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dimanche 3 décembre 2017

Nos dimanches Dávila, 15


– Devant une pensée adverse, la pensée réactionnaire ne se bloque pas dans un rejet indigné. Elle essaie, au contraire, de l'assimiler, confiante en sa capacité de se nourrir de sucs vénéneux.

– Limitons notre ambition à pratiquer contre le monde moderne un sabotage spirituel méthodique.

– Le conformisme obsolète est un scandale pour le conformisme en vigueur.

– Les prises de position révolutionnaires de la jeunesse moderne sont des preuves irréfutables de ses aptitudes à la carrière administrative. Les révolutions sont de parfaites couveuses à bureaucrates.

– Après une conversation avec quelqu'un de “bien moderne” nous constatons que l'humanité s'est dégagée des “siècles de foi” pour aller s'embourber dans les siècles de crédulité.

– Ayant promulgué le dogme de l'innocence originelle, la démocratie conclut que le coupable du crime n'est pas l'assassin qui convoite, mais la victime qui a excité sa convoitise.

– La crucifixion, selon le christianisme d'aujourd'hui, ne fut qu'une lamentable erreur judiciaire. La faculté de percevoir la mystérieuse nécessité de l'horreur a disparu avec le théâtre grec et les autels chrétiens.

– La plus grande faute du monde moderne n'est pas d'avoir incendié les châteaux, mais d'avoir rasé les chaumières. Ce qu'on voit s'effacer, au fil du XIXe siècle, c'est la dignité des humbles.

– N'espérons pas que la civilisation renaisse, tant que l'homme ne se sentira pas humilié de se consacrer corps et âme à des tâches économiques.

– Comment supporter ce monde moderne si nous ne commencions pas à percevoir une lointaine rumeur d'agonie ?

– La littérature ressuscitera quand on renoncera à “changer le monde”.

– La ferveur du culte que le démocrate rend à l'humanité n'a d'égale que la froideur par laquelle il manifeste son manque de respect pour l'individu. Le réactionnaire, lui, dédaigne l'homme, sans trouver aucun individu méprisable.

dimanche 26 novembre 2017

Nos dimanches Dávila, 14


– Persuadés d'avoir rendez-vous avec une idée dans un palais, nous nous réveillons le plus souvent avec un lieu commun dans un lupanar.

– Mettre en rage l'homme typiquement moderne est le signe irréfutable qu'on a visé juste.

– Notre société tient à avoir des dirigeants élus pour que le hasard de la naissance ou le caprice du monarque ne viennent pas tout à coup livrer le pouvoir à un homme intelligent.

– L'amour de la pauvreté est chrétien, mais l'adulation du pauvre est une pure et simple technique de recrutement électoral.

– “Avoir le courage de s'accepter” est l'une des nombreuses formules modernes qui tâchent à occulter la bassesse de l'homme en appelant difficile ce qui est facile. L'esprit moderne affirme que rien ne demande plus d'efforts à l'homme que de céder à son animalité.

– De nos jours, les cohortes disciplinées des “rebelles” défilent au milieu des ovations frénétiques de la foule et sous la protection des autorités civiles et ecclésiastiques, tandis que les “conformistes”, persécutés, s'enfuient pour aller conspirer en des lieux solitaires.

– Les opinions révolutionnaires ouvrent la seule carrière, dans la société actuelle, qui assure une position sociale respectable, lucrative et paisible.

– Cela fait deux siècles que le peuple a sur le dos non seulement ceux qui l'exploitent, mais aussi ses libérateurs. Son dos s'est courbé sous ce double poids.

– N'ayant pas obtenu que les hommes pratiquent ce qu'elle enseigne, l'Église actuelle a décidé d'enseigner ce qu'ils pratiquent.

– Les gens de gauche ne sont pas les représentants des pauvres, mais les délégués des idées pauvres.

