mardi 13 mars 2018

Comme un blogueur dans la nuit noire


J'ai commencé, hier, une chronique que j'avais pompeusement intitulée : Journaux d'Occupation ou la tentation trilogale. Il s'agissait, dans mon esprit brumeux, pour ne pas dire smoguifère, de comparer trois gros volumes, relus récemment ou en cours de lecture, d'analyser plus ou moins ce qui les rapprochait tantôt et tantôt les différenciait :

– Journal, 1940 – 1950 de Jean Galtier-Boissière (Quai Voltaire),
– Journal, 1940 – 1945 de Maurice Garçon (Les Belles Lettres),
– Déposition, journal 1940 – 1944 de Léon Werth (Viviane Hamy).

J'ai dû écrire une douzaine de lignes avant de m'apercevoir que ma mayonnaise refusait de prendre, que je me retrouvais en quelque sorte englué dans un in girum imus nocte de fort mauvais aloi et dont je ne parviendrais probablement pas à sortir.

Donc, j'abandonne.

C'est dommage pour vous, parce qu'il y avait vraiment des choses à dire.

25 commentaires:

  1. J'attendais ça avec impatience, pourtant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je sais bien. Et c'est d'ailleurs votre déception qui me désole le plus.

      Supprimer
  2. Vous nous faites un billet pour nous parler du film que vous n'avez pu faire ?
    Voila qui est nouveau !

    RépondreSupprimer
  3. Encore un billet dans le noir et nous commencerons sérieusement à nous inquiéter...

    Vendémiaire.

    RépondreSupprimer
  4. Il me semble que l'ami Georges... oh pardon, j'ai rien dit !

    RépondreSupprimer
  5. Voilà un sujet qui devrait vous inspirer davantage :

    https://ru-clip.com/video/DZfBk1dOztA/rap-decouverte-les-differents-genres-de-rap-partie-1.html

    RépondreSupprimer
  6. Franchement ?
    Je me demande le temps que peut prendre un tel travail, et encore sans être sûr de ne pas se mélanger les pédales.
    Bref je vous comprends.
    Hélène dici

    RépondreSupprimer
  7. Gros malin, va…

    Mais, puisque j'ai lu (et aimé) les deux autres, me diriez-vous un mot ou deux à propos de cette Déposition de Léon Werth ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est sans doute le plus dense et le plus douloureux des trois, puisque Werth, juif, est réfugié dans un village de la Bresse, tandis que sa femme, non juive, est à Paris et franchit régulièrement, en fraude, la ligne de démarcation. C'est aussi le plus "intellectuel" des trois, même si le mot ne veut pas dire grand chose. On y sent du dégoût, de la colère, et aussi une volonté de s'élever, ou au moins de ne pas se laisser entraîner par le flot de boue. Une grande attention aussi à ce qui se" dit autour de lui, dans ce village bressan, une volonté de compréhension des paysans qu'il côtoie chaque jour.

      Et, en même temps, on voit passer Lucien Febvre ou Saint-Exupéry (Le Petit Prince est dédié à Léon Werth “quand l était petit garçon”)…

      On lit Pascal, Montaigne, Saint-Simon, parfois la Bible…

      Supprimer
    2. Eh bien voilà, il suffit que quelqu'un sache réamorcer la pompe et ça repart comme en 14 !

      Supprimer
  8. "dont je ne parviendrais probablement pas à sortir"
    Le "s", marquant le conditionnel, nous laisse espérer une fin heureuse?...

    RépondreSupprimer
  9. J'avais lu le journal de Werth et vous en résumez bien la tonalité.

    Je viens de terminer le journal de Galtier Boissiere que vous avez recommandé à plusieurs reprises.
    Pour ma part jai du me reporter souvent a Wikipedia.Le journal foisonne de personnages totalement oubliés.

    Galtier etait ami avec Maitre Garçon et il le mentionne régulièrement.

    Il avait d'ailleurs de nombreux amis et menait une vie sociale qui me laisse pantois.


    On pourrait completer avec les témoignages "à chaud", c'est à dire parus à la Libération, de Marc Bloch "L'étrange defaite" et le journal de captivité de Daladier.

    Du journal de Galtier j'ai également retenu le destin touchant de Harry Baur que j'ignorais totalement.

    J'espère qu'on retrouvera le brouillon de votre billet dans le journal de mars.

    You.

    RépondreSupprimer
  10. Spiritus ubi vult spirat.

    Si l'inspiration vous a manqué (provisoirement?), l'idée était excellente.

    En exhumant un ancien "Crapouillot" intitulé « Bobards 39-45 » présentés par Jean Galtier-Boissière (avril 1949) je suis tombé sur ce passage assez significatif :

    « Pendant quatre ans les journaux clandestins avaient stigmatisé la rage des dénonciations des ignobles feuilles soumises à l'occupant. Or, les porte-parole de la France régénérée, à peine émergés de l'ombre, s'empressaient de remplir leurs colonnes de mouchardages – dans l'autre sens – et d'appels au meurtre ! le goût du scandale et le sadisme de la délation s'épanouissaient, avec la certitude de l'impunité, dans un torchon de la tchéka « Les Lettres Françaises », bientôt baptisé « Je Suis Moscou » et que son fondateur Jean Paulhan devait publiquement renier. A ce petit jeu, un fouquier-Tinville au petit-pied, Aragon – qui avait de qui tenir en tant que sbire de police acheva de se déshonorer. il est juste toutefois de reconnaître que ce valet de bourreau (à l'époque outrecuidant et qui aujourd'hui serre les fesses) dédouana – en échange de quelques avantages substantiels – certains de ses confrères compromis dans les pires sentines vichyssoises... »

    Ainsi se comportait la presse d'après la libération. Ou le déshonneur du poète.

