samedi 15 septembre 2018

Ces sujets “tabous” dont on ne cesse de parler


Est-il vraiment nécessaire, absolument vital pour eux, que les gens de droite, ou prétendus tels, coupent dans les âneries qui servent de mantras perpétuels aux glorieuses élites de gauche – “élites” et “de gauche” devant former à leur oreille, imaginé-je, un  parfait pléonasme ? Je lis ce “chapeau”, chez les semi-analphabètes d'Atlantico (et c'est moi qui souligne) : 

Les pratiques sexuelles des Français n'ont pas nécessairement changé, mais la parole s'est libérée, notamment sur les sujets tabous tels que la sexualité des seniors ou le plaisir féminin.

Nous laisserons pour aujourd'hui de côté les orgies du troisième âge, si vous le voulez bien. Le plaisir féminin serait donc un de ces fameux “sujets tabous” qui servent plus ou moins de gargarismes à tous nos progressistes pituiteux ; une chose si énorme, tellement sombre, à ce point explosive, que seule notre courageuse époque aurait trouvé la force de l'aborder, et encore : sur le mode du chuchotis, et avec de fréquents coups d'œil par-dessus l'épaule, des fois que déboulerait la police des mœurs, surgissant des ruelles les plus obscures de la réaction cléricale.

Dans la mythologie grecque, qui remonte comme chacun sait à la plus haute Antiquité, Tirésias est un mage qui, pour avoir dérangé un couple de serpents en pleine copulation, se retrouva brusquement changé en femme. Quelques années plus tard (six ou sept, je ne sais plus trop), rejouant les perturbateurs de coït avec le même couple, il redevint finalement homme. Et c'est à ce titre que Zeus et Héra (Jupiter et Junon, pour les latinistes exclusifs) le prirent pour arbitre dans l'une de leurs olympiennes querelles de ménage. Chaque membre du binôme divin prétendait en effet que, lors de l'acte charnel, c'est l'autre sexe qui accaparait l'essentiel du plaisir. Fort de sa double expérience, Tirésias trancha sans ambiguïté en faveur de Zeus : c'étaient bien les femmes qui étaient gagnantes dans le déduit. Il précisa même que, si le plaisir global était divisé en dix morceaux, la femme en aurait neuf et l'homme un seul. Ce qu'il advint ensuite de Tirésias ne nous intéresse pas pour l'heure.

Voilà donc un “tabou” dont on s'entretient – et en haut lieu encore ! – depuis plusieurs millénaires sans désemparer. Beaucoup plus près de nous, dans le premier tome de son Histoire de la sexualité, au titre explicite (La Volonté de savoir), Michel Foucault a bien mis en lumière que, loin d'enfouir les questions sexuelles sous le boisseau, l'Occident n'avait cessé de produire des discours à leur sujet. Et il ne me faudrait pas grand temps pour montrer que, au travers de la littérature notamment, et du roman en particulier, le plaisir féminin a presque toujours eu droit de cité et d'expression.

Mais c'est l'infantilisme particulier de notre temps : lorsque les armées du Progrès décident d'enfoncer une porte depuis longtemps battante, voire tout à fait dégondée, il leur semble nécessaire de faire croire, de se faire croire, qu'il s'agit en réalité d'un pont-levis médiéval, implacablement fortifié et farouchement défendu : c'est à cela que sert ce petit mot, tabou, qui n'abuse plus qu'eux-mêmes, et encore de moins en moins. Ainsi, donc, que quelques âmes errantes et timidement droitières, qui croient encore au magistère moral de cette gauche qu'ils contemplent toujours avec les yeux de Chimène, alors même que Rodrigue n'est plus qu'un vieillard égrotant dans son fauteuil de tétraplégique. Mais ça ne fait rien : l'important est de continuer à monter au combat, afin que ne rouillent pas les estocs en plastique ni les heaumes de carton.

37 commentaires:

  1. Et Le chapeau, par hasard, il ne se terminerait par «on vous explique pourquoi» ?
    Ils commencent à me lasser chez Atlantico...
    Quant aux tabous il me semble que notre société n'en a plus guère. À part le grand remplacement bien sûr, dont il ne faut surtout pas parler.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et pourquoi donc laisserait-on de côté les orgies du troisième âge ? Serait-ce que vous-même et certains de vos commentateurs (parmi lesquels j'ose parfois me compter) sont en plein dedans ? Orgiaquons !

      Supprimer
    2. Il faut bien que je me garde quelques sujets pour l'avenir…

      Supprimer
  2. Je ne connais Tirésias que par ses mamelles, peu de chose donc, inutile d'en parler !
    Quant au plaisir féminin, si le sujet n'était jamais abordé dans l'éducation des jeunes filles de ma génération, nous avons souvent été mises en garde d'un simple : il n'y a pas de mauvais violon, il n'y a que de mauvais violonistes.
    Faut-il déduire de tous ces palabres sur le sujet, que très nombreux sont les "mauvais violonistes" qui préfèrent parler plutôt que d'essayer de jouer une partition pour laquelle ils ne se sentent pas à la hauteur ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis bien désolé de vous contredire : il y a de mauvais violons. À mon avis, ils sont même l'immense majorité : d'où le succès de Stradivarius et d'une poignée d'autres.

