L'Ombre gagne : tel est le titre d'un livre que Renaud Camus n'écrira sans doute jamais – qu'en tout cas il ne publiera pas, car personne n'en veut : trop sulfureux.
Et, pourtant, l'ombre gagne, en effet. Hier, en commentaire de
ce billet, Zoridae m'a fait remarquer que je me répétais. Elle a raison : je me répète. Et je continuerai tant qu'elle-même restera sourde et aveugle. J'aime beaucoup
Zoridae. J'aime bien
son mec aussi. Et, bien que peu porté sur les enfants, le produit de leurs copulations frénétiques ne me déplaît pas du tout : il doit même traîner, çà et là, des photos de moi, à quatre pattes, jouant avec le Kéké en question. Lequel Kéké est tombé amoureux de mes chiens, ce qui crée des liens indubitables.
Ce Kéké-là, j'aurais bien aimé lui laisser un monde vivable, voyez-vous. Or, je n'y crois plus. C'est peut-être un effet de l'âge, après tout : les vieux sont censés s'effrayer d'un rien – tous les jeunes vous le diront. D'ores et déjà, il existe des kékés un peu plus vieux que celui qui nous occupe, pour
reprocher à leurs parents de ne pas faire le ramadan. Parce que, enfants, ou adolescents, donc conformistes, ils veulent être
semblables à leurs camarades de classe. Or, dissemblables ils sont, et minoritaires de plus en plus – ils le vivent douloureusement et c'est normal. Ces gamins, beaucoup d'entre eux, se convertiront, non parce qu'il seront touchés par une quelconque grâce divine, mais simplement pour ressembler à leur voisin de pupitre. Ils deviendront manipulables, par conséquent manipulés : tout est déjà en place.
Un jour, les gens de ma génération (enfin, les survivants), pas leurs parents, déjà gangrenés, leur diront qu'ils ont vécu toute leur enfance, toute leur scolarité, sans jamais voir un Africain ou un Arabe. Ils préciseront, ces vieux cons, que lorsque par hasard ils en héritaient d'un, ils étaient tout frétillants de cet “ailleurs”qui déboulait dans leur existence, curieux, avides. Et qu'ils jouissaient de cette découverte, de cet exotisme, de cette
étrangèreté.
Les kékés ne nous croiront pas.