– Dans des sociétés où tous se croient égaux, l'inévitable supériorité de quelques-uns fait que les autres se sentent des ratés. Inversement, dans des sociétés où l'inégalité est la norme, chacun s'installe dans sa différence, sans ressentir le besoin, ni concevoir la possibilité, de se comparer aux autres. Seule une structure hiérarchique a des égards envers les médiocres et les humbles.

– Mes frères ? Oui. – Mes égaux ? Non. Parce qu'on a des petits frères et des grands frères.

dimanche 19 novembre 2017

Nos dimanches Dávila, 13


– Le  monde moderne n'est pas une calamité définitive. Il y a des dépôts d'armes clandestins.

– Une discipline est scientifique quand elle n'exige pas que celui qui l'exerce soit intelligent. La science est ce que seul un homme intelligent invente, mais que n'importe quel imbécile pratique.

– L'envieux aime à se moquer des riches en demandant à quoi leur sert leur argent : il oublie, ce faisant, qu'il leur sert à provoquer l'envie des envieux.

– Nous ne devons pas écrire comme nous parlons, mais comme nous devrions parler.

– Une nation civilisée ne doit admettre d'être gouvernée que par des sceptiques.

– Les artistes modernes ont tellement l'ambition de se distinguer les uns des autres que cette même ambition les regroupe en une seule espèce.

– Il n'y a pas d'absurdité en laquelle l'homme moderne ne soit capable de croire, pourvu qu'il évite ainsi de croire en Jésus-Christ.

– La grande ambition de l'artiste actuel, c'est que la société le couvre d'opprobre et la presse d'éloges.

– La Révolution française paraît admirable à celui qui la connaît mal, terrible à celui qui la connaît mieux, grotesque à celui qui la connaît bien.

– La récente apparition d'une littérature de professeurs nous a réconciliés avec la littérature des journalistes.

– L'égalitarisme n'est pas respect des droits de ceux qui viennent derrière nous, mais allergie aux droits de ceux qui sont devant nous.

– Un grand écrivain n'est pas celui qui nous paraît grand, mais celui qui nous paraît être, pendant que nous le lisons, le seul grand.

dimanche 12 novembre 2017

Nos dimanches Dávila, 12


– Le pauvre n'envie pas chez le riche les possibilités de nobles comportements que la richesse lui procure, mais les abjections qu'elle lui permet.

– Ne médisons pas du nationalisme. Sans la virulence nationaliste il y a beau temps que l'Europe et le monde seraient soumis à un empire technique, rationnel, uniforme. Faisons crédit au nationalisme d'au moins deux siècles de spontanéité spirituelle, de libre expression de l'âme nationale, de riche diversité historique. Le nationalisme aura été le dernier spasme de l'individu avant la mort grisâtre qui l'attend.

– Si stupide que soit un catéchisme, il l'est toujours moins qu'une profession de foi personnelle.

– Les grands écrivains, depuis le romantisme, sont des prisonniers qui secouent frénétiquement les barreaux de la geôle qu'est devenu le monde sans Dieu.

– Vivre avec lucidité une vie calme, simple, discrète, au milieu de livres intelligents, en aimant quelques êtres choisis.

– La phrase doit avoir la dureté de la pierre et le frémissement de la feuille.

– Un peu de patience dans nos relations avec les sots nous évite de sacrifier notre bonne éducation à nos convictions.

– En un siècle où les médias publicitaires divulguent un nombre infini de sottises, l'homme cultivé ne se définit pas par ce qu'il sait, mais par ce qu'il ignore.

– Les aristocraties sont les enfantements normaux de l'histoire, les démocraties en sont les avortements.

– Il ne suffit plus que le citoyen se résigne, l'État moderne exige qu'il soit complice.

– Rien ne donne plus d'aisance au révolutionnaire pour ordonner d'innombrables exécutions que de se savoir opposé à la peine de mort.

– L'indifférence à l'art se trahit par la solennité pompeuse des hommages qu'on aime à lui rendre. Le véritable amour se tait ou sourit.

dimanche 5 novembre 2017

Nos dimanches Dávila, 11


– Dans un régime démocratique, les politiques sont les condensateurs de l'imbécillité.

