mardi 24 mai 2011

Sénilité révolutionnaire à la mode ibérique, voire iberbère


Donc, voilà, il n'y en a plus, chez nos gauchistes séniles, que pour ces fiers Espagnols qui défient les puissants et se dressent face au libéralisme inique… en votant massivement à droite. Et vas-y que je te touille les bâches de la Puerta del Sol avec les gourbis tunisiens pour faire bonne mesure – le tout en ânonnant les piteux préceptes du gâteux en chef, j'ai nommé Sa Très Haute Suffisance Hessel. Et il est bien difficile de voir la réalité autrement qu'au travers les élucubrations de ces tarés ou les lunettes roses des plumitifs appointés. Heureusement, nous avons la chance (nous, blog de Didier Goux, taulier et lecteurs…) d'avoir parmi nos fidèles deux vaillants expatriés en terres ultra-pyrénéennes – l'un que je connais et l'autre non (du moins je crois…). Ils ont des yeux pour voir et un cerveau en embuscade derrière. Tout d'abord Cherea, puis Les Efflorescences :


Habitant Madrid, j'ai fait un tour à la Puerta del Sol et voilà ce que j'ai observé :

il y a un premier cercle assez sérieux, de jeunes engagés ou "dégagés" des partis, qui ne fait pas confiance à la classe politique et syndicale, bref aux institutions. Ceux-là sont assez conscients de la situation économique et expriment leur ras-le-bol en espérant obtenir deux ou trois choses pour leur génération. Ils sont bien organisés, ont rationalisé la distribution de nourriture et d'eau… ont même construit une cabane réservée aux cartes de presse afin de faire passer leur message. Certains de ceux-là feront carrière comme ceux de la génération 68.

À ce premier groupe structuré, s'ajoutent divers cercles qui viennent grossir le noyau tout en lui faisant du tort. Drogués, militants des causes palestinienne et des sans-papiers, complotistes de tout bord, des pancartes sur le 11 septembre décrit comme un Inside Job, complot sioniste, punk à chiens de 40-45 ans… ces groupes nuisent au premier cercle décrit plus haut et je ne serais pas étonné que des tensions internes au camp naissent assez rapidement ; tout cela combiné à la fatigue, à l'exaspération, à la chaleur… Enfin, le phénomène est assez inédit, les Espagnols protestent peu, mais le regroupement est assez monté en épingle. Quelques centaines de personnes tout au plus dorment sur place et peut-être 10 à 15 mille viennent faire la claque à la fin de la journée de travail. Il n'y a pas de leader, pas de réclamations claires. C'est l'expression d'un ras-le-bol, un mouvement spontané qui à mon avis disparaîtra aussi vite qu'il est apparu.

Enfin, toute la symbolique d'extrême gauche est présente : livres marqués, portraits de Che Guevara et, nouveauté, une flopée d'exemplaires de ¡ Indignaos !, les quelques feuillets de Stéphane Hessel, qui d'ailleurs figure en tête de classement des livres de No Ficción (tout ce qui n'est pas roman) avec celui du Docteur Dukan. Étrange coïncidence que le succès concomitant de ces deux livres, l'un servant le prêt-à-manger, l'autre le prêt-à-penser.

Voilà.


(…) Bon, et puisque je suis sorti de mon silence habituel, je voulais confirmer les observations de Cherea. Je vis au Pays basque espagnol, qui est plutôt épargné par la crise, et je suis allé faire un tour sur le Boulevard, à Saint-Sébastien, histoire de voir à quoi ressemblaient ces indignés.

Samedi, ils étaient quelques centaines à s'être réunis pour ce qu'ils appellent une "Assemblée citoyenne". En fait, les badauds étaient plus nombreux.

Ceux qui ont l'air d'y croire, et qui semblent avoir trouvé là une raison d'exister, sont en général des étudiants. Leur discours est plutôt puéril et ultra-stéréotypé. Nourris à la télé-réalité, le fascicule de Stéphane Hessel, un succès ici en librairie, est sans doute le premier livre qu'ils ont lu depuis des années : une lecture facile qui leur permet, à peu de frais, de se draper dans la posture de l'indigné – contre les banques, contre le capitalisme, contre Israël, contre le racisme, contre la droite. Il faut les voir, leur iPhone en main, s'élever contre la société de consommation !
Ensuite, il y a les perroflautas : des punks à chien cradingues et abrutis par le shit qui ont choisi de vivre en marge de ce système qu'ils détestent tant. Ils essaient de profiter du mouvement pour vendre aux sales bourgeois des tee-shirts sur lesquels ils ont écrit des slogans débiles au feutre. Il y a des joueurs de djembé, aussi, qui donnent un vague air festif au truc.

