dimanche 3 juillet 2016

Mort d'un cuistre


J'ai éclaté de rire tout seul, à la surprise légèrement réprobatrice du chat. C'était en apprenant (ici, mais on le trouvera ailleurs) que le vieux politicien bredouillant et stérile qui est mort hier, demandait par testament à ce qu'un hommage national lui fût rendu, aux Invalides, en présence du président de la République. J'ignorais que l'on pût pousser la cuistrerie à ce point où elle confine à la simplesse d'esprit. Une chance que le petit bonhomme n'ait point été de confession catholique : il nous aurait requis le pape et exigé de lui un procès en béatification. Est-ce cela que l'on appelle la retombée en enfance ? Allons, que la République soit bonne fille : qu'elle le lui donne, son petit bout de diplôme post mortem ; et surtout, après cela, que l'on n'en parle plus.

30 commentaires:

  1. C'est vrai que tout cela manque de modestie.
    Malgré tout je ne peux lui en vouloir tant j'avais de l'estime pour l'homme.
    Peut-être parce qu'il ressemblait à mon père.
    Peut-être aussi parce que bien que bredouillante sa pensée était au-dessus des autres.

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    1. Au-dessus des autres, vraiment ? Mais de quels autres ? Si c'est de Hollande ou de Sarkozy, oui, évidemment. Mais enfin, il y en eut d'autres…

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  2. La photo de lui sur Atlantico nous le montre tel qu'il était en réalité : sévère, autoritaire et peu conciliant.
    Son testament nous le révèle aussi imbu de lui-même, égoïste et mesquin. Pas trop le profil de l'homme politique qu'il nous viendrait spontanément à l'esprit d'élire...

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    1. D'ailleurs, il ne l'a été, élu, qu'à des postes subalternes.

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  3. Pour répondre plus précisément à votre billet : Rocard (que j'ai bien connu) ne s'est jamais remis de ne pas avoir été président de la République; c'est son côté enfantin, qui le rendait par ailleurs si attachant (il était persuadé qu'il valait mieux convaincre (nom de son club) que contraindre- or, la politique, ça marche rarement comme ça). Ce côté étonnant de penser à ses obsèques, c'est tout simplement parce qu'il a voulu des funérailles de président de la République.
    Tout homme a ses faiblesses.

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    1. Sans doute, sans doute. Mais je trouve la sienne, de "faiblesse" (que j'appellerais plutôt de la "vanité moliéresque"), particulièrement pitoyable.

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    2. D'ailleurs : quel intérêt, nos propres obsèques, puisque nous ne pouvons pas y assister ?

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    3. L'intérêt ?
      Mais, d'obliger ses ennemis politiques à assister à la l'office. Messe de fait rendue "possible" pour Tonton. Le Temple pour Michel.
      Çà c'est vicelard !

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  4. Il a raison. On ne prépare jamais assez bien ses obsèques.

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  5. Pourquoi Rocard n'est pas un cuistre, qu'on soit d'accord avec lui ou pas :

    http://www.liberation.fr/france/2016/07/03/michel-rocard-un-homme-moderne_1463795

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    1. Ah, alors, si Joffrin le dit…

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    2. Il n'y a pas que Joffrin; il y a aussi des gens bien plus crédibles :

      http://www.marianne.net/elie-pense/essai-bilan-objectif-rocard-100244203.html

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  6. Je me rappelle que de son personnage dans le bébête show; Rocroa le corbeau.
    C'est lui qui a demandé, manque pas d'air.

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  7. Il manque le Panthéon. Avec Ministre de la Culture à voix sépulcrale.
    "Entre ici, Michel, avec ton terrible cortège".

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    1. Il manque le panache du président Beaufort : "...et vous n'aurez jamais plus à marcher derrière moi, jusqu'au jour de mes funérailles. Funérailles nationales que vous voterez d'ailleurs à l'unanimité et ce dont je vous remercie par anticipation."
      Amike

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  8. Depuis que je ne lis plus Achille Talon, je n'ai pas eu souvent l'occasion de lire le mot "cuistre"... En l'occurrence, il semble ici employé à bon escient ("de bon aloi" aurait dit Me Capello)

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    1. De plus, en découvrant la photo, j'ai pensé précisément à Lefuneste !

