samedi 2 juin 2018

Ami-ami avec Tom W.

Tom Wolfe, 2 mars 1930 – 14 mai 2018.

J'ai terminé les 820 pages de Bloody Miami tout à l'heure, juste avant d'aller prendre ma douche (les deux faits n'étant d'ailleurs liés en rien) : il y avait longtemps que je n'avais pas lu un roman aussi réjouissant, qui se parcourt à tombeau ouvert (ou à bride abattue si on est vraiment passéiste), et donne de l'Amérique – ou au moins de Miami – une image aussi glaçante que drôle, vraiment très drôle. Par moment, on se croirait chez le bel Alexandre (Dumas), tellement ça galope. Quand je me dis que, pendant ce temps, des malheureux s'obstinent à déchiffrer les minces grimoires de Christine Angot ou d'Édouard Louis, un grand élan de pitié me vient pour eux ; la seconde suivante, je me dis qu'après tout ils n'ont que ce qu'ils méritent. 

Il est vrai que Tom Wolfe – c'est à la fois, de sa part, modestie et ambition – se contente de montrer le monde tel qu'il le voit, d'en indiquer quelques-uns des ressorts les plus agissants, même si ce dévoilement ne risquait pas de lui valoir le Nobel, ni de lui ripoliner l'âme en couleurs pastel ; alors que nos deux chevaliers blancs, eux, attention les yeux, dénoncent le racisme et l'essclusion – pas moins. Il est certes fort beau de flétrir le racisme et l'exclusion, même si tous les bien-pensants occidentaux le font du matin au soir depuis près de quarante ans ; mais il faudrait peut-être leur dire, à Christine Édouard et à Louis Angot, qu'un homme qui dénonce, cela ne s'appelle pas un écrivain mais un délateur. En attendant, et cela s'accorde à merveille avec les deux clowns évoqués, je vais aller tout de suite ouvrir à sa première page Le Bûcher des vanités du même Wolfe ; dont les deux autres romans sont déjà bien au frais dans mon petit panier Amazon.

22 commentaires:

  1. Quelque jour il faudra tout de même que vous nous expliquiez le secret qui vous permet de lire à cette vitesse. Pour ma part, moi qui suis obligée de prononcer chaque mot dans ma tête - et qui lis à voix haute lorsque je lis en anglais, histoire de mettre la musique de cette langue dans ma bouche - je suis sûre que je suis incapable de lire plus de vingt pages à l'heure.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. D'abord, comme je l'ai déjà dit, je dois lira au bas mot cinq heures par jour. Ensuite, en effet, j'ai toujours lu assez vite.

      Mais, si ça peut vous consoler, l'âge venant je ne retiens quasiment plus rien !

      Supprimer
    2. Vous avez de la chance, car moi, même quand j’étais jeune je ne retenais rien. Non, j’exagère : j’ai retenu que Le Bûcher des Vanités était un grand livre. On y voit apparaître tous les monstres qui constituent désormais notre quotidien et que cette apparition littéraire (cette dénonciation ?) n’a pas empêché de prospérer pour notre plus grand malheur – preuve supplémentaire que, comme dit Houellebecq, la littérature ne sert à rien.

      Supprimer
    3. Il y a une page sur l'état d'un collège dans le Bronx qui est irrésistible de drôlerie… et fort effrayante : on croirait lire celle d'un collège de Seine-Saint-Denis aujourd'hui. J'en ferai peut-être un billet demain, tiens.

      Supprimer
    4. @Alain
      comme dit Houellebecq, la littérature ne sert à rien
      C'est évidemment ce que peut penser un type qui décrit la soumission de la France à l'islam, alors que celle-ci est entamée depuis au moins 50 ans.
      J'ai lu dans Wkipédé que Le bûcher des vanités avait servi de modèle pour l'affaire DSK.
      Les attentats du 11 septembre ont leur racine dans un roman paru dans les années 60...
      Le camp des saints a visiblement inspiré Georges Soros pour la destruction de l'Europe.
      1984 est le livre de chevet des professeurs d'écoles de journalisme.
      Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu paru en 1864 est la base de ce que nous vivons après son plagiat plus connu en 1901...
      Est-il nécessaire d'alonger la liste ?
      Mais il est vrai qu'il y a une foule d'écrivains qui ne servent à rien. Je dirais à leur décharge qu'ils font moins de dégats.

      Supprimer
    5. "l'âge venant je ne retiens quasiment plus rien

      C'est le grand avantage de l'âge : le jour viendra où vous n'aurez plus besoin que d'un seul livre, vous aurez l'impression de le découvrir pour la première fois à chaque nouvelle lecture.
      Comme disait Reagan au début de son Alzheimer: "L'avantage de cette maladie, c'est que je me fais de nouveaux amis tous les jours"

      Supprimer
    6. Bravo jazzman ! Permettez-moi d'ajouter que c'est dans Le Rouge et le Noir que les jeunes gens trouvent l'inspiration pour séduire les femmes mariées !

