vendredi 6 avril 2018

L'écroulement du monde


La famille Moskat, éponyme de l'ample roman d'Isaac Bashevis Singer, vit à Varsovie depuis toujours. Ce sont des Juifs hassidim, de plus ou moins stricte observance selon les individus. Nous la découvrons, cette famille, au moment où Reb Meshulam, le patriarche millionnaire, vient de prendre épouse pour la troisième fois : lui-même se demande bien quel coup de folie l'a empoigné ; ses enfants, déjà adultes, encore bien plus. Mais, en dehors de ce petit soubresaut dans les habitudes, on baigne dans l'éternité, tout semble immuable, on est assuré qu'aucun bouleversement ne viendra secouer ces Juifs pieux, solidement ancrés dans leurs habitudes féodales. Nous sommes, dans ces premiers chapitres, à l'orée des années 10 du XXe siècle.

Lorsque le roman s'achève, 850 pages plus avant, l'armée du IIIe Reich est occupée à envahir la Pologne et à bombarder sa capitale. Tout va bientôt se terminer, et le lecteur sait comment, pour les quatre générations de Moskat qu'il a vu vivre et vieillir devant lui. Mais, pour Reb Meshulam et sa descendance, l'écroulement du monde a déjà eu lieu. De larges fissures sont apparues dans l'édifice qui semblait aussi solide que le temple de Jérusalem, et qui va crouler comme lui. Le ferment le plus visible de la dissolution, c'est la mort du patriarche et les dissensions provoquées par son héritage. En apparence au moins. Car, en réalité, le drame est plus profond, le mal vient de plus loin : c'est le XXe siècle naissant qui constitue l'acide le plus corrosif.

Car les Moskat se sont divisés contre eux-mêmes. Il y a les Moskat “modernes”, ceux dont les filles n'hésitent pas à fréquenter des goyim et qui rêvent de l'Amérique, où ils vont aller vivre en effet. Il y a les Moskat “sionistes”, qui frémissent de partir pour la Palestine, y fonder une colonie pieuse ; certains franchiront le pas et les mers. Et il y a les Moskat qui, à partir de 1917, se laissent happer par la tentation diabolique du communisme russe. Enfin, il faut compter avec les influences diverses et contradictoires des éléments extérieurs à la famille proprement dite.

Tout cela donne un foisonnement de personnages aux prénoms exotiques, mais au milieu de qui le lecteur ne se perd jamais ; sauf dans la dixième et dernière partie, mais c'est normal : à ce moment, alors que tous les Moskat se retrouvent à Varsovie pour la Pâque de 1939, la famille n'est déjà plus qu'un champ de ruines, et ses membres eux-mêmes ont bien du mal à se reconnaître entre eux, à retisser les liens de parenté, entre ceux qui arrivent de New York, les autres qui débarquent de Jérusalem et les derniers qui sont demeurés dans la capitale polonaise. Peu de temps après cette ultime réunion, qui n'est déjà plus qu'un simulacre désespéré pour retenir le temps, les bombes se mettent à pleuvoir sur Varsovie. Le roman se termine par ces lignes :

Et Hertz Yanovar éclata en sanglots. Il tira d'une de ses poches un mouchoir jaune et se moucha. L'air à la fois confus et honteux, il ajouta, comme pour s'excuser :
« Je n'ai plus du tout de force. »
Il hésita un instant, puis dit en polonais :
« Le Messie va bientôt arriver. »
Asa Heshel, stupéfait, le regarda :
« Que voulez-vous dire ?
– La mort est le Messie. Voilà la vérité. »

18 commentaires:

  1. https://louyehi.wordpress.com/2010/12/22/le-souvenir-perdu-par-marianne-arnaud/

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est une blague ? Ce texte ne vaut pas un kopeck.

      Supprimer
    2. Texte assez gnangnan, à mon avis ,et conclusion très boy -scout : bien sûr que ce temps reviendra.

      Supprimer
    3. J'ai donc incité à lire un texte dénué de toute prétention littéraire autre que de raconter l'histoire d'une personne qui se lève un beau matin et retrouve, dans son miroir, le souvenir d'un visage oublié depuis une soixantaine d'années.
      Et voilà que le grand Marco Polo a perdu plusieurs minutes de son précieux temps à lire ce texte qui ne "vaut pas un kopeck" ! Je suppose qu'on lui doit des excuses, je lui présente donc les miennes.
      Quant à Elie Arié, qu'il se méfie, car bien qu'il ne semble pas se considérer comme concerné par ce texte "assez gnan-gnan", il n'en démontre pas moins avoir suffisamment morflé, par ce besoin d'inventer de toutes pièces, une "conclusion très boy-scout" qui, hélas n'existe pas dans le texte.

      Supprimer
    4. Ne vous vexez pas, Mildred, je témoignais surtout de mon incompréhension à l'égard du commentaire de notre hôte bien aimé.
      Mais je dois reconnaître que je n'ai trouvé aucune qualité au texte que vous signalez. Suis-je un monstre ? La fréquence (pour ne pas dire le matraquage) de ce genre de témoignage, depuis que j'ai douze ans, m'a-t-elle rendu trop exigeant ?

      Supprimer
    5. "Quant à Elie Arié, qu'il se méfie, car bien qu'il ne semble pas se considérer comme concerné par ce texte"

      Ah, bon ?

      Supprimer
    6. Au vu des commentaires je suis bien content de savoir que j'ai eu raison de m'abstenir d'aller lire le texte!
      :-D

      Supprimer
  2. On ne peut pas dire "la famille Moskat vit en Pologne depuis toujours", sinon ça fiche par terre tout ce qui est construit autour du Retour ..

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "Depuis toujours" n'est pas une expression à prendre forcément au pied de la lettre…

      Supprimer
  3. Toute la problématique complexe du rapport judéo-chrétien, racines similaires et développement en multiples branches, églises et sectes diverses. Des années d'étude pour qui s'intéresse au sujet !

    RépondreSupprimer
  4. En villégiature de haut vol,si on se réfère aux photos fournies, vous trouvez le moyen de pondre un si bel article. Les Romains louaient les vertus de l'eau, vous avez dû vous résoudre de les tester également.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'article était "programmé" avant notre départ…

      Supprimer
  5. « Le Messie va bientôt arriver. »
    Asa Heshel, stupéfait, le regarda :
    « Que voulez-vous dire ?
    – La mort est le Messie. Voilà la vérité. »

    Tragique...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai cherché un mot, je ne l'ai pas trouvé.
      Le vôtre est le bon.
      Hélène dici

      Supprimer
  6. Rentré il y a une demi-heure, avec 600 km de conduite dans les reins : je tâcherai de répondre demain. Mais là, franchement…

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.