mercredi 9 décembre 2015

La chute de Philippe M.


Comment parler de Postérité, le roman de Philippe Muray dont je viens de terminer les 540 pages très serrées ? Quels mots employer pour décrire la stupéfaction saisissant le lecteur de Muray, celui des Exorcismes, lorsqu'il se trouve soudain englué dans cet énorme pudding gélatineux, tout de même parsemé de quelques trop rares fruits confits vraiment savoureux ? Comment l'écrivain d'Après l'histoire ou de L'Empire du Bien a-t-il pu accoucher de ce monstre inviable ? Par quel aveuglement a-t-il pu croire que ces ratiocinations enroulées les unes dans les autres, statiques, ne débouchant sur rien, écrites dans une langue horripilante à force de métaphores clonées se présentant systématiquement par petits trains de cinq ou six, à la queue-leu-leu ; et cet échantillon de dix ou douze figurines interchangeables, indiscernables et découpées dans le contreplaqué le plus mince, par quel sortilège Muray en est-il venu à penser que cet amas constituait un roman ? Je ne sais pas. Vraiment, je ne sais pas. Avant de commencer celui-ci, j'envisageais plus ou moins, après, de lire son roman suivant, On ferme ; je m'en garderai : l'accablement et l'irritation sont tels, ce soir, qu'une dose supplémentaire, j'en ai peur, risquerait de me faire dangereusement désaimer l'autre Muray, celui que je lis depuis plus de dix ans – et relirai encore. Avec celui-là, j'espère que La Gloire de Rubens va me rabibocher.

30 commentaires:

  1. Et de plus, on se rend compte en voyant cette photo qu'il a eu aussi une période BHL : c'est même lui qui a publié la première édition de "La Gloire de Rubens" dans sa collection "Figures"...

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    1. Il a eu aussi, avant cela, une période Sollers…

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  2. Mme Elisabeth Lévy va vous engueuler, pour cet article.
    (et où diable avez-vous été chercher cette photo ??? )

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    1. Elle ne le verra pas !

      Pour la photo : sur internet, tout sottement.

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    2. Etes-vous sûr qu'elle ne vous lise pas ?

      Alain

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  3. Avec cette coupe de cheveux il ne risquait pas d'écrire un bon roman.

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    1. Vous savez, quand l'un de mes billets ne vous inspire rien, vous pouvez aussi ne pas commenter : je n'en serai nullement frustré ni vexé.

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    2. Non, c'est très important, la fidélité et les témoignages d'amitié. Mais je ne vous oblige pas à me remercier.
      Et puis la coupe de cheveux, c'est quand même un signe de ce que l'on veut afficher de soi, ça en dit long, surtout quand on prend la pose avec un regard qui se veut inspiré, un porte-cigarette de frimeur, une liasse de papier et un stylo en main, histoire de ressembler au portrait-type de l'écrivain. On devine assez vite le faiseur, le gars qui joue un rôle, et ce n'est pas à la gloire du personnage. Evidemment, si vous faites partie de ces gens qui refusent de juger sur les apparences...

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    3. Il y a peut-être, aussi, une part de moquerie, dans cette pose affectée, outrancièrement affectée ; dans cette chemise à la BHL, le fume-cigarette de Sollers…

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    4. Ah ! C'est toute la question, en effet. Mais alors, il fait exprès ou pas ?

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  4. Vous en avez de ces préoccupations au moment où on vous explique que "la République est en danger" !

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  5. Je vois qu'on se focalise sur la chevelure. J'ajouterai pour ma part qu'il n'a pas le poitrail viril d'un romancier américain...

    Ô ridicules troncs! torses dignes des masques!

    Je note aussi, au passage, que Houellebecq, tout rachitique qu'il soit, est un grand romancier.

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    1. Proust lui-même n'était pas bien gros…

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    2. Et ne parlons pas de Léautaud.

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    3. Oui, les gringalets abondent dans les lettres... Proust était cependant, au dire de Léon Daudet, d'un grand courage physique.

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    4. Mais qui a prétendu que les gros seuls devaient avoir du courage physique ?

