jeudi 13 août 2015

Dos à dos, mais sous le parasol


J'éprouve une horreur quasi sacrée, et un accablement qui l'est à peine moins, dès que j'entends cette expression : renvoyer dos à dos. Renvoyer Pierre et Paul dos à dos, lorsqu'ils s'opposent sur un point ou un autre, c'est se laver les mains, avouer son incompréhension, son aveuglement ou sa frousse ; en se donnant, en outre, des allures d'esprit large, supérieur, surplombant. Par exemple, on peut ainsi renvoyer dos à dos le catholicisme et l'islam, ce qui est une manière dégagée de dire qu'on ne veut pas d'ennui et que, par conséquent, on se gardera bien de voir ce que l'on voit et d'écouter ce que l'on entend.

Néanmoins, et pour une fois, je vais moi aussi renvoyer dos à dos. Paris Plage est une monstruosité dont Philippe Muray a dit tout ce qu'il convenait de penser, si l'on est un esprit à peu près sain. Partant, le fait que la sottise s'invite soudain au cœur de la stupidité béate, et que cet enfer ludique devienne pour une journée Tel Aviv sur Seine, ne pouvait en aucun cas me tirer de ma léthargie estivale. Que les habituels antisémites d'extrême gauche grimpassent aussitôt au sommet des parasols pour s'époumoner et crier au monde leurs indignations soigneusement repeintes en tenue de camouflage n'a pas pu davantage me faire soulever une paupière, tant les pavloveries antijuives des palestinolâtres sont prévisibles et toujours au rendez-vous. Choisir entre les clowns blancs de la mairie de Paris et les augustes des officines judéophobes m'était décidément impossible ; et d'autant plus que, pour les départager, il m'aurait fallu descendre dans leur arène, c'est-à-dire dans ce cloaque festif que sont, en ce moment même, les quais de la Seine.

Je les ai donc renvoyés dos à dos. En espérant que, si jamais l'un ou l'autre vient à se retourner, nos braves CRS condamnés à surveiller ce jardin d'enfants cauchemardesque ne molliront pas de la matraque ni des friandises lacrymogènes.

31 commentaires:

  1. Je viens d'en déduire que vous étiez certainement un ami intime de Philippe Muray (grâce à Google, je vous rassure), un jour Luchini lira aussi vos textes.
    Pour Paris Plage, je n'ai pas d'avis et je m'en fous, je n'y vais jamais, quand il fait trop chaud je fuis la ville.

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    1. Muray et moi nous sommes croisés une fois…

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    2. Ah oui, c'est peu pour être intime.

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    3. Non, place Saint-Sulpice, lors d'un coquetèle aux éditions du Rocher.

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  2. J'aime beaucoup les (je cite) :“ pavloveries antijuives des palestinolâtres prévisibles et toujours au rendez-vous…” ; c'est à fait cela.

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    1. Et moi, c'est le texte tout entier que j'aime beaucoup ! Ecrire si bien sur quelque chose qu'on aime si peu, ça tient de l'exploit !

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  3. Moi, sur un sujet pareil, j'attends avec impatience le chorus de Jazzman !

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  4. Un bonheur n'arrivant jamais seul, voilà un Gaza plage qui débarque.

    Je ne sais pas si les organisateurs ont prévu des feux d'artifice pour les mômes, histoire de coller à l'original.

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    1. Ça fait plaisir de voir des déshérités qui ont gardé le sens du jeu.

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  5. Paris-plage, l'idée est répugnante. Mais avec la photo, on atteint l'obscénité.

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    1. Et encore : j'aurais pu en choisir une en "plan rapproché"…

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  6. waa est venu il y a quelques jours déposer un commentaire de marquage de terrain, je me suis dit que quelque chose se préparait. Ce n'est plus très drôle quand voit les trucs du prestidigitateur.
    Mais pour faire plaisir à Emmanuel F. voici :
    1947 découverte des manuscripts dits "de la Mer Morte".
    1948 création de l'Etat d'Israël.
    Un des premiers experts à les examiner se suicide. Les autres se râclent la gorge et déclarent que hbrmpf...tout cela a l'air farpaitement authentique

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    1. Même au cœur de l'été, on peut compter sur la culture abyssale et la perspicacité du plus obstiné des détectives du web francophone...

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    2. Fichtre, après Tel-Aviv, c'est Meetic sur Seine !

