dimanche 14 juin 2015

Jean-François Revel et la vraie gauche


Il est intéressant de lire, ou de relire, aujourd'hui Ni Marx ni Jésus, sans doute le livre le plus connu de Jean-François Revel, près d'un demi-siècle après sa parution : comme certains grands crus qui, vieillissant, deviennent autre chose que du vin, on y assiste au fil des pages à la transformation d'un ouvrage d'actualité en livre d'histoire, mais en saisissant la mue à un moment où elle est encore incomplète, et sans savoir si elle se fera jusqu'au bout. Même pour un vénérable vieillard de mon acabit, qui se souvient des événements politiques au moyen desquels Revel illustre ses démonstrations, il y a un effet saisissant d'éloignement dans le temps ; je suppose qu'un lecteur de trente ans, quand il rencontre les noms de Poher ou de Couve de Murville, doit avoir l'impression qu'on lui parle de Philippe le Bel ou, au mieux, de Mac-Mahon. Puis, au détour d'un paragraphe, on tombe sur telle ou telle notation qui, miraculeusement, semble avoir été écrite ce matin. Par exemple, celle-ci, que je dédie affectueusement à mes amis blogueurs de gauche – vraie ou fausse –, tout empêtrés qu'ils sont dans leurs picrocholines escarmouches de frontière :

« Finalement, être de gauche en France, cela semble être avant tout affirmer que l'on est plus purement de gauche que les autres gens de gauche, prouver que les autres gens de gauche sont en fait de droite. La droite est finalement sauvée par la peur paralysante qu'éprouvent ses ennemis de passer pour réactionnaires. Dans les moments de crise, lorsque le pouvoir pourrait changer de mains, plusieurs secteurs de l'opposition ne trouvent tout à coup rien de plus urgent que de proclamer l'identité profonde de presque tous ses alliés avec les détenteurs du pouvoir. »

On a l'impression, étrange et un peu déstabilisante, que, déjà en 1970, Jean-François Revel passait une partie de ses journées à lire les blogs gauchistes.

46 commentaires:

  1. Mais comme lui passe son temps à se justifier d'être de droite, ça fait un équilibre.

    Emmanuel

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    1. Dans la mesure où Revel n'a jamais prétendu conquérir le pouvoir, ça ne rééquilibre rien du tout.

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  2. Quelle surprise en cet été 1966, de nous trouver voisins de Couve de Murville, sur cette plage de Saint-Aygulf. Surprise renouvelée quand il se leva et se dirigea vers la mer : nous voilà contemplant son vieux maillot de bain distendu, en laine tricotée bleu marine, laissant apparaître à chaque pas, ses testicules se balançant gentiment au rythme de la marche.
    Un tel mépris du ridicule ne peut être que d'un homme de droite !

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    1. Heureusement que cela se passait en 1966 ; aujourd'hui, il n'aurait pas fallu plus d'un quart d'heure pour que la photo du distingué ministre des Affaires étrangères avec les valseuses à l'air se retrouve sur tous les réseaux sociaux !

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    2. Désormais, quand je penserai à lui, ce qui m'arrive régulièrement, comme à tout le monde, je ne l'appellerai plus que Couille de Murville, à cause de vous !

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  3. c'est une citation caméléon que je dédierai volontiers à mes amis de droite, si on se fie récemment à sarko qui a tant aimer citer Jaurès, Mocquet,

    la peur éprouvée par les ennemis de la droite de passer pour réactionnaires ?

    Ah les déconneurs

    Stanislas



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    1. Vous pourriez tenter d'être plus clair ?

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    2. Ce commentaire me semble clair. Les politiciens de "droite" en France, à commencer par Sarkozy ont une grande peur, celle de passer pour de vrais réacs auprès de leurs amis du milieu médiatico politique parisien. Donc Sarkozy renomme son parti "Les Républicains" et passe son temps à parler de république, et à citer les grandes figures de la gauche.

      Un peu comme le FN.

      En fait toute la classe politique française a peur de passer pour réactionnaire, a peur d'être de droite. De là à en conclure que tous les hommes politiques sont de gauche...