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    5. Eh oui, les maigrichons faiblards, aussi, peuvent être braves, témoins Méric et Merah.

      Mais il me semble que, d'ordinaire, le courage physique est en raison directe de la quantité de muscle pour produire un mouvement frappant ou, éventuellement, étouffant et de lard double pour amortir la boucherie des coups adverses.

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  6. Tiens, pour vous changer les idées :

    http://www.bvoltaire.fr/jeanpierrefabrebernadac/engrosser-femelle-front-national,224827

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  7. La tentation est grande de mettre les sales fascistes qui votent FN dans des camps, d'en vivisectionner quelqu'uns, de tabasser républicainement les autres, et de leur faire bouffer de la tolérance et du vivre-ensemble jusqu'à ce qu'ils se traînent d'eux-mêmes dans les fosses communes. Ils cumulent toutes les tares, ces frontistes : ils sont souvent blancs, ils sont souvent chômeurs ou en passe de l'être, ils n'ont pas assez de diplômes, ils sont presque toujours laids, leur goût est mauvais (par exemple, ils trouvent l'art contemporain ridicule et jugeraient Brecht ennuyeux, s'ils le connaissaient), ils ne s'enthousiasment pas lorsqu'on parle de déconstruire les identités sexuelles et toutes les identités, enfin ils sont assez primaires pour s'imaginer que pour être Français il faut être français. Il devient urgent de les anéantir.

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    1. Voici justement que le petit enquêteur nous alerte à nouveau sur les dangers qui planent sur notre démocratie.

      Alain

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  8. L'armée des incultes arrive, vous avez tout compris Victor, vous pourrez porter le drapeau...

    Sébastien

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  9. Et vous, Sébastien, porterez la couronne.

    "Je détruirai la sagesse des sages, et j'anéantirai la science des savants" sur le drapeau. On remplacera peut-être sagesse par culture et savants par économistes, qu'en pensez-vous? ce sera plus conpréhensible à l'armée des douze ploucs.

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  10. Entièrement d'accord avec vous. Autant les Essais sont des petits chefs d'oeuvre d'analyse clairvoyante, autant Le XIXème à travers les âges englue de belles trouvailles dans de la mélasse et de la boursouflure.
    FC

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    1. C'est, toute proportions gardées, la même chose pour Postérité : on y trouve d'assez nombreuses pépites, mais il faut le courage d'aller les débusquer dans la pâte molle.

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  11. De lui comme je l'ai déjà dit ici je n'ai lu que son dix-neuvième parce que ce siècle me passionne plus que tout autre, par sa proximité (c'était hier) et l'étrangeté de ce siècle charnière.
    Mais comme vous il m'a souvent fatigué, épuisé même par cette façon qu'il a de ne vouloir rien oublier, avec cette peur de passer à côté de quelque chose quand bien même ce quelque chose est anecdotique, peur de ne pas avoir été compris, quitte à être redondant, et cette obsession d'être absolument complet.
    Trop complet.

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  12. Je ne lirai pas "postérité" parce que j ai lu "on ferme" , enfin les cent premières pages... Je n'aurais pas pu mieux exprimer mon sentiment que vous le faites, ainsi que ses conséquences : même incompréhension que "le maître " ait pu se fourvoyer à ce point alors que son écriture est parfaitement lumineuse par ailleurs. Par contre le XIXe se lit bel et bien comme un roman. Pour moi c'est bien là son chef d'œuvre . Merci , Didier Goux , de m'avoir épargné la peine d acheter, puis de tenter de lire avec la même déception "postérité ": c'eut été en effet un coup trop rude porte à mon estime pour Muray... Signature : Bec

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    1. Service réciproque, dans la mesure où j'étais encore un peu tenté par l'achat de On ferme et que vous venez de m'en dissuader.

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    2. Sinon, pour ce qui concerne le XXe siècle, je serais plutôt de l'avis de M. Maque, juste avant vous…

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  13. Muray ne pouvait pas écrire de grand roman. Il avait mis trop de lumière sur tout.

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