mercredi 21 octobre 2015

On se risque sur le chinois ?


Le choix du film que nous allons regarder le soir même à la télévision obéit chaque jour à un rituel qui, pour n'être pas intransgressible, n'en est pas moins prégnant. Il se met généralement en place dès le début de la matinée, au moment où l'un des deux grands prêtres du culte a l'idée de s'emparer du magazine dédié à la présentation des programmes, afin d'y éliminer d'emblée ce qui n'est pas strictement cinématographique, ainsi que tout ce qui semble s'apparenter, de près ou de loin, à une production française ; ce dernier ostracisme n'étant nullement le fruit d'un quelconque snobisme, mais la conséquence de quelques douloureux échaudages. Ensuite, il se renferme dans un silence qu'il ne lui appartient pas de rompre.

La seconde phase du rite, qui est sa partie proprement opératoire, intervient un peu plus tard, plutôt vers le mitan de l'après-midi, quand le second grand-prêtre empoigne à son tour le magazine, en prononçant la phrase consacrée : « Tu as vu quelque chose, pour ce soir ? » Le premier officiant est alors tenu d'énoncer aussi clairement que possible – s'il s'en souvient, ce qui n'est pas toujours le cas –  les titres et avantages des deux ou trois longs métrages, ou épisodes de série, qu'il a sélectionnés ; parmi lesquels, généralement, le second officiant procède au choix définitif. Par exemple, aujourd'hui que je tenais le rôle du premier officiant, j'ai répondu à la question de Catherine : « À mon avis, soit on se risque sur le chinois de la 24, soit on revient à Rome. » Après réflexion et consultation des oracles, le chinois l'a emporté d'une courte natte.

Ce qui a joué en défaveur de la superbe série créée par John Millius, c'est que nous venons de recevoir le coffret “blue-ray” de la deuxième saison, et malheureusement dernière, ce qui fait que nous pouvons en regarder les dix épisodes n'importe quand, c'est-à-dire de préférence un soir où les deux grands prêtres du culte s'avoueront impuissants à préférer, dans les programmes du jour, une daube à toutes les autres. Qu'il me soit permis, au passage, de remercier M. Desgranges, pour m'avoir vivement encouragé, il y a déjà quelque temps, à découvrir cette merveille, dont il m'arrive, tant elle est réaliste, de regretter qu'elle ne fût point dialoguée en latin.

Quant au film chinois dont nous allons tenter la découverte dans quelques heures, il s'intitule A Touch of Sin et la réalisation en est due à Jia Zhang Ke, bien connu des amateurs. Le résumé dit ceci : « Quatre Chinois, excédés par la corruption des puissants et les mauvais traitements qu'ils subissent, se révoltent et utilisent les grands moyens. »

Ça va chier.

25 commentaires:

  1. "Sans être franchement malhonnête, au premier abord, comme ça, il… a l'air assez curieux", le titre de votre billet et me fait penser à "On se risque sur le bizarre ?"
    Qu'il y aurait un peu d'Audiard là-dedans, que ça ne m'étonnerait qu'à moitié.

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  2. Ben moi, j'avais pensé à autre chose, qui ne serait pas poli, même pour un chinois.

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    1. Arrêtez de stigmatiser cette pauvre femme sans défenses.

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    2. Vous avez un lecteur Blue Ray, vous ? Espèce de réac en peau de fesses.

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    3. Pourquoi ? C'est un appareil progressiste ?

      De toute façon, pour tout ce qui concerne la technologie, je suis une sorte de réac-traître. Par exemple, je ne partage nullement la fascination de mes camarades nauséabonds pour les vieilles guimbardes automobiles : moi, il me faut de grosses berlines confortables, avec une direction assistée à la sensibilité de jeune fille et bourrée d'électronique embarquée. Voilà.

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    4. Sans défenses, oui. Je ne suis pas unE éléphantE. Et j'ai regardé la série "dix pour cent" sur la 2. C'était... c'était, bon, enfin, je l'ai regardée.

      Ah, vivement les vacances de Noël. Les plateaux de variétés aux couleurs vives. Le concours miss France. Les réactions au concours Miss France sur les blogs, comme l'année dernière. Je crois que je pourrais écrire cent commentaires d'avance, merci de me passer commande, je personnalise selon que vous êtes féministe (indépendante, féministe du PS, féministe islamiste), vieux réac bougon (lettré, illettré, bipolaire), noir racialiste (de base, à sensibilité exacerbée, islamiste, etc), blogdefille (sponso, cuisine, maman), blogdevieux (campingcarriste, photos de ma plage) opprimé, chrétien des croisades, fan de chatons, etc.

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    5. Monsieur Goux, conduire une voiture est un plaisir, voire une passion, mais pour tous les jours, mieux vaut une insipide auto équipée des dernières inventions qui alourdissent le véhicule et évidemment entraînent une surconsommation.

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  3. Vous savez qu'au lieu de regarder n'importe quoi, vous pouvez enregistrer de bons films por les avoir en réserve, ou vous abonner à une chaîne type Ciné-Classics ( ou les deux à la fois) ?

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    1. Mais je dispose de toutes ces chaînes ! Seulement, une fois que vous avez éliminé les films français, les films sans intérêt et les films déjà vus trois fois, le choix est parfois très restreint.

