– Devant une pensée adverse, la pensée réactionnaire ne se bloque pas dans un rejet indigné. Elle essaie, au contraire, de l'assimiler, confiante en sa capacité de se nourrir de sucs vénéneux.
– Limitons notre ambition à pratiquer contre le monde moderne un sabotage spirituel méthodique.
– Le conformisme obsolète est un scandale pour le conformisme en vigueur.
– Les prises de position révolutionnaires de la jeunesse moderne sont des preuves irréfutables de ses aptitudes à la carrière administrative. Les révolutions sont de parfaites couveuses à bureaucrates.
– Après une conversation avec quelqu'un de “bien moderne” nous constatons que l'humanité s'est dégagée des “siècles de foi” pour aller s'embourber dans les siècles de crédulité.
– Ayant promulgué le dogme de l'innocence originelle, la démocratie conclut que le coupable du crime n'est pas l'assassin qui convoite, mais la victime qui a excité sa convoitise.
– La crucifixion, selon le christianisme d'aujourd'hui, ne fut qu'une lamentable erreur judiciaire. La faculté de percevoir la mystérieuse nécessité de l'horreur a disparu avec le théâtre grec et les autels chrétiens.
– La plus grande faute du monde moderne n'est pas d'avoir incendié les châteaux, mais d'avoir rasé les chaumières. Ce qu'on voit s'effacer, au fil du XIXe siècle, c'est la dignité des humbles.
– N'espérons pas que la civilisation renaisse, tant que l'homme ne se sentira pas humilié de se consacrer corps et âme à des tâches économiques.
– Comment supporter ce monde moderne si nous ne commencions pas à percevoir une lointaine rumeur d'agonie ?
– La littérature ressuscitera quand on renoncera à “changer le monde”.
– La ferveur du culte que le démocrate rend à l'humanité n'a d'égale que la froideur par laquelle il manifeste son manque de respect pour l'individu. Le réactionnaire, lui, dédaigne l'homme, sans trouver aucun individu méprisable.















