mardi 25 octobre 2011

La vie par quarts d'heure

À Valérie et Évelyne…

On s'est très bien acclimatés l'un à l'autre, René et moi ; lui tic-tacant sur son mur et moi ronflotant dans mon fauteuil sous sa haute protection. Cessez de rire, charmante Elvire, le coup n'était pas joué d'avance. Il aurait pu en aller des carillons comme des grands-pères éponymes : on les aime à l'inconditionnel, on a de précieux souvenirs avec eux de vacances enfantines, mais quant à vivre ensemble, parvenus à l'âge adulte… l'affaire eût pu fort facilement se solder par une rupture qui, bien qu'unilatérale, aurait été un peu larmoyable.

Eh bien point. Les retrouvailles nous furent une joie, et l'acclimatation un jardin. C'est à ce point qu'il m'arrive de m'alarmer en sursaut, croyant à une mort soudaine, à une embolie horlogère, parce que René a cessé de carillonner.

Mais non, il a sonné bel et bien ; c'est moi, gamin oublieux, qui ai négligé de l'entendre, déjà trop habitué à sa présence cristalline. Je me rassérène, lui demande officiellement pardon, tout en le traitant en sous-pensée de vieil emmerdeur sonore.

Il y a tout de même une chose qui nous conduirait très vite aux rives du divorce : la musique ; celle que je commande du bout du doigt, sans baguette, pour accompagner le verre d'alcool et la descente du soir. Là, René devient intempestif ; froissé peut-être de se voir ravalé au rang de métronome et de sablier ; jaloux certainement de ce qui s'éploie à trois mètres de lui, un peu en contrebas.

On n'a pas d'autre choix, sinon souffrir mille morts miniatures et disharmoniques, que de stopper de l'index son balancier. Il se tait aussitôt ; se tait et se drape, sachant que son heure reviendra – même pas “tôt ou tard” puisque, lui muet, il n'est plus de tôt ni de tard qui vaille. Lorsqu'on lui rendra son empire sur nos vies, il exercera sa petite vengeance triste en sonnant, les trois ou quatre quarts d'heure suivant sa résurrection, absolument n'importe quoi.

10 commentaires:

  1. tic-taquant, tictaquant

    RépondreSupprimer
  2. Et pendant ce temps,le nouveau B.M avance...

    RépondreSupprimer
  3. Maurice : bof ! comme le verbe n'existe pas, on peut bien l'écrire comme on veut…

    Farr : exact ! il avance même à grandes enjambées, pour une fois.

    RépondreSupprimer
  4. Foutez moi cette vieillerie dans votre prochain feu de cheminée !

    RépondreSupprimer
  5. Votre BM s'ancre au Mont Saint-Michel ?

    Fredi Maque, impossible. Le gros balancier est en or. (comme la gamelle des chiens).

    RépondreSupprimer
  6. non, parce que le verbe tictacer, ça ne peut pas fonctionner

    RépondreSupprimer
  7. Suzanne : non, à l'abbaye de Jumièges. Titre :

    LES EXALTÉES DE JUMIÈGES

    Maurice : eh bien disant que j'ai adjectivé le participe présent ; sur le modèle de fatiguant/fatigant.

    RépondreSupprimer
  8. Dans le fond, c'est bien rassurant tout ça : on aurait pu craindre que la greffe ne prenne pas et que, poussé par la piété (grand) filiale, vous souffriez de la présence de René sans pouvoir vous résigner à vous en défaire. Votre fidélité m'impressionne.

    RépondreSupprimer
  9. Alors qu'avec un logiciel de carillon sous Windaube, il suffirait d'un clic pour faire taire l'intempestive sonnerie...

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.