samedi 16 septembre 2017

Tout est au duc, y compris les mendiants de Sainte-Clotilde

Philippe Jullian, 1919 – 1977

Quand on sort tout juste de celui de Matthieu Galey, ce qui est justement mon cas, le journal de Philippe Jullian est un peu décevant, en tout cas pour moi ; sans doute parce qu'il est plus “mondain” et qu'il fréquente nettement moins d'écrivains. Mais enfin, il est tout de même fort agréable. Ce qui l'est aussi, agréable, c'est que l'édition chez Grasset en a été faite par Ghislain de Diesbach, dont les notes sont concises, toujours strictement informatives mais également souvent pimentées d'humour et de petites “piques” envers tel ou tel dont il est question dans le journal que l'on est en train de lire. L'une d'elles, ce matin, alors que le jour apparaissait tout juste, m'a tout de même fait sursauter, avant de me plonger dans une sorte de tristesse découragée. À la date du 26 février 1942, Jullian vient de dire ceci : « Mon héros favori reste Anthony Adverse. » Appel de note ; Diesbach écrit : « Héros du fameux roman éponyme de Hervey Allen dont la traduction avait paru chez Gallimard en 1937. » Si même Diesbach, ce précieux précipité de culture et d'élégance, si même lui en est à utiliser ce malheureux “éponyme” à tort et à travers, alors c'est que, vraiment, tout est foutu.

Pour ne pas rester sur cette sombre impression, une petite anecdote relatée par Jullian, le 5 juin 1943 : « À un mariage, […] le duc de Lorge, qui a une vocation de maître des cérémonies, règle le cortège dans ses moindres détails, puis se dirige à la sortie vers un groupe de mendiants sur les marches de Sainte-Clotilde, donne cent francs à chacun d'eux et leur dit : “Messieurs, je vous remercie d'être venus.” » 

Et l'on se prend à regretter, durant une minute ou deux, de n'avoir pas eu la chance de connaître le duc de Lorge.

16 commentaires:

  1. Pour les mendiants, je suis d'accord avec vous. Et voilà que vous, qui ne compreniez pas ce besoin de certains de "connaître des gens", voilà que vous auriez aimé connaître le du de Lorge !
    Quant à "éponyme", vous devriez mieux expliquer car le suis perplexe. Je lis dans mon Littré résumé :
    ÉPONYME (gr.eponumos, 1755,Enc.), adj. Antiq. gr. Qui donne son nom à qqn. "Les héros éponymes" Ac. // Spécial. L'archonte éponyme, le premier des neuf archontes d'Athènes, qui donnait son nom à l'année.
    Devons-nous comprendre que "Anthony Adverse" n'était pas le titre du roman de Hervey Allen ?

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    1. Contrairement à ce qu'écrit Diesbach, ce n'est évidemment pas le roman qui a donné son nom au héros mais bien l'inverse. Donc, on peut dire qu'Anthony Adverse est le héros éponyme du roman (tout comme Nana ou les enfants du capitaine Grant le sont des leurs), mais on ne peut pas dire que le roman est éponyme du héros.

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    2. Toutes ces précisions sont bien utiles : j'ai beau connaître la définition par coeur j'arrive encore à m'emmêler les pinceaux.

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    3. Pourtant, il me semble que quand on se souvient de la définition, le reste coule de source.

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    4. J'ignore pourquoi mais ça demeure pour moi une gymnastique. Je dois faire un blocage.

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    5. Dans ce cas, le mieux est de ne plus utiliser le mot. Après tout, il n'est pas d'un emploi si courant…

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  2. Qu'elle était douce, l'époque où l'on ne jargonnait pas à tort et à travers, où "éponyme" restait au chaud dans les cours magistraux et TD d'Histoire, 2ème année.

    Eh, mais, vous allusionnez (si je veux) au journal de Matthieu Galey comme ça, en loucedé, et ne nous en avez pas dit d'autre mot. Alors, quoi ? De cette figure de premier plan de la correspondance Chardonne-Morand, j'ai soif de savoir plus. (Oui, wikipédia, mais non.)

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    1. Voilà quatre ou cinq jours que j'ai l'intention de faire un billet sur Galey, j'ai même coché un certain nombre de pages, au fil de ma lecture, pour “nourrir la bête”, mais il n'y a rien à faire, ça ne vient pas…

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    2. En attendant j'ai trouvé cela qui m'a paru intéressant :

      https://www.actualitte.com/article/livres/les-ensables-journal-integral-de-matthieu-galey-un-lettre-d-autrefois/70715

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    3. Cet article est en effet très bien : j'aurais sans doute fait quelque chose de différent, mais pas forcément mieux. Donc, le voici avec un lien utilisable

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    4. Ah, oui, très bien, merci Mildred.

      Et merci, m'sieur Goux, pour l'anecdote dont vous couronnez votre billet. Elle, comment dire, elle tient debout toute seule.

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  3. Dans cette attente fiévreuse, nous espérons trouver d'autres lectures à la mesure de nos attentes...

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    1. Lisez l'article proposé par Mildred, ci-dessus.

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  4. Faites-vous donc la main sur Mathieu Gallet (homo...phone ou homo...nyme), le plus jeune patron de l’histoire de Radio France ;-)

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  5. J'ai adoré la nouvelle version expurgée du Journal de Matthieu Galey, et je le garde en livre de chevet.
    Nul mieux que lui a décrit le Paris des années 70.
    Et on ne se lasse pas de ses portraits et notations diverses.

    A propos de Diesbach, dont je raffole, il est bien aussi de connaitre les trois volumes de ses Souvenirs.
    - Un début à Paris.
    - Gare Saint-Charles.
    - Une éducation manquée.

    J'y ai beaucoup ri, même si le premier tome qui relate sa jeunesse est parfois assez tragique quand il parle de la France de l'immédiate après-guerre.

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