement-réacs.

      Je sens qu'on a bien avancé, là…

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    2. La réalité du débat est que les scientifiques ne sachant pas vraiment expliquer le fonctionnement d'un virus (comme le Sida) ne peuvent pas être trés clairs sur l'évolution de la vie sur Terre qui a démarré il y a 2.5 milliards d'années. (Voir "Ni Dieu, ni gènes" de Kupiec et Sonigo) L'obscurantisme a encore de belles années devant lui.
      Robert Spire
      Robert Spire

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    3. Ce n'est pas l'obscurantisme mais au contraire la science, qui a de belles années devant elle.

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    4. Enfin, l'obscurantisme aussi, sans doute…

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    5. Jean-François Brunet7 janvier 2014 à 09:58

      Il y a les scientifiques et les autres, et parmi eux beaucoup qui détestent la science et ne l'abordent que d'un point de vue complaisamment suspicieux, débusqueur de scandale ou de complot, jubilateur de ses échecs supposés ou à venir. Les scientifiques sont humains comme vous le soulignez plus haut, et soumis aux mêmes passions que les autres, mais la science elle, se distingue de toutes les autres activités humaines par sa capacité à s'autocorriger. Elle l'a fait encore et encore depuis des siècles, rapprochant toujours un peu plus ses concepts de la réalité des choses, ce qu'elle prouve sans cesse, pour le meilleur et pour le pire, pas sa capacité à manipuler le réel de façon prévisible. C'est ça que les idéologues (de nombreux philosophes, des religieux, des politiques staliniens ou néo-réac, des intellos de tous poils secrètement frustrés de ne produire qu'un "sens" toujours jetable) ne lui pardonnent pas, essayant de la noyer dans un grand relativisme. Bien sûr Darwin pourrait être remis en question (on découvre d'ailleurs maintenant des mécanismes quasi Lamarckiens) mais pas par des religieux à l'aide de la religion ni par des théoriciens fumeux d'un complot conservateur au sein de la communauté scientifique.
      D'autre part je crois que les Français de pardonnent pas à l'Angleterre de lui avoir durablement ravi la prééminence scientifique, en biologie en tous cas, à l'occasion du grand virage Darwinien (et qu'on ne puisse plus lire Cuvier ou Lamarck, malgré leur génie, comme on lit encore Darwin).

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  12. Accepter le darwinisme, c'est comme lire le livre du sens de la vie par la fin.
    Forcément, ça gâche l'imagination...

    Amike

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    1. Mais, justement, le darwinisme semble de moins en moins être la fin de toutes choses.

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