vendredi 9 mars 2018

Lever de rideau


J'aime ce long moment que je prends en acompte au jour. Je me lève entre quatre heures et demie et cinq heures : la nuit est encore si parfaite que le village semble n'exister pas ; il attend un signal. Avec, en accompagnement, le cliquetis griffu des animaux jouant à se poursuivre d'une pièce à l'autre, la lecture est plus calme et plus profonde que sous le soleil, quand on sait que personne d'autre ne lit que soi. Mais le temps qui paraît immobile passe très vite ; il est déjà six heures, ou il va l'être. Je sors sur la terrasse, café en main et Charlus en escorte, juste avant qu'elles ne sonnent, pour voir s'allumer tous ensemble les réverbères automatiques des rues. Dès que se répandent leurs petites flaques de lumière jaune, ce sont les faux semblants qui commencent, et croyant à la venue du jour, dans la seconde ou presque, les coqs s'épuisent en fanfares. Au café suivant il sera six heures et demie, et leur pétarade de cuivres aura déjà été remplacée par le concert des merles ; la nuit se retire.

29 commentaires:

  1. Je laisse à "ces dames aux chapeaux verts" le soin de vous complimenter pour ce joli billet !
    Pour ma part, je me contenterais d'une seule question : et si c'était le moment de baisser le rideau sur le temps de lire, pour qu'enfin puisse advenir le temps d'écrire ?

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    1. Ah non, ça, on ne m'y reprendra plus !

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  2. Ah ben alors là M. Goux !
    Ce sont des petites heures comme je les aime.

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  3. Très émouvante saisie de votre petit matin, merci de nous le faire partager ! Quel calme, quelle sérénité...
    Une vie de gentilhomme campagnard, en somme.

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    1. Gentilhomme me paraît très exagéré…

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  4. que le village semble n'exister pas

    N'est-ce pas ce que l'on pourrait qualifier de maniérisme ça ?

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  5. (en moins poétique ): il paraît que c'est à cette heure où tout le monde dort que TF1 à concentré son quota d'émissions culturelles auquel elle est tenue par son cahier des charges et qu'il y a des choses intéressantes, mais j'avoue n'avoir jamais vérifié. ..

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  6. Un morceau de bonheur.
    Merci
    Hélène dici

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  7. Désolé, tout cela sonne à mes oreilles de façon trop littéraire pour être juste. Et ce "que le village semble n'exister pas", c'est histoire de se la jouer Bruno Lafourcade, le champion des formules en toc ? Votre dernier texte (le compte rendu du scanner) était bien meilleur, à mon avis.

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    1. Ah, si c'est votre ressenti, je n'ai rien à dire, moi !

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  8. En fait vous êtes comme moi, bien meilleur à l'aube ;.)

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    1. Je suis meilleur à l'aube depuis l'époque lointaine où je troussais les communiants égarés.

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    2. C'est rigolo. Je vous imaginais plus avec votre béret bleu marine, faire le mur du château de Versailles. ;.)

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  9. En somme: vous vous levez à l'heure où je vais me coucher.

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    1. Mais que faites-vous donc de toutes vos nuits ?

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    2. Je prépare ma grasse matinée.

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    3. En somme lorsque vous commencez votre tournée des blogs vers 15 heures, c'est pour vous l'heure du café - croissants ?

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    4. C'est une chose bien curieuse, que la vie des vieux : j'ai hâte d'y être…

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    5. @ Barbara
      Non, quand même: je ne me lève jamais après 11 h.

      @Didier Goux
      Fort de mon expérience, je vous déconseille vivement de dépasser les 75 ans.

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    6. Rassurez-vous, ce n'est nullement dans mes intentions. Ni même de les atteindre, du reste.

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    7. On n'est pas totalement maître de tout cela, parce qu'on ne vit pas que pour soi, il faut aussi penser à ceux (celle) qui vous entourent; sinon...

      Mais, bon, l'état d'esprit général est celui du très beau poème de Musset, "Tristesse" ...(à l'exception des trois derniers vers, qui sont d'ailleurs poétiquement les plus beaux)

      http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/alfred_de_musset/tristesse.html

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  10. Si vous picoliez, vous ne seriez pas debout à quatre heures à faire des conneries.

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    1. Ne croyez pas ça ! Quand il m'arrive de picoler, si je m'y mets vers six heures, à huit je suis au lit. Du coup, à cinq heures je suis réveillé. Un peu comateux mais réveillé.

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  11. Mais vous vous couchez à quelle heure pour vous lever si tôt ! Avec vos poules ? ;)
    Vous avez de la chance de pouvoir circuler dans les rues du village, je me souviens que lorsque je vivais encore à Montaigu, c'était impossible, l'éclairage public n'était allumé qu'à 7 heures du matin !

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