dimanche 18 mars 2018

L'air de la bêtise, 1


ABSTINENCE

– L'abstinence a guéri souvent les incommodités de Charlemagne ; et c'est presque elle seule qui pendant sa vie fut le remède pour toutes ses maladies ; et la même abstinence le mit enfin au tombeau.
Nicolas Venette, La Génération de l'homme, tableau de l'amour conjugal, 1690.

ACCOUCHEMENT SANS DOULEUR

– Appris une curieuse monstruosité. Il y a des femmes qui se font endormir pour échapper aux douleurs de l'enfantement. Cela me rappelle la grande dame du XVIIIe siècle, qui se soûla pour mourir. Mais cette nouveauté est peut-être plus démoniaque.
Léon Bloy, Journal, 27 juin 1908.

ACTE SEXUEL

–  Sans la conscience de classe, l'acte sexuel ne peut pas apporter de satisfaction, même s'il est répété à l'infini.
Aldo Brandiralli, secrétaire du parti marxiste-léniniste italien, cité en 1989.

ACTEURS

– Qu'est-ce qu'un acteur auprès d'une actrice ? Rien ou fort peu de chose. Dieu, en faisant la poitrine plate à l'homme, lui a évidemment interdit les plus beaux mouvements oratoires.
Alphonse Toussenel, Le Monde des oiseaux, 1853.

ADVERBE

– Le cadavre était rigoureusement immobile.
Allain et Souvestre, Fantômas, VI.

AFFLUENT

– […] une rivière si petite qu'elle mérite à peine le nom d'affluent.
L'Express, 20 juin 1911.

 AGENOUILLER

– Les quatre jeunes gens rangés en ligne essayèrent d'imiter les mousmés qui s'étaient agenouillées sur les talons.
G. Hautemer, Petite Mousmé, vers 1910.
 
ALLAITER

– Je ne sais s'il est indispensable que la mère allaite de son sein ; il l'est, j'en suis sûr, qu'elle allaite de son cœur.
Jules Michelet, Du prêtre, de la femme, de la famille, 1845.

ALLEMAGNE

– J'ai étudié l'Allemagne et j'ai cru entrer dans un temple. Tout ce que j'y ai trouvé est pur, élevé, moral, beau et touchant. Ô mon âme, oui, c'est un trésor, c'est la continuation de Jésus-Christ. Leur morale me transporte. Ah ! qu'ils sont doux et forts ! Je crois que le Christ nous viendra de là.
Ernest Renan, Lettre à l'abbé Cognat, 24 août 1845.

– La duplicité allemande était déjà connue du temps de Tacite.
Lt-colonel Chenet, Le Mercure de France, 1er novembre 1929.

– N'oubliez pas que les Américains sont peut-être prêts à répondre à la guerre par la guerre. Mais qu'ils ne sont pas prêts à répondre aux gestes de paix. Si demain l'URSS évacuait l'Allemagne de l'Est, la riposte n'est pas prête, les Alliés seraient désemparés.
Jean-Paul Sartre, Les Lettres françaises, 1er janvier 1953.

ALLIER

– L'Allier descend la pente du Massif central vers les plaines accueillantes au cœur de la France, plutôt que de remonter vers l'Auvergne.
Le Journal du Centre, 10 août 1968.

21 commentaires:

  1. Ma foi c'est assez plaisant tout ça !
    J'aime bien la citation de Sartre sur les Américains.
    La toute dernière est rigolote aussi.

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  2. Comme Fredi m'a piqué ma citation, je la boucle !
    Mais je lui laisse son : "Ma foi patati-patata !"

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  3. Parfait, Maître Goux, ça au moins c'est de la littérature.
    Merci et bon dimanche !
    "Qu'est-ce qu'un acteur auprès d'une actrice ? Rien ou fort peu de chose. Dieu, en faisant la poitrine plate à l'homme, lui a évidemment interdit les plus beaux mouvements oratoires."

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  4. La faute de goût (ou de Goux...) : oser placer Bloy, et dès la première livraison, dans votre florilège de la bêtise. Je ne vois pas non plus où est la bêtise dans la phrase de Michelet.
    Mais l'ensemble est assez plaisant.

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    1. Pour Bloy, ce n'est pas de ma faute s'il apparaît dès la première page du dictionnaire ! (Mais j'avoue l'avoir retenu en pensant à vous…)

      En ce qui concerne Michelet, c'est ce que je disais hier, à propos du côté déstabilisant de cette lecture, dans les moments où l'on tombe sur une phrase dont on ne voit pas la bêtise, ou même avec laquelle on se sent en plein accord : est-ce moi qui suis bête à ce point, ou sont-ce les auteurs ?

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    2. Cela fait plaisir de voir que vous pensez à moi !

