dimanche 3 janvier 2016

À moi, la Légion !


En lisant certains commentaires enjolivant mon précédent billet, on constate, une fois de plus, que le domaine dans lequel le “c'était mieux avant” a la peau la plus dure (et réunit des suffrages venant de tous les horizons), c'est bien celui de la Légion d'honneur. Or, l'image que l'on s'en fait est en grande partie fausse : cette décoration a toujours été distribuée au petit bonheur, un peu à tout le monde, au gré des vents de chaque époque. Quand j'étais enfant, j'entendais déjà mon père se scandaliser de ce que, aujourd'hui, on la donnait à “n'importe qui”. Et, si ma mémoire ne me joue pas de tours, Edmond de Goncourt doit déjà ronchonner la même chose dans son Journal. Cela tient, je crois, au fait que, à chaque génération, les nouveaux récipiendaires désirent plus ou moins confusément être les derniers à être décorés (ou du moins que les suivants soient le moins nombreux possible, afin d'augmenter leur propre mérite de l'avoir décrochée) : c'est humain ; un peu risible, mais humain – presque attendrissant. Et puis, après tout, le principe même de la décoration a toujours plus ou moins eu partie liée avec l'enfantillage.

Il reste que, cette fois, nous venons tout de même d'assister à une sorte de “saut qualitatif”, si je puis dire. Il est loisible, comme le faisait Grandpas tout à l'heure, sous mon billet d'hier, de se moquer de l'attribution du ruban aux footballeurs de 1998. Mais au moins ceux-là avaient-ils accompli quelque chose ; chose dérisoire et vaine, si l'on veut, mais indéniable. Alors que les victimes de janvier dernier, pour déplorables qu'elles soient, n'ont rigoureusement rien accompli – et ce n'est pas attenter à leur mémoire que de le rappeler.

D'un autre côté, tout le monde semblant bien convaincu que, de nos jours, on distribue les croix comme des joujoux dans des barils de lessive, pourquoi pas à ceux-là ?

40 commentaires:

  1. Peut-être faudrait-il étudier l'évolution des médaillés au fil du temps...

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    1. Si vous croyez que je n'ai que ça à foutre !

      Je suis en train de me coltiner six mille signes sur les chiens des présidents et, demain, je ne serais pas surpris que me tombe dessus la “viande froide” de ce pauvre Delpech… (Je serais même plutôt étonné de l'inverse.)

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    2. Je ne vous en demande pas tant, Didier. Après avoir posté mon commentaire, je m'y suis d'ailleurs -brièvement- employé, et ai renoncé devant l'étendue de la tâche (5000 pages wiki), je ne suis pas allé au-delà -contrairement à Michel Delpech.

      Quant aux chiens des présidents, je crois me rappeler avoir entendu une chronique, hier, sur la RSC™, où il était dit qu'ils étaient tout de la marque Labrador, et que le président Sarkozy avait rendu le sien qui ne pouvait être accueilli à cause des chats et de l'autre (l'Autre) déjà dans la place.

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  2. Bonjour Monsieur Goux
    Vous écrivez "on distribue les croix comme des joujoux dans les barils de lessive". C'est faux. Depuis 2007 le célébrissime cadeau Bonux, qui a fait le bonheur de générations d'enfants, a disparu. Le petit jouet Bonux "matériel" est devenu un cadeau virtuel (par exemple une chanson à télécharger sur un site internet). C'est beaucoup moins tentant que les petits jouets Bonux.
    https://www.enviedeplus.com/ma-maison/linge/article/la-saga-du-cadeau-bonux

    Donc pour le cadeau Bonux c'était définitivement mieux avant, et, tout comme il y a des collectionneurs de médailles militaires et autres, il y a maintenant des collectionneurs acharnés de petits cadeaux Bonux.

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    1. Votre précision est amusante : au moment où la phrase me venait, je me faisais la réflexion que, probablement, ce genre de petits jouets ne devait plus exister ; et peut-être non plus les "barils" de lessive.

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  3. Surtout ne vous faites pas tuer dans un attentat! Vous risqueriez de l'avoir....

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    1. Soyez sans crainte, je fais très attention.