      Supprimer
    2. Tous les violonistes qui ne peuvent s'offrir un Stradivarius, ne vous diront pas merci ! Et ces luthiers, dont on m'a raconté qu'il y en avaient qui mettaient une vie entière à construire un seul violon, non plus !

      Supprimer
  3. Sinon si l'envie vous en prend n'hésitez pas : parlez nous donc des orgies chez le troisième âge.
    Sans tabou.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce serait beaucoup plus drôle d'en parler avec tabou.

      Supprimer
    2. Désolé de vous contredire, mais il reste bien un dernier tabou :

      https://www.20minutes.fr/societe/2336811-20180914-vie-sexuelle-france-avoir-vie-sexuelle-tabou-parle-explique-janine-mossuz-lavau

      Supprimer
    3. Je m'incline, je m'incline !

      D'un autre côté, une chose dont on ne parle pas est-elle forcément "taboue" ? Et si elle était, tout simplement, inintéressante ?

      Supprimer
    4. Et si elle était, tout simplement, inintéressante ?
      Ah ben oui !
      A-t-on jamais écrit un bon roman sans une histoire de cul ?
      Demandez à Christine Angot.

      Supprimer
    5. Vous avez vu beaucoup de scènes de cul, vous, dans Don Quichotte ?

      Supprimer
  4. Et bien quel sujet brûlant pour un samedi matin, Maître Goux ! M'est avis que vous avez dû passer une nuit torride avec Madame Goux, si je puis me permettre cette impertinente allusion.
    Mais il est vrai que les secrets de la féminité ne semblent pas près d'être tous éclaircis.
    "Mais ça ne fait rien : l'important est de continuer à monter au combat, afin que ne rouillent pas les estocs en plastique ni les heaumes de carton."

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le voilà, le dernier tabou, que je m'en vas lever sur l'heure : la féminité ne recèle absolument AUCUN secret. C'est bien pourquoi ceux qui s'obstinent à les chercher sont soit des puceaux irrémédiables, soit de somptueux cocus.

      Supprimer
  5. Je propose de rendre obligatoire l’excision. On verra après si on continue ensuite à nous casser les couilles avec le plaisir féminin

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'idée part d'un bon sentiments… mais l'excision ne serait-elle pas elle-même un sujet tabou ? Ou, bien pire encore : en parler ne serait-il pas une façon particulièrement vicieuse de stigmatiser nos frères nègres, qui la pratiquent massivement et, pour le coup, sans le moindre tabou ?

      Ça mérite réflexion…

      Supprimer
    2. Depuis quand j’ai de bons sentiments ?

      Je n’ai pas de frère negre sauf un gros.

      Supprimer
  6. Je commence à être agacé par tous ces jeunes ignorants (par rapport à moi, tout le monde est jeune et grâce à l'Education Nationale beaucoup sont ignorants) qui, parce qu'ils viennent seulement d'apprendre ce que savaient leurs aïeux, croient êtres premiers à explorer des terres inconnues et se sentent obligés de se glorifier de leurs découvertes.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Comment un S a-t-il réussi à s'accrocher à "être"? Une proximité de clavier? J'aurais dû me relire. Désolé!

      Supprimer
  7. Les anciens Grecs étaient assez libérés sexuellement, tout comme les insulaires des mers du sud imaginés par Diderot. C'est saint Augustin qui a changé les choses en Occident. Selon lui dans la Cité de Dieu, Adam, avant de commettre le péché originel, ne bandait pas par instinct charnel, mais par sa seule volonté. Des hommes sans péché sont des hommes sans instinct charnel. C'est depuis lors qu'on a vu, dans notre contrée, le simple désir charnel comme un péché. Aujourd'hui, peut-être qu'il y a des musulmans très rigoristes qui pensent d'une telle manière, mais ce sont biens les seuls.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vous croyez que c'est à Saint Augustin que nous devons ce qu'il faudrait peut être dans ce cas, appeler un cantique :
      "Et quand je bande, je me demande, si je n'ai pas la bite du Bon Dieu ?"

      Supprimer
  8. Bravo ! Ce blog va bientôt être cité dans "Playboy Magazine"...

    RépondreSupprimer
  9. A force de laisser jaser leurs bijoux bien trop indiscrets, ces demoiselles de la Motte ne sauraient nous surprendre, depuis avant Diderot. Indigestion de vagit-prop'.

