lundi 15 octobre 2018

Brève errance contrôlée en Camusie intérieure

Le chien Horla
Comme je me l'étais promis il y a peu de jours, en raison des quelques incursions que nous y fîmes à partir du Cantal, j'ai, de retour ici, relu Le Département de la Lozère ; je le qualifiais, dans mon journal, et me fiant à ce qu'il me reste de mémoire, d'admirable : il l'est, peut-être encore davantage que dans le souvenir que j'en gardais. Une lecture un peu distraite pourrait faire croire à un ouvrage écrit au fil de la plume et des impressions successives fournies par le voyage qui l'a suscité ; il n'en est rien : c'est au contraire un livre rigoureusement et très subtilement construit, étagé, sculpté même, pourrait-on dire. Et c'est cette construction, et sa rigueur, et la subtilité de ses correspondances, qui font que le lecteur a la sensation troublante de s'y perdre ; de s'y perdre avec délices, de s'y perdre doublement aussi : dans les méandres géographiques des vallées profondes et le dénuement des monts de plein ciel, mais tout autant dans les entrelacs du temps historique. 

Étant parvenu au bout du volume, et à celui des gorges du Tarn conjointement, je ne voulais pas quitter Renaud Camus aussi abruptement, dans un cas comme dans l'autre, et j'ai relu aussitôt la Vie du chien Horla. Le choix, par hasard (mais y a-t-il des hasards ?), fut heureux, puisque, au sein de ce second livre, il est donné au lecteur de retourner en Lozère, mais arpentée cette fois d'un point de vue canin, si j'ose dire, dans la mesure où Horla et son demi-frère Hapax faisaient partie de ce périple entre mont Lozère et mont Mouchet, d'Aubrac à Margeride. À cette différence que, dans le premier livre, ils se faisaient si discrets à l'arrière du véhicule que le lecteur ne pouvait pas même deviner leur présence ; tandis qu'ils occupent dans celui-ci toute la place. Il y avait assez longtemps – hors les volumes successifs du Journal – que je ne m'étais pas offert ce plaisir d'une errance contrôlée en Camusie intérieure : je ne regrette pas celle-ci.

28 commentaires:

  1. Répétition malheureuse en début de billet...

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    1. Corrigée… avant d'avoir pu lire votre intervention !

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  2. Merci pour cette invitation au voyage.
    Avez vous lu ce billet d'admiration de Georges au sujet de Renaud Camus ?
    Pensez vous aussi qu'il fait partie des plus grands écrivains français ?

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    1. Des plus grands écrivains français vivants, oui. Mais il faut ajouter que l'on ne se bouscule pas au portillon pour le titre…

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    2. Ah si ! on se bouscule sur les plateaux télé !

      Alain

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  3. Heureuse de pouvoir enfin saluer votre retour !
    Pour moi aussi la Lozère et le Cantal sont rattachés à des souvenirs. En Lozère c'est Fournels, l'Hôtel Chassang, devenu La Poste depuis. Le Cantal c'est Chaudes-Aigues, la rue Saint Julien, Mémé Ernestine qui fêta ses cent ans et refusa de partager la vedette avec sa fille, Jeannou, qui aurait aimé qu'on fête ses quatre-vingts ans en même temps. La fête fut grandiose, puis Mémé Ernestine intégra la maison des personnes âgées - où jusque-là, elle ne se rendait que pour voir ses copines - et, refusant obstinément de quitter sa chambre, elle mourut trois ans plus tard.
    Son petit-fils, journaliste au Figaro puis au Canard Enchaîné - où il dirigeait Les Cahiers du Canard, était la fierté de la famille.
    Je crois même qu'il avait commis un Atlas des vins, ou quelque chose comme ça ! Jacques, si tu me lis...

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    1. Vous ne vous seriez-t-y pas trompé de billet, pour votre commentaire ?

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    2. Pourquoi ? Fournels n'est pas en Lozère ? Et Chaudes-Aigues n'est pas dans le Cantal ?

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    3. Oubliez ma question : c'est moi qui suis “dans l'pâté”…

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  4. Il est comme ça Renaud Camus ?
    Il a l'air si sévère que je n'aurais pas cru.
    Si je lis le livre, j'arracherai les dernières pages : jj'ai une maladie orpheline : il m'est insupportable de voir souffrir et mourir les bêtes.
    Hélène dici



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    1. La fin n'est pas le moment le plus agréable du livre, c'est sûr.

