samedi 2 avril 2016

Les revenants fugitifs



Est-ce parce que nous avons passé l'essentiel de cette journée en compagnie de Matthieu et Marie-Adeline, ridiculement jeunes (ils ne semblent même pas s'en apercevoir), que nous nous sommes mis à évoquer après leur départ des fantômes plus vieux que nous, partiellement oubliés ? Possible. Nous en sommes arrivés à nous dire que la mort se déréalisait volontiers, lorsque les gens n'étaient plus dans la constante ligne de mire ; en tout cas la leur, de mort. Ce maquettiste de FD, par exemple, que tout le monde appelait Nunu, qui me paraissait déjà vieux quand je suis arrivé, et dont, avec une certaine consternation, je me suis aperçu que sa véritable identité m'était incertaine (Bernard Périot est le nom qui m'est finalement revenu, mais je ne jurerais de rien) : est-il vivant encore ou bien mort ?  Dans ce deuxième cas, comment le saurais-je ? Nous n'étions que collègues, c'est-à-dire à peu près rien : qui (et pourquoi ?) m'aurait averti de sa mort ? Se poser la question à propos de celui-ci fait immédiatement surgir dix ou vingt autres hommes ou femmes, dont le visage s'était estompé un moment, parfois beaucoup d'années. Sont-ils morts ? Sont-ils encore vivants ? Je mourrai moi-même sans le savoir, et eux non plus. Notre vie est ainsi peuplée de gens disparus, soustraits à l'écoulement de nos jours, dont le cœur bat peut-être encore, ou bien non, et dont nous ne savons rien.

18 commentaires:

  1. C'est peut-être lui...

    http://www.dansnoscoeurs.fr/bernard-periot/63139/avis

    Mais peut-être un de cesz 63 restants :

    http://www.pagesjaunes.fr/pagesblanches/r/bernard.periot

    RépondreSupprimer
  2. Plus impressionnant :

    http://www.dansnoscoeurs.fr/didier-goux/1633931/avis

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. 64 ans ? Ça va, j'ai encore une petite marge…

      Supprimer
  3. Notre vie est ainsi peuplée de gens disparus, soustraits à l'écoulement de nos jours, dont le cœur bat peut-être encore, ou bien non, et dont nous ne savons rien.

    Oui, c'est vrai.
    Morts ou vivants, parfois s'imposent à nous de façon intempestive et dans des moments incongrus des visages oubliés.
    Preuve qu'ils sont encore vivants.

    RépondreSupprimer
  4. Et vous ne nous parlez pas de toutes ces célébrités dont on apprend qu'elles étaient encore vivantes, le jour où on nous apprend qu'elles sont mortes !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah, ça, c'est un phénomène que je connais bien !

      Supprimer
  5. C'est ce que je disais à une amie : plus on vieillit, plus on connait des morts.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et, un jour, on va finir par se connaître soi-même, donc.

      Supprimer
  6. Beaucoup de vivants qui s'ébattent à côté de nous n'ont pas la réalité et la force d'existence de certains morts qui nous hantent.
    (Pardon pour le truisme du jour, mais c'est la faute de votre billet, là, qui m'a fait penser à cela).

    RépondreSupprimer
  7. Très juste définition des fantômes... Tant qu'on ne sait pas s'ils sont morts ou vivants, ils sont entre deux.

    RépondreSupprimer
  8. J'aurais plutôt dit des ombres mais votre définition est parfaite.

    RépondreSupprimer
  9. Pire que le commentaire de Mildred : le mien est apparu, puis a disparu ! J'espère qu'il connaîtra une aussi glorieuse carrière que le sien.

    RépondreSupprimer
  10. Vraiment Didier, vous passez votre week-end avec des gens parfaitement infréquentables...

    Jamais je n'oserai me faire inviter à diner chez eux ou ne serait-ce que diner à la même table qu'eux...

    RépondreSupprimer
  11. Accès de timor mortis ? Au début du printemps ?
    C. Monge

    RépondreSupprimer
  12. Petit accès de timor mortis ? Au début du printemps ?
    C. Monge

    RépondreSupprimer
  13. Il y a bien plus impressionnant que les fantômes des morts.
    Mon lycée français de Lisbonne avqait organisé une grande fête pour les 60 ans de ses nouveaux locaux, et j'ai donc eu l'occasion de revoir mes camarades de terminale 1955 que je n'avais pas revus depuis plus d'un demi-siècle; c'était un lycée mixte: si je m'attendais à voir les garçons aussi vieillis que moi, j'ai eu un choc en voyant les belles jeunes filles (notamment deux dont j'avais été amoureux) transformées en vieilles dames. Où sont donc passées ces belles filles de 17 ans, disparues à jamais et pourtant pas mortes, et ne pouvant même pas être des fantômes ?

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.