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    3. les politiciens de droite font tout leur possible pour rosir leurs discours opportunément, en commençant par sarko et en remontant avec chirac et sa fracture sociale qui lui en a fait reprendre pour un tour, un vrai bonheur à entendre

      je ne parle pas de l'origine de prolo totalement inventéé d'un sarko, d'un wauquiez, ou d'une NKM qui fait un chizzz en métro ; et j'en passe peut être,


      la citation peut se retourner comme une veste de politicien, je ne veux pas foutre la merde mais le nombre de gauchistes devenus droitiers en moins de trente ans, sans s'en rendre compte, est impressionnant...

      il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille à cigarette entre gauche et droite. Si Revel voyait les équipes aujourd'hui, je me demande ce qu'il écrirait..

      monsieur goux me dira certainement qui a dit "en politique, il ne suffit pas d'avoir des vertus, il faut savoir les quitter à temps"

      Stanislas

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    4. bon tant pis, je misais un peu sur votre grande culture pour connaitre l'auteur

      Stanislas

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  4. Réponses
    1. Mais faites donc, mon bon social-traître, faites donc !

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  5. Il sous entend quand même que le pouvoir serait naturellement de droite. Et par là justifie les rapports quasi incestueux des gens de gauche avec ce pouvoir...

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    1. Le livre est paru en 1970 : cela faisait en effet un bon moment que la gauche n'avait pas sévi…

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  6. Version symétrique :

    « Finalement, être de droite, en France, cela semble être avant tout affirmer que l'on est plus purement de droite que les autres gens de droite, prouver que les autres gens de droite sont en fait de gauche. La gauche est finalement sauvée par la peur paralysante qu'éprouvent ses ennemis de passer pour centistes. Dans les moments de crise, lorsque le pouvoir pourrait changer de mains, plusieurs secteurs de l'opposition ne trouvent tout à coup rien de plus urgent que de proclamer l'identité profonde de presque tous ses alliés avec les détenteurs du pouvoir. »

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    1. Désolé, mais ça ne marche pas du tout : les gens de droite qui se revendiquent de droite sont nettement plus rares. Et ils étaient à peu près inexistants en 1970.

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  7. Au fait : avez-vous remarqué l'auto-dénigrement qu'implique le fait de se proclamer "réac" ? Un réactionnaire est quelqu'un qui réagit - en sens inverse- à ce que font ou disent les autres : il ne se définit donc que par rapport aux autres, et n'a pas d'existence propre .

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    1. Argument spécieux et vain, comme je le démontrerai dans une étude à paraître prochainement : comment voulez-vous vous définir, si ce n'est par rapport aux autres, à ce qui vous préexiste et à ce dans quoi vous baignez ?

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    2. "Réagir" signifie ne jamais prendre l'initiative, ne faire que répliquer à celui qui "agit"...

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    3. Je ne sais pas ce que vous avez mangé et bu à midi, mais vous racontez vraiment n'importe quoi, ce soir.

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    4. Définition de réaction : "Acte, comportement d'une personne en réponse à une action extérieure, et qui, en général, tend à annuler celle-ci." (dictionnaire trésors de la langue française.)

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    5. Comme par exemple :

      "Une bonne paire de claques dans la gueule
      Un bon coup d'savate dans les fesses
      Un marron dans les mandibules"

      ainsi que le proposait, le poète.

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    6. Magnifique!
      Le reać n'aurait aucun élan vital..

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    7. tandis que le gauchiste lui n'a pas besoin des autres pour justifier de son existence ou plutot de ses luttes, c'est bien connu (son amour pour l'état providence alimenté principalement par l'argent des AUTRES car le sien ou meme celui de tous ses proches réunis n'y suffirait pas son besoin de trouver voire de s'inventer pour la cause des ennemis a combattre les riches, les patrons, les fachos, les nazis, les réac, les religions surtout la catholique en fait, le front national, la droite, sarkozy, le pen, le male blanc hétero classique, les auteurs de blague ou de discours portant atteinte au vivre ensemble) Un type de gauche qui accuse la droite de manquer d'autonomie et d'idées personnelles (alors que les idées de gauche ne seraient rien sans l'immense propagande médiatique, politique, éducative qui sevit dans notre pays, tout autre pays du monde étant moins gauchiste que la France me semble t'il, alors que l'homme de gauche c'est ce type, cette nana ou ce transgenre affirme le coeur sur la main s'intéresser d'abord au problème des autres et de la "societé" avant de s'intéresser aux siens) c'est le pompon !!! On aura tout vu !

