dimanche 7 mai 2017

Deux jours de solitude


Après deux jours de lecture, pour cause de désintérêt grandissant, et même d'ennui, j'ai abandonné le plus célèbre roman de Gabriel Garcìa Màrquez aux alentours de sa deux-centième page. Du coup, je ne parviens plus du tout à comprendre ce qui avait pu motiver ma fascination lors de sa découverte (il est vrai que j'avais 20 ans à peine…), et encore moins les dithyrambes que je puis lire à son sujet, émanant des plumes les plus glorieuses : au sujet de Cent ans de solitude, certains (Pablo Neruda par exemple) n'hésitent pas à convoquer Don Quichotte et Pantagruel, tout de même !

C'est en essayant de discerner ce qui, dans ce roman, pouvait bien provoquer l'enthousiasme de Kundera (hors son amitié avec l'auteur…) que je pense avoir trouvé ce qui n'a pas tardé à m'y déplaire. Car, dans un autre domaine, Kundera est aussi un grand admirateur de Fellini que, pour ma part, j'ai bien du mal à supporter. Or je me suis rendu compte que l'explication était sans doute là : il y a en effet un gros point commun entre le cinéaste italien et le romancier colombien, et c'est ce côté laborieusement “féérique”, ce recours systématique et obligé au “merveilleux”, à la “magie”, choses auxquelles je suis décidément rétif. Surtout que Màrquez ne recule pas devant les ficelles les plus visibles, poussant la volonté de “faire poétique” jusqu'au kitsch, ou pas loin (ce qui rend, à mes yeux, d'autant plus étonnante la dilection de Kundera à son égard). C'est par exemple – exemple pris entre cent – la pluie de petites fleurs jaunes qui tombe durant toute la nuit suivant la mort de l'un des personnages… Au fond, il n'est pas impossible que ce soit justement cette powésie, ce “féérique” généreusement dosé, qui explique le stupéfiant succès de Cent ans de solitude. Ça plus le côté fable, à la morale suffisamment mise en évidence pour que tout lecteur ait la fierté de la trouver lui-même, l'allégorie bien soulignée de l'histoire de l'Amérique latine tout entière, résumée par le village de Macondo. Sans parler de la coquetterie consistant à brouiller artificiellement les pistes incertaines en donnant les mêmes prénoms à tous les Buendìa mâles, ce qui ne les rend à vrai dire ni plus ni moins intéressants pour cela.

Comme je n'ai vraiment plus la place de conserver les livres que je ne relirai jamais, celui-ci est parti directement à la poubelle au couvercle jaune.

12 commentaires:

  1. Eh bien, c'est du joli ! Foutre un "célèbre roman" au "stupéfiant succès" à la poubelle !A quand un autodafé de livres dans votre jardin ?

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    1. Je dois dire que cette dernière phrase m'a aussi fait bondir.
      On ne jette pas les livres, au pire on les abandonne sur une table de bistrot !

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    2. Remarquez les poubelles jaunes sont peut-être ensuite triées par quelques Lyonnais (ou autres hein, je ne veux pas stigmatiser) avides de lectures.

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    3. Je ne vais pas dans les bistrots…

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  2. Un des rares livres que je trouve sublime.

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    1. Je sais, on en a déjà parlé. Mais depuis quand ne l'avez-vous pas relu ?

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    2. J'ai perdu mon exemplaire et votre poubelle est bien loin...

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  3. En y repensant, je dois avouer que moi aussi il m'est arrivé de jeter des livres. En fait j'en ai jeté deux.
    Le premier, j'avais quatorze ans ! Le livre appartenait à mon cousin de vingt ans. C'était "L'Amant de Lady Chatterley" ! J'ai bien tout lu, décidé que c'était une cochonnerie, et jeté dans le vide-ordures.
    Le second c'est celui que ma sœur, qui a quinze mois de moins que moi, m'avait adressé par la poste pour mes cinquante ans. J'ai ouvert le paquet. J'ai lu le titre : "Pour un ménopause heureuse" et... direct le vidoir !

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  4. J'ose espérer que la poubelle avec le couvercle jaune est bien celle qui est destinée au recyclage du papier...

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  5. Je n'ai jamais aimé ce roman ni compris son succès mais, quand même, la poubelle...

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  6. Peut-être ce goût du fantastique explique-t-il également la grande estime de Kundera pour les "Versets Sataniques" : c'est d'après ses grands éloges (encore Rabelais) que je les ai lus et j'avoue que passées les deux cents premières pages qui m'avaient assez étonné, je me suis bien ennuyé. Mais, timide de nature, je n'ai pas osé le bac jaune. Pour ce qui est du fantastique, "Le Maître et Marguerite" échappe pour moi complètement à cette fatalité d'ennui, et je crois que c'est le seul.

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  7. Je connais un chien qui déchiquette les livres...

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