    « Une atmosphère confinée et bientôt irrespirable qui s'élabore et s'épaissit autour du plus monstrueux des trusts qui est celui de l'opinion » déclarait Jacques Perret à l'enquête du Figaro du 13 janvier 1945 « Sommes-nous en période révolutionnaire ? ».

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne sais pas si ça vaut la peine de transporter dans le journal le début d'un billet à peine ébauché. D'autant que, maintenant que j'y songe, je crois bien l'avoir mis à la poubelle dès hier…

      Sinon, en effet, nul mieux que Galtier ne souligne la profonde crapulerie morale des dirigeants du PCF de cette époque.

      Supprimer
    2. Quoi, Aragon, celui de "la femme est l'avenir de l'homme" ou "l'avenir de l'homme est la femme", je ne sais plus, serait une vile crapule ?

      Supprimer
    3. Il n'était pas pis que les autres (les Thorez, Duclos, Cachin, etc.). Mais, comme il n'était pas un politicien chevronné, ça se voyait davantage.

      Supprimer
  11. C'est bien le Journal de Maitre Garçon ? Depuis le temps que j'en entends parler dans mes lectures...j'avais très envie de les lire.
    Léautaud l'évoque longuement; il faut dire qu'il a sorti de nombreux écrivains de mauvais pas.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le journal de Garçon est excellent. Au point qu'on se demande ce qu'attendent Les Belles Lettres pour nous donner la suite (et aussi ce qui vient avant). D'autant que, d'après ce que je sais, le premier volume (1940 – 45, donc) s'est bien vendu…

      Supprimer
    2. Puisque vous ne me demandez pas mon avis,le voici:le journal de Me Garçon est passionnant,il montre un personnage d'une grande lucidité, comprenant très vite que le régime de la collaboration est sans avenir, et constitue un excellent tableau de la bourgeoisie du temps de l'occupation et des différentes attitudes de beaucoup de personnages plus ou moins célèbres (c'est pourquoi je ne suis pas certain que les autres périodes soient aussi intéressantes ),même s'il n'est pas toujours à son avantage : sa préoccupation majeure, durant toute cette époque, est d'être élu à l'Académie Française, sa femme y est étonnamment absente (on ignore si elle l'accompagne dans ses incessants séjours entre Paris et sa résidence provinciale ), et il fait preuve d'un antisémitisme d'un naturel étonnant, nullement sanguinaire,mais comme allant de soi.

      Supprimer
    3. Exact : c'est un antisémitisme d'époque. J'allais dire : naturel. Un antisémitisme d'avant Auschwitz, en somme. On peut savoir gré à Garçon de n'avoir rien biffé ensuite, dans les années ultérieures, de toutes ces notations-là.

      Pour ce qui est de sa femme et de son fils, je crois que c'est un parti pris, celui de ne pas parler de sa vie privée.

      Supprimer
    4. C'est ce que Badinter appelait "l'antisémitisme social", celui qui s'est traduit dans le premier statut des Juifs: interdiction de certaines professions (enseignement), quotas dans les autres (médecins, avocats) en fonction de la proportion de Juifs estimée dans le pays, statut voisin d'un statut pour des étrangers résidant en France, et qui paraissait presque logique et juste...oubliant qu'il n'y avait pas de telles interdictions et quotas pour les Bretons ou les Corses, et qui signifiait que, sans s'en rendre compte, et contrairement aux Français d'autres origines, on ne tenait pas les Juifs pour Français.(alors que, justement, ce sont les Bretons et les Corses qui réclamaient déjà leur indépendance, pas les Juifs !)

      Supprimer
  12. Entre compassion et condoléances, Didier Goux aurait-il donc une âme ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ceux qui me prêtent une âme ne sont que de vils calomniateurs !

      Supprimer
  13. Merci Didier, ainsi qu'à Elie, j'ai pris bonne note et je l'ai commandé, à l'instant.

    RépondreSupprimer
  14. Ah! je réagis tard, mais les recherches (G...) se font aussi dans les archives et c'est bien pratique. Donc triste d'apprendre que sauf à les lire je ne connaîtrai pas grand chose sur les carnets de Garçon. Quelqu'un pourrait il me dire s'il est question de l'affaire Lyon (procès de juin 1939). Car il est difficile de trouver la suite donnée pendant l'occupation dans un procès où les grands avocats étaient réunis (et probablement bien payés) pour défendre une première "french connection". Maitre de Taste, complice ... député, grande famille, marquis et trace perdue, Moro-Gaffieri, Marcel Ceccaldi, ... à part Détective en 1938 et quelques articles de journaux en 1935 et 1938 dans Gallica ... puis silence. Serait-ce aussi le cas pour la mémoire de Garçon?

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.