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    3. Emmanuel F. botte en touche (Meetic - touche - ahaha humour) comme un vrai rabbin.
      Puisqu'on parle de détective, on a pu noter qu'Emmanuel F. a toujours sous la main les livres dont parle Didier Goux. Lors du billet sur la correspondane de Me Garçon il a même fait référence à un volume que lui seul avait, semble-t-il. Ce doit être quelqu'un de haut placé dans l'édition, ma chère Barbara Watson.

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    4. "comme un vrai rabbin" : vous me flattez, cher Jazzman !

      A propos de votre remarque sur le billet concernant Maurice Garçon, je ne vois pas très bien de quoi vous parlez ; en relisant les commentaires, je m'aperçois que je n'y interviens qu'une seule fois pour évoquer des propos tenus par Darquier de Pellepoix dans une interview à L'Express (en octobre 1978). Il n'était pas besoin de déranger Baker Street pour si peu...

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    5. J'ai confondu avec l'article sur Paul Morand et en le relisant, je vois que M. Goux dit aussi qu'il possède ce premier volume.
      Ce qui confirme qu'on peut très bien obtenir des conclusions exactes en partant d'hypothèses partiellement fausses.

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    6. Juste au passage, le "premier volume" de la "Correspondance" Morand-Chardonne dont vous parlez et que je serais le seul à posséder a été publié par Gallimard (un éditeur pas vraiment confidentiel) en 2013 et a dû certainement se vendre à plusieurs milliers d'exemplaires ; il n'est donc pas nécessaire d'être "haut placé dans l'édition" pour se le procurer, il suffit de se rendre chez un libraire...

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  7. En qualité d'éternelles victimes, juifs et ottomans (palestiniens), nous convieront éternellement à arbitrer leurs ébats, débats et combats. Nein danke ! On a déjà beaucoup trop donné, très peu pour moi.

    Quant à l'artefact estival de notre décadence, Paris Plage, il est l'exact concentré de tous ceux qui pratiquent furieusement l'aliénation, la lèpre sans léproserie. Muray a parfaitement bien cerné les choses.

    Cependant, "On ne peut prendre un intérêt purement esthétique à un maladie dont on est en train de mourir ; on ne peut adopter une attitude impartiale face à un homme qui s'apprête à vous trancher la gorge."
    George Orwell, Causerie parue dans le Listener du 29 mai 1941. Essais, articles, lettres. Volume 2. Editions IVREA.

    En conséquence le discernement s'impose en sachant que nos ennemis sont légion, certains visibles, d'autres moins. Méfions-nous des coteries, des agités brasseurs d'idées prétendument généreuses et des travailleurs de la nuit toujours prompts à voler ce qui reste d'intègre en chacun de nous.

    Margot refuse de pleurer.

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  8. Sans flagorneries aucunes, je n'oserai jamais.
    Texte formidablement écrit, si,si!!
    Paris Plage, le terme me fait hurler de rire, mais doña Hidalgo zn rajoute une couche, puisqu'elle a annoncé que l'épreuve de natation du triathlon se déroulerait dans la Seine, si Paris était ville olympique.
    J'espere pour les adeptes de cette épreuve qu'ils seront réellement boostes sinon, au bout de l'effort ,la mort. , oui mais d'abord "Gigi"; comme dirait une blague sodomite idiote et douloureuse.

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  9. Alors finalement, il s'est passé quoi à cette manifestation de Tel-Aviv sur Seine qui a nécessité le concours de 500 policiers et gendarmes ?

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    1. Rien, même pas une distribution gratuite de falafels et de gefilte fisch.

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  10. La photo est magnifique: toute la connerie moderneuse en un plan.
    Les bronzés se font cramer, naturellement, ceux qui mettent un maillot de bain sans se mouiller, ceux qui sont arrivés à sept heures du matin pour l'emplacement avec vue imprenable sur les badauds, le regard de ceux-là tourné vers les précédents, ceux allèchés par l'odeur du sang, on ne sait jamais si ça pouvait dégénerer et j'en passe, j'en passe...

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  11. De quelque bord que l'on soit et même sans bord du tout, si l'on fait appel au simple bon sens, on ne peut s'empêcher de penser qu'il y avait une sorte de provocation dans la mise en place de cette "journée". Non ?

    Navré
    Duga

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    1. Justement, pour éviter toute provocation, il paraît que la prochaine journée "Tel-Aviv sur plage" sera délocalisée à Marseille.

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    2. Juste par curiosité Emmanuel F, vous habitez Marseille, ou ses proches environs?

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