– Pour juger notre époque, il suffit de se rappeler que ses moralistes sont les sociologues.

– Heureux les révolutionnaires qui n'assistent pas au triomphe de la révolution.

– Avant de se moquer de l'astronomie de Hegel, le scientiste devrait imaginer le sourire de Hegel s'il l'entendait parler de philosophie.

– L'historien qui traite les époques comme de simples étapes de développement convertit celle qu'il étudie en pur prologue de son temps ou en préhistoire de ce qu'il souhaite.

– Il y a des écrivains avec lesquels nous n'avons pas la moindre idée en commun, mais en qui pourtant nous pressentons un frère ; et d'autres qui suscitent à la fois notre assentiment et notre antipathie.

– Rien n'est plus mesquin que de ne pas reconnaître combien nous avons rencontré d'êtres supérieurs à nous. L'inégalité est l'expérience d'une âme bien née.

– Sur une foule de problèmes triviaux, l'attitude intelligente n'est pas d'avoir des opinions intelligentes, mais de ne pas avoir d'opinion.

– Au milieu de l'oppressante et ténébreuse bâtisse du monde, le cloître est le seul espace ouvert à l'air et au soleil.

– La passion égalitaire est une perversion du sens critique : une atrophie de la faculté de distinguer.

– La “culture” n'est pas tant la religion des athées que celle des incultes.

– L'idée du “libre développement de la personnalité” paraît admirable tant qu'on n'est pas tombé sur des individus dont la personnalité s'est librement développée.

dimanche 29 octobre 2017

Nos dimanches Dávila, 10


– L'adhésion  au communisme est le rite qui permet à l'intellectuel bourgeois d'exorciser sa mauvaise conscience sans abjurer sa condition de bourgeois.

– Les incertitudes du maître sont les certitudes du disciple.

– En tout réactionnaire, c'est Platon qui ressuscite.

– Le problème fondamental de toute ancienne colonie : celui de la servitude intellectuelle, de la tradition mesquine, de la spiritualité subalterne, de la civilisation inauthentique, de l'imitation honteuse et obligée ; ce problème a, en ce qui me concerne, été résolu avec la plus grande simplicité : ma patrie, c'est le catholicisme.

– Même entre des égalitaristes fanatiques, la plus brève rencontre rétablit les inégalités humaines.

– Aujourd'hui le riche vit sa richesse avec une avidité de pauvre enrichi et le pauvre sa pauvreté avec une rancœur de riche dépossédé. La richesse a perdu ses vertus propres et la pauvreté les siennes.

– Les esthétiques “modernistes” ont été inventées par des écrivains réactionnaires : Balzac, Baudelaire, Eliot.

– L'éducation primaire est venue à bout de la culture populaire ; l'éducation universitaire est en train de venir à bout de la culture.

– Il est facile d'apprécier ce qui est ancien, ou moderne ; mais apprécier ce qui est démodé, c'est le triomphe du goût authentique.

– Malgré sa fureur contre le christianisme, le lignage de Nietzsche est incertain. Nietzsche est un Saül dont s'empare la démence sur le chemin de Damas.

– L'homme tend à exercer la totalité de ses pouvoirs. L'impossible lui paraît la seule limitation possible. Néanmoins, le civilisé est celui qui, pour diverses raisons, se refuse à faire tout ce qui est possible.

– Le gauchiste hurle à la mort de la liberté quand ses victimes refusent de financer leur propre assassinat.

dimanche 22 octobre 2017

Nos dimanches Dávila, 9


– Les préjugés ont ceci de bon, qu'ils préservent des idées stupides.

– Établir une loi scientifique donne moins de satisfaction que de découvrir une évidence qui la détruit.

– Pour la défense de la liberté, il suffit d'un soldat ; l'égalité, pour s'imposer, a besoin d'un escadron de policiers.

