vendredi 10 octobre 2014

Un monument pour l'Homme à la guitare

   « Et puisque j'ai déjà parlé de monuments, il faut aussi en élever un à l'Homme à la guitare. 
   Où, dans quel pays ailleurs que chez nous, de mauvais enregistrements, réalisés au magnétophone par des amateurs, pourraient-ils être diffusés à des millions d'exemplaires, en cachette, sous la menace d'une arrestation ?
   Je me rappelle que j'ai entendu pour la première fois, à la fin des années 50, une voix qui chantait doucement, en s'accompagnant d'une guitare, les cours de Moscou, l'Arbat si cher à mon cœur et même la guerre, et elle chantait, cette voix, comme aucune voix n'avait encore chanté, sans aucune fausse note de patriotisme officiel. Nous nous sommes regardés avec étonnement, nous avons regardé tout autour de nous et nous avons senti soudain la nostalgie d'une patrie qui n'est plus. Il n'y avait rien de politique dans ces chansons, mais il y avait en elles tant de sincérité, tant de notre nostalgie et de notre douleur que les autorités ne purent le supporter. Poursuivi par la haine et la sottise, Okoudjava aura sans doute été le premier poète persécuté sous nos yeux. »

Vladimir Boukovsky, … et le vent reprend ses tours, Robert Laffont, p. 137.

J'ai choisi, parmi beaucoup d'autres disponibles sur Youtube, la chanson de Boulat Okoudjava qui s'intitule François Villon, à cause du titre évidemment, mais aussi parce qu'elle était la première d'un disque de vinyl que je possède depuis  près de quarante ans, je crois, et qui doit couler une vieillesse paisible dans un carton, au sous-sol. Si on me le demande avec insistance mais gentiment, je tâcherai, demain, d'en recopier ici, à condition de les retrouver, les paroles françaises.


13 commentaires:

  1. Non. Vous allez fouiller votre cave. Ressortir le disque. L'enregistrer en numérique (MP3). Nous en faire une vidéo et le diffuser dans YouTube. Et que ça saute, bordel !

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    1. C'est tout à fait inutile : je l'ai racheté en CD il y a une dizaine d'années.

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  2. Ce livre est un monument.
    Il y a d'autres témoignages de l'horreur stalinienne, de très grandes œuvres.
    Mais celui-ci est un monument de poésie pour décrire l'implacabilité des effets de l'enserrement idéologique. On retrouve cette forme extraordinaire dans le titre : le vent comme quelque chose d'immatériel, sauf que là il ne s'échappe jamais, il revient, il tourne, et tourne, du latin tornare, se mouvoir circulairement autour d'un axe, comme dans le supplice de la roue.
    Comme Boukovski, ce têtu d'entre les têtus, qui n'a cessé d'entrer, sortir, entrer, sortir .. de prison, pour crime d'opposition, jusqu'à l'expulsion finale.

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    1. Ah oui j'ai oublié cet aspect-là, de l'humour ciselé des russes sous le communisme agissant.
      Percutant, et métaphorique, comme l'humour juif d'ailleurs.

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  3. Jolie musique mais d'une tristesse monumentale, le genre de chanson qui te ferait passer une fin de semaine dans les chiots d'un hôtel borgne en compagnie d' basset hound et une caisse de kiravi retrouvé au fond d'une cave.

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    1. La tristesse des chansons russes est une excellente excuse pour se technicolorer le museau à la vodka…

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  4. Puis-je vous demander avec insistance mais gentiment d'en recopier ici, aujourd'hui, les paroles françaises, à condition que vous les ayez retrouvées ?

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  5. J'aime beaucoup, entre autres, "A l'heureux de l'argent..."

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  6. Magnifique !!!
    Nécessaire une traduction ?... je ne le pense pas tant la prière est évidente .
    Merci .

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