    Les secrets de l'Histoire interdite aiguillonnent bien davantage notre libido de mâle Blanc dominateur.

    RépondreSupprimer
  10. Un autre tabou me semble être celui de minimiser ses dons pour la sexualité ; je n'ai jamais entendu quelqu'un, homme ou femme, dire " Je ne suis vraiment pas doué pour la chose,je ne suis pas ce qu'on appelle un bon coup,mes partenaires me disent toujours que ce n'était pas terrible ": pourtant, à en croire les sexologues, ces gens sont extrêmement nombreux ! Alors que plein de gens disent volontiers qu'ils ne sont pas doués pour le dessin,l'écriture, le sport,la cuisine, etc.
    Un seul équivalent, peut-être,je n'ai jamais entendu quelqu'un dire :" Je n'ai aucun sens de l'humour ".

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. À une époque (lointaine), je me flattais d'être “le plus mauvais coup de Paris”. Mais tout le monde comprenait qu'il s'agissait d'une pure vantardise. Sinon, il y a Brassens :

      Qu'on me comprenne bien j'ai l'âme du satyre
      Et son comportement mais ça ne veut point dire
      Que j'en ai le talent le génie loin s'en faut
      Pas une seule encore ne m'a crié bravo

      Supprimer
    2. Il semble que vos sexologues n'aient pas intégré dans leurs circuits, que le sexe peut se pratiquer par période. On peut avoir une période sexe, comme une période foot, une période vélo ou une période golf, etc. Ainsi, je me souviens fort bien de ma période tricot.

      Supprimer
    3. Le gros avantage des périodes tricot, c'est qu'on ne risque pas de se retrouver enceinte. Enfin, je crois.

      Supprimer
    4. Encore que l’on soit plus outillé pour se débarrasser des traces du délit, à l’ancienne… Mais chut, c’est tabou.

      Supprimer
    5. Raisonnement qui s'effondre quand on sait que deux périodes peuvent aussi se chevaucher !

      Supprimer
  11. Intéressante réflexion d'Elie Arié. cependant, je me souviens d'une ancienne amante qui me fit pourtant, après coup, cette confidence sur elle-même, en toute modestie. Chose que j'avais entrevue, d'ailleurs.
    Cette anecdote me permet de contredire formellement l'adage pour jeunes filles cité par Mildred : les mauvais violonistes sont souvent les lampistes de ces dames, et comme eux, ont le dos bien large pour recevoir injustement les coups de bâton. Dans la réalité, tous les hommes faits en témoignent sans tabou : il y de pures cruches rétives à toute extase, quelque ardeur, quelque passion, quelque science qu'on y mette. C'est peut-être, d'ailleurs, une des raisons de la fureur constatée chez certaines féministes : elles savent que le plus tarte des mecs peut prendre mécaniquement son pied, tandis qu'elles... De là, sans nul doute, le thème du "mystère" féminin, qui n'a pas l'air de convaincre le Taulier.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vous ne pourrez cependant pas nier que certains "mauvais violonistes" ou si vous préférez, "le plus tarte des mecs", se contentent facilement des "pures cruches" puisqu'elles ne dérangent en rien leur capacité de "prendre mécaniquement son pied" ?

      Supprimer
    2. Pas besoin de science pour un instinct primaire.
      Un peu d'ardeur dans la délicatesse devrait suffire.

      Supprimer
  12. Il y aurait tant à dire...
    éjaculation = orgasme
    On pourrait déjà noircir quelques pages sur cette équation. Et si on ajoute le terme précoce tout s'effondre.
    D'ailleurs, peut-on vraiment se souvenir d'un orgasme ? Je répondrais plutôt non, et c'est reparti pour quelques pages.
    Une anecdote dite par une copine (de cheval, oui) :
    - Celle-là elle me dégoûte, elle est frigide, elle baiserait avec n'importe qui des fois que ça marcherait enfin...
    Une autre ? Bon, mais c'est bien pour vous faire plaisir ;
    Un soir (enfin un matin) que j'avais abusé du brown sugar j'ai senti arriver un orgasme dévastateur, le truc qui se préparaît était terrifiant...au point que je me suis dit est-ce que mon coeur va tenir ? et là ça a été comme si quelqu'un avait éteint la lumière. Je l'ai échappé belle.
    Je sais ce que vous vous dites, mais non, car ça m'est aussi arrivé sans que je craigne une rupture de tubulure.
    Une droguée de longue date m'a dit que c'était toujours comme ça. D'autres vous diront que non.
    Mais tous vous diront que c'est pour ça qu'ils recommencent toujours, ou pas...

    RépondreSupprimer
  13. Ce rappel des aventures de Tirésias m'a donné grande envie de relire L'Amant de Lady Chaterly, roman un peu oublié, par moi en tout cas. Dire que c'est un homme qui a certainement le mieux parlé du plaisir féminin !

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.