vendredi 11 novembre 2016

Paradoxes et sottises de nos petits politiciens


Les politiciens n'ont nul besoin d'attendre d'accéder aux plus hautes responsabilités pour se montrer nuisibles et sots : même lorsqu'ils se contentent de grenouiller dans le marécage municipal, ils savent déjà faire la preuve de leur nullité pompeuse. Témoin celui-ci, homme de Progrès (de Lyon) bien évidemment, qui prend prétexte du jour où nous sommes pour jouer les esprits forts et, ce faisant, s'enduire d'un ridicule qui, rassurons-nous, ne le tuera pas. 

La sottise, ou la mauvaise foi, est en place dès le titre : Non aux fêtes du 11 novembre, vestige d'une guerre civile européenne. Difficile d'accumuler autant d'erreurs en si peu de mots. D'abord, aucune fête n'a jamais eu lieu le 11 novembre, mais des commémorations. (Je passe sur ce “vestige” au singulier, dont on ne sait pas à quoi exactement il se rattache.) Ensuite, il y a cette étrange guerre civile européenne, qui est un non-sens complet. Une guerre civile, nul ne l'ignore, est un conflit se déroulant à l'intérieur d'un État, ou de toute autre entité politique reconnue. On ne voit donc pas comment la guerre de 14 – 18 pourrait être à la fois civile et mondiale. En revanche, on comprend bien le “raisonnement” de M. Blachier, qui non seulement considère que l'Union européenne est d'ores et déjà une entité de ce type, mais qui, en outre, l'applique rétrospectivement à l'Europe de 1914. À ce compte, toute guerre pourra désormais être dite civile, si l'on prend pour repère le jour lointain et hasardeux où toute la terre sera unifiée politiquement. Par exemple, en Irak, les Américains ont donc mené une guerre civile mondiale.

Autre lambeau de phrase : Bien sûr je me rends aux célébrations du 8 Mai, pour célébrer celle qui fut réellement la der des der et la victoire contre le nazisme […]. Pourquoi “bien sûr” ? Mais voyons : parce que M. Blachier, en inoxydable progressiste qu'il est, reste tout entier dressé contre le nazisme, et qu'il ne peut même pas imaginer que l'on en doute. Et comme, de plus, il a vu dans sa boule de cristal aux reflets roses que cette guerre fut réellement la der des der, nous n'avons plus qu'à nous incliner. 

Du reste, M. Blachier fait preuve d'une cohérence intellectuelle que l'on devrait lui envier. Ainsi : […] évidemment je suis partisan de maintenir le souvenir, la mémoire. Mais je trouve aujourd’hui que commémorer solennellement la guerre de 14-18 est obsolète. Maintenir la mémoire sans commémorer, n'est-ce pas… 

Et pourquoi une telle commémoration est-elle “obsolète” ? Pour ceci : Déjà plus  un poilu n’est encore vivant. On s'étonne, les sans-culottes ayant sans exception trépassé depuis longtemps, que M. Blachier ne jette pas toutes ses forces citoyennes dans la lutte pour la suppression du 14 juillet. Ensuite, on revient aux errances du titre : Mais si la seconde guerre mondiale fut une victoire contre le nazisme, 14-18 fut un conflit entre nations européennes, une guerre civile entre européens. La grande cohérence intellectuelle de M. Blachier, la même qui lui faisait dire qu'il convenait de maintenir la mémoire sans commémorer, lui fait donc poser comme rigoureusement équivalents un conflit entre nations et une guerre civile. 

Et quand bien même la Première Guerre serait ce qu'en dit M. Blachier ? Il semble lui avoir tout à fait échappé que, le 11 novembre, cela n'a jamais été la guerre qu'il était question de célébrer, mais au contraire sa fin. À ce titre, il n'y a pas de différence essentielle entre le 11 novembre et le 8 mai. Lequel 8 mai ne fut qu'accessoirement une victoire contre le nazisme, et avant tout contre l'Allemagne et ses alliés (dont le Japon, qui n'était pas nazi).