– La société industrielle est condamnée au progrès forcé à perpétuité.

– Démagogie est un mot qu'emploient les démocrates quand la démocratie leur fait peur.

– La liberté est plus florissante parmi de mauvaises lois que parmi des lois nouvelles. 

– Chaque nouvelle génération accuse les précédentes de n'avoir pas racheté l'homme. Mais après y avoir échoué à son tour, l'abjection avec laquelle la nouvelle génération s'adapte au monde est proportionnelle à la véhémence de ses invectives.

– Le penseur progressiste ne se préoccupe ni du chemin, ni du but, mais seulement de la rapidité du voyage.

– L'intelligence est attirée par l'imbécillité comme les corps vers le centre de la terre.

– Est bien élevé l'homme qui s'excuse d'user de ses droits.

– L'angoisse devant le crépuscule de la civilisation est une affliction réactionnaire. Le démocrate ne peut gémir sur la disparition de ce qu'il ignore.

– Le moderne se refuse à entendre le réactionnaire, non que ses objections lui paraissent irrecevables, mais parce qu'elles ne lui sont pas intelligibles.

dimanche 15 octobre 2017

Nos dimanches Dávila, 8


– Contrairement à l'art d'autres époques, l'art actuel est inintelligible sans l'esthétique doctrinaire qui l'étaye.

– Être jeune, c'est craindre qu'on nous juge stupide ; mûrir, c'est craindre de l'être.

– Les succès obtenus excitent moins la jalousie que les succès mérités.

– La violence ne suffit pas pour détruire une civilisation. Chaque civilisation meurt de notre indifférence devant les valeurs particulières sur lesquelles elle est fondée.

– Appeler sociaux les problèmes qui dépendent de la nature même de l'homme n'a qu'une utilité : faire croire que nous pouvons les résoudre.

– Le mystère m'inquiète moins que la présomptueuse tentative de l'exclure au moyen d'explications stupides.

– Critiquer le bourgeois est doublement applaudi : par les marxistes, qui nous jugent intelligents parce que nous corroborons leurs préjugés ; et par les bourgeois, qui nous jugent lucides parce qu'ils pensent à leurs voisins.

– Les livres ne sont pas des outils de perfectionnement, mais des barricades contre l'ennui.

– Penser que seules importent les choses importantes est un symptôme de barbarie.

– Ce qui était populaire est devenu vulgaire quand le peuple a renoncé à copier naïvement la culture aristocratique pour acheter la culture “populaire” que lui fabrique la bourgeoisie.

– Le nivellement est le substitut barbare de l'ordre.

– Le progressiste gagne toujours et le réactionnaire a toujours raison. Avoir raison en politique ne consiste pas à occuper le devant de la scène, mais à annoncer dès le premier acte les cadavres du cinquième.

dimanche 8 octobre 2017

Nos dimanches Dávila, 7


– Après toute révolution le révolutionnaire professe que la véritable révolution sera celle de demain. Le révolutionnaire explique que la révolution d'hier a été trahie par un misérable.

– Ceux qui excusent leur abjection en se prétendant “victimes des circonstances” sont des socialistes doctrinaires. Le socialisme est la philosophie de la culpabilité des autres.

– Ceux qui défendent la réalité telle qu'elle est luttent pour un but concret : un privilège, une structure sociale, un bien incarné ; par contre, celui qui combat pour un programme abstrait peut croire qu'il prend la défense de l'universalité. L'homme de gauche se croit généreux parce que ses fins sont fumeuses.

– Les phrases sont des petits cailloux que jette l'écrivain dans l'âme du lecteur. Le diamètre des ondes concentriques qu'ils engendrent dépend des dimensions du bassin.

– Invoquer la beauté d'une chose en sa faveur irrite l'âme plébéienne.

– La religion n'est pas née d'un besoin urgent d'assurer la solidarité sociale, pas plus que les cathédrales n'ont été construites dans le dessein de favoriser le tourisme.

