mercredi 1 novembre 2017

Le lancinant tic-tac des journaux du soir


De plus en plus nous me faisons penser à un groupe de promeneurs longeant un canal par un beau jour d'hiver : arrêtés au milieu du lé, ils observent, avec une anxiété d'autant plus rassurante qu'elle est à demi feinte, les six ou sept canards qui barbotent devant eux, à œil gauche, en se demandant gravement si l'eau semi-dormante ne risque pas d'être trop froide pour leur duvet ; ce qui les dispense de voir, à œil droit, l'enfant qui se débat pour tenter d'échapper à la noyade. Ils mettent un soin particulier à ne pas tourner la tête, car alors il faudrait bien que l'un d'eux, au moins un, se décide à entrer dans l'eau glacée pour tenter de sauver le bambin qui se violace déjà.

L'image est sortie toute vêtue d'une phrase de Méandres, son meilleur livre peut-être, enchâssée en un texte où, au milieu des années quarante, Léon-Paul Fargue évoque la nonchalance de l'avant-guerre et la fausse sécurité qui allait avec. Il écrit : « Je ne tiens pas à réfléchir trop avant, même si le journal du soir fait un tic-tac de sonnette d'alarme. »

5 commentaires:

  1. D'autres parlent du calme avant la tempête.

    RépondreSupprimer
  2. Les Français ont l'eau qui atteint leur taille, mais ils se disent que demain sera meilleur en scrutant le ciel. Pauvre France.

    À propos d'enfants

    "Depuis dix ans, on demande un fichier pour suivre les disparitions.
    La France est un des rares pays à ne pas savoir combien d’enfants ont disparu et dans quelles conditions.
    Une hérésie totale », selon Corinne Herrmann."

    http://www.20minutes.fr/faits_divers/2158595-20171031-affaire-maelys-comment-parents-apprennent-vivre-apres-disparition-enfant

    Hélène dici

    RépondreSupprimer
  3. N'est-ce pas le point de départ de toute la réflexion de "La Chute", de Camus ?

    En moins sérieux: deux types regardent, d'un pont au-dessus de la Seine, un touriste anglais en train de se noyer en criant " Help, help !", et l''un dit à l'autre "Il aurait mieux fait d'apprendre à nager que d'apprendre l'anglais "

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Chouette, je l'ai trouvé sur youtube admirablement lu.
      Adieu les douleurs des cervicales trop sollicitées par mes lectures nocturnes.

      https://m.youtube.com/watch?v=O2yChsCm1Bo

      Hélène dici

      Supprimer
  4. Pour moi, sa plus belle phrase c'est

    " ...depuis cent ans, je suis à la recherche de ces ombres, depuis cent ans je parcours les impasses, je cogne aux portes, j’implore des lucarnes..."

    En ce qui concerne Méandres, nul mieux que lui pouvait évoquer avec beaucoup de trouvailles assez pittoresques l'ambiance des années d'avant-guerre; lui qu'on se disputait dans tous les diners et qui avait tant d'amis à sa suite.

    J'ai beaucoup aimé moi aussi !

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.