Je ne résiste pas au plaisir de citer les trois dernières lignes de ce billet, dont la misère conceptuelle n'a d'égale que sa richesse d'involontaire cocasserie ; les voici : Je voudrais, qu’à la place de ce qui est pour moi une tragique guerre civile européenne [c'est bon, vieux, on a compris…], on célèbre sérieusement le 9 mai, fête de l’Europe, fête de notre nation à venir, vraie fête de notre futur à construire en ces temps incertains.

Commémorer ce qui reste à naître, fêter ce qui est à venir : s'il est un endroit où je n'aimerais pas habiter, c'est bien la tête de M. Blachier.

53 commentaires:

  1. " On s'étonne, les sans-culottes ayant sans exception trépassé depuis longtemps, que M. Blachier ne jette pas toutes ses forces citoyennes dans la lutte pour la suppression du 14 juillet. "

    Je crois que le 14 juillet ne commémore pas la prise de la Bastille de 1789, mais la Fête de la Fédération de 1790, qui marquait ce que l'on croyait être la fin de la révolution et l'unité nationale retrouvée.

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    1. Ça change que je vois mal, du coup, le rapport entre la fête du 14 juillet et les sans-culottes.

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    2. Vous essayez de me faire rire, c'est ça ? Tout d'abord, la Fête nationale, contrairement à ce que vous dites, commémore la fête de la Fédération ET la prise de la Bastille. Deuxièmement, les sans-culottes étant les révolutionnaires issus du peuple, ainsi nommés durant toute la Révolution, leur rapport avec la prise de la Bastille (ou la fête de la Fédération…) me paraît assez évident.

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    3. Sans-culottes parce qu'ils portaient des pantalons...

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    4. "la Fête nationale, contrairement à ce que vous dites, commémore la fête de la Fédération ET la prise de la Bastille.

      D'après ce que j'ai compris, ce n'est pas exact- mais j'ai peut-être mal compris.

      "En 1879, la IIIe République naissante cherche une date pour servir de support à une fête nationale et républicaine. Après que d'autres dates eurent été envisagées8, le député Benjamin Raspail dépose le 21 mai 1880 une proposition de loi tendant à adopter le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle. Si le 14 juillet 1789 (prise de la Bastille) est jugé par certains parlementaires comme une journée trop sanglante, la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790, elle, permet d'atteindre un consensus.(...)Un peu plus loin, le rapport du Sénat, préalable à l'adoption de la proposition de loi, fait également référence au 14 juillet 1790"

      La Fête de la Fédération commémore donc l' unité nationale sur la base de tous les acquis de la Révolution pendant l'année qui l'avait précédée, et dont la prise de la Bastille n'est qu'un événement parmi d'autres - moins important, par exemple, que la nuit du 4 août 1789.

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    5. Le fait est que c'est le 14 juillet et non le 4 août que l'on a choisi pour la Fête de la Fédération et partant la fête nationale. Nonobstant l"ambiguïté, sans doute voulue, cela ne paraît pas anodin.

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  2. Je trouve qu'il a un bel esprit d'analyse, très pénétrant, tout en nuances…
    Il faut dire à monsieur Blachier qu'Il n'y a pas que “les temps qui sont incertains” : tout chez lui semble l'être également.

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  3. comment vous faites pour les trouver?? Sérieusement, l'appel, assez ésotérique, final rappelle la thèse de Muray dans volumineux et laborieux XIXème siècle à travers les âges: le socialisme est une pensée magique...on a aussi l'impression d'une fête au culte de la raison et de l'être suprême. Bien à vous, ça faisait longtemps

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    1. Il y a aussi le côté "mutin de Panurge" ; l'iconoclasme, mais toujours dans les clous.

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  4. « Je voudrais, qu’à la place de ce qui est pour moi une tragique guerre civile européenne, on célèbre sérieusement le 9 mai, fête de l’Europe, fête de notre nation à venir, vraie fête de notre futur à construire » et gnagnagna... C’est marrant ce besoin, chez nos zélites, de rêver devant les plans d’agrandissement de leur château à Bruxelles pour s’interdire de voir qu’il est en train de s’effondrer pièce par pièce, comme le reconnaît le majordome lui-même.

