samedi 8 août 2015

Comment devenait-on homosexuel au début du XXe siècle ?

Jacques Laurent, écrivain hétérosexuel, 5 janvier 1919 – 29 décembre 2000.

Les Corps tranquilles sont un étrange et énorme roman ; qui tire de cette énormité même une grande part de son étrangeté. Jacques Laurent n'a pas trente ans, lorsqu'il publie dans l'indifférence générale ce moellon (on ne peut plus, ici, se contenter du pavé) de trois millions de signes ; indifférence peut-être provoquée par le fait que tous les projecteurs, en cette année 1948, sont braqués sur Cecil Saint-Laurent et sur sa Caroline Chérie. Le livre fait penser à ces fleuves puissants mais coulant dans des pays presque parfaitement plats, et qui, donc s'élargissent et méandrent à plaisir, le plus imperceptible incident de terrain suffisant à les faire bifurquer à droite ou à gauche, revenir sur leur cours, repartir dans l'autre sens – et ainsi presque à l'infini, comme répugnant à rejoindre la mer. Paul Morand a dit des Corps tranquilles qu'il s'agissait d'un roman “oisif et nonchalant” : il a parfaitement raison. C'est le livre d'un jeune homme qui ne voit pas au nom de quel précepte, étant ici chez lui, il s'interdirait quoi que ce soit. Au premier paragraphe de ces neuf cent pages, il fait descendre son personnage masculin principal, Anne Coquet, dans le métro parisien. Et, d'emblée, on le sent aussi ignorant et curieux que nous de savoir ce qu'il va lui arriver, qui il va rencontrer, quelles femmes vont le séduire, lesquelles il va baiser, etc. (Je dis baiser car le mot fait partie du vocabulaire de Laurent, en tout cas dans ce livre-ci.) Nous ne venons pas d'entrer dans un roman comportant des digressions, mais fait de digressions, au milieu desquelles les nombreux personnages semblent aller et venir, apparaître, disparaître, resurgir, au gré de leur seule fantaisie de personnages, sans que l'auteur ne les contraigne à quoi que ce soit. C'est exactement une lecture d'été, en ce sens qu'elle invite à la fois à la découverte du monde et à une certaine paresse opiniâtre.

Comme il faut bien que je justifie mon titre, en voici un court extrait, tiré de la page 631 de l'édition Stock de 1991. Dans une boîte de nuit parisienne (nous sommes en 1937), le mari et l'amant d'une femme viennent de se découvrir tous les deux cocus, et l'un par l'autre ; ils font la connaissance d'un compositeur d'opérettes, qui se définit lui-même comme tante et, à propos de ses mœurs, leur déclare ce qui suit.

« Ce n'est pas que j'avais une vocation particulière. C'est plutôt ma passivité qui m'y a mené. Que voulez-vous, la société actuelle, elle est faite uniquement pour les tantes. J'exagère ? Écoutez un peu. Supposez un fils unique ; il a, mettons, quinze ans. Où va-t-il ? Au lycée, où on le colle avec d'autres garçons, uniquement des garçons. Le jeudi et le dimanche, eh bien, il sort avec quelques-uns de ses camarades de lycée. Ou il sort avec un cousin, tout le monde trouve ça parfait, avec une cousine, ça fait déjà des “hé ! hé !”. Il fait du sport ? Dans son club, il y a un vestiaire, une douche, uniquement pour les garçons. Quand il prend un wagon-lit, qui a-t-il pour voisin ? Un homme. Même chez le coiffeur, on est séparé. Alors, pour peu qu'on soit un peu paresseux, on va au plus facile, au plus normal, on fait comme moi. Le reste ça suppose des ruses d'apache, un entêtement de chien de chasse, en un mot, l'obsession. Je ne dis pas la vérité ? Si le gouvernement n'aime pas ça, il n'a qu'à faire des pissotières mixtes. »

41 commentaires:

  1. Et au début du XXIe siècle, on devient homosexuel pour des raisons exactement inverses. Misère des misères : Il n'y a même plus de pissotières !

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    1. Si, mais des pissotières payantes et individuelles ! À l'image de notre société, quoi.