– Plus les problèmes sont graves, plus grand est le nombre d'incapables auxquels la démocratie fait appel pour les résoudre.

– Spasmes de vanité blessée, ou de cupidité flouée, les doctrines démocratiques inventent les maux qu'elles dénoncent pour justifier le bien qu'elles proclament.

– Dans la société médiévale la société est l'État ; dans la société bourgeoise État et société s'affrontent ; dans la société communiste l'État est la société.

– Seuls les lieux communs sont adaptés aux circonstances émouvantes. Une chanson idiote exprime mieux une grande douleur qu'un beau vers. L'intelligence est une activité réservée aux êtres impassibles.

– Qui ne tourne pas le dos au monde actuel se déshonore.

– La culture n'occupera jamais les loisirs des travailleurs, parce qu'elle est le travail exclusif de l'homme de loisir.

dimanche 1 octobre 2017

Nos dimanches Dávila, 6


– Nous ne devons nous fier qu'aux vertus du riche. Le moindre gain à la loterie fait disparaître celle du pauvre.

– Le barbare se contente de détruire ; le touriste profane.

– L'adulte intelligent est celui en lequel perdure l'enfant et meurt le jeune homme.

– À la tyrannie de nos supérieurs il ne nous est pas impossible de résister ; mais la tyrannie de nos égaux est irrésistible.

– Avec qui n'est pas un peu lassé de tout, il ne vaut pas la peine de dialoguer.

– La sexualité, si l'on en croit certaines confidences, tiendrait plus du châtiment que du mécanisme de reproduction.

– La vieillesse du jeune rebelle, comme celle des reines de beauté, n'est pas exempte de pathétique.

– La séparation de l'Église et de l'État peut convenir à l'Église, mais elle est funeste à l'État parce qu'elle le livre au pur machiavélisme.

– La prolifération des parasites est appelée croissance du secteur tertiaire de l'économie.

– Ceux qui nous confient douter de l'immortalité de l'âme ont l'air de croire que nous tenons à ce que leur âme soit immortelle.

– Celui qui ne croit pas aux miracles croit à des balivernes.

– Aussi longtemps qu'on ne le prend pas au sérieux, celui qui dit la vérité peut survivre dans une démocratie. Ensuite, la ciguë.

dimanche 24 septembre 2017

Nos dimanches Dávila, 5


– Un certain égoïsme apparent n'est autre qu'une discrète résistance au dogmatisme.

– L'origine prolétarienne d'un écrivain peut lui servir d'excuse, pas de recommandation.

– L'avant-garde intellectuelle est le climat le plus favorable aux lieux communs.

– L'ultime dégradation d'un édifice, c'est sa conservation pour les touristes.

– La machine sociale a besoin d'un peu d'injustice en guise de lubrifiant.

– L'humanité profite de ses périodes de tolérance pour se forger de nouvelles intolérances.

– Dans une démocratie, le seul qui sourit aux autres c'est le politique en quête de voix. Les autres ne peuvent s'offrir le luxe d'un sourire mutuel : tous sont rivaux de tous.

– L'information ne réfrène aucun mal. Elle multiplie au contraire les conséquences délétères des événements.

– On ne doit réclamer un privilège que pour des tiers.

– La liberté à laquelle aspire l'homme moderne n'est pas celle de l'homme libre, mais celle de l'esclave un jour de fête.

– Rien n'est plus facile que d'accuser l'histoire russe d'être responsable des péchés du marxisme. Le socialisme continue à être la philosophie de la faute des autres.

– Le “racisme” a fait dire autant de bêtises à ses ennemis qu'à ses partisans.

dimanche 17 septembre 2017

Nos dimanches Dávila, 4


– La vulgarité de la nouvelle bourgeoisie prospère fait regretter la vulgarité de l'ancienne bourgeoisie fortunée.

– “L'automne du Moyen Âge” se prolonge jusqu'au dix-neuvième siècle. Lorsque débute “l'hiver de l'Occident”.