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  8. Un "réac" c'est l'ancien nom d'un perchoir à vieil hibou prétentieux... Ça vient d'un très ancien français.

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  9. Il est vrai que certains blogs politiques ou sociétaux aujourd'hui, animés notamment par des personnes ayant dépassé (allègrement) la cinquantaine, s'évertuent à vouloir considérer une opposition gauche/droite qui n'existe quasiment plus dans la société, et par rapport à laquelle les partis politiques eux-mêmes ont du mal à se situer.

    En effet, les débats de société ne se font plus autour de valeurs globales qui seraient "de gauche" ou "de droite", mais au cas par cas sur tel ou tel autre sujet sociétal, économique, diplomatique.

    De la même façon on voit bien que le Front National véhicule des valeurs de gauche traditionnelles (intervention de l'état dans l'économie de marché, protection sociale des populations), alors que le Parti Socialiste est actuellement en train de s'aligner sur des valeurs autrefois qualifiées "de droite" dans son soutien à la finance internationale et apatride.

    Une ligne de démarcation plus marquée est celle qui oppose les français favorables à la mondialisation, à une gouvernance mondiale unique (ONU, Tribunal de la Haye...) à ceux qui défendent la souveraineté de la nation.
    Et on trouve des français de chaque catégorie à gauche comme à droite.

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    1. "la finance internationale et apatride"

      J'ajouterais volontiers, en hommage au regretté Christopher Lee, "qui suce le sang du peuple"...

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    2. Parfaitement d'accord avec Alain Bar. La dichotomie gauche/droite n'a pratiquement plus de sens (elle n'en a plus du tout pour moi) surtout en économie (sur le "sociétal", je vous l'accorde, c'est plus discutable).

      Cela me rend fou de lire qu'il existerait une politique économique de gauche et une politique économie de droite. Il faut être déficient mental pour encore dire cela.

      La seule dichotomie c'est celle entre les politiques économiques qui fonctionnent (celles qui créent de l'emploi, de la richesse, des avancés technologiques, des hausses de salaires etc...) et celles qui ne fonctionnent pas.

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    3. TT à fait d'accord avec l'analyse de M. Bar

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    4. Pour avoir discuté avec différents entrepreneurs, il était plus facile d'embaucher sous Sarko que sous hollande. Beaucoup d'artisans ont du réduire leurs équipes de moitié...

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    5. "la seule dichotomie c'est celle entre les politiques économiques qui fonctionnnent et celle qui ne fonctionnent pas" Quel raisonnement binaire et simpliste digne d'un enfant de dix ans La vie n'est jamais toute blanche ou toute noire, elle est grise (enfin en général, les exceptions n'infirment jamais la règle) Définir une politique économique qui fonctionne est très subjectif Qui fonctionne par rapport a quel critère ? Si je ne me fie qu'au taux de croissance alors l'économie chinoise est un modèle pour le monde entier Si je me fie a la seule puissance économique, les états-unis sont le modèle a suivre alors que pourtant ce pays possède les taux d'inégalités économico-sociale et de mortalité infantile parmi les plus forts de tous les pays dits developpés On pourrait aussi affirmer que la finance islamique est un modèle a suivre puisque cette religion fait de plus en plus d'adeptes a travers le monde (ou d'admirateurs de certains aspect de son modèle économico-social comme plenel-sarko-hidalgo) Le bonheur, le bien-etre sont difficile a définir et de simples empilements de chiffres, de graphiques et de calculs ne peuvent pretendre rendre compte convenablement de la complexité des societé humaine J'ai beau etre de droite, les libéraux, qui ne sont a mon avis que des gauchos qui s'ignorent, (meme sentiment de supériorité sur le reste de l'humanité c'est a dire ceux qui ne sont pas d'accord avec eux, que skandal illustre remarquablement en traitant carrément ses contradicteurs d'attardés mentaux) ne sont pas vraiment ma tasse de thé

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  10. Soutien du PS à la finance internationale et apatride ?
    J'ai du loupé un épisode, c'était quand ça ?

