mercredi 16 décembre 2015

Ce fier exil, ce triste exil


C'est notre pénible condition, deux matinées par mois : être tiré du lit dès avant l'aurore, devoir avaler son tout premier café dans la fièvre et l'angoisse de ce qui se profile, en guettant la rue d'un œil apeuré. On espère toujours plus ou moins que ça n'arrivera pas, pas cette fois-ci, un incident bienheureux, quelque chose ; la déception choit, brutale : la femme de ménage est là. Derrière ses sourires doucereux se cache un implacable Hercule, qui va chasser les mini-Augias que nous sommes de leur pauvre petite écurie. On fait à la hâte, et avec d'incontrôlables tremblements des mains, son baluchon de livres et de mots croisés, on appelle le chien (depuis longtemps déjà, les chats ont fui vers les haies) et l'on prend le chemin de l'exil jusqu'à la Case, où il va falloir s'occuper jusqu'à midi, cependant que, de la maison, nous parviennent les échos de l'ouragan détersif qui s'y déchaîne. On est désemparé, incertain, flottant, malheureux ; mais on se force à sourire pour ne pas aggraver le désarroi de l'autre. 

Ce triste exil, cet arrachement au carrelage natal dure longtemps, on ne peut en discerner la fin avant qu'elle se produise effectivement, ce qui coupe à la racine tout espoir d'une vie et d'un monde meilleurs, qui ferait passer plus vite les heures. On tente de se consoler en se répétant que cet exode intérieur, cette répétition en petit nous sont peut-être un excellent entraînement à ce qui nous attend, mais cela ne fonctionne qu'à demi. Pendant ce temps, ces longs quarts d'heure mornes, l'occupante a cet air assuré et tranquille, mais avec encore une trace légère de goguenardise quand elle jette un regard par ici, des gens qui sont désormais chez eux et qui le savent.

35 commentaires:

  1. Haletant récit.
    Blague à part : vous êtes né sur le carrelage ?

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  2. Comment avez vous eu cette photo personnelle que j'ai interdit de reproduction ?

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  3. Mais....vous êtes infoutus de faire le ménage vous-même ?
    Bourgeois va !!!

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    1. On s'économise les forces pour quand je serai à la retraite et qu'on sera devenu des salauds d'enculés de pauvres.

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    2. Ce jour-là votre municipalité vous offrira gracieusement une aide à domicile et vous découvrirez alors les joies de l’assistanat.

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  4. C'est parce que j'anticipe ces affres que, malgré mon aversion grandissante pour le ménage, je me refuse à en employer une.

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    1. Et encore, nous, on a deux maisons et on peut passer de l'une à l'autre pour fuir le monstre !

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    2. Pangloss vous conseillerait d'adopter des araignées (et Jacques aussi a deux maisons, mais il est moins aisé pour lui de ne passer de l'une à l'autre que pour quelques heures.)

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    3. Mais qui nous dit que Maître Jacques n'a pas acheté une deuxième maison justement pour pouvoir fuir sa femme de ménage ? Comme c'est un homme manquant cruellement de sens pratique, il l'a choisie un peu trop éloignée de la première, mais ça ne change rien sur le principe.

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  5. Croyez bien que nous allons être nombreux à compatir !

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  6. La dame qui fait le ménage, c'est la grand mère de Mr Propre?

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    1. Non, c'est l'arrière-petite-nièce de la Mère Denis.

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  7. J'ai résolu ce problème depuis longtemps : ma femme de ménage ne vient que l'après-midi.

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    1. Ce n'est pas résoudre le problème, cela : juste le déplacer.

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  8. C'est vraiment pathétique. La mienne vient cet après-midi et me terrorise. C'est un lumineux démon brésilien qui se débrouille pour en faire le moins possible, tout en m'accusant de n'avoir pas le matériel qu'il faut, réclamant ceci ou encore cela.
    Aujourd'hui, je lui ai préparé son petit cadeau de Noël (avant ses longues vacances jusqu'à la mi-janvier !).
    Ce sont des vampires, définitivement...

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    1. La nôtre (lumineux démon normand…) travaille à une vitesse presque effrayante. Si bien que nous la laissons filer au bout de deux heures et demie, bien que nous la payions pour trois heures (notre côté "de gauche", compatissants avec les humbles et les sans-dent…).

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    2. A la première lecture, j’ai cru, Barbara, que vous offriez des vampires en cadeau de Noël à votre démon brésilien.

      Alain

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  9. Avec ces discussions sur les femmes de ménage on se croirait à un repas mondains dans le 16è arrondissement.

    Pierre

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    1. Mais nous y sommes, mon cher, nous y sommes !

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    2. Pierre, vous vous croyez encore au temps d’Archimède le clochard. Il y a belle lurette qu’on ne parle plus de femmes de ménage dans le 16e. Pour savoir de quoi on y parle (le retour de la bête immonde, le racisme des Français de souche, la montée de l’islamophobie, l’urgence à accueillir les réfugiés, la peur des amalgames, les joies du vivre-ensemble depuis son immeuble à digicode…), lisez Libé, le Monde, l’Obs… enfin tout sauf des blogs d’extrême-droite.

      Alain

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    3. Au Portugal, du temps de Salazar, les logements sociaux pour les plus pauvres (si, si, il y en avait!) comportaient une chambre de bonne , car il y avait plus pauvre que les plus pauvres; et, après la révolution des œillets, lorsque le salaire minimum a été institué, les dames des beaux quartiers criaient à l'injustice sociale : " Comment les pauvres feront-ils maintenant pour avoir une bonne ?"
      Rien de tout ceci n'est inventé.

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    4. La question ne manquait pas de pertinence, je trouve.

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  10. Deux heures et demie dites-vous ? Et toute la crèche est briquée ?
    Ben va falloir que vous me prêtiez cette fée ancillaire ! Parce que la mienne lambine tant que j'en suis parfois à deux doigts de lui prendre ses ustensiles des mains pour accélérer le bouzin et la voir tourner les talons.

    Il y a quelques jours je lui ai posé une question :
    - Est-ce que chez vous les pièces sont rondes ?
    - ....
    - Non, rien. Laissez tomber.

    Je suis allé me refaire un café. La drôlesse alléchée par la douce odeur s'est invitée à ma table. Que vouliez vous que je fasse.... ?
    La renvoyer à ses balais ?
    Elle m'a tenu le crachoir une heure cependant que son eau tiédissait dans son seau abandonné au milieu du salon.

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    1. Je compatis ! J'aurais une plaie comme ça sur le dos, je serais incapable de m'en débarrasser. (Heureusement, Catherine, elle, sait comment faire…)

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  11. Ça fait longtemps que j'ai viré ma femme de ménage.

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  12. Je n'autoriserai une femme de ménage chez moi qu'à condition qu'elle soit un homme d'une vingtaine d'année en short et plutôt mignon...

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    1. Du coup, il ne ferait pas le ménage et vous auriez une maison immonde (plus, sans doute, une chaude-pisse ou deux).

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    2. Mais non, mais non... http://www.dweho.com/infos/homme-de-menage

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  13. ( hors sujet) Encore un de vos copains ?

    http://tinyurl.com/ogw4ken

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    1. Je ne peux quand même pas connaître TOUS les prêtres qui méritent de l'être !

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  14. Je signale à Fredi M. que la femmes de ménage que l'ADMR m'envoie ne vient pas gratuitement. Encore une illusion qui s'évapore!
    En revanche, comme celle de Didier Goux, elle fait fuir mes chats. Il m'arrive de regretter que ce ne soit pas l'inverse qui se produise.

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