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  5. Désolé, mes bons amis, pour ce “retard de validation” : je viens seulement de m'aviser que plus aucun de vos commentaires ne parvenait jusqu'à ma boitamel…

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  6. Ai-je rêvé, ou ai-je bien entendu à la radio que Renaud Camus était candidat à l' Académie Française ? Et pourquoi pas au prix Nobel ? Tout le monde ne peut pas se prénommer Albert !

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    1. Il l'a déjà été au moins deux fois, candidat. Si ce n'est trois…

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    2. Cela dit, pour le moment, il s'agirait plutôt de présenter une liste aux élections européennes.

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  7. Je trouve qu'être candidat à l'Académie Française traduit tout de même une forme de fragilité psychologique. Seul Montherlant, je crois, à été élu en refusant de faire acte de candidature et les classiques visites aux Académiciens pour tenter d'obtenir leur vote.

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    1. Si vous commencez à croire tout ce qu'a pu raconter Montherlant… De toute façon, l'acte de candidature est obligatoire (mais pas les visites, en effet). Par ailleurs, je ne vois pas du tout en quoi vouloir faire partie de l'Académie serait la preuve d'une "fragilité psychologique". Ou alors, il faudrait soupçonner de fragilité psychologique des gens comme Boileau, Montesquieu, Clemenceau, Barrès, Paulhan, Lamartine, Hugo, Mme de Romilly, Morand, Racine, Claudel, Lyautey, Braudel, Pasteur, Mauriac, et quelques autres, pour ne citer que les premiers qui me viennent à l'esprit et en vrac.

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  8. On ne peut pas comparer l'Académie Française d'aujourd'hui à celle d'autrefois. Qu'apporte, aujourd'hui,à un grand écrivain, d'en faire partie ? Je crois que rien d'autre qu'une petite satisfaction d'amour-propre (comme la Légion d'Honneur pour le vulgum pecus), et qu'elle est désormais réservée aux écrivains moyens, ceux dont l'oeuvre ne leur survivra pas.

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    1. D'abord, l'Académie n'est pas, et n'a jamais été, réservée aux écrivains. Et que pouvait-elle apporter de plus qu'une "satisfaction d'amour-propre" (ce qui n'est déjà pas si mal) à un Ferdinand de Lesseps, un maréchal Joffre , un Vigny, un Cocteau, un Cambacérès ou encore un Jean Cocteau ?

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    2. De quoi refaire le toit du Château par exemple ?
      Etre un génie incompris, ça ne paye pas.

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  9. Quel plaisir de vous revoir dans une forme brillante après ces quelques jours de vacances que l'on suppose sybaritiques...

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  10. Vous devriez vous arrêter sur cette pente sauf à risquer à nouveau, comme il y a quelques années, que quelqu'un ne soit tenté de commettre un article intitulé : "Élie Arié est un âne bâté de la pire espèce : ceux qui croient tout savoir !"

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    1. Un bel article, ma foi( mais est-ce de ma faute si je sais effectivement tout ? ). On ne risque pas de porter les mêmes accusations contre vous !

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    2. Et Dieu sait pourquoi, aussitôt le cerveau de la "vipère heurtante" se réveille et elle chante une chanson de votre "vedette dont la postérité ne retiendra pas le nom" :
      "Est-ce ma faute à moi, si j'ai connu d'autres caresses
      Si j'ai connu d'autres ivresses
      Si j'ai tremblé dans d'autres bras ?
      Est-ce ma faute à moi si j'ai joué la comédie
      Fallait pas me donner ta vie
      Je ne te la demandais pas."
      Il faut bien que je le reconnaisse, à part des chansons, je ne connais pas grand chose!

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    3. Diantre, ça trépide méchamment sur ce blog, au point qu'on peine à distinguer les noeuds de vipères des anguilles de caleçon...

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    4. A ne pas confondre non plus avec l'escargot des broussailles de très mauvaise réputation !

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    5. Vous pourriez chanter ça dont le style est un peu pompier, je l'admets...mais je préfère les chanteuses qui pompent à celles qui gonflent, question de sens de circulation du flux...

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    6. Là j'avoue, jazzman, que vous m'en avez bouché un coin : je n'avais jamais entendu parler de cette chanteuse. Cela dit il n'y a pas de honte à aimer le style pompier

      https://www.youtube.com/watch?v=guRjCjsjQYw

      Et j'ai une bonne nouvelle pour vous : d'après Wiki cette dame "donne encore des spectacles intimes à l'occasion" !

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