jeudi 23 janvier 2014

Les Mémorables de Martin du Gard

Anna de Noailles, 1876 – 1933

Pour qui s'intéresse aux écrivains de l'entre-deux guerres, la lecture des Mémorables de Maurice Martin du Gard me paraît indispensable. On y entend véritablement la voix de ces hommes et de ces femmes (beaucoup plus d'homme que de femmes, tout de même…), on est réellement en leur présence. On me dira que, n'ayant jamais rencontré aucun d'eux, je peux difficilement savoir si les propos, attitudes, etc., que rapporte du Gard sont bien les leurs. Je dispose néanmoins d'un “test” qui me semble probant, et c'est la personne de Paul Léautaud, que l'auteur rencontre à plusieurs occasions : il s'y montre exactement semblable à ce qu'il est dans son Journal littéraire, ou encore à la radio, lors des entretiens avec Robert Mallet ; il se ressemble parfaitement ; on peut donc supposer que les autres portraits sont exacts eux aussi. La façon dont du Gard les fait apparaître, se mouvoir, parler, réagir est si vivante que, bientôt, après une ou deux centaines de pages, on se surprend à tisser des liens réels avec eux ; à se dire qu'on aimerait beaucoup déjeuner avec Valery Larbaud ou passer une soirée avec Léon-Paul Fargue, prendre le train pour Charmes dans le wagon de Maurice Barrès, mais qu'on se garderait bien de fréquenter Anna de Noailles ou Drieu La Rochelle, vraiment trop poseurs

Me sidère aussi la capacité de l'auteur à restituer après coup toute l'atmosphère d'une conversation à bâtons rompus, en en respectant la construction, les enchaînements, les coq-à-l'âne, etc. Dans sa préface, François Nourrissier explique qu'il se dépêchait de tout noter dès la fin d'une visite ou d'un entretien. Il prétend aussi qu'il lui arrive parfois de “synthétiser” deux ou trois rencontres en une seule. C'est possible. Il reste que le résultat est tout de même très brillant, totalement vrai. Et l'on pardonne volontiers à Martin du Gard sa propension à une certaine préciosité de la langue, la tendance qu'il a à faire joli, à se regarder écrire avec une certaine satisfaction de soi-même : petits péchés véniels au regard des irremplaçables qualités de son témoignage.

4 commentaires:

  1. Robert Marchenoir23 janvier 2014 à 20:34

    Voilà ce qu'il vous faut :

    http://www.dailymail.co.uk/news/article-2544635/No-need-furniture-Made-measure-Chesterfield-sofas-chaises-longues-DOGS-just-like-real-thing-sos-price-tag.html

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  2. C'est dommage que ce ne soit pas édité sous forme numérique... sur Amazon Chine on ne trouve que Roger. Et encore seulement deux ouvrages. Tant pis, ça attendra un futur passage en France...

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  3. Réponses
    1. Je pense que vous vous emmêlez les crayons dans les Martin du Gard…

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