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  2. "Comment devenait-on homosexuel au début du XXe siècle ? "

    facile, il suffisait de se retourner, mais attention pas tout le monde en même temps !!
    sauf preuve du contraire, la méthode doit être valable encore aujourd'hui

    à ce propos, juste pour détendre en ce dimanche de la St Amour justement

    qu'est ce qui différencie un orpailleur d'un homo ?

    réponse : suǝs ǝɯêɯ ǝl suɐp sɐd ʇuǝnoɔǝs ǝl ǝu slı sıɐɯ sıɯɐʇ ʇıʇǝd un xnǝp sǝl snoʇ ʇuo slı ؛uǝıɹ

    Stanislas

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    1. Et vous en êtes content, de celle-là ?

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    2. bof, tant pis c'est fait

      pendant 20 ans j'ai écumé les douches des stades de foot c'est dire si j'en ai vu des potes à poil...

      ce texte me rassure quelque part, je dois être un actif, parce que j'ai toujours préféré les femmes, et dieu sait que ce n'était pas toujours facile....mais bon, chacun porte sa croix comme il peut..

      ce qui ne retire rien au fait que je suis plus que jamais pour des douches mixtes

      Stanislas

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    3. Et si l'orpailleur est japonais, ça marche avec un tatami ? (tatami qui, en français, signifie...).
      Bon, et puisque j'en suis à améliorer par mes commentaires la qualité de ce blog littéraire, quelle est la blague zoophile la plus courte du monde ?
      (c'est l'histoire d'un mec qui rentre dans un bar).
      Euh... voilà, oui, je sais.

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    4. Quel est le poison le plus redouté des homos ? Le curare.
      Quelle est l'épice préférée des homos ? Le cumin.
      Quelle la profession la moins aimée des homos ? Garçon boucher.

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    5. L'inégalité entre sodominants et sodominés doit-elle être le nouveau cheval de bataille pour les homosexuels marxistes?

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    6. ça blague, ça blague mais je vous ferai remarquer que le but sympa de l'homo sapionce est bel et bien celui d'élargir le cercle de ses amis

      Stanislas

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  3. Je crains que vous ne desserviez la mémoire de Saint-Laurent en citant ce passage plutôt médiocre de son livre. L’idée que l’absence de mixité (de l’école au service militaire) soit responsable de l’homosexualité avait déjà été exprimée des centaines de fois par des pédagogues ou des écrivains, et souvent de manière mieux étayée et plus.... littéraire.
    Merci néanmoins pour votre belle présentation.

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    1. Je ne suis pas d'accord avec vous. La “théorie” des pédagogues dont vous parlez est que la promiscuité constante poussait les garçons vers l'homosexualité. Le personnage ici concerné ne dit pas du tout cela : il laisse simplement entendre qu'il serait bien allé vers les filles, mais que c'était trop compliqué, trop fatigant, et que, par indolence, il a préféré aller au plus court, au plus facile. En somme, il nie plus ou moins les déterminismes et les spécificités sexuelles, en suggérant que l'un et l'autre se valent, le seul avantage de l'homosexualité étant qu'on l'a sous la main, si je puis dire.

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    2. On aimerait savoir quel est le niveau de qualité littéraire nécessaire pour exprimer cette idée et en quoi le texte ci-dessus en est-il dépourvu.

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    3. C’est à la qualité littéraire des textes de Jacques Laurent que je me référais pour dire que ce passage me semblait médiocre, c’est-à-dire en dessous de la réputation de cet auteur.
      La nuance que vous soulignez, Didier Goux, entre ce qu’exprime le personnage sur la passivité de son choix homosexuel et l’induction de l’homosexualité par absence de mixité (exprimée par les pédagogues et quelques écrivains) est exacte. Mais l’idée de ce personnage me semble très artificielle. Donc, en fin de compte, très littéraire ;-))

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    4. Préférer les garçons aux filles, ce n'est pas forcément aller au plus court...

      Désolé
      Duga

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  4. Maintenant les garçons sont en permanence avec les filles de la maternelle à l'université et les salons de coiffeurs sont tous mixtes. Donc il doit y avoir de moins en moins d'homosexuels.

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    1. Mais non, au contraire : le contact précoce et répété des filles ne peut que pousser les garçons vers une rassurante homosexualité, voyons !

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    2. Donc la démonstration du compositeur d'opérette est provocatrice, rigolote mais pas valable. Avec les filles ou sans les filles on devient homo dans les mêmes proportions.

