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samedi 17 avril 2010

Vol au-dessus d'un double nid de blogo-coucous

Depuis quelques jours (ou semaines : le temps passe si vite, à nos âges...), j'ai une nouvelle lectrice, d'un type pour moi tout à fait inédit. Appelons-la Mildred.

Donc, Mildred passe par ici très régulièrement, au minimum une fois par jour, lit avec attention ce qui est proposé à son entendement et se forge un avis autorisé. Ensuite, elle se fend d'un commentaire pour exprimer cette opinion. Opinion volontiers sarcastique, ce qui est son droit le plus élémentaire. Jusque-là, rien que de très courant, n'est-ce pas ?

Sauf que notre Mildred, demeurant toujours silencieuse ici, s'en va livrer le dit commentaire sur un autre blog que le mien. Chez un brave garçon – lui-même lecteur de ce blog – qui n'en peut mais. Lequel, par gentillesse ou indulgence ou parce qu'il sait que cette étrange façon de se comporter fait partie du protocole thérapeutique de la dame, la laisse obligeamment déposer ses œufs dans ce nid où il n'ont pas leur place. Le drôle de l'affaire est que, s'il m'arrive de vouloir répondre aux persiflages de Mildred, je suis bien obligé à mon tour d'aller le faire chez notre hôte forcé.

Car Mildred persifle, et plus souvent qu'à son tour. Elle semble même y prendre un réel plaisir, ce dont je me félicite à chaque fois, car ce n'est pas si souvent qu'on a l'occasion de faire jouir les dames. Peut-être espère-t-elle me voir sortir de mes gonds ? Me rouler par terre en bavant ? Je ne sais. Un de ces jours, je vais feindre la colère éructante. Pour voir.

mardi 3 juin 2014

Tu reviendras aux régions


Mildred se plaint (eh bien oui, quoi : c'est une fille…) de ce que ce blog est resté coincé sur le billet de dimanche matin, alors que nous sommes censés être mardi. Elle n'a pas tort, mais c'est que je n'ai rien à raconter : il ne m'est rigoureusement rien arrivé, aucune pensée n'a traversé mon cerveau depuis deux jours, ma voiture a démarré du premier coup, etc. Je ne vais tout de même pas feindre un enthousiasme nicolaïevien pour vous entretenir de la merveilleuse réforme-qui-n'aura-pas-lieu, laquelle vise à prendre des régions, à les mélanger dans un grand sac territorial, afin d'en faire ressortir des régions. Bien sûr, je pourrais toujours ironiser un bref moment sur ce que cela dit de l'essence du socialisme et de ses affidés, des gens à qui vous confiez 22 régions un jour, et dont l'ambition est de vous en rendre moitié moins cinq ans plus tard ; mais ce serait tomber un peu bas. De plus, pour tout dire, n'ayant jamais eu la moindre vocation de commis boucher, je me fiche de ces histoires de découpage et de confection de paupiettes.

La seule chose qui pourrait me faire me désassoupir, ce serait le gros machin mou qui trônera désormais au beau milieu – quoique légèrement décentré vers l'Atlantique – de la France, et qui regroupera le Centre, le Poitou et le Limousin : une région commençant au fond de mon jardin et descendant presque jusqu'à Cahors, je ne pensais pas que je verrais cela un jour. 

D'un autre côté, un gros machin mou faisant une large flaque sur mon cher et vieux pays, ça me rappelle obstinément quelqu'un ; mais alors qui ? 

vendredi 29 avril 2011

C'est l'histoire d'un écrivain en bâtiment, vieillissant et paisible…

À Mildred, qui s'impatiente…

Il n'était ni très doué ni bien vaillant, mais il était consciencieux. Comme il avait un méchant ouvrage de 240 pages à rendre le 15 mai, il avait prévu deux semaines à ne rien faire d'autre qu'à l'écrire, du 17 avril au 2 mai – et on notera qu'il se gardait encore une soupape de sécurité, constituée par le week-end du 8 mai, envisageant de travailler pendant que d'autres commémoreraient, qui la libération générale, qui celle d'Orléans.

Or, il advint qu'une lointaine princesse, encore appelée assistante de l'éditeur, appela un matin notre écrivain en bâtiment au secours et, tout en pleurs, souffrant mille morts, lui demanda s'il ne pourrait pas, des fois, comme ça, par hasard, terminer d'édifier son mur plutôt vers le 3 ou le 4 de ce joli mois de mai s'annonçant, le maçon littéraire dont l'arrivée était prévue le 15 avril ayant produit un mot de sa maman disant qu'il serait à la bourre grave – comme aurait dit Victor Hugo. N'écoutant que son vaillant cœur – et aussi parce qu'il est un peu con sur les bords – le vaillant scripteur promit tout ce qu'on voulut. Puis, le téléphone à peine raccroché, il s'aperçut que tenir ses engagements impliquait de ne rien faire d'autre durant les six jours à venir que de travailler sans relâche, telle la bête de somme qu'il avait au fond toujours été (on remarquera que, dans ce cas précis, bête de somme et animal de sieste s'excluent formellement l'un l'autre malgré leur trompeuse parenté syntactique).

Ne rien faire d'autre, se promit-il donc fermement, de toute façon un peu coincé. Et surtout pas de billet de blog, bon sang de bois : l'heure des écritures gratuites était passée, il s'agissait à présent de faire tomber la monnaie. C'est vrai, quoi.