– Le nazisme n'a pas été coupable seulement des atrocités qu'il a commises. En se prétendant proche de certains nobles thèmes de la méditation germanique, il a en même temps assassiné l'espérance d'une nouvelle floraison de l'Occident.

– Nager contre le courant n'est pas une folie si les eaux nous entraînent vers des cataractes.

– Un dialogue, ce ne sont pas des intelligences qui discutent mais des vanités qui s'affrontent.

– Toute société finit par éclater sous l'expansion de la jalousie.

– De gris en gris, il est facile de mener les niais du blanc au noir.

– Lorsque la rouerie commerciale des uns exploite la crédulité culturelle des autres, on parle de diffusion de la culture.

– Le chrétien progressiste se trouve si disposé à pactiser avec son adversaire que son adversaire ne trouve plus avec qui pactiser.

– Une époque, ce ne sont pas ses idées, ni ses événements, mais c'est son imperceptible accent.

– La prospérité industrielle réussit à faire que tous partagent les vulgarités des riches et les servitudes des pauvres.

– Depuis deux siècles on appelle “libre penseur” celui qui prend ses préjugés pour des conclusions.

dimanche 10 septembre 2017

Nos dimanches Dávila, 3


– Ce n'est pas parce que les critiques adressées au christianisme paraissent fondées qu'on cesse de croire, c'est parce qu'on cesse de croire que ces critiques paraissent fondées.

– En fin de compte, qu'est-ce que le moderne appelle “Progrès” ? Ce qui paraît commode aux imbéciles.

– Les esprits mous dégradent la courtoisie, obligation de respecter les goûts d'autrui, en tolérance obligatoire du mauvais goût.

– Le prophète n'est pas un confident de Dieu, mais une guenille secouée par le souffle des bourrasques sacrées.

– C'est le protestantisme qui est à l'origine de cette intériorisation du christianisme en une simple idiosyncrasie, ce qui permet de demander à l'individu quelle est sa religion, après lui avoir demandé quelle est sa couleur préférée et avant de lui demander quelle actrice il admire le plus.

– La compassion, en ce siècle, est une arme idéologique.

– La destruction des provinces est un des événements lamentables de ce siècle. Provincial était antonyme de provincialiste.

– L'homme moderne est alternativement visqueux et dur comme pierre. Quand il cesse d'être sentimental, il devient impitoyable.

– Le pur réactionnaire n'est pas un nostalgique qui rêve de passés abolis, mais le traqueur des ombres sacrées sur les collines éternelles.

– Rien de plus dangereux que de heurter les préjugés de qui affirme n'en avoir aucun.

– Pauvreté des âmes qui ne se sentent pas avant tout héritières du passé.

– L'instruction ne guérit pas la bêtise, elle lui donne des armes.

dimanche 3 septembre 2017

Nos dimanches Dávila, 2

Nicolás Gómez Dávila, 1913 – 1994.

– L'État méritera de nouveau le respect, lorsque de nouveau il se contentera d'être le simple profil politique d'une société constituée.

– Le sphinx ne dévore pas celui qui ne déchiffre pas son énigme, mais celui qui lui propose des solutions stupides.

– L'intelligence, injustement, est une affaire de classes. Rien de plus déprimant que l'immense prolétariat des bibliothèques.

– La sénilité mentale se remarque plus chez le vieillard, mais elle est très commune chez l'adulte.

– Ce qui effraie le réactionnaire, ce n'est pas tant le chambard plébéien déchaîné par les révolutions que l'ordre étroitement bourgeois qu'elles engendrent.

– Le pittoresque costume de révolutionnaire se décolore insensiblement en sévère uniforme de policier.

– La promptitude avec laquelle la société moderne absorbe ses ennemis ne s'expliquerait pas, si les clameurs apparemment hostiles n'étaient pas simple réclamation de promotions impatientes.

– Rien ne guérit le progressiste. Pas même les fréquentes paniques que lui flanque le progrès.