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    3. C'est ça ! Saiuf que cela ne se distribue pas en fonction de mystérieuses pulsions freudiennes, mais que la frontière passe simplement entre les courageux (qui font deviennent hétéros) et les feignasses qui trouvent plus simple et moins fatigant de baiser entre eux.

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  5. Une certaine paresse accompagnée d'une imprudente indolence vous métamorphosait facilement un homme en enculailleur irrésolu, en amateur de plaisirs équivoques. Après tout, l'époque était indulgente avec les artistes.

    Mais nous n'en dirons pas autant des Hellgébétay d'aujourd'hui et de leur GROS DRAPEAU... ces fleurs putrides !

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  6. Ce qui devait être terrible, c'est de vivre dans un pays où l'on était l'unique homosexuel .

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    1. On se faisait mettre quand même...

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    2. D'homme au couteau entre les dents on devient très vite l'homme au poireau entre les dents par les temps qui courent. Émancipateur des Narcisses émancipés. Rude tâche Elie Arié !

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  7. Je vois que le thème reste très inspirant pour certains…

    Feriez-mieux de lire Jacques Laurent, tas d'andouilles !

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  8. J'arrête de fréquenter exclusivement Tonnégrande.

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    1. À mon avis c'est trop tard.

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    2. Et puis, je vous signale que si vous arrêtez de fréquenter un vieux nègre par peur de devenir pédé, vous allez vous retrouver avec trois procès sur les endosses :

      – Bamboulophobie,
      – Vieillardophobie
      – Tarlouzophobie.

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    3. Je suis surtout grossebitophobe. Ca excuse, non ?

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  9. Je me demande s'il y a pas un brin d'homophobie dans les commentaires de ce blog de fiote. Je vais appeler SOS Homophomachin et on aura un beau procès.

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    1. Pour le procès, ne vous embêtez pas, envoyez le lien à GdC : il centralise toutes les demandes et son officine est ouverte 24 heures sur 24 (normal, il n'a rien d'autre à foutre).

      Sinon, vous avez Bambi Lou qui est très bien aussi, mais moins au taquet pour les histoires d'homos amphibie que dans les dossiers plus traditionnels.

      Enfin, c'est vous qui voyez.

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    2. C'est pour ça que je parle de Tonnégrande. Cela lui fera une passerelle.

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    3. Les bureaux de GdC sont rue Lauriston si je m'abuse.... non ?

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  10. sinon, y a viva maria à la tv

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  11. Je lis tous ces commentaires et bof , vous ne parvenez plus à devenir ignobles en commentant sur ce thème... Je vous traiterais presque de couilles molles... Une petite mention cependant à cette phrase bien conne qui en quelque sorte vous sauve du bander flasque : "Mais nous n'en dirons pas autant des Hellgébétay d'aujourd'hui et de leur GROS DRAPEAU... ces fleurs putrides !"

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    1. Vous exercez sans doute en catégorie loufiat du loup-phoque plus va-de-la-gueule que méchant.

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  12. Pour faire dans le mauvais " quicolqui" ; on est jamais trop PD dans la vie.

    Sur ce, je sors.

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  13. Je vois que l’homosexualité comme thème de débat dans un blogue présente deux avantages :
    1°) faire du « buzz », comme disent les journalistes qui ont peur du chômage (35 commentaires, c’est pas mal).
    2°) apprécier le niveau intellectuel de vos lecteurs, et leur aptitude à renouveler l’Almanach Vermot.

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    1. C'est ma faute, notez bien : sur 900 pages serrées, j'aurais parfaitement pu choisir des dizaines d'autres extraits…

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    2. "sur 900 pages serrées" il fallait tout de même trouver l'ouverture!

      Majeur

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  14. Personne n'ayant eu l'outrecuidance de vous faire remarquer que le refoulé fait toujours retour, vous devriez vous sortir, vite fait, de ce cloaque dans lequel vous vous êtes innocemment fourré !

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  15. Le compositeur d'opérette ne tient aucun compte de cet aspect de la sodomie : il y faut un actif et un passif, comme on dit généralement (ne discutons pas le bien-fondé de ces appellations), c'est-à-dire, quelqu'un qui encule et quelqu'un qui se fait enculer, même si, bien sûr, les individus peuvent jouer les deux rôles. Mais allez donc faire entrer une bite dans votre cul, et vous me direz si c'est facile, surtout la première fois !

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