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  9. Cuistre sans aucun doute, mais quel beau visage de vieux sur cette photo

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  10. Et voilà comment un cuistre va donner l'occasion à un autre cuistre de faire la seule chose pour laquelle il semble avoir un don : présider une belle cérémonie funéraire en l'honneur de celui dont on n'avait strictement rien à foutre tant qu'il était vivant, mais qu'on demande au peuple de pleurer à chaudes larmes, maintenant qu'il est mort.

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  11. Le coup de vieux qu'il avait pris...mon père, qui est mort au même âge, avait l'air d'un jeune homme à côté...comme quoi la cuistrerie , hein...

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  12. Pour le coup, il est bien cuistre maintenant... Là où il est hâlé...

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  13. Il est bien loin le temps où les hommes d’esprit exigeaient des funérailles vraiment dignes.

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    1. Mais où sont les funérailles d'antan ?
      Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards
      De nos grands-pères
      Qui suivaient la route en cahotant,
      Les petits macchabées, macchabées, macchabées, macchabées
      Ronds et prospères.
      Quand les héritiers étaient contents
      Au fossoyeur, au croque-mort, au curé, aux chevaux même
      Ils payaient un verre.
      Elles sont révolues
      Elles ont fait leur temps
      Les belles pom, pom, pom, pom, pom, pompes funèbres.
      On ne les reverra plus
      Et c'est bien attristant,
      Les belles pompes funèbres de nos vingt ans

      Plutôt que d'avoir des obsèques manquant de fioritures
      J'aimerais mieux, tout compte fait, me passer de sépulture.
      J'aimerais mieux mourir dans l'eau, dans le feu, n'importe où,
      Et même, à la grand' rigueur, ne pas mourir du tout.
      O, que renaisse le temps des morts bouffis d'orgueil
      L'époque des m'as-tu-vu-dans-mon-joli-cercueil
      Où, quitte à tout dépenser jusqu'au dernier écu,
      Les gens avaient à coeur de mourir plus haut que leur cul
      Les gens avaient à coeur de mourir plus haut que leur cul

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  14. C'est pas pour râler, mais il y a 4 semaines que Didier n'est pas allé chez les modernœuds... Allez! au boulot, fainéant!...

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  15. Pour ce qui est de la politique, il faut bien que quelques-uns s'y collent. C'est ce que je dis toujours aux râleurs, mécontents, beaux esprits, Trissotins, prêts à dégainer leur morve et autres, "mais faites-vous élire et allez gérer notre vie collective". Tout le monde peut être candidat, être choisi et participer à la gestion de nos bien communs. Il faut des élus, des responsables, ce n'est pas facile et pas très cher payé... Alors, oui, gémir c'est facile, s'y coller c'est autre chose. Donc j'ai du respect pour tous ceux qui s'y collent, de droite ou de gauche, et bien sûr Rocard en particulier. On lui doit la paix en Nouvelle Calédonie, ce qui n'est pas rien, le RMI c'est pas mal non plus et la CSG ... A défaut de l'avoir personnellement connu, il est cependant plus que probable que c'était un mec bien....

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  16. Quand j'entends un contribuable porter au crédit de Rocard la création de la CSG, j'ai l'impression d'être face à un mouton qui féliciterait un édile pour son nouvel abattoir.

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    1. Vous avez bien tort : la CSG a pour but de faire financer la Sécu par les revenus du capital, et pas seulement par ceux du travail (et d'alléger ainsi le handicap qui pèse sur les entreprises qui embauchent beaucoup.)
      L'avenir est au basculement total des cotisations sociales ( patronales et salariales, assises uniquement sur les salaires) sur la CSG.

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    2. Salauds de capitaliste... Blague mise à part, puisque peu de choses échappent à l'économie personnelle, la demande de Rocard doit être analysée sous cet angle. Lui qui aurait pu connaître un autre destin, est passé à côté de tout. Finalement, il n'arrivait pas à se faire aimer et il en souffrait (sur le plan politique et privé). Certains personnages sont portés par la grâce et d'autres par la disgrâce. Ce dernier point marquerait tout homme. Il eut ses élégances mais ce que vous dénoncez n'appartient assurément pas à cette catégorie. En ne voulant pas rater sa sortie mais, il s'est pris, une fois de plus, les pieds dans le tapis. Maladresse, vanité (chère à notre République des Bourbons), un peu des deux... La France est un terreau fertile en termes d'insoutenable légèreté de l'être.

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  17. J'espère que sa cuistrerie lui vaudra aussi le livre Guinness des records.

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