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  4. Les seuls chinois que j'ai pu regarder avec ma moitié, sont des films hong-kongais où les acteurs volent dans les airs et se battent avec d'immenses sabres.

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    1. Moi, les films de sabres et de poignards volants m'emmerdent considérablement. Quant au chinois d'hier soir, il était intéressant ; mais pas un chef-d'œuvre non plus.

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  5. Je me suis contentée de regarder le Scorsese d'Arte, et je m'en suis bien trouvée !

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    1. On s'était déjà "fait" un Scorcese, la veille ou l'avant-veille (sur Arte aussi). Un Scorcese "hors normes" d'ailleurs, et pas mal du tout, avec la délicieuse Michelle Pfeiffer ; un machin qui, esthétiquement, semblait lorgner du côté de chez Visconti.

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  6. La fois où on vous propose "Les tribulations d'un chinois en chine", que faites-vous ?

    Confussionné
    Duga

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  7. je ne retiens que les 3 derniers (gros) mots

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  8. J'aurais aimé savoir ce qui vous fait regarder cette série comme plus réaliste que le premier péplome venu... Pour ma part, je n'y ai vu que des américains vaguement déguisés en Romains. Mais, après tout, les cives Romani n'étaient-il pas les US citizens de l'Antiquité ? Sur un certain plan, oui. Du point de vue moral, idéologique, esthétique, c'est beaucoup moins sûr.

    La laideur de la reconstitution de Rome, en dépit de ce qu'on entend répéter (les peintures, particulièrement); l'artificialité maladroite de ces vues de la foule romaine, de ses rues : c'est le Maghreb, c'est l'Inde qui auraient dû servir de modèles.

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    1. Ce ne sont pas des Américains mais des Anglais. Sinon, j'ai du mal à comprendre ce que vous tentez de dire ensuite.

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  9. Des Anglais, pas des Américain ? Mea culpa, j'avoue mon igorance. Mais j'avoue aussi que je ne vois plus très bien la différence, in isto tempore.

    J'essayais maladroitement de dire ensuite que, par rapport à l'idée que je me suis faite des Romains, ce que montrait cette série ne collait pas. On va sans doute me répondre que mon idée ne vaut pas grand chose, que c'est subjectif, etc. Certes, mais je me la suis faite au contact assidu des litterarum monumenta que nous ont laissés les Romains, et je tiens (avec je crois assez de vraisemblance) que c'est le meilleur chemin pour les approcher.

    Ce que j'ai vu dans le Maghreb et ce que j'ai vu de l'Inde ressemble un peu moins mal à cette idée que la reconstitution pataude des péplums, Rome inclus. Mais ce n'est bien sûr qu'analogies, boiteuses, cela va sans dire.

    C'est pourquoi j'aurais sincèrement voulu savoir ce qu'un esprit aussi averti que le vôtre trouvait de bon dans cette série, au point de la juger superlativement réaliste. A cet instant, je pense à la scène montrant la mort de Pompée sur les bord du Nil, avec en arrière plan des minarets, pour faire plus égyptien... Et la cour de Ptolémée XIII, bon Dieu ! les eunuques, qu'on croirait sortis d'un épisode de Star Trek ! Mais vous me direz peut-être que la série est bonne pour représenter la partie occidentale de l'empire, exécrable pour l'orientale... Qu'elle est augustéenne, en somme.

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    1. Elle est en effet, pour les deux seules saisons qui ont été tournées (la cinquième devait nous entraîner en Palestine, vers les années 30 à 33…), augustéenne et "romaine de Rome. Ce que vous dites de l'Inde est assez amusant car, dans les bonus, le réalisateur et l'un des historiens consultant disent s'être inspirés en partie, pour la Rome populeuse, de l'Inde actuelle.

      Enfin, ce qui m'a frappé – et plu –, dans cette série (outre les péripéties proprement dites), c'est précisément que l'Urbs ne ressemble pas à ce qu'on voit ordinairement dans les peplums, genre qui m'a toujours ennuyé profondément.

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    2. Oui, ils ont essayé, ça se sent, c'est appliqué; et c'est effectivement un peu mieux que la maquette 3D de Rome en marbre de salle de bain. Mais ça ne sent pas l'odeur de Rome et des Romains (je pense à ce que disait Zola de l'Assommoir : un roman qui a l'odeur du peuple). Ils ont mis des détritus par-ci, par-là, une mendiante en haillons et visage barbouillé, quelques stands, une plèbe façon Soleil vert : propre sous le maquillage, aux guenilles bien lavées. Il aurait fallu ramasser leurs figurants dans les rues de Saint Denis ou dans un camp de Roms.

      Le seul film qui m'ait paru sentir un peu cette odeur, c'est le Satyricon de Fellini. Pour ce qui est de l'histoire, elle est passionnante per se : les scénaristes anglo-saxons (je ne me mouile pas) ont assez de métier pour raconter ça convenablement. L'aspect d'ensemble m'empêche absolument d'y croire, hélas !

      Je préférerais encore que cela soit représenté sous une forme stylisée, sans prétention de réalisme, à la façon du Perceval de Rohmer. Ou une adaptation de Tacite qui rende l'atmosphère lourde, sale, fuligineuse. On ne peut bien représenter l'Antiquité qu'en adaptant une de ses oeuvres, je pense. Une adaptation des Commentaires de César, par exemple.

      Je conviens aisément que tout cela est bien vain.

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