dimanche 19 janvier 2014

On ne sèmera pas Morand aussi facilement


Mo Yan – voir le billet précédent – peut commencer à se faire quelques cheveux blancs : Paul Morand semble disposé à prendre ses aises et peu enclin à tolérer le moindre rival – surtout étranger. Non seulement j'accorde de moins en moins de temps chaque jour au Chinois pour en passer davantage aux échanges du second avec Chardonne, mais ce cancer-là commence à pousser ses métastases. Déjà, à peine dépassée la quatre-centième page, je commence à ressentir le manque qui va me saisir lorsque, volume terminé de cette Correspondance, il me faudra attendre le bon vouloir de la maison Gallimard pour me plonger dans les deux suivants. C'est pourquoi, tout naturellement, je me suis dit que reparcourir les presque deux mille pages du Journal inutile pourrait me faire un certain bien, comme la méthadone à l'héroïnomane en descente de schnouf. Or, ce n'est pas tout.

Avant-hier, alors que nous téléconversions, Michel Desgranges me dit que sa propre lecture des lettres de Morand/Chardonne lui avait donné envie de faire venir à lui Les Mémorables de Maurice Martin du Gard. Ce Martin du Gard-là, cousin de l'autre, a fondé les Nouvelles littéraires et les a dirigées tout au long des années vingt et trente. À ce titre, il a fort bien connu, et beaucoup écouté, tout ce que la France a produit d'écrivains à ce moment-là.

J'ai vivement encouragé Michel Desgranges dans cette idée qu'il avait, car ce n'est pas si souvent que nous venons à parler d'un livre que j'ai lu et pas lui ; en général c'est plutôt l'inverse. J'ai donc plastronné un peu tout à mon aise. Ce faisant, je me suis en quelque sorte auto-inoculé mon enthousiasme, et il m'a paru que je ne pourrais pas me dispenser de relire Martin du Gard – ce qui est encore une façon de ne pas quitter Morand. De toute façon, le quitter ne puis, dans la mesure où, d'un jour à l'autre, vont m'arriver ses nouvelles, réunies dans un volume de la Pléiade : si je ne veux pas me donner à moi-même l'impression pénible de jeter l'argent du ménage par la fenêtre, il faudra bien que j'en lise une petite dizaine, au bas mot, pour rentabiliser le volume, si je puis dire.

Pendant ce temps, dans son petit coin de salon, Mo Yan se fait tout petit ; mais c'est pour mieux préparer sa vengeance contre le volage que je suis. Car les Chinois demeurent fourbes et cruels, même après avoir été dûment nobélisés.

11 commentaires:

  1. Préparez-vous à dépenser plus, prodigue Didier : les Nouvelles de Morand forment deux volumes Pléiade (plus un volume romans).
    J'ai ressorti "Fouquet, ou le Soleil offusqué" et en attendant de le relire, je suis dans la Correspondance Nimier-Chardonne.
    Chardonne est plus vif, et incisif, quand il écrit à Morand.

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    1. J'attends la correspondance Chardonne/Nimier d'un jour à l'autre…

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  2. Il y a des chanceux , être au volant d'une bugatti type 35.

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    1. Oui, eh bien, la bagnole de plein air, je vous la laisse !

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    2. Le cousin germain de notre grand-père courait sur Bugatti. Jules Goux.

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    3. Ah oui, tiens, j'avais oublié Jules !

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  3. On peut actuellement une très belle GP40A Grand Prix dans son jus à la Cité de l'architecture à Chaillot dans le cadre de l'expo 1925.

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  4. Si je puis me permettre de jouer au pousse au crime, je ne peux que vous conseiller le recueil de chez Bouquins qui réuni différents textes de voyages de Morand et justement intitulé "voyages": Ce volume ne me quitte presque jamais depuis 10 ans...

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    1. Amiral, si tu me pousses à la dépense, tu vas te faire remonter les bretelles par qui tu sais !

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  5. Robert Marchenoir20 janvier 2014 à 19:12

    J'aimerais déposer une réclamation concernant la rubrique bagnoles de ce blog.

    Tantôt on a des voitures de dentiste genre Volvo.

    Tantôt on a des voitures qui dérangent le brushing comme celle de ce monsieur Morand.

    J'ose espérer un geste commercial de la part de la maison à ce sujet.

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    1. On est comme ça, chez les Goux, c'est l'écartèlement maximal : un côté Bugatti (Morand) et un côté Volvo (Morandini).

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