– Une idée fine consiste en de discrètes retouches à un lieu commun.

– Le capitalisme est la face vulgaire de l'âme moderne, le socialisme sa face assommante.

– La pensée réactionnaire fait irruption dans l'histoire comme le cri d'alarme de la liberté concrète, comme un spasme d'angoisse devant le despotisme illimité auquel atteint celui qui s'enivre de liberté abstraite.

– Non seulement le réactionnaire a le flair pour détecter le parfum de l'absurdité, il a aussi le palais pour la savourer.

dimanche 27 août 2017

Nos dimanches Dávila, 1


– Même la vérité la plus discrète apparaît aux modernes comme une intolérable impertinence.

– Quand une langue se corrompt, ses locuteurs s'imaginent qu'elle rajeunit. Sur la verdeur de la prose actuelle on distingue des moirures de charogne.

– Ce qui n'est pas niais paraît à l'homme moderne soit criminel soit obsolète.

– Le métèque ne fait aucune concession à l'autochtone.

– Le marxisme a mis à la disposition de ceux qui ne comprennent pas les questions le répertoire de réponses le plus adéquat.

– Exiger de l'intelligence qu'elle s'abstienne de juger mutile sa faculté de comprendre. C'est dans le jugement de valeur que culmine la compréhension.

– “Conscientiser” : variante pudique d'endoctriner.

– La plus grave accusation contre le monde moderne, c'est son architecture.

– L'université est le lieu où les jeunes gens devraient apprendre à se taire.

– Le sot se met à hurler que nous nions le problème lorsque nous montrons la fausseté de sa solution favorite.

– Est moderne l'homme qui oublie ce que l'homme sait de l'homme.

– Les cultures se dessèchent lorsque leurs ingrédients religieux s'évaporent.
 

samedi 26 août 2017

Nos dimanches Dávila : avant-première

Nicolás Gómez Dávila, 1913 – 1994

J'ai déjà oublié pour quelle raison, par quel détour, je me suis remis hier à picorer (influence pernicieuse des gallinacées sur le vocabulaire de l'écrivain en bâtiment…) les aphorismes de Nicolás Gómez Dávila, écrivain colombien dont le nom m'oblige à changer de clavier afin de lui attribuer les trois accents toniques auquel il prétend. Toujours est-il que, à l'instar de certains qui, chaque dimanche, mettent en ligne des chansons stupides et anglophones, ou d'autres qui proposent à leurs lecteurs les mornes lieux communs de politiciens dont le nom s'efface déjà, l'idée m'est venue de créer un nouveau “libellé” : Davilana, sous lequel, le Jour du Seigneur revenant, j'offrirai à votre sagacité quelques sentences de mon Colombien. Je vous les servirai par douze, comme les œufs au marché. Vous pourrez, à votre convenance, les battre en omelette et les avaler d'un seul coup, ou bien les déguster une par une, à la coque ; vous aurez aussi la possibilité de me les envoyer à la figure pour exprimer votre éventuel mécontentement.

Les phrases que vous lirez, semaine après semaine, seront extraites de deux livres parus aux éditions du Rocher vers le milieu des années deux mille, sous les titres un peu trop racoleurs (et restrictifs) à mon goût de Le Réactionnaire authentique et Les Horreurs de la démocratie, titres qui ne sont nullement dus à l'auteur. Dans ces deux recueils, une large part est faite à Dieu et au christianisme, Gómez Dávila ne se cachant nullement d'être catholique (pourquoi, d'ailleurs, s'en cacherait-il ?) : on n'en trouvera que fort peu de traces dans ma sélection, non par je ne sais quelle volonté de “censure”, mais parce que, souvent, le pauvre incroyant borné que je me désole d'être ne s'est pas estimé à même de jauger – et encore moins de juger de – leur intérêt. De même, les pensées les plus profondes de l'auteur ont-elles probablement été éliminées, simplement parce qu'elles sont demeurées loin de mon entendement.

Quoi qu'il en soit, on commencera demain.