mardi 18 septembre 2018

La Païva n'avait pas la langue dans sa poche… et heureusement pour ses finances


Elle fut, du second XIXe siècle, l'une des plus prestigieuses courtisanes : c'est ainsi que l'on nommait les putes dépassant un certain tarif horaire. Je n'emploie pas cette dernière expression au hasard, ni par goût de choquer les âmes prudes : elle est directement reliée à l'anecdote qui m'a mis en joie ce matin, et que je vais vous faire partager sur l'heure.

Un jour, la Païva se retrouve face à un homme fort riche et affectant cette muflerie que l'argent donne parfois aux esprits pas assez solides pour en supporter l'abondance. Celui-ci lui déclare tout de go qu'il veut l'avoir depuis longtemps et qu'il l'aura. Sans se démonter, la Païva lui répond sur le même ton dépourvu de fioritures : « Une demi-heure, dix mille francs* ! » Le lendemain, le gros sac d'or arrive dans le fameux hôtel des Champs-Élysées, se fait recevoir par la maîtresse des lieux dans sa chambre et, sans un bonjour, ni aucun autre mot, jette négligemment une liasse de billets de banque sur le lit. Pensant écraser définitivement sa future partenaire sous son mépris d'imbécile, il laisse tomber en même temps : « Vous devriez les recompter avant… »

Alors, la Païva, du tac au tac : « Non, je compterai pendant : ça m'occupera… »

On s'amuse d'un rien, n'est-ce pas ?

* dix mille francs de cette époque représentent approximativement vingt à vingt-cinq mille euros de la nôtre…
 

14 commentaires:

  1. Ôtez-moi d'un doute les courtisanes sont bien du sexe féminin ? Dans ce cas cela ferait de vous un spécimen rare : un homme féministe ! Cela méritait d'être signalé !

    RépondreSupprimer
  2. Suite logique du précédent billet.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pourtant nous sommes aux antipodes de cette "ardeur dans la délicatesse" que vous évoquiez, et qui pouvait en faire rêver plus d'une !
      Alors que là, nous sommes dans la goujaterie la plus sordide telle peut-être que seul un homme peut se permettre sans que cela ne puisse lui nuire auprès de ses semblables.

      Supprimer
    2. Rêvez, rêvez
      puisque rêver vous plait
      moi je ferai mon rêve
      lorsque je reviendrai

      Supprimer
  3. Me voila à traîner dans les pages Wikipedia d'une pute de luxe trépassée et de sa maison pendant les heures de bureaux. Vous n'avez pas honte ?

    RépondreSupprimer
  4. Voilà une courtisane de grande classe qui n'a jamais sombré dans la misère, il faut le dire.

    « Les dames galantes du Second Empire, Cora Pearl, Juliette Beau, la Païva, on ne peut tout de même pas les exclure de la confrérie putassière. Elles en sont les plus beaux fleurons et leur habileté les amène à promener leurs charmes dans les milieux d'affaires et de politique où se font les nouvelles fortunes. »
    Alphonse Boudard, La Fermeture.

    A inscrire au patrimoine de la France en quelque sorte.

    Hélas pour nous, est arrivée Marthe Richard pour détruire les temples de l'Amour vénal, la fin des maisons closes. Ce qui fit dire à Pierre Mac Orlan : « C'est la base d'une civilisation millénaire qui s'écroule ».

    « Le moment est venu de s'engager dans la voie de la propreté et du progrès moral . » Marthe Richard le 13 décembre 1945.

    Il est joli le progrès moral !

    RépondreSupprimer
  5. J'avais lu une autre anecdote: un journaliste avait sollicité ses faveurs et avait apporté la liasse demandée ; elle a compté les billets après et a dit qu'il y en avait un de trop et le journaliste a répondu "aucune importance, ils sont faux" ; plus tard elle a appris que le journaliste avait fait le pari de "l'avoir à l’œil" et que les billets étaient vrais !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est une seule et même anecdote ! Je l'ai simplement coupée en deux et j'ai jeté la seconde partie…

      Supprimer
  6. Finalement, ce personnage est extrêmement intéressant : charme et force de caractère conjugués, cette dame avait une vraie personnalité. D'autres courtisanes célèbres ont le même genre de profil, ce métier requérant un certain nombre de qualités plutôt considérées généralement comme "viriles".

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le plus étonnant,c'est que,quand on regarde leurs photos, on constate que, sans être moches, elles ne sont pas si belles que ça, du moins d'après nos critères d' aujourd'hui.

      Supprimer
  7. Jolie Photographie i
    Mais malheureusement Ce n'est pas Thérèse Lachmann alias Blanche de Donnersmarck et Marquise de Païva ! Cf les trois photographies existantes ...

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.