    A part ça, la retraite a du bon : un billet par jour… Mazette !

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    1. Tout est affaire de circonstances et d'inspiration…

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    2. j'ai bien ri en tout cas (PS faut aussi supprimer Halloween et la Toussaint parce que l'on fete les morts et que la mort c'est pas bien ni beau ni juste sans oublier Paques parce que plus grand monde ne croit en Jésus, Noel serait sauvé car c'est une fete romaine a la base)

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    3. Non, une zélite. Une élite, jamais.

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  5. Blachier ayant la chance d’être tout à la fois socialiste renouvelable, calviniste durable et nombriliste adjoint d'arrondissement à l’évènementiel kulturel & numérique, vous n’allez quand-même pas lui reprocher de "commémorer" l’avenir virtuel dans l’éternel futur !! Il est en cela parfaitement cohérent !

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    1. Je vois que vous connaissez la bête !

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    2. sur internet nous sommes tous nombrilistes. Mais merci pour la petite enquête

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  6. Je vous prie de croire que monsieur Blachier et ses amis de la mairie du 7ème arrondissement de Lyon sont bel et bien en train de construire notre futur à leur manière. Ainsi la mini-jungle de trois tentes, dont j'ai déjà parlé ici, avait disparu ces derniers jours. Le bruit courait que les migrants avaient été logés par l'office HLM de Lyon. Mais aujourd'hui la mini-jungle a réapparu !
    C'est donc la fête ! Enfin, tout dépend pour qui ?

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    1. Les Lyonnais – de souche ou exotiques – ont droit à leur mini-jungle !

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    2. Non ils n'ont pas été logés par l'office HLM : ils n'ont pas droit aux hlm. Mais si vous voulez on peut parler ailleurs que dans des commentaires sous pseudo

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    3. Eh bien, disons qu'ils ont mystérieusement disparu et ont été tout aussi mystérieusement remplacés !
      Quant à "parler ailleurs", je veux bien mais à quoi cela pourra-t-il bien servir ? Une de mes amies est toujours sous le coup d'un mandat d'expulsion. L'élue du 7ème, responsable du logement, lui a déjà dit qu'elle n'était pas prioritaire. Cette dame de plus de 65 ans - il est vrai très blanche et très blonde - est prioritaire pour la rue !

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    4. elle est blanche avec des papiers français ? Encore une privilégiée qui n'a pas connu la vie en banlieue ou au bled, le blanc est forcément riche, fourbe, capitaliste, colonisateur,intolérant, radin, raciste (un peu comme le juif des années 30 ou vu du monde arabo musulman) L'ouverture uber alles (a "l'autre" toujours a "l'autre")

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    5. Et puis surtout, le Blanc vote mal, comme on le voit une fois de plus.

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  7. Après avoir vu a midi un reportage sur le plus jeune porte-drapeaux de France, 14 ans de mémoire, je me demande bien ce que petit Blachier pourrait dire à ce jeune garçon si ils se rencontraient et discutaient du sujet.

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    1. Je suppose qu'il vous répondrait que ce "pauvre" bambin a été conditionné par une clique d'ancêtres réactionnaires et frileusement repliés sur leur roman national…

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  8. Dites moi !
    Vous pouvez être redoutable.

    Hélène dici

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    1. C'est moi qui suis redoutable… ou c'est lui ?

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    2. Hélas, qui peut résister à la plume acérée du chapeau de Porthos, surtout lorsqu'elle pointe dans le
      mille ?
      Hélène dici

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    3. Redoutable, Didier ? Mais non ! Il est choupinou comme tout !

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    4. Himmel ! Me voilà percé à jour !

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  9. C'est simple, bientôt on ne commémora plus rien de notre Histoire.
    Sauf, bien sûr, celle du Bataclan, qui aura lieu le 13 novembre, celle du camion fou de Nice et tutti quanti...
    Ils seront jolis les livres d'Histoire de demain.