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  4. S'il y a vin d'honneur je veux bien recevoir la légion d'honneur pour mon œuvre.

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    1. D'un autre côté, il doit tout de même être un peu délicat de se piquer la ruche ce jour-là puis de vomir sur sa propre croix…

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  5. Jusqu'à une date récente que je ne peux préciser (mais c'était encore au XX ème siècle)la Légion d' Honneur décernée à titre militaire donnait lieu à une petite pension mensuelle de quelques dizaines de francs pour le tabac. Mais cela a disparu...

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    1. Si l'on en croît Wikimachin, la "rente" existait toujours en 2009…

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    2. Je crois que j'ai confondu avec la Médaille Militaire, qui " est administrée par la chancellerie de la Légion d'honneur. Elle ne peut être concédée que pour des services militaires exceptionnels et un minimum de huit ans de campagne. L'attribution de la médaille militaire comportait à sa création, une rente annuelle insaisissable de cent francs-or, qui assurait au récipiendaire le pain et le tabac à vie. Cette rente est en 2006 d'un montant annuel de 4,57 euros."

      https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9daille_militaire

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    3. D'après le livret d'un grand tonton chevalier la pension était de 250 F. dans les années 1890 (125 F semestriels). Son montant était toujours identique en 1916.
      Actuellement d'après Bercy le traitement annuel est de 6.10€.
      Droopyx

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    4. @Droopyx: 6,10 pour un chevalier mais attention, 9 euros pour un commandeur en 2015, quand même ! A noter que breloques et canapés a mettre sur le revers du veston sont en général à la charge du récipiendaire.

      Précisons aussi qu il y a chaque année plusieurs promotions, les unes " civiles " comme celle du 1er janvier et deux militaires.

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  6. Et puis il y a aussi ce classement des "personnalités préférées des Français" et ça aussi c'est du lourd !

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  7. Deux phrase:
    - "Ce n'est pas une promotion, c'est une rafle" (je n'en connais pas l'auteur)
    - "A l'anus, il vous pousse une légion d'honneur" (Jean Yanne)

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  8. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  9. Ne soyons pas jaloux, après tout, ils ont eu la chance d'être là au bon endroit et au bon moment... A moins qu'ils ne les remercient pour avoir accompli la prouesse de faire remonter dans les sondages le pire président de la République que nous ayons présenté à la face du monde.

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  10. Que des imposteurs, que des faux derches, ces nouveaux récipiendaires avec leur mirifique breloque, je vous le dis mon bon !

    "Le colonel Gabarrot racontait de belles histoires.
    Il disait que les Russes étaient des coquins, que les Prussiens étaient des bandits, et que les Anglais valaient encore moins. Quelquefois, il me montrait sa croix d'officier de la Légion d'Honneur qu'il avait gagnée à grands coups de sabre, et qu'il gardait dans une belle boîte noire : si je voulais en avoir une pareille, quand je serais grand, je n'aurais qu'à tuer beaucoup de Russes, beaucoup de Prussiens,et surtout beaucoup d'Anglais.
    Malheureusement, disait-il, on ne tue plus guère, à présent ; on est devenu sentimental.
    Et il ricanait."
    Georges Darien. L'Épaulette. In Voleurs !, Omnibus, p. 615.

    Tuons du sarrazin estampillé ÉI, la Légion, ça se mérite !

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  11. Mais si, il y a des avantages, les filles des récipiendaires, et même petites-filles, jusqu'à je ne sais combien de générations, peuvent devenir Demoiselles de la Légion d'Honneur. En uniforme, robe marine, chemisier blanc, avec une ceinture de couleur selon la classe, dans les Maisons d'Education de la Légion d'Honneur. Des pensionnats très huppés. Il y en a une contigüe à la Basilique de Saint-Denis.
    Pas très loin de chez Jawad, l'obligeant logeur.

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  12. Il me semble que c'est De Gaulle sui commença à distribuer cette décoration aux sportifs.
    Cela me rappelle une histoire sur les récipiendaires de la Legion d'Honneur sous Napoléon.
    Vingt-cinq hussards la reçurent pour bravoure, le lendemain ils n'étaient plus que deux, il est vrai que ces hussards étaient des hommes d'honneur.