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  5. j'ai bien ri, surtout avec la rivière qui n'a pas le droit d'être un affluent. et encore le journaliste n'avait pas vu les fleuves corses (qui ne font que répondre à leur définition)

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  6. La chair est triste chez le marxiste-léniniste, toujours. Hélas pour lui, il n'a pas lu tous les livres, les érotiques en particulier.

    Cela me rappelle la boutade que nous adressions jadis à l'encontre des adeptes de la secte du PCMLF (parti communiste marxiste-léniniste de France),lecteurs assidus de l'HR (L'Humanité Rouge).

    Qui fait l'âne ne doit pas s'étonner si les autres lui montent dessus (proverbe chinois).

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    1. Tiens, moi aussi je les ai connus, ces crétins-là. Qui avaient poussé le sens du ridicule jusqu'à élever une protestation officielle contre le film de Jean Yanne, Les Chinois à Paris, parce qu'il donnait une mauvaise image du glorieux peuple chinois…

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    2. Je les ai bien connus moi aussi. Ils existent toujours : aujourd’hui ils balancent leur porc, soutiennent les justes luttes du peuple palestinien, combattent le racisme, le fascisme, l’islamophobie, l’homophobie, la transphobie (etc, etc.) et le réchauffement climatique, exigent de nouvelles lois pour combler les vides juridiques… On n’en finira jamais avec eux, ils n’en finiront jamais avec nous.

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  7. "– L'abstinence a guéri souvent les incommodités de Charlemagne ; et c'est presque elle seule qui pendant sa vie fut le remède pour toutes ses maladies ; et la même abstinence le mit enfin au tombeau."

    Déjà en 1690 on tirait toute la finesse de "en même temps" ... simplement en le suggérant. Tout l'art de l'écriture :-)

    Hélène dici

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  8. "– La duplicité allemande était déjà connue du temps de Tacite.
    Lt-colonel Chenet, Le Mercure de France, 1er novembre 1929."

    Déjà on se sent moins seul lorsqu'on se "permet" de la critiquer.
    C'est vrai Tacite a écrit "la Germanie", je ne le savais pas.

    Hélène dici

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  9. "– L'Allier descend la pente du Massif central vers les plaines accueillantes au cœur de la France, plutôt que de remonter vers l'Auvergne.
    Le Journal du Centre, 10 août 1968."

    Pris au premier degré c'est très rigolo (je profite de la sieste du patron pour m'installer au bar)

    Hélène dici

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    1. Je m'étais en effet légèrement assoupi, sur mon livre et dans mon fauteuil…

      (Ce que mon père appelait : lire à poings fermés.)

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    2. Mais oui, les cadavres bougent: d'abord apparaît la rigidité cadavérique, puis elle disparaît au bout d'un moment. Mais on peut le compter comme bêtise, car les auteurs de Fantômas l'ignoraient probablement.

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  10. Merci d'égayer nos dimanches sans cesser de renouveler la vitrine, c'est un art suffisamment rare pour être souligné.
    Si quelqu'un a compris comment l'abstinence a conduit Charlemagne au tombeau qu'il me fasse signe.

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    1. Il s'est abstenu de respirer ? De manger ? de boire ?

      (On va demander à Rémi Usseil, notre carlo-spécialiste…)

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    2. D'après son biographe Eginhard, "il fut pris, au mois de janvier, d'une forte fièvre et dut s'aliter. Aussitôt, selon son habitude quand il avait la fièvre, il s'imposa une abstinence de nourriture, pensant pouvoir repousser, ou du moins atténuer, la maladie par cette diète. Mais une douleur au côté s'ajouta à la fièvre, ce que les Grecs appellent pleurésie et, alors qu'il continuait à se priver d'aliment et ne donnait à son corps que très rarement le réconfort d'une boisson, le septième jour après qu'il se fut alité, il reçut la sainte communion et mourut, en la soixante-douzième année de son âge et la quarante-septième de son règne, le cinq des calendes de février, à la troisième heure du jour."

      Si je puis me permettre de faire un brin d'autopromotion en passant, j'entame sur mon blog une série de billets où il sera beaucoup question du bon Charlemagne. J'espère tenir un bon rythme de parution. ça commence là :

      http://matieredefrance.blogspot.fr/2018/03/le-songe-de-guillaume-cretin.html

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  11. "Mais tous les conforts que l'état du sage exclut, s'amoncellent pour combler l'idiot."

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  12. Pas à dire,Sartre s'est souvent surpassé dans la connerie écrite et parlée.
    Rien d'étonnant à ce que les ouvriers se soient demandés,le jour où il s'est pris pour Diogène,ce que ce vieux gâteux,monté sur un tonneau,leur voulait...

    Vendémiaire.

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  13. Vous pourriez avoir un mot de compassion pour les auteurs qui durent passer de longues et pénibles heures confits dans des bibliothèques poussiéreuses et malsaines, à consulter maints ouvrages douteux pour concocter leur florilège. Je crois d’ailleurs me souvenir qu’ils s’en plaignent brièvement dans leur préface.

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