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  10. Les guerres civiles européennes, il faudrait au personnage de lire les vieux manuels d'histoire et non ceux écrits après " Moije 1er" car il apercevrait que les européens se sont étriper joyeusement depuis plus de 2000 ans.
    Il y eut de grand conflit comme la guerre de Sept Ans qui virent , la France,l'Angleterre, la Prusse, la Russie,l'Autriche, l'Espagne se faire la guerre sur 4 continents, les Amériques, l'Asie, l'Europe et l'Afrique mais de ça j'en suis moins certain.

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    1. Guerres civiles, que tout cela. Guerres civiles, vous dis-je !

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    2. Je m'incline, par contre le conflit entre Carthage et Rome,c'est pas une guerre civile, même pas coloniale puisque ce fut Hannibal qui mit la pâtée aux romains lors de la bataille de Cannes en Italie.

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    3. Oh mais, ça, ces petites escarmouches entre cités amicalement concurrentes, ce n'est même pas une guerre ! Un Intervilles tout au plus…

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  11. Concédons à Romain sa constance, il nous ressort sa gomme tout les ans. Je suis agréablement surpris par sa tenacité, qui au vu de la santé de l'Europe aujourd'hui marque bien une force de caractère. Au moins il ne change pas d'avis tout les ans comme certains de nos politiques en ce moment.
    Monsieur Goux nous sommes des dinosaures, plus personne ne se soucie de ce morceau d'histoire, ni du bordel qu'il a généré et dont on paye aujourd'hui les intérêts non ?



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  12. Merci pour ce moment... ...de franche rigolade ! Si de tels gens venaient à disparaître ce serait une grande perte pour l'hilarité.

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  13. Réponses
    1. Et en plus il n'a même pas honte de débiter de telles âneries (euphémisme) !

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    2. Que voulez-vous... En bon franchouillards, nous saisissons toutes les occasions de rire (même si c'est plus jaune que gras) au vol.

      Je note cependant que vos interventions sur le blog de Mr. Goux sont tout aussi inconsistantes (de forme et de fond) que votre article. Si telle est là l'étendu de votre narcissisme numérique, je suis fort aise de constater que vous avez autant mauvaise opinion de votre personne que nous n'en avons de la vôtre.

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    3. Qu'un tel homme puisse avoir des responsabilités locales, même infimes, voilà ce qui est pour moi inquiétant.
      De la déraison à la folie il n'y a qu'un pas que ce Monsieur Blachier ne tardera pas à franchir.

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  14. Mais nous essayons de vous aider. C'est pas gentillesse, charité d'âme. Nous savons bien qu'il n'est pas aisé d'être élu. C'est certain que vous êtes dévoué à votre ville et à vos concitoyens. Personne n'en doute. Essayer d'avoir des idées simples, et surtout personnelles, cohérentes, que vous exprimerez avec peu de mots, des mots clairs, nets et compréhensibles. Là, vous deviendrez utile à vos concitoyens, bien mieux qu'en leur bourrant le crâne avec ce galimatias.

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    1. Plus que des idées, des actes !
      Encore que... vu ce que disais Mildred un peu plus haut... arrêtez la politiques ce serait bien aussi...

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    2. rappelons tout de mêmeque le 11 novembre ne commémore plusla fin de la guerre 14-18mai TOUS les morts de toutes les guerres depuis un siècle
      vu sous cet angle R Blachier n'a pas tort

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    3. Dans ce cas pourquoi pas le 8 Mai?

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  15. Précisons que cette question ne concerne que les 0.3% de français qui commémorent publiquement le 11 novembre autour du drapeau.
    Les 99.7% restant ont déjà depuis bien longtemps décidé de ne rien célébrer le 11 Novembre, ni le 8 ou le 9 Mai d'ailleurs....
    C'est ce qui se passe dans la vrai vie.

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    1. Essayez donc de rendre le 11 Novembre non férié, et vous verrez les réactions...

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