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    1. Allez juste voir par curiosité le CV de Patrick Drahi (Libération), de Mathieu Pigasse ou Xavier Niel (Le Monde), ou d'Emmanuel Macron. Ce ne sont que des exemples qui me viennent tout de suite à l'esprit mais on pourrait en trouver d'autre...

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    2. Inutile de se fixer sur des individus : l' Acte Unique Européen (ou traité de Luxembourg), entré en vigueur en 1987, a instauré en Europe la libre circulation des capitaux, y inclus extra-européens, y inclus de ou vers les paradis fiscaux.

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    3. " c'était quand ça ?"

      Quand ils ont continué à emprunter des dizaines de milliards sur le marché obligataire et quand, comme le dit très justement Alain Bar, ils subventionnent plus que largement les jouets médiatiques (les journaux) des milliardaires français.

      C'est marrant ça, les journaux français appartiennent pratiquement tous à des milliardaires, qui n'ont acheté ça que pour s'amuser et faire passer leurs "idées" ( puisque ça ne rapporte rien et ne peux pas parler d'(investissement économique et/ou financier) mais l'Etat continue de subventionner cette presse que de moins en moins de personnes lisent...

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    4. Je ne vois pas. Les subventions vont tout aussi bien à La Croix qu'au Figaro ou encore à l'Humanité.
      Pour les emprunts, je ne vois pas non plus en quoi cela représente un soutien à la Finance.

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    5. "Les subventions vont tout aussi bien à La Croix qu'au Figaro ou encore à l'Humanité."

      Et alors ? Je souligne juste le fait que l'Etat subventionne très largement des journaux qui appartiennent à des milliardaires. Au final, l'Etat subventionne presque directement ces milliardaires qui peuvent faire joujou avec des journaux qui ne leur coûtent au final pas grand chose.

      Si vous trouvez ça normal, je ne peux plus rien pour vous.

      "Pour les emprunts, je ne vois pas non plus en quoi cela représente un soutien à la Finance."

      Qui est payé pour mettre en place les émissions de dettes à votre avis ? Qui gagne de l'argent avec les rachats massifs de la BCE ? Je le sais d'autant mieux que c'est mon travail d'acheter/vendre la dette...

      Payer des banques pour se émettre de la dette sur les marchés c'est soutenir la finance.

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  11. Et puisque l'Etat subventionne l'Humanité, il soutient aussi l'internationale communiste, c'est limpide.
    Je n'ai pas compris votre explication sur la dette. A peu près tous les Etats ont recours à la dette, je ne vois pas de différence.

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    1. Et puisqu'il subventionne Rivarol, il soutient le racisme ?
      Le principe de la subvention de la presse d'information et politique par l' Etat est celui selon lequel l'expression de la diversité des opinions contribue au débat démocratique.

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    2. Rivarol subventionné ?
      Mort de rire.
      Mais dans quel monde vivez-vous, monsieur Arié ?

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    3. J'ai l'impression que vous ne comprenez pas grand chose dsl..

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    4. Si vous faisiez l'effort de vous exprimer de manière intelligible et dans un français correct au moins grammaticalement, je crois que je comprendrais à peu près le sens de vos phrases, pour l'instant, ce n'est pas le cas.

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  12. C'est marrant le concept de ces types qui sont toujours plus à gauche que ceux qui se proclament de gauche est exactement le sujet qui m'a amené chez vous voilà pas mal d'années.
    Un petit grain de sel perso. Comme l'a dit Sarko à Podalydès qui, reçu à l'Elysée, s'était senti obligé de lui lâcher "je suis de gauche !" sans doute pour éviter toute contamination, "vous y croyez encore vous à ces bêtises ?".
    Thierry

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  13. Ha ha ha ! Revel lecteur de blogs gauchistes, excellent !

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