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  13. votre billet me fait plaisir. J'ai commis cette erreur de croire que la Légion, c'était mieux avant. Mais la voici corrigée.

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    1. C'est votre côté "réac indécrottable" ; côté dont je suis par bonheur totalement vierge…

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    2. Faites vous des bisous aussi ! Putain.

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    3. Jamais le premier soir : après ils ne nous respectent plus et c'est la tournante assurée.

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    4. Au fait ! Allez donc troller Dadavidov le blog "saint Pierre des corps" que vous devriez trouver dans ma blog roll. J'ai failli le dénoncer pour les modernoeuds mais j'ai eu un affreux mollement de bonté. J'ai honte.

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  14. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  15. D'un autre côté, tout le monde semblant bien convaincu que, de nos jours, on distribue les croix comme des joujoux dans des barils de lessive, pourquoi pas à ceux-là ?

    Pour la croix de guerre le choix est plus compliqué.
    Nous verrons à la prochaine.

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  16. Pourquoi le commissaire et son chauffeur qui sont intervenus en premier au Bataclan n'ont ils pas été décorés de cette Légion d'honneur.
    Ils ont certainement sauvé des vies, ils faisaient leur métier mais armés de leur arme de service et protégés un gilet pare-balles, ils ont eu le courage de s'inviter en enfer.
    Ici, on est dans l'esprit du service rendu.

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  17. La République la distribue à n'importe qui, l'Empire savait choisir ceux qui la recevait... Même si c'était politiquement calculé.

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  18. À noter que les morts sont les seuls qui ne peuvent pas refuser la Légion d'Honneur.

    Ben oui : quand un ministre vous propose pour la Légion d'Honneur (seul un ministre peut le faire, vous ne pouvez pas la solliciter vous-même), celle-ci vous envoie un petit document à remplir et à lui renvoyer, car elle veut connaître des trucs comme votre date de naissance, votre profession, etc. Et si vous ne le renvoyez pas, tout s'arrête là.

    Si bien que les gens qui proclament fièrement " On m'a donné la Légion d'Honneur,j'ai été le premier surpris car je ne l'avais jamais demandée" ont quand même renvoyé ce petit document, même s'ils la refusent ensuite.

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    1. Eh bien dites-le nous que vous l'avez cette Légion d'Honneur, vous en mourez d'envie !

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    2. J'ai surtout été champion de basket du Portugal, catégorie cadets (14-16 ans), en 1955, au Sporting Club de Lisbonne : combien peuvent en dire autant, ici ?

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    3. Je dois reconnaître que, sauf si ce sport peut se pratiquer in utero, je ne pourrai pas vous suivre sur ce terrain, en tout cas pour ce qui concerne 1955.

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    4. Moi, je peux en dire autant !
      Champion de France des séries territoriales de rugby à XV avec la sélection Languedoc en 2001 face à celle d'Armagnac-Bigorre (au poste de pilier gauche). J'avais 29 ans et l'année suivante, la FFR limitait l'âge à 26 ans... que de discriminations injustes dans ce pays !!... Que font les associations gauchistes, là ??!!... bon sang ! et mon droit fondamental de jouer au rugby, non mais !!!....il n'y en a que pour les LGBT et les clandos !

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    5. Je pense que vous mériteriez de devenir Grande Cause Nationale pour toute l'année 2016.

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  19. Bon d'accord, ils ne vous ont pas décoré! Mais au moins vous avez eu la chance de n'avoir pas eu à subir le harcèlement moral qui a poussé votre confrère cardiologue, le Pr Megnien, à se jeter du 7ème étage de l'hôpital Pompidou, le 17 décembre dernier.

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    1. Je n'ai pas dit qu'"ils" ne m'avaient pas décoré, ni qu'ils m'avaient décoré.
      Je ne vois pas ce que l'histoire de Megnien vient faire ici : le milieu médical est comme les autres, il y a des luttes de pouvoir, des luttes pour les places, des conflits et des tensions entre médecins et administrations, et aussi entre médecins ; je ne sais pas si ce qu'a eu à subir Megnien dépasse la norme ou pas.

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