Bref, une fois de plus, les journalistes en font des tonnes. Contrairement à ce qu'ils veulent nous faire croire, on est loin des "révolutions arabes"… C'est juste un petite transpiration de l'Hessel.


Deux témoignages – dont je remercie les auteurs – qui n'empêcheront évidemment pas nos braves Ruminants et autres gauchistes à cornes de faire sous eux d'enthousiasme en croyant voir la révolution embraser la Sierra Morena et le Grand Soir se déchaîner dès le matin…

16 commentaires:

  1. Je vois que vous faites cause commune avec Dagrouik.

    Gloire...

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  2. transpiration de l'Hessel, c'est bon !
    (ça aurait fait un bon titre... non ?)
    ;o)
    @+
    PS : Dider Goux et Dagrouik, même combat ? la droite et les social-traîtres ensemble pour condamner la "vraie" gauche anticapitaliste, mondialiste, idéaliste, généreuse, belle, jeune... oups je me transforme en GdC moi... ;o)

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  3. Nicolas : oui, mais lui c'est parce qu'il est furieux de la bâche que viennent de se prendre les partageux espingos !

    Nap : oui, faites un peu attention ! C'est très contagieux, cette forme de maladie mentale…

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  4. "faire passer leur ménage" !!!!

    lapsus révélateur :-)

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  5. tu as un lien pour le blog de Cherea ?

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  6. Polluxe : Cherea n'a plus de blog, je crois bien. En revanche, il écrit très régulièrement sur ILYS

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  7. je suis allé faire un reportage photo ce midi, je publierai les photos sur ilys demain...
    lapsus très révélateur "faire passer leur ménage" au lieu de "faire passer leur message".

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  8. Et moi je m'en veux de l'avoir laissée passer ! Je file corriger…

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  9. Pourtant sur le même sujet sur "C dans l'air", Dominique Reynié n'en menait pas large.

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  10. mais si les révolutions étaient faites par des gens intelligents, ça se saurait depuis le temps ! Mai 68 était un truc de petits bourgeois gavés et on ne s'en est toujours pas remis... car on n'a rien à leur opposer sans doute.

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  11. Et oui, mais tout cela est tellement "Télévisuel". C'est quand même ça le plus important, non?

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  12. "mais si les révolutions étaient faites par des gens intelligents, ça se saurait depuis le temps !"

    En effet, et si les réactionnaires étaient aussi des gens intelligents, on ne serait pas obligé de les chasser à coups de pompes dans le cul tous les trente ou quarante ans.

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  13. Non, Didier, vous ne me connaissez pas car je me contentais jusqu'à présent de venir déguster vos billets en silence.

    Pour en revenir à nos indignados, il semblerait que le mouvement soit désormais dans l'impasse. Ce matin, El País nous apprend que les commerçants des alentours de la Puerta del Sol ont haussé la voix si bien que les révolutionnaires, très docilement, ont commencé à retirer leurs pancartes.

    Il est intéressant de voir que la presse espagnole, notamment de gauche, a beaucoup parlé de ce mouvement jusqu'aux élections de dimanche dernier. Depuis, elle s'en désintéresse clairement. Cela confirmerait la thèse selon laquelle le mouvement a été monté en épingle par le PSOE lui-même pour canaliser le mécontentement à gauche et l'empêcher de se reporter sur la droite. Cela n'a pas vraiment fonctionné: le PP a quand même gagné les élections. Sauf, bien sûr, ici en Euskadi, où les deux partis nationalistes, les vilains, sont arrivés largement en tête...

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  14. Jésus a chassé les marchands du Temple, et désormais ce sont donc les marchands qui en font déguerpir nos petits christs post-modernes ? O tempora…

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  15. Merci aux témoignages de Cherea et des Efflos de confirmer mes intuitions, intuitions qui m'ont dissuadées de descendre Plaça Catalunya (je vis près de Barcelone)dimanche dernier : en gros, qu'il ne s'est, qu'il ne se passe rien dans cette affaire. Je me suis d'abord un peu énervé en pensant à un phénomène de type murayen : sous prétexte de rebellitude, on ne fait qu'en rajouter dans les clichés de l'époque (Hessel, donc). Mais il ne s'est rien passé. Les Espagnols ont voté assez massivement, et à droite.

    Bonne analyse des Efflos dans son dernier comm.

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  16. Salauds de pauvres!

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