      Supprimer
    7. @Jazzman.
      Vu comme ça cépafo
      Houellebecq prend comme exemple Les Possédés, « qui n’a pas empêché la révolution russe ». Les avertissements de la littérature ne sont jamais entendus. En revanche, comme mode d’emploi du pire elle peut être utile, comme le prouvent les exemples que vous citez.
      Avez-vous le titre du roman ayant servi de modèle au 11/09 ?

      Supprimer
    8. @Alain
      Navré, mais je n'ai rien pu retrouver, pourtant je sais qu'un film en a été tiré et j'ai vu l'affiche sur un site par hasard...mais rien à faire, Google et Bing ne veulent que me fourguer du Tom Clancy ou des bouquins d'analyse post-mortem.
      @Mildred
      Je suis forcé de vous croire sur parole...

      Supprimer
  2. "...les deux autres romans sont déjà bien au frais dans mon petit panier Amazon."
    Tiens ! Même dans mon coin perdu de Lozère, il est une librairie : "Papyrus" à Marvejols.
    Vrai qu'ici, on préfère les tripoux aux GAFAM.
    Jacques.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai cessé de fréquenter les libraires quand ils ont commencé à se prendre pour des prescripteurs idéologiques.

      De toute façon, je n'ai pas besoin d'eux pour savoir ce que je dois lire.

      Supprimer
    2. S'agissant des libraires, difficile de vous donner tout à fait tort.

      Mais de là à nourrir la pieuvre "Amazon" !

      Plusieurs sites de libraires associés en ligne existent : Lalibrairie.com, Libraires indépendants...
      Bien à vous.
      Jacques.

      Supprimer
    3. L'ami des bêtes que je suis continuera néanmoins à nourrir la pieuvre…

      Supprimer
    4. La pieuvre : 700 milliards de capitalisation. Plus de 500.000 salariés, la plupart en emplois précaires, avec des cadences éprouvantes, avec des pauses-pipi dans des bouteilles en plastique... Une kyrielle de procès et de condamnations, la dernière en date consistant à payer 250 millions d'euros à l'UE pour pratiques fiscales abusives.

      Difficile donc de partager votre... addiction.
      Il est vrai que je suis ce que Morand appelait un VCRAQNP, "vieux con réactionnaire accroché à la quille d'un navire en perdition". Et content de l'être.
      Jacques

      Supprimer
  3. Cretinus Alpestris4 juin 2018 à 10:19

    Commandé ce jour chez la pieuvre.

    Si je suis déçu de la lecture, je vous le ferai évidemment savoir.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si la pieuvre vous déçoit, commandez-lui un roman de la série du Poulpe : elle sera à son affaire.

      (Oui, bon, je sais…)

      Supprimer
  4. Bonjour,

    il y a chez Wolfe beaucoup de drôlerie. On trouve dans le Bûcher des vanités toutes les grotesqueries de l'époque. On pourrait voir chez la victime noire, montée en épingle comme un héros, un Théo (celui de la matraque...) américain et tout ce qui s'en suit. Dans Bloody Miami on a tout le bordel du Miami art Basel, sans oublier la semi-pute cubaine et les ruskoffs...Je n'ai pas lu, mais il semble que dans Moi, Charlotte Simmons, il s'attaque à l'université...mais peut-être que pour le prochain livre de l'Américain, je prendrai Un homme, un vrai...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Les deux romans que vous citez devraient m'arriver aujourd'hui ou demain…

      Supprimer
  5. En raison de sa mort j'ai beaucoup entendu parler du génie de Philip Roth.
    Du coup j'ai ressorti "Pastorale Américaine" qui m'était tombé des mains, pour vérifier. Même impression. Et vous, vous aimez; et pourquoi?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai retenté Roth il y a quelques moi… et il m'est retombé des mains.

      Nous devons être, vous et moi, des handicapés de la rothule…

      Supprimer
    2. Ne me dites pas que "La tache" vous est tombé des mains, je ne vous croirais pas !

      Supprimer
  6. Tombé des mains ? Retombé des mains ? Allez, la troisième fois sera la bonne !
    Extraordinaire de beauté, l'histoire d'amour entre Coleman et Steena, et quel épilogue !
    Lançon, qui ne l'aimait pas complètement, écrivait dans le dernier Charlie : "Roth libérait des forces qui nourrissaient pour toujours". A table !

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.